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daiii par leur étiiicelante vivacité. La nature n'a point aflligé l'épouse de Louis XIII de ces lèvres épaisses que l'on reproche à la maison d'Autriche : sa bouche est petite, vermeille, heureuse au sourire ; enfin, un front bien fait, un tour de visage ap^réablement dessiné achèvent de rendre la physionomie de la reine, sinon régulièrement belle, au moins noble et séduisante. On vit rarement des bras aussi beaux que ceux de cette princesse, et ses mains sont d'une blancheur éblouissante. Elle est grande ; sa taille paraît bien prise, comprimée parle corset qui déguise un léger excès d'embonpoint. Pour le pied, pour la jambe, Anne d'Autriche est Espagnole, cela sous-entend tout l'éloge qu'on en peut faire ; le désir se borne à penser le reste.
— Quoi 1 disait la reine à sa favorite dans un entretien de la chambre des bains, auriez-vous la pensée que le cardinal osât élever jusqu'à moi ses vœux téméraires ?
— Vraiment, madame, il en a pris la résolution dans son cœur ; c'était le seul acte téméraire qu'il ne se fût pas encore permis et je tiens pour assuré qu'il songe à le hasarder.
— Sur quels indices vous est-il venu en idée qu'il soit occupé de cette folie audacieuse ?
— Je lis couramment dans ce naturel voilé de fourberie et de subtilités. Sur la politique, Richelieu en revendrait aux plus habiles ; mais touchant l'amour, tant s'en faut qu'il soit aussi expert ; et je m'amuse, en plus d'une rencontre, de sa maladresse, tout en paraissant cajoler ses penchants. Personne n'est facile à tromper comme le cardinal d'abord qu'il entre dans la lice galante, où pourtant il se plaît fort. Les ruses de notre faiblesse passent la portée de ce fin renard : dupe des artifices d'une femme, plus dupe encore de sa propre vanité, il se laisse envelopper dans les rets les moins déliés de notre sexe. Moi qui vous parle, j'ai fait dévaler maintes fois ce fier ministre jusqu'aux minuties de l'art de plaire : cachée dans un cabinet de mon appartement, Votre Majesté l'a
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VU me faisant sa cour, habillé en cavalier, avec l'épée au côté et des plumes à son chapeau ?
— Gela est vrai, et j'en ai même beaucoup ri.
— Vous pourriez, madame, trouver plus de divertissement encore aux soupirs de la passion dont il est touché pour vous.
— Fi, le vilain ! Qui pourrait sentir son cœur battre aux douces paroles d'amour, après une telle profanation de ce langage ?
— Je sais des hommes qui le purifieraient aux oreilles de Votre Majesté... Le brave, le magnifique duc de Montmorency...
— Taisez-vous, duchesse !
Et c'était en ce moment que la fraise de la reine se soulevait convulsivement.
— Que mon auguste maîtresse daigne me pardonner 1
— Parlez-moi plutôt, reprit la souveraine après avoir baisé sa favorite au front, parlez-moi de ce retour, si galant dans sa brusquerie, oîi le roi vainqueur des rebelles du Béarn parut un matin dans ma chambre avec les premiers rayons du soleil.
— Aussi radieux peut-être que cet astre, mais, hélasl...
— Surprise pleine de charme et de douceur 1
— Seule marque de galanterie que vous ayez reçue du roi... Aussi n'en ai-je oublié aucune circonstance. Louis, sans être annoncé, rentre à Paris de grand matin avec cinquante-quatre seigneurs qui galopent comme lui à bride abattue, précédés de quatre maîtres de poste sonnant du cor. Au bruit que produit cette troupe leste et gaillarde, les bourgeois sortent de leur lit, mille curieux à demi nus paraissent aux fenêtres et font bruire dans l'air les cris de Vive le roi ! Le peuple accompagne en foule le cortège rapide jusqu'au Louvre.,.' La garde, suprise et presque alarmée, songe à se mettre en défense. Mais bientôt le monarque est reconnu ; les ponts se baissent, les barrières s'ouvrent, la troupe joint ses acclamations à celles des Parisiens. Le roi franchit les montées, tra-
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verso en hâte les» appartements, embrasse vitemcal sa mère, volo ensuite chez Votre Majesté, et la couvre de baisers... Madame, je quittai lors votre garde-robe, où je couchais...
— Que voilà une douce souvenance ! mais vous savez tout, duchesse...
— Quoi I tout absolument ?
— A bien peu de chose près, chère amie, et le plaisir de ce retour prit lin avec la charmante surprise qu'il me causa.
— Gela ne vaut pas la peine de lui donner place dans vos pensées.
