Voyez l'Histoire du frère Jetn-Baptiste
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Il est aisé maintenant de pénétrer l'intrigue conçue par la duchesse de Chevreuse ; les actives sollicitations de M"» de la Fayette se dévoilent : on voit poindre le motif déterminant du capitaine des gardes Guitaut pendant la soirée orageuse qui conduisit Louis XIII chez la reine, un peu tardivement selon toutes les narrations fidèles du temps ; l'incognito de l'homme à la plume blanche s'explique ensuite, ainsi que la frayeur des spadassins et du vieux soldat, pour lesquels Moret n'était plus qu'un trépassé. Dire que le frère Jean-Baptiste avait aux Gardelles un remplaçant pendant son séjour aventureux à Paris, et que d'Harville était venu dans la capitale pour seconder le comte, c'est prendre un soin presque superflu. Mais il ne faut pas omettre d'ajouter que la jolie Brigitte, maintenant comtesse de Montigny, avait fait promettre à son mari, capitaine des gardes, qu'il défendrait même au péril de ses jours le prince que Dieu venait de donner à la France...
Cette affaire avait été habilement conduite.
Richelieu se perdait en conjectures sur la trame de fée dont on connaît l'immense résultat. Le château et l'ermitage des Gardelles n'avaient pas cessé d'être observés par les espions du cardinal ; mais la duchesse était constamment restée à sa terre, et l'on avait toujours vu l'ermite au revers de la colline, grâce à son suppléant. Les soupçons du ministre ne s'arrêtèrent pas un seul instant de ce côté ; néanmoins, il ne doutait point que, par des menées dont les fils lui échappaient, la favorite n'eût enfin obtenu sur lui l'éclatante victoire qui l'accablait. Sylphe, gnome ou démon ; grand seigneur, simple officier ou laquais, le père du Dauphin, ou plutôt des Dauphins, ne pouvait être Louis XIII : telle était la pensée du cardinal. « Au surplus, se disait-il à lui-même, pourquoi se « mettre tant en peine pour des recherches désormais sans « utilité? Armand, voilà le mal que tu redoutais produit; « ta perte, plus ou moins prochaine, est assurée. Essayons « cependant de nous porter contre notre mauvaise for- « tune, sauf à nous laisser aller ensuite à sa merci. »
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Dana ces acntiments, Hicholieu voulut effrayer le roj des dangers, qu'avait, (lisait-il, à courir l'héritier du trône; mais si Louis XIII laissait à cet homme d'Ktal tout son crédit faute do vigueur pour le lui retirer, il lui ôlait peu à peu sa confiance. Le monarque consulta la reine sur les prétendues craintes (lu cardinal:* Sire, lui répondit cette «princesse devenue plus hardie, si le prince peut avoir à « courir quelque hasard, ce n'est que par celui qui vous « offre aujourd'hui de pourvoir à sa sûreté. » M'"" de Lanzac, gouvernante du Dauphin, parla dans le même sens qu'Anne d'Autriche, et Montigny ajouta avec feu qu'il répondait sur sa tête* des jours de Son Altesse Royale si le roi daignait lui en accorder la garde exclusive. Sa Majesté y consentit... « Je suis perdu », dit Hichelieu en apprenant cette détermination.
Dès ce moment, le dominateur de la France tomba dans une maladie de langueur, causée par les inquiétudes et les soucis. Il régnait toujours, mais il sentait que, ne gouvernant plus l'esprit du roi et sa puissance ne pouvant se maintenir que par la force, il tomberait sans retour du moment où il se trouverait un homme assez audacieux pour l'attaquer avec résolution et prudence. De là l'horrible pensée d'élargir sans cesse le fossé de sang qu'il tenait entre lui et ses adversaires. Aussitôt qu'une tète menaçante venait à se dresser, elle tombait. Soissons fut assassiné au milieu de son armée ; Saint-Preuil périt à Amiens ; Cinq-Mars et de Thou succombèrent dans une sainte ligue, où Louis XIII lui-même était entré; Gaston, s'il n'eût fui, inondait peut-être l'échafaud du sang de Henri IV. Marie de MécJicis, après avoir fatigué la charité des souverains, vivait affaiblie et maladive dans un galetas de Cologne. Son infatigable ennemi ne pouvait la frapper si loin; mais il avait lancé contre elle de terribles auxiliaires, les privations. L'illustre fille des Médicis, la veuve du meilleur prince qui ait régné sur nous, la mère du souverain le plus puissant de l'Europe, périt accablée de misère... Elle mourut de faim !!! Il faudrait déchirer toute l'histoire de Louis XIII, ne fût-ce que pour
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anéantir cette pa^e atroce... Car lorsque les annales des monarchies sont noires de forfaits, vides d'actions généreuses, à quoi bon les conserver ? On ne s'instruit point, on frémit à l'aspect de ces hideuses tablettes attachées à la robe du Temps comme le cadavre d'un criminel aux fourches patibulaires.
Durant cette nouvelle période d'attentats, le cardinal vit mourir Joseph, son conseiller le plus ferme, son agent le plus fort, le muscle de sa puissance. Après cette perte *, l'activité du géant politique se soutint uniquement par la fureur ; rentré dans le commerce ordinaire de la vie, son caractère, ainsi qu'un instrument détendu, n'avait plus que d'insipides émanations. Son âme, dépourvue d'énergie et dominée par la douleur physique, cessa bientôt de pouvoir se contourner avec les replis de l'intrigue : un second prince avoué naquit d'Anne d'Autriche, sans que Richelieu pût découvrir d'où sortait cette greffe supplémentaire d'hérédité.
Ainsi, déclina, pendant trois ans, cet homme dont l'immense astuce mérita, sous quelques rapports, les éloges emphatiques des historiens. Perdant, avec une rapidité toujours croissante, cette constance, cette opiniâtreté qui fut sa plus éminente qualité, s'il recouvra par intervalles quelque vigueur, ce fut à la manière des bourreaux, les mains plongées dans le sang. Enfin la maladie cloua Richelieu sur sa couche. Dans cet état, l'espérance vint le bercer encore: il rêva le retour de sa santé, et, comme tous les malades qui s'éteignent, sema l'avenir d'innombrables projets. Durant les trois semaines qui précédèrent sa mort, il se plaisait à voir tous ses amis entourer son lit, et à leur faire partager ses illusions : M'"^ de Comballet épouserait une tête couronnée ; Boisrobert aurait enfin sa mitre ; Ghavigny, né, selon la chronique secrète, des galanteries du cardinal et d'une erreur de M™" de Bouthillers, Chavigny ne devait pas avoir moins que la survivance du principal ministre.