Ce grand peintre mourut en
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« plus dans mon lit quo je ne puis ga;;ner à lu tubic de « jou. — 11 faul,mon3oignour, ropliquui-jc ausaitol, enler- « rer la syna^'ogue avec honneur. — Oui, repartit le ma- « lade ; mais ce sera vous autres, mes amis, qui rcnterro- « re/, et je paverai les frais de la [)ompe funèbre. »
En général, le premier ministre montre dans les derniers jours de sa vio un singulier mélange de regret et de résignation. Tantôt il parle de sa mort avec calme, avec sangfroid, on pourrait presque dire avec gaieté; tantôt il laisse paraître de la pusillanimité, de la terreur. Brienne,à qui j'ai entendu raconter ce que je vais dire, entrait un soir dans la chambre à coucher de Mazarin : il sommeillait devant le feu, appuyé sur le dos de «ou fauteuil ;son corps était agité par une sorte de tremblement ; ses lèvres mobiles laissaient échapper des sons confus, inarticulés. Le comte craignit une crise; il appela liernouin, qui secoua Son Eminence pour la tirer de cet état violent.
— Eh bien ! qu'y a-t-il, Bernouin ?... murmura le cardinal en s'éveillant. Que me veut-on encore?,.. Je le sais, Guéuaud l'a dit...
— Au diable soit Guénaud et son dire î... s'écria le fidèle serviteur.
— Oui, Bernouin, oui, Guénaud l'a dit, je ne saurais en réchapper : il faut mourir.
— M. de Brienne est là, continua le valet de chambre, qui voulait r.iracher son maître à ses sombres idées.
— Qu'il vienne, répondit le cardinal.
Puis il ajouta en s'adressant au comte :
— Mon pauvre ami, je me meurs !
— Ces sinistres réflexions, dit le secrétaire d'État, que je laisse parler, font plus de mal à Votre Éroinence que la
; maladie même.
— Il est vrai... Mais Guénaud l'a dit, et Guénaud sait bien son métier.
« Ce discours me navra, m'a rapporté depuis le comte ; des larmes roulaient dans mes yeux. Le premier ministre s'en aperçut,me tendit les bras et m'embrassa tendrement... Son haleine infecte faillit me suffoquer.
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« — J'en suis fâché, mon ami, reprit-il en me tendant une pastille, voilà ce que c'est que l'homme : j'ai de belles dents et je mange peu, mais je porte en moi un foyer impur de destruction... une cause infaillible de mort prochaine... ajoula-t-il en appuyant sa main sur son cœur.
« Il répéta ensuite pour la dixième fois : — Guénaud Ta dit, Guénaud l'a dit 1 »
Le cardinal eut dernièrement le plus étrange caprice qui puisse passer par la tête d'un moribond : il exigea qu'on lui fît la barbe et qu'on relevât sa moustache avec un fer chaud ; on lui mit ensuite, par son ordre exprès, du rouge aux joues et aux lèvres ; du blanc de céruse fut étendu sur la peau livide de son visage; enfin il se trouva frais, vermeil, comme un homme en pleine santé... C'était la mort ornée d'un vernis de la vie, brillant, mais, hélas! bien léger. Ainsi masqué, Mazarin parcourut ses jardins dans une chaise à porteurs ouverte par-devant. Il alîectait de parler d'un ton leste et dégagé aux courtisans qu'il rencontrait, espérant de cette manière donner le change à ses ennemis. Mais personne ne fut pris à ce dernier tour du subtil Italien, qui voulait se montrer politique même en mourant.Get essai infructueux fit seulement dire à ceux qui en furent les témoins ; « Fourbe il a vécu, fourbe il veut mourir. »
Un tel effort, imposé à une nature épuisée, avancera la fin du malade. Il s'est évanoui dans sa chaise, et l'on a été obligé de le reporter sur son lit... Il ne le quitte plus.
Le cardinal n'avait point encore songé sérieusement aux affaires de sa conscience ; il s'en occupa hier pour la première fois, et fit mander à Vincennes, où il s'est fait transporter, M. Joly, curé de Saint-Nicolas-des-Champs. Les grands ne peuvent avoir rien de secret, pas même leur confession : je ne dirai pas comment me sont parvenues les particularités que je vais rapporter de celle du premier ministre ; il suffit que je puisse les garantir. Le confesseur pressait l'illustre pénitent de faire l'aveu plein
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et entier do tout co qu'il pourrait avoir à se reprocher sur la manière dont il a acquis les immenses richesses qu'il possède ^
— Ilélas I répondit Son Éminence, je n'ai rien que des bienfaits du roi.
— Je le sais ; mais encore il importe de distinguer ce que Sa Majesté vous a donné et ce que vous vous êtes approprié do vous-même.
