‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVI (volume 2)Chapitre 56 sur 91 · Document historique · texte numérisé non relu

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phrases la nonno pût abordor collo question délicate au- |)rôs d'un homme aussi candide que le roi. Toujours esUil vrai (jue ce point fut traité à la f;rille, et qu'il y fut même vivement débattu, car Sa Majesté se montrait fort rebelle .1 cotte ratification démonstrative du traité conclu.

Les choses demeuraientencore indécises, lorsqu'au mois de décembre 1037, Louis XIII, parti de Versailles pour aller coucher à Saint- Maur, s'arrêta au couvent de la Visitation. L'entretien du monarque et de la sœur Louise dura ce jour-là quatre heures au moins ; la nuit était venue quand Sa Majesté quitta le parloir. Pendant cette longue conversation, une pluie d'orage était survenue ôt se prolongeait ; les averses se succédaient avec une telle rapidité qu'il fut impossible que le roi songeât à se met- Ire en route ; on lui fit comprendre d'ailleurs que les chemins allaient être tellement défoncés qu'il serait dangereux d'y engager son carrosse.

Cependant les officiers de la chambre, ceux de bouche et les provisions étaient rendus à Saint-Maur ; l'appartement du roi au Louvre n'était point tendu ; l'étiquette, rinllexible étiquette, rappelée en ce moment au roi avec une extrême chaleur par le capitaine des gardes Guitaut, s'opposait à ce que, dans sa capitale, le monarque demandât asile à l'un de ses sujets : en un mot. Sa Majesté ne savait où passer la nuit.

— Sire, dit enfin Guitaut, qui parut s'aviser tout à coup de cette idée, la reine demeure au Louvre. Votre Majesté trouveraitchezelle un souperet un logement tout préparés.

— Non, non, répondit le roi avec quelque humeur, j'attendrai encore, le temps va changer... Voyez de ce côté, j'aperçois une étoile.

— Par lâchasse de sainte Geneviève! reprit le capitaine des gardes après une demi-heure.je ne sais vraiment, sire, que penser de l'étoile qui s'est fait voir en cette soirée ; mais la pluie redouble et le vent fait raga... Le Louvre est si près.

— Messire de Guitaut, la reine soupe et se couche trop tard pour moi.

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— Sire, je m'assure que cette princesse se conformera volontiers à la manière de vivre de Votre Majesté ; et je viens à tout événement d'envoyer un page au Louvre, afin de prévenir la reine de votre venue.

— Sans mon commandement, monsieur, dit le roi d'un air à moitié fâché, c'est avoir mal agi.

— Je prie Votre Majesté d'excuser cette démarche en cas qu'elle la juge légère : c'était un effet de mon zèle.

— Allons donc au Louvre, dit négligemmentLouisXIII; mais si le ciel devient beau, nous ne laisserons pas de nous rendre à Saint-Maur. Qu'importe une nuitée blanche à d'intrépides chasseurs? Demain à l'aube nous serons certains de trouver le gibier au gîte.

— Par saint Hubert 1 le gibier au gîte 1 je voudrais bien l'y trouver ce soir à la place de Sa Majesté 1 murmura Guitaut pour lui seul.

On partit.

Anne d'Autriche attendait le roi dans un cabinet brillamment illuminé ; elle avait pris une élégante parure, et sa beauté, qui conservait encore tout son éclat, produisit une visible sensation sur Louis XIIL La reine fit à son royal hôte un accueil si gracieux, si tendre, qu'il se crut obligé de déposer un double baiser sur ses joues relevée^ d'un coloris charmant. Le couple soupa dans la chambre à coucher... Anne,ainsi qu'on l'a dit, emprunta-t-elle, durant cette entrevue, le secours d'un philtre composé par l'apothicaire Danse ? les sens léthargiques du roi furentils excités parles vins généreux ? ou les charmes seuls de la reine triomphèrent-ils ? C'est ce qu'on a toujours ignoré ; mais il est de notoriété historique que la fille de Philippe III, devenue régente, levait légèrement les épaules quand on lui rappelait la victoire de cette soirée... Bref, Louis XIII partagea le lit de son épouse.

