‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVI (volume 2)Chapitre 74 sur 91 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Description du conseil présidé par Louis XIV. — Sévérité du roi sur le costume de ses ministres. — Mise ordinaire de ce prince. — Tableau du carrousel de 1662. — Adam Billaud, menuisier,

1. Sa Majesté aurait pu dire encore : la princesse de Monaco ■et moi, car le roi partageait les faveurs de cette dame avec son favori.

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j)<)ùlc do Novcr». — Lcllrc espagnole trouvée dan» le lit do In reine.— Tdus le» minisires en compngne & ce sujcl.— Conduite prudente du roi. — Jeu hi/.arro d'inlrij^uc. — Les bosquets ont (les oreille». — Les Corses cl le duc de Créqui.— Colère du roi; réparation oxipéc de la cour de Komc. — l'iaintcsdc Monsieur nu roi aup le» infidélités do Madame. — M. de Villcroy sans conséquence. — Kpigramnie de Bcnscrado. — Les carrosses à cinq sous. — K.xil de Mndemoiselle. — Rachat de Duiikcrquc et Mardick. — Entrée du roi dans cette conquête financière.

Le conseil se réunit une fois par semaine ; il dure souvent cinq heures, et deux ou trois sont consacrées à discuter sur l'allaire P^ouquet. Les séances ont de la gravité, bien dilTérentes en cela de ce qu'elles étaient sous M. le cardinal. Ce ministre présidaitle conseil en se faisant la barbe, quelquefois en jouant avec sa fauvette ou sa guenon, bête fort maligne qui se plaisait à griiïer la perruque des magistrats, et mettait à nu leur chef rasé. Le roi seul est assis dans le conseil, tous les ministres restent debout. Le chancelier est à la gauche de Sa Majesté, il s'appuie s'il veut sur la balustrade du lit. Tous les autres assistants se ])lacent indistinctement. Le secrétaire d'Etat rapporteur se tient debout devant le monarque : s'il a besoin d'écrire, il s'assied au bout d'une table placée au milieu de la chambre; mais il se lève dès qu'il a fini. ^L de Lionne, qui m'a fait part de ces dispositions intérieures, souffre beaucoup à ne pas s'asseoir; il se hasarde depuis quelque temps à s'appuyer contre le chambranle de la cheminée, et comme le roi ne l'en a pas repris, il espère pouvoir continuer.

Louis XIV tient la main à ce que les ministres et secrétaires d'Etat ne paraissent au conseil qu'habillés avec recherche; il a reproché un jour sévèrement à M. Golbert d'avoir trop négligé son costume. « Sire, lui a répondu le « contrôleur général, je prie Votre Majesté de m'excuser, « j'ai passé la nuit à préparer un rapport pressé. — Mon- « sieur, a répliqué le roi, rien n'a plus d'importance que « la dignité du trône...» A ce compte, ce sont des hommes bien importants que les valets de chambre de nos courti-

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sans. Ce n'est pas que Louis XIV soit ordinairement fastueux dans sa mise; il y règne au contraire une sorte de simplicité : ses habits sont d'une couleur foncée, avec une étroite broderie^ qui ne couvre jamais les coutures de la taille, quoique cet usage soit presque général parmi les grands seigneurs. Sa Majesté porte même assez souvent un habit de velours entièrement uni, que relèvent des boutons d'or. Sa veste est de drap ou de satin, et richement brodée ; l'étoffe en est rouge, bleue ou verte. Le chapeau du roi est bordé de point d'Espagne et garni d'un plumet blanc. Jamais on ne lui voit de bagues ; mais ses boucles de souliers et de jarretières, ainsi que celle de son chapeau, sont couvertesdes plus beaux diamants. LouisXIV porte le cordon bleu sous l'habit; ce n'est que dans les grandes cérémonies qu'il le met en-dessus, et alors ce ruban est orné de pierreries.