— Revenons au cardinal. Vous vous souviendrez s'il vous plaît, duchesse, de lui faire interdire l'entrée de mon cabinet : son insolent amour m'est encore plus insupportable que ses mauvais offices, et j'ai si grand mécontentement d'une telle audace que j'en prétends tirer vengeance du roi mon époux.
— Que Dieu garde Votre Majesté de s'arrêter à cette résolution ! La fortune du premier ministre est retranchée derrière trop de services rendus à l'Etat pour qu'il y ait prudence à l'attaquer de front ; vous auriez plus à perdre qu'à gagner en vous portant avec colère contre ce géant de la puissance. Sachons le combattre avec les armes de notre sexe : des coups d'éventail, des piqûres d'épingle ou d'épine de rose... Il a de la vanité plus qu'homme au monde, laissez-moi Tattaquer de ce côté, et sans beaucoup de retardement, j'ose vous promettre que Votre Majesté sera vengée par son humiliation.
— J'en aurai l'âme ravie. C'est aussi chose trop étrange que cet homme ose entreprendre sur ma gloire après avoir tant fait contre mon bonheur.,.
Et le beau sein de la reine fut de nouveau soulevé par un long soupir.
Un élan de naturel échappé à la fille de Philippe III avant qu'elle fût unie à Louis XIII, peut, jusqu'à un certain point, faire juger de son caractère. L'ambassadeur français qui avait conclu le mariage, en prenant congé de
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cette princesse, lui demanda si elle n'avait pas quelque chose à lui ordonner pour le roi son maître, « Dites-lui, répondit-elle, que j'ai une grande impatience de le voir.» Cette réponse parut trop légère à la comtesse d'Altamira, camarera-major de l'infante. « Ah I madame, s'écria-telle, que pensera le roi de France quand M. le duc lui rapportera que vous avez une si grande passion pour le mariage ? — Vou3 m'avez appris, répliqua avec naïveté la jeune fiancée qu'il fallait toujours dire la vérité : je m'en tiens à cette leçon. > Or, on va pouvoir apprécier, d'après l'humeur et les habitudes du roi, le genre de réciprocité que les penchants de la reine ont trouvé dans le commerce de son époux.
Au fond d'une grande chambre appelée le cabinet des armes, un jeune homme d'une stature médiocre, assez bien fait, ayant les cheveux noirs, le teint pâle, le regard triste, languit à demi couché sur un lit de repos en tirant quelques accords d'un luth magnifique. Ses traits sont réguliers, mais altérés par la mélancolie ; il est habituellement taciturne, et, lorsqu'il parle, son accent, embarrassé par une difficulté de prononciation, lui cause des accès d'impatience qui dégénèrent souvent en colère. Ses habits, graves comme son humeur, conviendraient mieux à l'âge avancé qu'à un personnage qui ne paraît pas avoir atteint sa vingt-cinquième année. Le manteau de velours violet qu'il a jeté sur un fauteuil laisse à découvert son pourpoint gris crevassé de satin noir aux manches et sur la poitrine. Un col de point peu ouvragé couvre en retombant la moire bleue qui tient suspendu l'ordre du Saint- Esprit. Le haut-de-chausses, noir et sans plis, est rattaché sur les côtés par des ganses de soie; une large dentelle à plis flottants le borde au-dessus du genou. Des chausses de tricot noir et des souliers à bouffettes, ayant des talons très élevés, complètent ce costume presque lugubre. Le jeune homme ainsi vêtu c'est Louis Xlll, roi de France et de Navarre.
Le voilà qui pose son luth; il prend un cor, où sa poitrine débile pousse une courte fanfare qui le fait haleter.
GliaONiyUliS I)K I.'lKlL-DE-llUIXl '
Ail cor «uccèdc lo tambour, et à cot instrumenl L;ii(3rncr, dos tuyaux di pliimo cnipés, desquels io Moi liés ilUrélieu s'amuse à faire sortir do petits jets d'eau.
— Buradas, dit enfui le monarque à un courtisan qui depuis une heure se tient debout et découvert devant lui, en portant quelquefois la main devant sa bouche, donnemoi lo contrôle de mes chiens ; j'ai grand dégoût de ne le pas savoir encore par Cd'ur.
— Sire, c'est trop de sévérité envers vous-même ; foi de gentilhomme, Votre Majesté a merveilleusement appris les noms des douze coureurs anglais que le prince de Galles lui envoya le mois di.-rnier.
— Par Notre-Dame, ce sont des chiens d'excellente race ; aussi en avons-nous remercié le prince dans une lettre de notro main...
— Peut-être Votre Majesté trouvera-t-elle séant d'en écrire une seconde à Son Altesse.
— Pourquoi faire, Baradns ?
