CHAPITRE VI
La belle Clarick. — Les capucins en mission. — Une taverne anglaise. — Olivier Gromwell. — Une recrue de la réforniation. — Londres en 1625. — Le baron Leclerc. — Un banquet de réformistes. — Une lettre d'Olivier CromwoU. — Émeute à Londres. — Le masque arraché.
On se tromperait si l'on croyait que les Anglaises, avec leur regard languissant, leurs airs langoureux, et ces habitudes mélancoliques qu'elles aiîectent, n'aient pas une âme aussi vive, des passions aussi impérieuses que les dames des autres pays. C'est le tourbillon caché sous la
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surface d'une onde paisible. La comtesse de Glarick était une grande femme à la taille souple, aux yeux bleus, aux cheveux blonds, dont la peau éclatante de blancheur couvrait un réseau d'azur, transparent animé, qu'on voyait palpiter à travers le satin diaphane qui le voilait. L'Albane aurait pris pour modèle cette beauté des rives de la Tamise, s'il eût voulu peindre la Volupté. Dans le calme de sa vie, M'"« de Glarick semblait privée d'énergie et de vivacité : ses manières avaient toute l'apparence d'une insouciante apathie. Mais rien de moins réel que cette sorte de torpeur, qu'on pouvait attribuer au mépris que la comtesse faisait des relations ordinaires du monde. Une impression arrivait-elle à son cœur, soudain mille étincelles en jaillissaient pour embraser son naturel inflammable ; le réveil de cette nature engourdie était un orage. L'œil naguère à demi fermé, qu'ombrageait un long cil, se dégageait de sa paupière, brillant de pensée et d'amour. Cette Anglaise, entrée dans la sphère des passions, retrouvait son élément; elle n'y reconnaissait point d'obstacles ; les bienséances, la pudeur même, n'avaient plus pour elle que des liens impuissants ; l'opinion publique lui devenait complètement indilTérente.
Telle s'était oiferte la belle Glarick au moment où plus séduisante que toutes ses rivales, plus tendre, plus faible peut-être qu'aucune, elle avait contracté une liaison intime avec M. de Buckingham. Mais cette inclination, au moins de la part du ministre, ne tarda guère à subir le sort de tout bonheur dont la perspective d'espérances est fermée, et qui se voit réduit à se replier sur une carrière de délices déjà parcourue. La tendresse du favori était devenue verbeuse, prodigue de protestations, mais tiède et peu démonstrative, lorsqu'il partit pour son ambassade extraordinaire, et l'on sait avec quelle rapidité il prit de nouvelles chaînes à la cour de France.
La Renommée qui porte sur ses ailes le chagrin et le désespoir, vole plus vite que lorsqu'elle se fait messagère des consolations: M'"® de Glarick fut promptement informée de l'infidélité du léger Buckingham. La perte d'une
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concjuèlo aussi brillaiito causa à cette dame une riii^aute douleur, (juc vinrent soudain aif^rir mille projets de vengeance. Or, rien de ce qui occupait l'attention publique, même à l'étranger, n'était ignoré de Richelieu : il apprit avec plaisir le dépit jaloux do la beauté délaissée, et se promit bien d'en tirer parti. Le père Joseph, métamorphosé en agent séculier, emportait donc des lettres pour la comtesse, (pie M"'« de Comballet et quelques autres damesainies du cardinal avaient connue pendant un voyage qu'elle avait fait récemment à Paris. Cela suffisait pour une entrée; l'adresse du moine, quoique un peu dépaysée dans les voies de la galanterie, devait, selon les circonstances, s'appuyer du courroux ou des renaissantes espérances de la noble Anglaise.