J'ai assisté aujourd'hui à la plus galante, la plus magnifique et la plus inutile fête qu'on ait encore vue à Paris ; c'était un carrousel que le roi a donné dans la grande place située entre le Louvre et les Tuileries '. Les combattants étaient divisés en cinq quadrilles, mélange assez choquant de peuples et d'époques dans lequel on n'avait en vue que d'éblouir par la somptuosité des costumes. Le roi était à la tête des Romains; Monsieur dirigeait les Persans ^ M. le prince, coiffé du turban, figurait parmi les Turcs; M. le duc d'Enghien marchait avec les Indiens; l'humeur un peu farouche, aventureuse, romanesque et en tout singulière an duc de Guise s'était plu à choisir l'habit (/es Américains. Le pourtour entier de la place avait été garni de gradins couverts d'étoffes précieuses ; vis-à-vis la porte du Louvre s'élevait une tribune, sur laquelle était jetée une draperie de velours violet parsemée de fleurs de lys d'or. Plusieurs parties de cette riche tenture étaient relevées avec de grosses cordes filées du même métal, dont les extrémités se terminaient par des glands à lourdes torsades. Au-dessus de la tribune brillait

1. C'est de cette fête que la place a retenu le nom de Carrousel.

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l'ôcussou (les armes» de Franco, ciselées sur vermeil. Là, sous un dais, étaient assises la reine mère, la reine régnante, et cette infortunée Henriette do l'ranco, dont l'époux porta, il y a quelques années, sa tête royale sur l'éehafaud dressé par Gromwell. Mais ce n'était pas pour plaire à ces princesses ((ne la fête était donnée : parmi les trois mille dames rassemblées autour de la place, il y en avait une, cachée au milieu de la foule, qui seule dans la pensée du roi devait s'appliquer cet hommage éclatant, bille le savait, mais elle en jouissait avec modestie.

Jamais peut-être, on ne vit tant d'or, tant de pierreries accumulés qu'il y en avait sur les spectateurs, mais surtout sur les acteurs de ce spectacle pompeux. Les combattants s'étaient chamarrés d'une si pi'odigieuse quantité de matières précieuses et de joyaux que leurs chevaux pliaient sous le poids des richesses ; ces liers coursiers en étaient tellement couverts qu'on ne reconnaissait plus leurs formes élégantes el élancées.

Le comte de Sceaux, fameux par ses galanteries et sa prodigalité, a remporté le prix du carrousel; il l'a reçu à genoux des mains de la reine mère... Tout près de moi était assise une jeune demoiselle que je ne nommerai point, parce qu'elle s'est trop complètement trahie. Je l'ai vue toute palpitante d'inquiétude tant que la joute a duré; et lorsqu'on a proclamé la victoire au son des clairons ornés d'étendards, elle s'est écriée : Ah! c'est lui! Je n'ai pu douter alors que le beau vainqueur ne possédât le cœur de ma voisine. Mais, hélas! au geste non moins indilTérent que hardi dont il a payé le regard de feu lancé sur lui, j'ai reconnu que l'amour de la pauvre petite a jeté déjà tous ses trésors aux pieds du volage comte de Sceaux.

Le Mercure du sieur V^isé annonce la mort d'Adam Billaud, dit le Menuisier de Nevers, connu par quelques poésies étincelantes de verve et de gaieté. Ce poète artisan a résisté dans le temps aux oifres brillantes qui lui étaient faites par le cardinal de Richelieu pour venir se fixer à Paris; maître Adam a craint pour sa muse l'air épais de

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la capitale et le vin de Suresne ; il a continué de rimer, boire, pousser le rabot aux bords de la Loire, et s'en est bien trouvé .

Une intrigue de cour, que dis-je? de ruelle, suspend les affaires publiques, et détourne nos ministres de leurs graves devoirs pour les occuper des suites de l'amour du roi pour M'^^ de la Vallière. Une lettre espagnole trouvée dans le lit de la jeune reine ' a été portée au roi par une femme de chambre nommée Molina. Voici la traduction de cet écrit, que MM. Golbert, le Tellier et Louvois colportent partout pour tâcher d'en faire découvrir l'auteur.

« Madame,

« Le roi se précipite dans un dérèglement qui n'est « ignoré de personne que do Votre Majesté; Mi'« de la Val- « lière est l'objet de son amour et de son attachement : « c'est un avis que vos serviteurs fidèles donnent à Votre « Majesté. C'est à vous à savoir si vous pouvez aimer le « roi dans les bras d'une autre, ou si vous voulez empê- « cher une chose dont la durée ne vous peut être glo- « rieuse. »

