‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVI (volume 2)Chapitre 53 sur 91 · Mémoires de Montglas, tome I", p · texte numérisé non relu

Mémoires de Montglas, tome I", p

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diont, (|iio lo voisinage assourdi s'en plaignit, et qu'on fut obligé do lui interdire co singulier genre d'avertissement. Or le haut fonctionnaire était dans toute la force (le l'Age lorsqu'il remplit sa mémorable mission ; on peut, sans trop do Itiinérito, l'accuser d'avoir été poussé par le démon tentateur do sa jeunesse à soulever le fichu royal.

Quoi qu'il en soit, et malgré lo rigoureux scrupule apporté dans celte visite, son résultat négatif ne satisfit point Hichelieu. Ses espions, dont le couvent était environné dès le matin, avaient vu passer furtivement la mystérieuse cassette de l'appartement d'Anne d'Autriche à celui de la supérieure. Mais une fille d'honneur, chargée du transport, s'aperçut qu'on l'observait : elle en rendit compte à la reine, qui, à tout événement, imagina une esplication que l'abbesse promit de soutenir. Cette religieuse, appelée M'"" de Ponlchàteau, était cousine germaine du cardinal; elle ne s'en montra pas moins fidèle à sa souveraine ; et gardant un profond silence sur le coffret, elle sauva l'accusée d'une perte inévitable, au mépris do sa propre fortune. Interrogée sur le contenu de la cassette, la supérieure mentit obligeamment et déclara que cette boîte ne renfermait que des rubans, des dentelles, des passements envoyés par la reine pour l'ornement des chapelles.

Le cardinal échouait ; il lui fallait une victime : M""^ de Pontchâteau fut sacrifiée, malgré ses droits de parenté. Son cousin la relégua dans un couvent de Moulins, et la fit remplacer au Val-de-Grâce.

Mais le moment était venu où Richelieu allait avoir à s'occuper de soins plus graves ; tandis qu'il se livrait à ces intrigues, les Espagnols entraient en Picardie ; ils songeaient à combiner avec les Impériaux un mouvement sur Paris, que dirigeait le célèbre Jean de Wert ; et les Anglais, sollicités vivement par M°»« de Chevreuse, n'étaient pas éloignés de donner la main aux calvinistes, prêts à se révolter encore. Le cardinal, qui, dans les grands dangers, descendait au-dessous des hommes ordinaires, fut effrayé de cette extrémité.

434 CHRONIQUES DE l'oeil-de-boîuf

— A quel enaemi faut-il courir d'abord ? demandait-il, dans ce pressant besoin, au père Joseph, dont le courage demeurait froid et stoïque.

A la duchesse de Ghevreuse, répondit le moine.

— Quelle étrange réponse 1

— Ne voyez-vous pas, reprit le capucin, que cette femme, qui, tout récemment, passa de Londres à Madrid, va consommer dans le lit de Philippe une alliance commencée dans celui de Charles ! Or, si ce dernier, satisfait des galions que le Catholique lui promettra, se porte contre la France, on nous taillera de rudes croupières. . . ne laissons pas d'y mettre empêchement.

— Et comment cela, père Joseph ?

— En rappelant la duchesse assez vitement pour qu'elle n'ait pas le temps d'agir à Madrid.

— Un courrier pourrait partir ce soir; mais pardonner à cette catin dans le temps qu'elle trahit 1

— Lui pardonner, nullement ; mais lui faire le commandement exprès de rentrer en France, sous peine de confiscation de ses biens, et la tenir loin de Paris, surveillée jour et nuit.

— Le conseil est bon ; Marie de Rohan résidera dans une terre qu'elle possède près de Saumur.

Richelieu venait d'ordonner une manœuvre qui devait assurer la victoire à son irréconciliable ennemie.

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