\Imo (Je Clarick ne croyait pas avoir alTaire à Pierre l'Ermite second : elle reçut Joseph comme un gentilhomme du monde, qu'une jolie coquette est toujours ambitieuse de rendre plus ou moins tributaire de ses charmes. Son négligé, dont elle ne se mit point en peine de diminuer le désordre, eut enivré tout autre homme; mais, soit insensibilité naturelle, soit appréciation rationnelle de ces lueurs fugitives de bonheur qui s'allument aux yeux de la beauté, le capucin ne laissa lire sur ses traits aucune marque d'émotion. Peu habituée à ce genre de stoïcité, la comtesse en fut presque piquée; et l'on nesait jusqu'à quel point, dans cette lutte malheureuse de la coquetterie contre le calme impassible de l'étranger, elle eût poussé ses manceuvres pour obtenir la victoire, si Joseph ne se fût hâté d'arrêter sa tactique.
— M. le cardinal duc de Richelieu, dit-il en bon anglais, connaît la profonde pitié de madame la comtesse et l'intérêt qu'elle porte à M. de Buckingham, tant pour sa gloire dans ce monde que pour son salut dans l'autre.. .
— Monsieur, je suis de la religion réformée I interrompit en riant M'"^ de Clarick.
— Son Éminence le sait, madame; mais les religionnaires de toutes les croyances sont les enfants du Seigneur, tous ont place dans les prières de M. le cardinal.
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— Si ma souvenance me sert bien à me rappeler un mot des papistes, je vous dirai, monsieur, que ceci me paraît peu orthodoxe. Car la charité universelle n'est pas un article de foi dans l'Église hors de laquelle il ny a point de salul.
— Je ne viens point auprès de vous, madame la comtesse, pour aborder une vaine controverse; ma démarche va se montrer tout évidemment dirigée par la charité.
— Me voici disposée à vous écouter, répondit M™» de Glarick, qui pensa peut-être que ses charmes avaient trop peu de part aux vues charitables de l'envoyé.
— Vous avez foi à l'enfer, madame?
— Quelquefois, monsieur.
— Au paradis?
— Plus souvent.
— Ah 1 comtesse, quel langage !...
— C'est ce que j'avais dans la pensée touchant le vôtre, car nous ne sommes ici ni à l'église ni au prêche, mais dans un boudoir, et vos habits, monsieur, ne montrent pas plus un ministre protestant qu'un confesseur catholique. Je vous réponds non comme je le ferais au pied de l'autel ou de la chaire, mais comme une femme du monde peut le faire devant sa toilette, son miroir et ses flacons d'eau de senteur.
— La miséricorde du ciel est grande, dit Joseph, après un gros soupir.
— M. le cardinal-ministre l'a pensé dans plus d'une rencontre. ;
— Ce n'est pasde lui qu'il m'a chargé d'avoirl'honneur' de vous entretenir, mais de M. le duc de Buckingham; et je m'assure que je vais rencontrer votre piété en vous disant que le premier ministre du gracieux Charles I"'' se perdra d'âme et de corps s'il ose persévérer dans ses projets insensés sur le cœur d'une reine de France.
— Assurément, monsieur, il se perdra ; sa conduite ne saurait s'excuser : je la trouve affreuse, abominable.
— Je ne me trompais pas, reprit Joseph avec un sourire plein d'amertume; voici votre religion excitée au plus
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haul point, nous no pouvons faillir do nous entendre à cette heure. Je vous dirai donc qu'il importe que le duc soit rappelé immédialumcnl.
— Rappelé par qui ?
— \Ji\ ordre de la cour suffira apparemment.
— C'est une des choses du monde sur lesquelles je compte le moins, monsieur.
— Cependant, madame, si la volonté du roi se faisait voir ferme et stable à M. le duc... ?
— Elle courrait le risque de {jlisser sur ses résolutions comme le vouloir de Louis XIII glisse sur celles de votre lUchelieu : à Londres, de même qu'à Paris, le sceptre du monarque c'est le sceptre du premier ministre.
— Je m'étonne que le roi son maître...
— Il ne l'est que de nom, mon cher monsieur.
— Enfin, madame, Charles I»', lié par des nœuds sacrés à l'auguste Henriette de France, fera voir en son lieu qu'il peut au moins exiger...