Dès que le petit jour parut, le roi, comme s'il eût été honteux d'une faiblesse, s'échappa de la chambre, après un adieu fort tiède, et se rendit à Saint-Maur.

La reine se leva rayonnante de satisfaction. Le soir même un courrier, qui partit secrètement pour les Gar-

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dello!), porta h M™« do Chevreuse ce billot, écrit dans uno combinaison de chiiïros convenue :

€ I.o poids qui m'oppressait la poitrine, chère Marie, « ostenlevô : que je vais maintenant trouver l'autre léger € et doux ! Continue tes visites à l'ermite, et prends un « soin particulier à ce qu'il ne s'éloif^ne pasdesa retraite... « Je ne saurais te dire quand j'aurai la force de lever la « consigne que tu lui as donnée en mon nom... Marie, « tés leçons m'ont profité plus que chose du monde, au « grand dommage, hélas ! de mon salut. Je me suis con- « liée à Hrigitte seule touchant la communication établie « par un rude travail entre les caves de l'hôtel de Che- « vreuse et celles du Louvre : cette bonne fille garde en « grand mystère les clefs de ce passage, qui aboutit au « pied du pont des Soupirs ; elle ne remet ces clefs que le « soir. Pour ce qui est du jour, j'ai obtenu quelques dra- « chmes de raison... Vraiment c'était la seule chose en « laquelle on fût défaillant.

« Adieu, je t'embrasse avec le sentiment de tout le « bonheur que je te dois.»

Cette fois Louis XIII avait été servi en roi: à trois mois juste de l'hospitalité donnée à ce prince par Anne d'Autriche, elle déclara aux dames de sa maison qu'elle était grosse. Alors la reine manda souvent le père Bernard, son confesseur : elle avait aussi de fréquentes entrevues, à la Visitation, avec Louise de la Fayette, et lui témoignait une grande amitié. Un carme déchaussé, qui passait pour tomber en des extases prophétiques, annonça dans le même temps qu'il avait eu une révélation de la grossesse de Sa Majesté.

On songea bientôt à déclarer au roi cet heureux événement ; la reine eût voulu le tenir encore secret, craignant qu'une troisième fausse couche ne vînt tromper des espérances conçues prématurément. Mais il était impossible de cacher plus longtemps le développement extrême que prenait la taille de Sa Majesté : avant l'expiration des quatre-vingt-dix jours, elle paraissait enceinte de six mois ; tant la bénédiction répandue sur la couche royale

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avait été complète ! Dans cette situation inaccoutumée, Marie manquait à la souveraine, qui, ne pouvant s'empêcher de rougir chaque fois qu'on lui parlait de sa fécondité, se hâtait d'aborder une autre conversation. Elle perdit cependant cette habitude dangereuse, sur les fréquentes représentations de sa fidèle Brigitte.

Enfin la notification maternelle fut faite au roi vers la fin de mars 1638 : ce prince en éprouva une joie si grande, il prit d'ailleurs en si profonde conviction l'efficacité de la grâce dont il avait été l'instrument, que nul soupçon, nul sentiment amer ne se mêla à son allégresse.

Des Te Deiim furent chantés dans toutes les églises du royaume pour remercier Dieu d'un si grand bienfait.

Le roi avait ordonné qu'une cérémonie majestueuse et une procession eussent lieu à Notre-Dame. Ce prince, retenu au château de Saint-Germain par une indisposition, ne put assister à cette grande solennité ; mais toute la majesté du trône y fut néanmoins déployée. Le cardinal de Richelieu parut à l'église métropolitaine avec un appareil véritablement royal : on avait préparé à Son Éminence le même fauteuil, le même prie-Dieu que le chapitre offrait au souverain ; au-dessus du siège s'élevait le baldaquin qui servait pour Sa Majesté , le tapis de velours violet étendu sur les dalles était celui foulé d'ordinaire par les pieds royaux; seulement aux carreaux destinés à s'agenouiller, manquait le semé de fleurs de lis. L'orgueilleux ministre, qu'annonça le bruit des tambours, des trompettes, des orgues, entra dans le temple aux voûtes retentissantes avec sa compagnie des gardes, précédée du capitaine. Parvenu à sa place, il se vit à l'instant environné d'une foule de grands officiers, de magistrats, de pages. Une couronne seule manquait à l'attirail monarchique de Son Éminence. Cet éclat affecté fut une grave maladresse : l'imprudent triomphateur eût dû sentir qu'il anticipait aussi trop ouvertement sur la faible portion de grandeur qu'il avait laissée à Louis XIII. Quand les enfants se montrent obéissants, il ne faut pas leur ôter leurs jouets. D'ailleurs Armand avait mal choisi le moment

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pour jouer nu roi; aussi lo souverain titulaire lui eu lit-il le leudemjiiu des reproches fort durs.

