MOTIFS XV
înonsongcs officieux. Nous no conuaîlrions pas les mœurs (1(3 Rome la Grande sans l'Apreté véridique de Perse, sans le lie! mordant de Jnvéïial, sans la malif,'nit6 morpieuse d'Horace. Nos propres annales, où sont-elles écrites avec (pielquo bonne foi, sinon dans les chroniques naïves du moyen-Age, et dans les mémoires des trois derniers siècles? C'est une tâche à refaire, maintenant que nous savons délayer des couleurs vives et fortes sur nos palettes, maintenant qu'il existe parmi nous des écrivains consciencieux, surgis de ces troubles civils où les hommes acquièrent au moins l'indépendance de l'esprit.
Et pourquoi les romanciers ne concourraient-ils pas à cette nouvelle œuvre ? Pourquoi s'abstiendraient-ils de planter quelques jalons sur la pente des temps, que les historiens doivent remonter, libres de joug et d'entraves? Une critique sévère s'est attachée aux compositions romanesques qui ne présentaient que dénaturés les emprunts faits à l'histoire : en cela le blâme avait raison, encore que l'histoire mérite peu de confiance, car ce n'était pas pour la restaurer que les écrivains repris la changeaient. Il faut procéder autrement.
Lorsque je me place au sommet d'une montagne dominant le plus beau vallon de la Suisse, ma vue arrêtée sur le magnifique spectacle qui m'est offert, embrasse tout son ensemble; mais elle ne s'affectionne qu'à certaines parties de perspective, néglige les détails obscurs, et se compose un tableau brillant des objets de son choix. Ainsi doit se former un épisode historique sous la main du romancier: le domaine du vrai est assez vaste, assez riche de scènes intéressantes, de caractères saillants, de catastrophes terribles, pour qu'on puisse y choisir un drame, sans confusion, sans déplacer ni les personnages, ni les faits. Si les éléments réputés authentiques ont si peu marqué qu'ils ne puissent être reconnus sous la parure romanesque, pour-