— Que M, de Buckingham lui amène au plus tôt son épouse ? Erreur. Charles est de bon naturel : il goûtera les douceurs de l'hymen quand son premier ministre s'avisera de l'idée qu'il en jouisse, si toutefois M. de Buckingham ne juge pas la chose malplaisante à ses fins.
— Un prince couronné n'est-il pas en Angleterre le maître, au moins dans son ménage ?
— L'est-il en France ? Non. La couche même des souverains ne s'ouvre, au temps oij nous vivons, que par décision de leur conseil, et Leurs Majestés ne deviennent pères que sous le bon plaisir des ministres. Il faut donc que d'autres expédients nous entrent tôt dans l'imagination, vu la nécessité pressante où nous sommes de faire repasser le détroit au duc ; car, malgré la légèreté avec laquelle je vous ai d'abord parlé, j"ai la plus grande passion de travailler à son salut. Or, avisons, sans aucune remise, à ce qu'il conviendra de faire pour ressaisir son cœur.
— Comtesse, vous voulez dire son âme... Si l'autorité de la couronne a peu d'empire sur M. de Buckingham, le
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public doit en avoir beaucoup. Je suis loin de l'opinion qu'un homme doué de quelque pénétration politique fassemépris des avertissements de ce roi des rois. Or, vous avez en Angleterre plusieurs partis qui, pour un rien, auraient envie et plaisir à se soulever contre le gouvernement: amas d'éléments combustibles qu'une étincelle embraserait. Sans compter les parlementaires, apôtres ardents de cette liberté dont l'Angleterre ne caresse quel'ombre, ici manœuvre la faction écossaise, là s'aigrissent les pensées hérétiques des presbytériens, des niveleiirs, des puritains. Ailleurs s'agitent, pour la véritable gloire J du Seigneur, les catholiques romains, que vous appelez I les demi-sujets du roi, à cause de leur dévouement au pape. Qu'un petit mouvement, provoqué par une main adextre, se prononce de l'un ou de l'autre côté, et le duc^ repassant soudain la Manche, rentre dans le giron de Ist piété.
— La vôtre, monsieur, procède d'une manière un peu/ chaude. Je me persuade que pour sauver une âme, vous ne seriez pas arrêté par la considération de quelques centaines de têtes à sacrifier. Que voilà bien les inspirationsd'un franc papiste I Au reste, ce moyen, employé bellement, me paraît fort bon à tenter ; et Buckingham, unefois revenu, saurait vite éteindre ce feu d'alarme, allumépour le rappeler de la terre étrangère.
— Assurément, répondit avec vivacité le capucfn, qur pourtant avait une tout autre idée de la difficulté d'apaiser une sédition, et l'on pourrait parvenir à cette fin sans^ se donner de grands mouvements, si l'on employait quelque homme remuant, quelque audacieux prêt à se jeterdans la lice hasardeuse des révolutions. Indiquez-moi cette sorte de tribun ; et si la fortune ne se complaît pas dans le désaveu de nos espérances, une mutinerie insignifiante procurera à M. de Buckingham l'occasion d'augmenter encore son pouvoir et sa gloire.
— C'est une chose à mettre en la garde de la Providence; mais vous venez au nom du cardinal de Richelieu; vous êtes à lui, monsieur ; qui me garantira que sous le
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soiiH do VOS paroles ne se cache pas quelque urlifice contraire ù l'honneur de mon pays ?
— Je ne nu porterai point avec aigreur contre un soupçon que peu do mots peuvent détruire : la gloire de Dieu et le salut de la créature sont les uniques motifs de Son Éminence.
— Monsieur l'envoyé, je vous tiens pour un homme habile: M. le cardinal n'en emploie point d'autres. Or, vous avez déjà compris que je me prête à votre pieuse diplomatie dans un intérêt où la créature a plus de part que la Divinité.
— Oui, madame, la religion est entrée dans l'imagination de chacun de nous par le chemin de ses alTections ordinaires.