— En réponse à ses pressantes sollicitations touchant son mariage avec la princesse Henriette votre sœur.
— Oh I ceci est afiaire au cardinal, et je pense que cette négociation touche à son terme.
— Je félicite toutefois Votre Majesté d'avoir envoyé, de son propre mouvement, à Londres, le marquis d'Effiat et le comte de Brienne...
— De son propre mouvement, répéta Louis XIII en faisant jaillir une étincelle de son grand œil noir, est-ce qu'il en peut être autrement?... Marquis, je veux bien que vous sachiez que s'il nous plaît quelquefois de confier au cardinal les rênes de l'Etat, nous savons en temps opportun les retenir dans notre main royale, ayant une grande passion du bien-être de nos sujets.
— Sire, je le sais, répondit Baradas en s'inclinant, et j'ai là, dans mon pourpoint, la preuve que le roi d'Angleterre vous tient pour le plus grand prince de la terre.
— Quelle est cette preuve ? demanda le roi en s'étendant de nouveau sur son lit de repos.
— Une lettre de Brienne.
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— Lisez, marquis.
— Votre Majesté passera donc à mon ami quelques réflexions un peu légères à l'endroit du roi Jacques.
— C'est à savoir, si elles m'amusent ; lis toujours. Et Baradas lut :
« Ce n'a pas été un médiocre embarras que de décider à qui reviendrait l'honneur de haranguer Sa Majesté Britannique ; car nous étions avisés que les ambassadeurs doivent lui parler en latin, et qu'elle fait peu d'état de leur caractère s'ils ne sont pourvus d'une longue barbe, Or nous' ne sommes l'un et l'autre ni trop érudits, ni trop barbus. j\près mûre délibération, la parole m'est échue, d'Effiat et moi étant demeurés d'accord que j'avais les plus apparentes marques de virilité au menton, et le plus de ressouvenirs des humanités dans la tête.
« Il est à noter que Jacques est un prince moins propre à la politique qu'aux disputes de controverse : il se laisse prendre aux phrases de ses favoris, et éblouir par leurs figures de rhétorique ; ce qui ne lui permet de concevoir que des vues fausses sur les afTaires, qu'il traite par syllogismes et par inductions, comme un professeur de collège... »
— Votre ami ne se fait pas faute d'impertinences sur le roi mon frère, interrompit le jeune monarque en soulevant un peu sa tête ; n'importe, continuez.
— J'obéis à Votre Majesté.
« C'est chose remarquable que, dans sa réponse à mon discours, Jacques 1*='' ait donné au glorieux Louis XIII, notre maître, le titre de roi de France et Je Navarre contre l'usage ordinaire des chartes anglaises, où l'on qualifie Sa Majesté Très Chrétienne de roi des Français ; prétendant que si les peuples reconnaissent ce prince et lui obéissent, les pays et les terres de France appartiennent pourtant aux Anglais... »
— Oui-da, se prit à crier le roi, qui se trouva sur son séant par un soubresaut convulsif, qu'ils viennent en prendre possession, de ces terres ; par le panache de mon père, je les recevrai tôt en enfant de bonne maison !
cunONiyuEs de l aEiL-DE-uoei-i' Il
— Sire, vous pouvez voir que lo roi Jacques, en laveur de voire f,'loricuse personne, renonce de lui-même à celle inconlinenco de folles bravades.
— El bien lui en prend !... une telle jactance ne pourrail qu'elle ne déplût à un roi de France ayant le cœur bien fait... Achevez votre lecture
— Ceci est la parliti mignonne de ma tâche.
« Au rej)as que le roi nous donna, Sa Majesté s'étant levée devant le dessert, prit sa coupe d'or remplie de vin et dit: Je bois à la santé du roi de France, et à l'alliance éternelle entre la cour de Saint-James et la cour du Louvre. Sa Majesté envoya ensuite la coupe au prince royal par le duc de Buckingham, premier ministre, qui la lui présenta un genou en terre. Le duc me l'apporta ensuite, puis elle passa au marquis d'Effiat. »
— Ce ton vaut mieux que l'autre, dit Louis XIII en se levant. Sur ce, espérance m'est donnée qu'au moyen du mariage de ma sœur Henriette avec le prince de Galles, je pourrai, Dieu aidant, châtier les huguenots de mon royaume sans que l'Anglais y fasse obstacle. A cette heure, allons-nous-en chasser à Vincennes.
A ces mots, Louis détacha de la muraille une légère carabine dont il s'était plu à forger lui-même la batterie, et qu'il avait ensuite enrichie d'incrustations précieuses. Il sortit du cabinet des armes, Baradas le suivit, et bientôt le cor retentit dans toutes les parties du palais.
