‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVI (volume 2)Chapitre 5 sur 91 · X NOTICE SUR TOUCIIARD-LAFOSSE · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR TOUCIIARD-LAFOSSE

Sa dernière publication fut V Histoire parlementaire et vie intime de Vergniaud chef des girondins.

Indépendamment des livres que nous avons énumérés et qui forment seuls une bibliothèque, Touchard-Lafosse a composé divers ouvrag-es en collaboration. En 1826, il écrivit avec M. J.-J. Saint-Amant un Précis de l'Histoire de Napoléon, du Consulat et de l'Empire, excellent abrégé auquel sont annexées les réflexions de l'empereur luimême sur les plus remarquables de ses contemporains. Le volume est terminé par un examen critique des historiographes de l'époque impériale. Il a publié encore les Jolies filles avec Lamothe-Langet (2 vol. in-8°), les Amours d'un poète avec M. Dutouquet,le Caporal Werner et le Général Garnison, histoires militaires de la jeune et de la vieille armée, avec M. Théodore Lustière ; un Lion aux bains de Vichy, avec le D"" Mettais; les Mémoire* d'une sage-femme, avec M"« Jullemier. Il a travaillé à plusieurs pièces de théâtre, dont une seule, la Poule aux œufs d'or, comédie-féerie, a été imprimée en 1823.

Touchard-Lafosse mourut le 11 décembre 1847. La Société des gens de lettres, dont il était membre, nomma pour assister à ses obsèques une députation composée de MM. Charles Merruau, Michel Masson, Louis Lurine, Auguste Maquet,Molé-Gentilhomme,Paul Lacroix(bibliophile Jacob) et Frédéric Thomas. M. Louis Lurine prononça sur la tombe de son collègue cette éloquente et poétique oraison funèbre :

« Aujourd'hui, messieurs, nous venons conduire à sa dernière demeure un écrivain dont le souvenir m'inspire à la fois bien de la douleur et bien de l'orgueil : de la douleur, parce qu'il fut mon ami et une pareille amitié était pour moi une bonne fortune; de l'orgueil, parce que j'ai à vous parler du talent et de l'honneur d'un homme de lettres.

« Touchard-Lafosse appartenait à cette génération d'hommes courageux, résolus, infatigables, qui ont préparé ou réalisé toutes les grandeurs de notre siècle. Ils commencèrent la vie par un combat, comme s'ils eussent

NOTicn st;n TOiTCiiAnn-i./u w-^., xi

prossoiiti qu'ils vivraionl toujours ou lutlnnt,cnconil)Hltaul.

♦: Notre coufrèro so i;lori(iait d'avoir servi l'Kmpire dans le commissariat militniro.Los commissaires dont il s'a^'it, messieurs, ôtaii-'ut les intendants du génio de la guerre, lis n'organisaient pas la victoire, il organisaient les apprêts et les résultats matériels de la conquête; ils étaient de la veille et du lendemain par devoir, et ils so mêlaient aux vicissitudes du jour par héroïsme.

« Après la chute do l'I^lmpire, M. Touchard-Lafosse n'avait plus rien à faire dans les batailles ; il se souvint de ses premières études, pour les achever, pour les comj)létcr. Il ajusta une plume à la poignée de son épée, comme Viennet, comme Salvandy, comme Garrel, comme Paul-Louis Courier, et le commissaire des guerres se fit homme de lettres.

« Dès ce moment, messieurs, la littérature devint pour sa vie matcricUe un secours, pour son esprit une distraction, pour son cœur un plaisir. Ce soldat si actif et si remuant n'était plus qu'un littérateur timide, calme, studieux ; il cultivait les lettres comme on devrait les cultiver toujours ; il écrivait loin des coteries, loin des cabales, loin des émeutes de la camaraderie ; il dédaignait même le bruit de ses succès, et il se contentait de réussir. Enfin, messieurs, il vivait en travaillant, il travaillait pour vivre, et quelquefois peut-être pour mal vivre: les ouvriers de l'intelligence, les artisans de la pensée, demandent à Dieu leur pain quotidien, et Dieu ne le leur envoie pas tous les jours !

« Touchard-Lafosse a publié cent volumes: il a imaginé des romans ; il a composé des mémoires ; il a essayé de lu poésie; il a écrit l'histoire; il est presque mort la plume à la main, en nous racontant la vie républicaine de Vergniaud.

« Les livres de Touchard-Lafosse ne ressemblent pointa ces feux d'artifice qui ne savent que briller, ce sont, comme on l'a dit, des œuvres d'un autre écrivain, des boulets littéraires qui ricochent et finissent par faire leur trou dans la littérature et dans la civilisation d'un pays.

XII NOTICE .SUU TOUCIIAUU-LAFOSSK

«Voilà l'homme de lettres, messieurs, et voici l'homme; c'était l'alliance la plus noble du talent et du caractère, du courage et de la modestie, de la bonté et de l'esprit ; permettez-moi de vous le dire, puisque je l'ai bien connu, il avait une raison enthousiaste, une patience poétique, un cœur spirituel.

« Un religieux devoir a réuni deux familles autour de ce cercueil : l'une, qui est la famille du sang, de la loi et de l'affection ; l'autre, qui est la famille des lettres, de l'intelligence, de la confraternité. La première se tait parce qu'elle pleure ; la seconde n'a pas le droit de se taire, même en pleurant, parce qu'elle a besoin de revendiquer sur une tombe le talent et la probité qui honorent la littérature. »

Les auteurs de la Biographie des hommes du jour ont dit avec raison :

« Journaliste, historien et romancier, M. Touchard-Lafosse ne perdit jamais de vue cette noble bannière de l'indépendance à laquelle tout homme d'honneur qui tient une plume doit se rallier. Il n'est pas un seul de ses ouvrages où il n'ait atteint d'une critique ou grave, ou mordante, ou badine, l'arbitraire, la corruption, l'intrigue, la vénalité, le charlatanisme des hommes politiques. Dans la plus légère comme dans la plus sérieuse de ses productions, M. Touchard-Lafosse s'impose une tâche utile au pays. En littérature, il ne se montre pas moins l'ennemi de ces déplorables coteries qui ralentissent le vol de cette première des gloires actuelles de notre patrie. Romantique avec les classiques immobiles, cet écrivain blâme leur résistance au progrès ; classique avec les novateurs frénétiques, il condamne leurs excès, leurs abus, mais plus particulièrement l'insultante exclusion de leur école.

« La manière de M. Touchard-Lafosse est nerveuse, colorée dans les compositions historiques ; fine, malicieuse, ingénieusement critique dans le roman ; et partout il sait captiver le lecteur par un plan tracé nettement, une action conduite avec régularité, un intérêt vif.

NOTICE suit TOUCII.MID-LAFOSSE Xlll

soutenu; aussi ses ouvrages sont-ils recherchés par toutes los classes de lecteurs. »

Nous ne saurions que ratifier, et lo public ratifiera avec noua, ces éloges, surtout après avoir lu les Chroniques de VŒil-de-liœiif.

IVMILK OU LA HÛDOLLlÈnii.

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