— A quoi bon cette distinction, mon père ?
— C'est que vous pouvez garder les biens provenant de la générosité du roi... Quant au reste...
— Eh bien, le reste ?
— 11 faut le rendre.
— En ce cas, mon père, tout est à restituer.
Cet aveu lui échappa dans ce moment; mais une heure après il prouva que son âme, toujours avide de richesses, loin d'être disposée à la restitution de celles qu'il a trop illicitement amassées, se plaît encore à les augmenter. M. de Tubœuf, président de la chambre des comptes, apportait au cardinal une modique somme de cinq cents écus, qu'il lui avait gagnée au jeu. Mazarin la reçut, il la compta plusieurs fois, se plaisant à faire passer entre ses doigts cet or qu'il aime tant. Après avoir serré les espèces du président dans sa cassette, qu'il s'était fait apporter sur son lit, le premier ministre montra les unes après les autres toutes ses pierreries à M. de Tubœuf, qui, le voyant prendre ce soin dans une telle occurrence, s'attendait à recevoir quelque beau diamant. Il s'y attendait avec d'au, tant plus de raison, que plusieurs fois en maniant ses bijoux le cardinal dit :
— Je donne à madame la présidente...
— Quoi ? demanda enfin Tubœuf las d'entendre répéter toujours une phrase inachevée.
— Le bonjour... ajouta l'avare Italien en refermant sa cassette.
1. Des écrits du temps disent qu'elles s'élevaient iplus de cent millions, d'autres disent deux cents.
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Le pauvre président, rouge de honte, se retira avec quinze cents livres de moins et une confusion de plus.
Cependant ni M. Joly ni le père théatin qui confesse le cardinal dans ses derniers instants, ne veulent lui donner l'absolution s'il ne restitue tant de biens indûment amassés... Le bruit courait hier à la cour qu'à force d'exhortations on était parvenu à lui faire abandonner au roi tout ce dont il est possesseur. S'il en est ainsi, les deui confesseurs seront satisfaits ; mais ce que le mourant n'a pas confessé à ces casuistes rigoureux, c'est que, dit-on, en faisant cet abandon général, le cardinal aurait eu déjà sous la main un brevet par lequel Louis XIV lui donnerait tout ce qu'il a pris sous son ministère.
Le nonce du pape, qui, pour accorder l'indulgence ni articalo morlis à un membre du sacré collège, n'a pas mission du s'arrêter aux minuties de conscience, a rempli ce matinée devoir dans la chambre du cardinal. Son Eminence lui a répondu en italien : « Je vous prie, monsieur, « de mander à Sa Sainteté que je meurs son serviteur, et « lui suis très obligé de l'indulgence qu'elle m'accorde et « dont je reconnais avoir grand besoin... Recommandez- « moi à ses saintes prières. »
Depuis cet instant, le roi, M. le Tellier et M. Joly seuls ont pu pénétrer jusqu'au cardinal. M. Golbert, son premier commis, se tient dans un petit passage obscur, qui se trouve entre la garde-robe et la chambre à coucher J il prend le nom de toutes les personnes qui se présentent et en rend compte à son maître. Aucun ne passe outre.
Il est difficile de concilier tout ce qui se dit des instruCf tions secrètes que l'on prétend avoir été données au roi dans un dernier entretien par celui qui dirigea dix-neul ans la monarchie. Les uns assurent que depuis un moiî M. le Tellier les écrit sous la dictée du cardinal; les autres veulent que Son Eminence se soit bornée à recommandei verbalement à Sa Majesté de n'avoir jamais de premiei ministre. Une troisième version est que le mourant a joint à ce conseil cet avis^ qui certes ne sera pas perdu : S'a-
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chez vous respecter riuis-/nêmt;, et l'on vous respectera.
Neuf mars nu soir. Jules Mazarin n'est plus '. La France cesse eulin d'être soumise à la pourpre de Rome; nous sommes dolivrés des Italiens amenés chez nous par Catherine do Médicis : d'aujourd'hui recommence le règne de nos rois.
Que dire du premier ministre qui descend dans la tombe? comment prononcer après tant de jugements divers portés sur cet homme supérieur ? J'essaierai pourtant. Au physique, Mazarin était, non pas beau, mais bien ; sa taille, au-dessus de la médiocre, ue manquait ni de grâce ni de proportion. Il avait le teint animé, les yeux vifs, le nez grand i;t un peu élargi du bout, les dents blanches et égales, le front large et majestueux, les cheveux châtains et un peu crépus, la barbe tirant davantage sur le noir et relevée soigneusement avec le fer. Les mains du cardinal étaient bjlles; il les montrait quelquefois avec affectation : on eût dit qu'il était lier de cet avantage, si faible pour un homme, et surtout pour un homme d'État.