A travers les habitudes languissantes et les accès d'humeur sombre de Louis Xlll, on voit parfois étinceler quelques éclairs de courage moral, quelques paillettes de grandeur, et peut-être l'apathie habituelle de ce prince résultc-t-elle plutôt des vices de son organisation physique que des imperfections de son caractère. Digne héritier de Henri IV sous ce rapport, Louis chérit la gloire des armes ; jeune encore il alfronta les dangers de la guerre, dont il entendait déjà passablement le métier. Tous les exercices du corps lui plaisent: il s'y livre avec grâce, avec habileté; mais la chasse est son unique passion. Un goût aussi prononcé pour b plus laborieux des plaisirs
signale ordinairement un tempérament robuste et ardent ; ici néanmoins ce signe est trompeur. Louis XIII éprouve pour les femmiîs un éloignement qui tient de l'aversion, leurs charmes les plus parfaits lui inspirent du dégoût et presque de l'effroi. Chez lui la nature ne se tait pas seulement à leur approche, on la voit se révolter. De là cette réputation de chasteté que les courtisans ont fait à ce monarque, de là l'austérité farouche de ses mœurs et la haine qu'il voue à toute espèce de débauche comme à ceux qui s'y livrent; de là l'infécondité d'Anne d'Autriche, après dix années de mariage, et le délaissement déplorable de cette princesse.
Assez milheureusement organisé pour ne sentir aucune impression pénétrer profondément dans son cœur, Louis se récrée des goûts qui voltigent à la surface. Quand le temps ne lui parmet pas de chasser, il s'enferme avec son favori pour s'amuser de puérilités, s'exercer à quelque art mécanique, peindre ou faire de la musique. Les règles de la composition ne sont pas étrangères à Sa Majesté, et, dans ce genre de production, le chromitique découle naturellement de son âme encline à la tristesse. A vingt ans, le roi mit en musique l'office des ténèbres, qu'il fît exécu" ter dans sa chapelle.
Tel est, dans Louis XIII, l'homme considéré comme élément social ; examinons maintenant le monarque. Aucun de ses prédécesseurs ne fut plus jaloux de son pouvoir, aucun peut-être n'en connut mieux l'étendue ; mais la paresse, l'apathie, l'inhabileté à vouloir l'empêchent d'en user. Impatient du joug de Richelieu, Louis sent tout ce que l'immense talent de ce ministre fait jaillir de gloire sur son règne et de honte sur sa personne ; aussi ne peutil s'empêcher de le haïr et de l'admirer tout à la fois, Le père Gaussin, confesseur du roi, a résumé en peu de mots son caractère politique : « Il ne dit pas tout ce qu'il pense, il ne sait pas tout ce qu'il veut, il ne veut pas tout ce qu'il peut. » En effet, sous l'inspiration de ses idées naturelles, son esprit flotte incertain comme sa volonté, et par malheur tous deux, (aciles à diriger vers le mal
comme vers le bien, doviiiiment iiillexibles dans la direclion qu'on leur a donnée.
CHAPITHK II
Le Luxembourg. — Voyage à travers le vieux Paris. — Le cardinal de Iticholieu. — Un abbé de ce temps-là. — M'"" de Chevreuse. — Une petite chambre à coucher de duchesse. — Assaut d'intrigue. — L'habit de l'antalon. — Mystification.
A la majorité de Louis XIII, Marie de Médicis fit bâtir au faubourg Saint-Germain, le palais du Luxembourg ', dont le jardin fut formé d'une partie du terrain des chartreux. Ces moines agrandirent d'un autre côté leur enclos, en y enclavant une voie romaine, oubliée par le temps près de la rue d'Enfer, et l'échange devint profitable à leur couvent. Le Luxembourg, érigé sur les dessins du palais Pitti à Florence, plut d'abord au goût italien de la reine mère. Cette coupole, qu'un talent hardi éleva clans les airs; ces pavillons imposants dans leur élégance; ces galeries sous lesquelles fuit le coup d'œil ; ces peintures allégoriques, aux traits larges, aux couleurs fortes, qui font vivre les plafonds, et jusqu'aux arabesques que l'on croit voir courir sur les volets, autour des miniatures qu'un pinceau léger y a tracées; tout devait captiver une imagination florentine, nourrie des beaux modèles : Marie se retira dans son nouveau palais.
Le cardinal de Richelieu, alors simple évêque de Luçon L i surintendant de l'cx-régente, s'établit dans le petit Luxembourg, qu'il venait de faire construire à côté du grand.
Pour se rendre du Louvre au palais delà reine mère, on suit une route encore peu bâtie, et l'on doit s'en félici-