MOTIFS
Le poète de tous les âges, de toutes les écoles, la seule illustration, peutr-être, que n'aient pas flétrie nos mobilités, Molière, traîna les travers au grand jour de la scène, et crut rendre un service à l'humanité. L'expérience prouva bientôt qu'il ne s'abusait point : on reconnut l'hypocrisie à son masque, l'avarice apprit à rougir, la médecine ignorante s'instruisit, le pédantisme en jupons se corrigea, et la galanterie devint, sinon plus sage, du moins plus réservée. L'auteur de Tartufe ne signala pas le premier la nécessité de peindre les mœurs, observées même dans leurs plus grands écarts : « Il faut connaître pour user ou s'abstenir », avait dit Lucien. Le philosophe grec appliquait assurément cette maxime aux hommes comme aux choses; et, sous ce double rapport, elle est lumineuse de vérité. Mais les corruptions ne purent marcher longtemps à découvert : le sage eût voulu que ses actions fussent de verre ; le vice inventa la vie murée. Derrière cette commode clôture, qu'on se hâta de proclamer sacrée, se réfugièrent toutes les turpitudes que le monde eût méprisées ou punies ; les hommes qui dérobèrent le mieux leurs égarements, leurs fautes, leurs crimes, à force d'adresse ou de séductions, furent déclarés les plus purs, les plus vertueux, les plus grands.
Ainsi se forma cette histoire sophistiquée qui nous éblouit de ses lueurs factices, ou nous trompe par ses