— C'est cela même, et je ne vous dispute pas, en ceci, la plufe haute vertu. Mais, devant que de prendre liaison avec vous sur des matières dangereuses,je recevrais quelque contentement d'une explication claire de ce que, dans cette rencontre, vous entendez par la religion.
— Ma réponse ne se fera point attendre, madame la comtesse, et je m'assure que le ridicule, le déshonneur, la honte suspendus sur la tête du roi mon maître vous convaincront de la nécessité pressante des eiforts du cardinal-duc.
— J'avais bien en présomption que telle était la véritable cause de votre voyage,.. Hélas ! puissions-nous agir assez tôt et assez vite dans les affaires du roi de France, pour tenir une addition humiliante éloignée de sa couronne 1 Dansle temps que vous franchissiez les cent lieues qui séparent Londres de Paris, l'amour a pu faire bien du chemin sous la conduite d'un guide comme le duc; et si nous admettons la supposition que l'aimant qui le retient au Louvre conserve toute sa puissance, nous aurons un rude combat à soutenir avant de triompher.
— Pourquoi chercher à nous divertir du succès, mettez-moi seulement sur la voie? s'écria le moine avec une vivacité qui révélait en peu de mots son penchant pour l'intrigue.
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— Écoutez, monsieur. A l'extrémité du quartier où s'élève le palais de White-Hall, en approximant Westminster, se trouve une taverne que les parlementaires réformistes ont adoptée pour s'entretenir des choses qui sont de leurs desseins. Vous reconnaîtrez de prime abord cette maison à sa devanture vitrée, garnie, derrière le vitrage, de demi-rideaux en soie verte, de bols de porcelaine chinoise, de pots à bière d'étain luisant. Dans une salle basse, ta fumée du tabac forme un nuage perpétuel, au milieu duquel, sans se mettre en peine d'un air si malplaisant, trafiquent les commerçants, jurent les marins, discutent les savants, déclament les poètes, disputent les politiques, et s'enivre à peu près tout le monde. En Iraversant cette région d'acres vapeurs, se combinant aux senteurs mêlées qui proviennent des liqueurs diverses, on rencontre un escalier court, que borde une doublerampe de fer poli: il conduit à une chambre haute, où Ton fume peu. C'est là que se rassemblent les gros joueurs et les partisans intrépides de la réformation : les premiers, la chevelure en désordre, les traits altérés, l'œil étincelant de cupidité ou sombre de désespoir, voient évanouir ou grossir, selon le vouloir capricieux du sort, les monceaux d'or qui couvrent le tapis; dans le temps que les autres, un coude posé sur la table, une joue appuyée dans la main, se plaisent à discourir, le plus souvent à voix basse, sur ce qu'ils appellent les droits du peuple. Parmi les plus passionnés en ces matières votre attention discernera tôt un jeune officier, de vingt-cinq à vingt-six ans, dont la figure est sans noblesse, la tournure dépourvue de giAcc, la voix aigre et discordante, le langage presque ignoble, mais ayant la physionomie expressive, les mouvements brusques, le ton tranchant. S'il s'engage en votre présence dans une dispute, vous serez soudainement frappé de ce que son discours recevra d'énergie et de chaleur habilofJ à persuader. Ce parler vulgaire, incorrect, incohérenil embarrassé, qui naguère vous fatiguait, aura pris sur v^M pensées et opinions une autorité pressante, dominatrice, invincible. L'homme qui, d'une réunion de défauts, fait
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jaillir tant do supériorité, so nomme Olivier Cromwell : sa mince fortune le retint jusqu'ici dans les rangs infériours do l'arniée, mais il en sortira dès qu'il aura pris en i sou âme la résolution d'on sortir; car il possède cette puissance que les vieux bardes prêtaient aux dieux du Nord, dans leurs chants runiques : il sait appeler la tempête... C'est avec ce jeune homme qu'il y aurait plaisir à combiner une petite rumeur de carrefour, une simple démonstration de révolte, dont le retentissement, ouï de l'autre côté de la mer, aurait incontinent pour résultat de ramener le duc de Buckingham en Angleterre.