Tandis que le roi se perd en conjectures et que ses ministres se consument en recherches touchant cette lettre écrite depuis longtemps, quoiqu'on n'ait pu la glisser dans le lit de la reine que la semaine dernière, ceux qui l'ont imaginée se félicitent en secret du trouble qu'elle cause à la cour. Ils espèrent quele scandale fera sur l'esprit de Sa Majesté ce que n'ont pu faire les représentations, et que la Vallière sera enfin sacrifiée. Personne jusqu'à présent n'a pu reconnaître le caractère de la missive; mais Louvois, après avoir découvert et observé dans ses effets la

1. On ne conçoit pas comment Voltaire a pu consigner, dans le Siècle de Louis XIV, que cette lettre était un écrit supposé de Philippe IV à sa fille; l'auteur des Chroniques le rapporte ici textuellement, et l'on voit qu'il n'a pu être attribué au roi d'Espagne.

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haino que M"* de Soissons et le miirqiuH <le V .mlcs ' ont vouée ù la favorite, Louvois, dis-jn, n'a pns hésité i^ déclarer que ces deux personnes devaient avoir trempe dans le complot, si elles ne l'avaient conçu. Le roi, malgré cette déclaration, refuse de croire coupable d'une telle noirceur un homme qu'il a comblé de bienfaits et qu'il honore d'une amitié toute particulière. Quant h M'"" do Soissons, Sa Majesté no se montre que faiblement irritée de son audace : c'est un témoignage de jalousie, et l'on n'est jaloux que des faveurs dont on regrette la possession. L'amour-propre du roi tempère son ressentiment contre la surintendante.

Mais un homme que le roi est d'autant plus éloigné de soupçonner qu'il le croit plus attaché à sa personne, c'est M. de Guiche.Il est vrai que celui-ci n'aurait jamais songé à trahir son maître s'il n'était pas amoureux d'Henriette d'Angleterre, qui conserve un amer souvenir du délaissement de Sa Majesté, Ainsi, par un jeu bizarre d'intrigue, M. de Guiche, véritable auteur de la lettre, puisque c'est lui qui l'a rédigée en espagnol, s'est vu entraîné à servir le ressentiment d'une infidélité du roi à laquelle le comte doit le cœur de Madame. On dit que les murs ont des oreilles : les bosquets en ont aussi ; car ce que je sais de la participation de Madame et du comte au complot de la lettre, je l'ai entendu dire à ces amants à travers une charmille du parc de Saint-Cloud, Le papier sera mon unique confident : l'orage gronde sur plusieurs têtes: je ne me pardonnerais pas d'avoir marqué une victime.

Le roi, dans ces menées peu éclaircies malgré tous les soins de Louvois, ne veut point frapper au hasard de peur d'atteindre des innocents. Il n'eût pas été fâché de trouver M'"* de Navailles parmi les accusés ; Sa Majesté ne peut oublier la grille des gouttières du Louvre, et je crois

1. Le marquis de Vardes partageait avec Péguillin et de Guiche la faveur de Louis XIV; il était capitaine des Gent-Suisses.

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que, sur le moindre indice, la duchesse serait punie sans être convaincue.

M. le duc de Gréqui, ambassadeur du roi dans l'Etat romain, est un seigneur d'un caractère difficile, sa hauteur excessive lui attire souvent de méchantes affaires sur les bras ; voilà ce qui vient de lui arriver à Rome. Ses laquais s'étaient avisés de charger des soldats corses l'épée à la main, tandis que ces militaires étaient sous les armes, le ministre, au lieu de punir ses gens, a jugé convenable de leur donner raison. Alors le corps des Corses, offensé, et, dit-on, excité par don Mario Chigi^ frère du pape Alexandre VII, est venu faire le siège de la maison de l'ambassadeur. Le duc, qui rentrait en ce moment, a reçu plusieurs balles dans les panneaux de son carrosse; un de ses pages est resté mort sur la place ; plusieurs de ses domestiques ont été blessés. Le lendemain, M. de Gréqui s'est éloigné de Rome et a fait son rapport.

A la réception de cette dépêche, Louis XIV, furieux, a fait ordonner au nonce de sortir des terres du royaume; lui déclarant que si la réparation que lui doit Sa Sainteté n'est prompte et entière, des troupes françaises occuperont, au nom du roi de France, le comtat d'Avignon, et que d'autres marcheront contre la capitale du monde chrétien. Nous verrons ce que cette menace produira.