La liii do celle parodie présenta une circonstance qui faillit devenir saiif;lauto, mais qui, à défaut d'armes ineiir" trières, ne fut (jue grotesque.

Au moment où la procession se mettait en ordre, le premier président do la chambre des comptes prit la gauche de celui du parlement. Soudain, et nonobstant la sainteté du lieu, une discussion violente s'éleva entre les deux corps; messieurs prétendant que le chef de la chambre des comptes no devait marcher qu'après les présidents à mortier ; les autres soutenant au contraire que ce dignitaire était à sa place. Bientôt les débats s'échaulTèrent à tel point que de la dispute on en vint aux coups : les bonnets de velours, projectiles heureusement inofîensifs, furent d'abord envoyés à la tête des combattants ; mais on finit par se prendre corps à corps. La mêlée noire devint alors fort compacte. On entendit bruire les robes déchirées ; le parvis sacré fut jonché de leurs débris, et plusieurs bras, dépouillés de leurs vastes manches, laissèrent tomber rudement sur les visages ennemis des poings dignes du port au blé... Les mousquetaires de Son Eminence mirent fin à cet engagement ; mais le cardinal se retira furieux d'avoir vu dégénérer en cohue scandaleuse l'ovation qu'il s'était ménagée.

Un combat avec des circonstances plus étranges eut lieu dans le même temps, et sous l'empire de la même cause primitive : il nous importe de le mentionner. Trois heures environ avant le jour, un gentilhomme se cachant le menton dans le haut d'un ample manteau, ayant son chapeau enfoncé sur les yeux, et portant une plume blanche recourbée sur le visage, sortait en grand mystère de rhôtel de Ghevreuse, alors inhabité. Il marchait avec distraction dans l'espace encore sombre, lorsqu'il se sentit violemment heurté par une personne, apparemment distraite comme lui, qui s'avançait dans le sens opposé à sa direction.

— Que la peste étouffe le butor 1 s'écria l'homme qui

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ne sortait pas de l'hôtel, ne peux-tu donc garder ton chemin sans heurter le seul chrétien qui passe en la rue à cette heure de nuit ?

— Tout beau, répondit le gentilhomme à la plume blanche, ce dire est trop brutal de la part d'un rustre, à qui je pourrais adresser le même propos.

— Un rustre ! par saint Jacques 1 il pend à mon côté une lame qui fera preuve du contraire, si vous en portez une digne de la croiser 1

— C'est chose à vérifier pour ce qui est de vous, car je maintiens qu'il n'est gentilhomme en France qui ne fît gloire d'être appelé par moi.

— Votre nom, messire ?

— Si Dieu me prête aide au retour du soleil, je fais espérance que vous le trouverez à la pointe de mon estoc.

— Ne chantez pas une antienne si haute, tout Paris connaît le marquis de Buse pour un raffiné.

— Moi, monsieur, je fais mépris de cette engeance, et, par ma bonne épée I il m'agréerait fort de porter sur la pelouse un de ces coupe-jarrets : la graine ne vaut rien.

— Messire, la terre est facile à remuer derrière la Bastille 1 nous verrons, sur mon âme, qui de vous ou de moi y fera pousser le gazon ce printemps.

— Je serai en ce lieu, avec quatre gentilshommes, à la huitième heure de cette matinée.

— Vous m'y trouverez mêmement appareillé.

— Bonjour.

— Au revoir.

Le cavalier à la plume blanche courut chez un de ses amis, qui, après l'avoir remercié de lui procurer l'occasion d'allonger, disait-il, quelques bonnes estocades, se chargea de trouver trois autres combattants.

— Vous savez, mon ami, lui dit l'autre, à quelle condition vous devez les choisir.