— Je mettrai à {jrand profit vos avis, madame, et j'espère que je parviendrai à la fin que nous nous proposons dans le bien de la relijjion. Le moine accompa^^na ce dernier mot d'un sourire malicieux, dont lady Glarick saisit parfaitement l'intention.
— Et comme dans les matières religieuses, réponditelle sur le même ton, nos sentiments et croyances diffèrent essentiellement, je prendrai soin, quand vous viendrez en conférer avec moi, de vous recevoir de telle sorte que ni vos oreilles ni vos yeux ne puissent être blessés de ce qu'ils rencontreront en mon logis.
Une réserve pudibonde dans un homme déjà âgé, qui ne porte point un froc, a quelque chose de si étrange, disons mieux, de si niais, que le Père Joseph, malgré son bigotisme, ne put s'empêcher de rougir en songeant à la singularité de l'engagement ironique que prenait M™* de Clarick. Il se retira un peu confus d'avoir mérité le reproche, mal déguisé, que l'une des plus belles femmes de la Grande-Bretagne venait d'adresser, pour la première fois sans doute, à un cavalier, et, qui plus est, à un cavalier ^français.
La honte légèrement mondaine du religieux ne dura qu'un moment : l'austérité sauvage qui le caractérisait 'éprit tous ses droits avant qu'il eût quitté l'hôtel de la îomtesse. Alors son imagination fanatisée, où s'était im- ))rimé secrètement le souvenir des charmes qui venaient ie s'offrir à lui, s'irrita contre l'image impure dont elle
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se croyait souillée. Obsédé par de pieux scrupules, en même temps peut-être qu'un désir profane excitait en lui cette nature humaine q\ù se réveille d'autant plus impérieuse qu'elle a dormi plus longtemps, Joseph sentit fermenter dans sa pensée les impressions les plus incohérentes...Une chapelle catholiquese trouva sursonchemin: il se précipita sous sa voûte protectrice; et longtemps prosterné au pied de l'autel, le front courbé jusque sur les dalles, le moine un moment défroqué fît rentrer dans son âme le calme et la contrition. Il ne songea point, durant ses longues dévotions, à solliciter la miséricorde divine pour l'action qu'il méditait: provoquer la sédition ouvrir une issue à des flots de sang, embraser peut-être tout un empire, dans l'unique but de flatter la jalousie d'un prêtre, semblait au capucin-diplomate des moyens politiques ordinaires. Un prétexte, l'honneur du roi de France, couvrait cette trame de sa gaze mensongère, c'en était assez pour satisfaire la conscience commode du sicaire de Richelieu. « Et si l'enfer, se disait-il mentalement, a des flammes vengeresses, pour les manœuvres « illicites des hommes d'État, c'est au cardinal qu'elles « sont réservées; il est l'âme de l'attentat, je n'en suis que « l'instrument... On essuie le sang qui tache l'épée homi- « cide, et l'éclat de l'acier reparaît : ainsi l'agent passif « du crime se purifie par la prière. »
Le père du Tremblay courut, en sortant delà chapelle, à la taverne de White-Hall. Il n'eut pas de peine à reconnaître Olivier Cromwell : M'"^ de Glarick. avait tracé fidèlement le portrait de ce jeune officier. Assis seul à une table devant un pot de porter, le parlementaire ardent semblait attendre un champion qui pût lui procurer le seul plaisir qu'il recherchât : une polémique chaleureuse sur les affaires du temps. Joseph, jugeant qu'il ne pour-j rait trouver une occasion plus favorable pour lier conver-| sation avec Olivier, sollicita poliment de lui la permission de s'asseoir à sa table, et demanda tout aussitôt un pol de bière au garçon, sans remarquer le petit cotillon de dri^l brun qu'il portait comme signe distinctif de sa professioûl