L'hymen porte un bandeau bien plus épais que celui de l'amour ; peut-être ne faut-il pas trop plaindre les maris de leur aveuglement, car ignorer est souvent pour eux une véritable grâce d'en haut. Monsieur vivait depuis quelques mois sous le charme de cette ignorance bénigne, mais je ne sais quel trait de malencontreuse lumière a frappé ses yeux ; l'intelligence de Madame et du comte de Guiche n'est plus un mystère pour le cadet de Sa Majesté. Le prince se serait bien fâché, mais il a craint l'éclat ; l'autorité royale lui a paru un moyen moins dangereux et plus sûr que la colère. Il s'est donc enfermé hier avec le roi et s'est mis à lui conter sa peine. A la cour, tout est oreilles : les doléances de Son Altesse ont

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été entendues; hier au soir elles étaient l'objet de tous les entretiens. Le plus plaisant de l'aventure, c'est que rôcouteuf a suivi, le crayon à la main, la conversation des illustres frères; cinquante exemplaires de ce dialof^ue courent aujourd'hui, colportes par les attentifs de ruelles : c'est un document précieux pour mes tablettes ; je le copie.

— Il no faut vous en prendre qu'à vous, mon frère, a dit le roi, Madame éprouvait une sorte d'éloignement pour M. de Guiche, vous avez exigé qu'elle se rapprochât de lui.

— A la bonne heure, sire, mais je n'ai jamais prétendu qu'elle s'en rapprochât autant.

— No savez-vous point que les femmes ne connaissent aucun milieu entre aimer et haïr 1 vous n'avez pas voulu que la vôtre exécrât le comte, elle l'adore.

— Votre Majesté ne saurait souffrir que l'honneur de la famille royale soit terni...

— Ah! mon frère 1 l'honneur! l'honneur!... Si son inviolabilité tenait à cela, je vous demande quelle famille pourrait se flatter de le posséder intact?

— Ainsi votre avis est que Madame peut impunément me faire...

— Ce que tant d'autres sont sans le mériter autant que vous... Car que signifient vos relations intimes avec le chevalier de Lorraine... Au moins Henriette suit, en fait de galanterie, les idées reçues, les errements connus, tandis que vous...

— En croirez-vous donc, sire, les causeries calomnieuses? Votre Majesté n'a-t-elle pas admis dans son intimité MM. Gavois, de Vardes, Péguiliin? pourquoi n'en pourrais-je faire de même du chevalier?

— Distinguons, mon frère ; je courre le cerf avec les gentilshommes que vous venez de nommer; il est même arrivé quelquefois que je les ai faits les confidents et les témoins do mes galanteries; mais, ventrebleu ! elles ne se sont jamais adressées à eux.

— J'ignore ce que Votre Majesté veut dire...

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— Eh! Philippe, vous me feriez perdre patience à la fin... je veux dire que je ne m'avisai de ma vie de prendre un haut-d^-chausse pour une jupe ni le fpmet d'un bouc pour celui d'une chèvre... Brisons là-dessus. Tout ce que je puis faire pour vous, c'est d'envoyer M. de Guiche passer une année en Pologne; je lui en ferai donner l'ordre par son père le maréchal de Grammont.

— Votre Majesté sait que l'absence ne fait souvent qu'exciter les feux de l'amour.

— Que diable exigez-vous donc? Prétendez-vous que je rende le comte propre à la garde intérieure d'un sérail?... Ce jeune seigneur sera douze mois absent; pendant ce temps-là voih prendrez, si vous êtes sage...

— Quoi donc, sire?

— Votre parti, mon frère, ou des habitudes qui puissent dispenser Madame de chercher ailleurs ce qu'elle ne trouve pas avec vous.

— Seulement deux ans, sire?

— Non Philippe... la moitié; et c'est bien assez pour que, devenu ce que vous devez être auprès de la charmante Henriette, vous ayez retrouvé le chemin de son cœur.

Le roi n'a pas voulu en entendre davantage; mais, fidèle à la promesse qu'il avait faite au pauvre duc d'Orléans, il a chargé le maréchal de Grammont d'intimer à son fils l'ordre de s'éloigner. Le comte forme ses équipages ; il partira, dit-on, sous trois jours.