1. Il mourut au château de Viuccnues, où la cour se trouvait et qu'elle quitta le même jour. Le cœur du cardinal fut déposé dans la chœur de l'éjjlise des théatins, moines qu'il avait toujours favorisés ; son corps fut enterré dans l'église du collège des Quatre-Nations, que ce ministre avait fait commencer, et pour l'achèvement duquel il laissa deux millions. Mazarin était âgé de cinquante-neuf ans : on peut dire qu'il régnait depuis dix-neuf ; il y en avait vingt et un qu'il était revêtu de la pourpre romaine. Louis XIV signa, sans le lire, le testament de son premier ministre ; il fit respcGler tous les legs qu'il avait faits. Les deux principaux, indépendamment de celui ci-dessus mentionné, étaient cent mille francs aux pères théatins pour rebâtir leur église ; un diamant magnifique à la reine mère ; un bouquet de pierreries à la jeune reine ; trente émeraudes d'un grand prix à Monsieur, qui avait déjà reçu cinquante mille écus du cardinal; uu beau tableau du Titien à don Louis do Haro, pour qui Mazarin éprouvait beaucoup d'amitié. Enfin le cardinal exprima, par une clause expresse de son testament, la volonté que les pensions qu'il avait faites aux gens de lettres fussent continuées api es lui. Le reste de son immense fortune échut à ses héritiers. Nous aurons occasion d'en repai'Ier.
Il y a loin des talents de Mazarin à ceux de son prédécesseur : il ne mit pas comme ce dernier toute l'Europe en mouvement ; il ne fit que suivre les errements de la profonde politique de Richelieu, qu'exécuter les traités que cet aigle de la diplomatie avait tracés à grands traits. Le favori d'Anne d'Autriche obtint plus de succès dans la guerre que le favori de la veuve de Henri IV; mais il eut constamment moins d'ennemis sur les bras, et put leur opposer Turenne et Gondé. Mazarin n'était point méchant ; un seul trait le prouvera. Chargé longtemps de la haine publique, proscrit par le parlement, tourmenté par les grands, quelquefois poursuivi par la nation entière, il ne vengea point ses injures personnelles quand il eut ressaisi le pouvoir ; il ne prit le sang d'aucun citoyen. Dans l'adversité, son unique ressource fut la patience ; dans sa toute-puissance, il gouverna à l'aide de la finesse, da la subtilité, souvent de la perfidie. S'il voulait perdre quelqu'un, c'était par d'adroites insinuations. Graignait-il la réunion des princes, des généraux, des courtisans, sa politique semait entre eux, avec un art infini, des germes de jalousie ou de défiance, se tenant toujours prêt à profiter de leurs divisions, et se ménageant les moyens de se rendre l'arbitre de leur réconciliation. Souple, dissimulé, caressant, il accablait de promesses ceux dont il se servait : mais dès qu'il avait obtenu d'eux ce qu'il en attendait, il ne se mettait nullement en peine de tenir ce qu'il avait promis. Aussi, dans les derniers temps, les hommes avisés ne le servaient-ils qu'après avoir pris, pour obtenir le prix de leurs soins, des précautions qu'il ne pouvait éluder.
Une chose digne de remarque, c'est qu'avec une telle propension à la mauvaise foi Mazarin manqua rarement aux traités publics. Dans les affaires particulières, ses meilleurs amis ne pouvaient se soustraire à ses artifices, à ses ruses, à sa fourberie et aux difficultés dont il aimait à embarrasser la moindre affaire ; dans les intérêts généraux, il était sincère, esclave de sa parole et fidèle jusqu'au scrupule. On peut donc achever de le peindre en
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doux mots : c'était un homme sans honneur; mais c'était un grand ministre... Il n'est pas à la louange de l'art de gouverner que deux conditions si opposées puissent se concilier.
Le peuple, que Mazarin ne voulut jamais empêcher de chanter, même des chansons qui le déchiraient, pourvu qu'il payi\t les impôts, le peuple chante un peu plus haut après la mort de ce ministre, parce qu'il espère payer un peu moins. Je crains bien qu'il ne se trompe sur le motif de ce redoublement de gaieté.
On a fait mille et une épitaphes pour l'Éminence défunte ; j'en ai retenu une composée d'après le bruit général que Mazarin, toujours bercé du projet de se faire pape, avait affecté trente abbayes et quinze millions à l'acquisition du sacré collège et de ses adhérents. Voici l'épitaphe :
Ici gtt le cardinal Julo, Qui pour se faire pape amassa force 6cus ;
Il avait bien ferré sa mule.
Mais il ne monta pas dessus,