— Oui, oui, de ces amis que vous n'aurez jamais vus.

— C'est cela... Heureux si de Buse amène aussi des dieux inconnus! Pour ce qui est de lui et de moi, nous ne nous sommes, je crois, rencontrés nulle part... Faites dili-

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genco, chevalier d'IIarville, je vais vous allondre en me chaiiiTant, ajouta riticoiinu, qui se mil à écarter avec le boul du sou cpéo les cendres dont le brasier de l'ûlrc était recouvert.

Le chevalier revint au bout d'une heure; deux gentilshommes seuloment raccompagnaient : il n'avait pas rencontré chez lui son troisième ami. Le principal acteur accueillit avec grftce les remerciements que les nouveaux venus lui adressèrent.

— Je m'assure, messieurs, qu'à l'occasion vous me procureriez semblable honneur.

— Vraiment oui, et cela ne saurait faillir longtemps de se rencontrer. — Ici les amis du chevalier secouèrent la main du cavalier.

— Marchons toujours, reprit-il je me persuade à l'espérance qu'en passant au Pont-Neuf nous trouverons tôt notre cinquième.

— Partons donc, répondirent les trois champions. L'homme mystérieux ne s'était pas abusé ; à peine les

combattants avaient-ils parcouru la moitié du Pont-Neuf, qu'ils rencontrèrent un jeune mousquetaire, dont l'air martial les séduisit. — Voilà notre homme ! s'écrièrentils ensemble.

— Mon gentilhomme, dit l'officieux d'Harville, qui s'était avancé vers l'officier, vous plairait-il d'aider ces trois cavaliers et moi à vider une querelle, ce matin, aux portes de la ville ?

— Messire, répondit le militaire, je me flatte que vous faites boa état de ma réponse. C'est beaucoup d'honneur pour moi ; mais, sur mon âme, je me tiens pour digne d'y répondre. Allons, messieurs.

On était arrivé sur une pelouse située derrière la Bastille, à la place où se trouvent maintenant les bâtiments de l'arsenal. Deux allées de tilleuls ombrageaient ce gazon, souvent arrosé du sang versé dans les duels. Un peu à droite, la haute et noire prison d'Etat, muet témoin de ces combats journaliers, semblait, en reflétant un rayon

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du soleil levant, sourire à la scène tragique qui se préparait.

Les dix champions étaient déjà accouplés par le hasard, sauf l'homme à la plume blanche et le marquis de Buse, qui devaient nécessairement combattre l'un contre l'autre. On se regardait d'un air sombre, mais sans avoir mis bas ni le pourpoint ni le chapeau : la brise matinale faisait encore flotter le panache sur la tête des duellistes.

— Allons, messieurs, voilà le temps d'en découdre, dit le chevalier de l'hôtel de Ghevreuse; mettons l'estoc au poing sans retardement, et n'attendons pas les gardes delà connétablie. Si vous avez souvenance de la Chapelle et Bouteville ', vous devez savoir que notre gracieux souverain et maître prend les duels en fort mauvaise part... Or sus, en action.

Aces mots, le harangueur jette sa cape et son chapeau. Mais à peine a-t-il le visage découvert que les quatre compagnons du marquis de Buse, au lieu de l'imiter, le regardant d'un air égaré, reculent avec effroi, et prennent la fuite en s'écriant :

— C'est lui, c'est lui ! un fantôme !... un démon... Que Dieu nous garde de croiser le fer avec une compagnie de diables arrivant de l'enfer I

— Malédiction ! leur criait le marquis en les rappelant... où courez-vous I c'est une couardise déloyale, un singulier déshonneur pour vous et pour moi 1

Mais les fuyards jouaient toujours des jambes à qui j mieux mieux, il fut impossible de les arrêter. ^,

— Je vois ce que c'est, dit l'inconnu en souriant ; ces '< cavaliers ne sont point des couards, mais des hommes superstitieux.

— Par ma foi I messire, reprit de Buse en jetant son pourpoint sur le gazon, fussiez-vous le grand Lucifer luimême, j'aurai affaire à vous. — Et le marquis tira son épée.

— Sur mon âme, dit un des gentilshommes que d'Har-

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