CHAPITRE IV
Mariage d'Henriette de France. — Mésaventure du cardinal Barberini. — Apparition de Buckingham. — Réponse par procuration. — Foi et hommage — Un tournoi entre le Louvre et les Tuileries. — Les chevaux danseurs. — Madame la princesse. — La duchesse do Montbazon. — M"* d'Hautefort. — Marie de Mantoue. — L'amour d'une reine. — Un bal donné par Richelieu. — Le père Joseph.
Cependant on avait vu arriver à Paris les comtes de Carlisle et de Holland, ambassadeurs extraordinaires de
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la cour (le Lonilrcs, chargés d'assister au mariajje d'Mon* riollo dj France, que le duc do Ghevreuso devait épouser au nom du prince de GuUes. Mais quelques exigences d'éliqnetlo élevées par le cardinal de Hichclieu retardèrent et faillirent rompre la conclusion. Son l'^niinence, s'appuyant do sa qualité de prince de l'Église, refusait de donner la main chez lui aui envoyés de Sa Majesté Britannique, ainsi que ceux-ci l'exigeaient. Louis XIII, toujours esclave de la volonté do son principal ministre, semblait approuver ce caprice orgueilleux tout à fait étranger à la gloire du trône, lorsque le comte d^ Brienne, courtisan subtil et avisé, fît accepter une transaction aux deux Anglais : il obtint d'eux qu'ils croiraient à une indisposition du cardinal, lequel les recevrait au lit.
Cet empêchement ne fut pas le seul qui retarda l'union projetée.
Charles professait la religion anglicane et la cour du Louvre tenait à ce que Henriette pût satisfaire librement à Londres aux devoirs du catholicisme romain. Après de longu3s et inutiles conférences à ce sujet, on demeura d'accord que le pape serait supplié d'envoyer un prélat ea France avec mission d'aplanir cette difficulté: Sa Sainteté fit choix du cardinal Barberini. L'arrivée de ce membre du sucré collège donna lieu à un événement singulier, qui peint bien le reste de vandalisme dont notre civilisation était encore entachée au commencement du xvii» siècle. M. le duc d'Anjou, frère du roi, avait été envoyé à la porte Saint-Jacques au-devant du légat avec le régiment des gardes, afin d'honorer un ambassadeur du chef spirituel de la chétienté.On va voir comment celte intention fut remplie. A peine les soldats aperçurent-ils le cardinal monté sur sa mule, qu'ils se disposèrent à le piller. Vainement Monsieur voulut-il s'opposer à cette profanation ; les pillards coururent sus au pauvre Barberini, que par bonheur sa monture défendit mieux que les intimations du prince. L'animal, se sentant chatouillé par les piques, se prit à se cabrer, à se ruer sur les assaillants, qu'il parvint à faire lâcher prise, tandis que SonÉminence,
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désarçonnée, faisait une triste expérience de la dureté des pavés de Paris '.
Dans l'espace de temps qui s'était écoulé pendant ces dernières négociations, Jacques Stuart avait cessé de vivre ; le prince fiancé à la sœur de Louis XIII venait de monter sur le trône, sous le nom de Charles I". Malheureux monarque ! la destinée avait marqué son règne d'une empreinte sanglante sur la route des temps : le bandeau royal qu'il ceignait devait tomber avec sa tête sacrifiée à la fureur d'une ambition hardie.
C'était désormais au roi d'Angleterre que la fille de Henri IV allait être unie par l'hymen ; la couronne tristement prédestinée de son époux allait remplacer immédiatement les fleurs virginales épanouies sur son front, image fidèle du trésor dont elles seraient l'emblème. On préparait à la cour des réjouissances multipliées pour célébrer ce mariage illustre ; mais la mort de Jacques lit apporter de notables changements à ces préparatifs : un ballet où la reine se proposait de danser fut abandonné ; les musiques, les comédies furent supprimées du programme. Des cérémonies graves, une pompe imposante, un tournoi, de grandes chasses durent être substitués aux fêtes qui eussent signalé un plaisir trop enjoué.
Enfin le jour de la solennité était fixé* ; le canon de la Bastille et les hérauts d'armes l'avaient annoncée aux Parisiens, lorsqu'on apprit que le duc de Buckingbam, favori de Charles I"', venait d'arriverà l'hôtel de Chevreuse. Le roi et le cardinal, qui n'attendaient pas ce premier ministre de la Grande-Bretagne, et qui redoutaient ses intrigues auprès des calvinistes puissants, le virent avec déplaisir. Richelieu surtout devait soufi'rir impatiemment à la cour cet étranger, auquel une courtoisie hospitalière l'obligerait de céder le pas en toute occasion. D'ailleurs le ministre anglais, jeune, beau, magnifique, galant avec recherche, généreux avec prodigalité, allait éclipser un