VI NOTICE SUR TOUCHARD-LAFOSSE
Nommé commissaire des guerres, il fut envoyé d'abord à l'île d'Aix, rocher situé près de l'embouchure de la Charente, alors bloqué par les croisières anglaises. De ce poste périlleux il passa à Magdebourg, d'où il partit pour rejoindre la grande armée qui s'avançait vers la Russie. A Moscou, on lui confia la surveillance de deux hôpitaux contenant huit à neuf mille malades et blessés. Les circonstances étaient critiques pour tous, et principalement pour les hommes que leur faiblesse physique rendait incapables d'efforts personnels. Touchard-Lafosse devint leur interprète dévoué auprès de l'autorité supérieure ; il demanda pour ceux dont il avait la tutelle, des secours à M. d'Hervey, ordonnateur de la place ; à M. le baron de Joinville, ordonnateur en chef du quartier général ; à M. l'intendant général comte Dumas. Ne pouvant rien obtenir, il s'entendit avec un capitaine wurtembergeois dont la compagnie occupait la cour de l'hospice des enfants trouvés ; l'intrépide Allemand s'aventura sans hésitation aux environs de Moscou, et ramena au bout de deux jours cent cinquante têtes de bétail qu'il avait conquises sur les Cosaques.
Pendant la désastreuse retraite de l'armée, Touchard- Lafosse eut les mains gelées et subit de rudes privations. Son activité, son courage avaient été remarqués. On le chargea, en 1813, à Augsbourg, de faire des achats considérables de chevaux et d'approvisionnements. Au mois d'août, lors de la défection du roi de Bavière, Touchard- Lafosse intervint en faveur des dépôts des régiments français, qu'on songeait à retenir prisonniers de guerre, et par ses représentations énergiques il obtint qu'ils fussent dirigés sur Strasbourg.
En 1814, Touchard-Lafosse était à Saint-Germain-en- Laye, et s'occupait de la réorganisation des équipages militaires, quand il fut mis à la demi-solde. Rappelé à l'activité, le 15 mars 1814, et attaché au 4^ corps de cavalerie pendant la dernière campagne de l'Empire, il suivit le général Milhaud sur les bords de la Loire et y resta jusqu'au licenciement.
NOTICE Sun TOUCnAnn-LAFOWSR VII
Heiitrù dans la vio privée, Touchnrd-Lafosso reprit ses travaux littéraires et débuta par de nombreux articles dans lo Journal du Commerce, le Courrier des Spectacles, la Nouve.iuté, la Iléunion, le Journal de Paris, et par un spirituel pamphlet ; VArt de s'enrichir par les œuvres dramatiques, ou moi/ens éprouvés de composer, de faire recevoir et de faire réussir les pièces de théâtre. C'est une satire piquante des intrig^ues, des démarches humiliantes, des manœuvres diplomatiques auxquelles les auteurs sont parfois condamnés. Eu 1820, époque de la vogue des Ermites, il publia une heureuse imitation du Diable boiteux de Lesage, le Lutin couleur de feu, ou mes l^ablelles d\ine année, mœurs, politique, réputations en 1818 et
De 18"2'2 à 1825, Touchard-Lafosse rédigea une compilation immense en dix-sept gros volumes in-S". Le Dictionnaire chronologique et raisonné des découvertes ; il y rendit compte des inventions, innovations, perfectionnements, observations nouvelles et importations en France, dans les sciences, les arts, les lettres, l'agriculture, le commerce et l'industrie, de 1780 à 1820. Cette longue énumération était accompagnée d'aperçus historiques sur les institutions fondées dans le même espace de temps ; l'auteur indiquait en outre les mentions honorables, décorations, primes d'encouragement, médailles et autres récompenses nationales qui avaient été décernées, ainsi que les contestations relatives à la priorité de telle ou telle découverte. Le titre attribuait ce vaste ouvrage à une société de gens de lettres; mais, en réalité, la prétendue société ne se composait que d'un seul individu.
Lin moment rédacteur en chef d'un journal libéral VEcho du soir, qui ne tarda pas à succomber sous le poids des procès, Touchard-Lafosse prit une autre voie pour émettre ses idées politiques : il les exposa dans deux romans, V Habit de Chambellan ou les Jeux de la fortune et y Homme du peuple ; ensuite dans une étude de mœurs, les Marionnettes politiques. Il recueillit aussi, dans un livre intitulé la Révolution, VEmpire et la Restauration,