‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVI (volume 2)Chapitre 59 sur 91 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

La couronne de myrte. — Harangue de M"» de Chcvrcuse. — Le comte de Moret. — Maladie de Richelieu. — Mort du père Joseph. — Les deux cardinaux. — Mort du cardinal de Richelieu (4 décembre 1642).

Tandis que Louis XIII, ivre de paternité, trouvait enfin quelques lueurs de plaisir au berceau de son fils, une satisfaction plus réellement motivée éclatait à l'ermitage des Gardelles. Le père Jean-Baptiste, bon Français, bon royaliste, voulut aussi célébrer l'heureuse fécondité d'Anne d'Autriche. La duchesse de Ghevreuse et le chevalier d'Harville, revenu de Paris, se réunirent au solitaire. Mais on apprendra sans doute avec quelque surprise que MM. de Guitaut et de Montigny, capitaines des gardes, étaient aussi de la fête, et que le dernier y avait amené la jolie Brigitte, devenue tout récemment son épouse. Ces divers personnages, retirés dans l'élégante et mystérieuse chambre décrite ailleurs, avaient vu s'écouler rapidement deux heures autour d'une table délicatement servie : la gaieté brillait dans tous les regards ; la joie remplissait tous les cœurs. Un survenant eût peut-être expliqué difficilement la présence devant la table d'un portrait de religieuse : c'était Louise de la Fayette ; retenue aux Visitandines par sa vocation pieuse, elle assistait, au moins en effigie, à une solennité qui l'était moins.

Deux heures donc s'étaient écoulées, lorsque M^^^ de Ghevreuse, l'œil étincelant d'un mélange indéfinissable d'allégresse et de malignité, se leva ; puis saisissant une couronne de myrte qu'on lui tendait derrière son fauteuil, elle la posa sur le front d'un cavalier magnifiquement vêtu, assis à sa droite. Marie prononça ensuite, d'une voix ani-

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mée, coite liaranguo tout à fait omi.so pur aefl historiens:

« Messieurs, l.t Franco est encore tout émue, toute « rotontissaiito des actions de grâce rendues au cici pour « lu naissance d'un Dauphin; je me suis, en f^randc dévo- « lion, réunie du fond de l'Ame à ce concert d'hommages. « Mais, il faut que je l'avoue, ma raison se laisse parfois € surprendre ù d'étranges retours d'idolâtrie : je me sens, « par exemple, persuadée en ce jour que nous devons « aussi des témoignages reconnaissants à certains dieux « des cavoaux de l'hôtel de Chevreuse... Or, mes amis, « sans que Dieu soit moins dans mon cœur, j'ai couronné « le grand prêtre de ces souterraines divinités : c'est le •€ frère Jean-Bapliste, ici présent, que nous appellerons « bien bas le comte de Moret... J'étais avisée, depuis mon « exil aux Gardelles, que ce seigneur n'était pas mort à « Gastelnaudary ; mais je tenais à merveilleuse fortune € que la reine le sût aussi... Les Te Deum du royaume « vous disent qu'elle n'a plus rien à apprendre touchant « ce sujet. Ayez maintenant souvenance, mes amis, que « Fabroni prédit autrefois à la reine mère que les enfants « de Henri IV' ne cesseraient pas de régner : je prends en « grande pitié les intelligences rebelles qui ne compren- « draient pas à cette heure comment la prédiction s'est « accomplie. »

Nous les plaindrions aussi, ces conceptions difficiles ; mais nous ne pouvons en vérité leur offrir qu'un bref complément de détails.

Moret, recueilli et soigné secrètement par les religieuses de Prouille, en Languedoc, guérit parfaitement de sa blessure. Fuyant une condamnation capitale, qu'il n'eût point évitée s'il fût resté sous la main du cardinal, il voyagea cinq années entières en Europe : ce n'était donc pas à tort que l'on croyait l'avoir vu au bal à Venise ; et Son Éminence n'avait donné à Louis XIII qu'une confirmation fabuleuse de la mort du comte *. Le hasard conduisit ensuite ce seigneur aux Gardelles, pays sauvage, où il espéra vivre ignoré, sous l'habit d'un ermite.

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