Monsieur n'aurait pas fait exiler son ancien favori pour être devenu celui de sa femme, si ce gentilhomme n'eût pas été aussi redoutable auprès des dames que le jeune marquis de Villeroy passe pour l'être peu : je ne sais au juste quel genre de mérite manque à ce dernier, mais on en plaisante assez ouvertement à la cour. On y joua dernièrement le ballet d'/Zerciï/e amowreua;, nouvelle production de Benserade, où Villeroy dansait dans un quadrille de plaisirs. Or, l'auteur fit lui-même les vers suivants à la suite de la représentation.

ciiRONiyuKS i)i: i/(h;il-I)i:-ii«;( i- 591

I^ Iroiipo dt-H pluÏHirn était presque panHÛo,

Alors «lu'nii jeune objet nimable, tendre et doux,

Comme j'uvai» «ur vous (Villoroy) les yeux et la pensée,

Me vint dire i\ rorcille en me porlnnl de vous :

Il cni assurément lo plu» joli do tous,

Et c'est on sa faveur que mon Amo décide ;

Mais lie/.-vous à moi, me dit-elle, entre nous,

Cu n'est pas un plaisir extrêmement solide.

On vient de jouer sur le théâtre du Palais-Royal une farce portant le titre de Vlntrigue des carrosses à cinq sous : cette petite comédie, qu'on attribue à M. Chevalier, est une peinture de ce qui se passe journellement dans des carrosses établis au commencement de cette année, distribués en divers endroits de Paris, et qui portent, moyennant cinq sous par place, six personnes ayant affaire sur le même point. Comme il arrive souvent que nos jeunes seigneurs, qui n'ont, à bien prendre, affaire nulle part, se croient appelés dans la direction que suivent nos jolies lilleltes, les carrosses à cinq sous deviennent de petits centres de galanterie. M. Chevalier a tiré un parti fort agréable de ce sujet, il y a dans sa pièce de l'esprit et de la vérité '.

Mademoiselle demandait il y a quelques jours à M. de Bussy s'il n'avait pas été malhonnête à elle de refuser la main du roi de Portugal parce que ce prince est fort mal fait.* Il me semble, a répondu le gentilhomme consulté, « que Votre Altesse Royale n'a rien à se reprocher en cela, « car si elle n'était pas résolue à se contenter de son mari « elle se soucierait peu comment il serait fait. » Le roi n'en a pas jugé ainsi. Mademoiselle vient d'être exilée dans sa terre de Saint-Fargeau pour le refus de cette illustre alliance. Elle se consolera loin de la cour avec le l'écit de ses scandales, que son conseiller peu chanceux a promis de lui faire passer régulièrement, et en récitant

1. Nihil novi sub sole. On voit que l'idée des omnibus n'est pas nouvelle. Les carrosses à cinq sons furent établis le 18 mars 1662, la pièce vint quelques mois après.

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les vers malins que les aventures galantes inspireront au spirituel narrateur.

On s'affligeait de voir flotter l'étendard de l'Angleterre sur les tours de Dunkerque, port important que la politique servile de Mazarin envers Gromwell, plutôt que le malheur des temps, avait abandonné à cette puissance. Ces soldats étrangers, qui, du haut des forts, insultaient les habitants dont ils usurpaient la patrie, cette colonie anglaise au milieu d'une ville française révoltaient l'esprit national, qui parle toujours si haut dans les cœurs bien nés. Nous n'aurons plus à dévorer une telle humiliation : Dunkerque et Mardick sont rendus à la France moyennant cinq millions que le nécessiteux Charles II a préférés au stérile honneur d'occuper une forteresse que dans une guerre ses troupes n'auraient pu défendre longtemps. Le marché est sage de part et d'autre : M. Golbert ne pouvait mieux placer le fruit de ses économies qu'à efl'acer une tache faite à notre dignité, et Charles y plus pressé de fournir à ses plaisirs que de récompenser les fidèles serviteurs qui l'ont replacé sur le trône, avait besoin de l'argent que la vente de Dunkerque lui fournit. Le contrôleur général, qui, dit-on, eut le premier l'idée du rachat de cette place, a donc fait un emploi très sensé des cinq millions qu'elle a coûtés. Je n'en puis dire autant des huit ou neuf cent mille livres dépensées à l'entrée du roi dans cette ville conquise avec des boulets d'or. Il n'y avait là, ce me semble, rien de triomphal : une prise de possession à petit bruit eût été plus conséquente que la marche fastueuse de Sa Majesté à la tête d'une armée que suivaient un monde de courtisans et cent carrosses remplis de femmes enlevées des salons de Paris pour embellir la conquête financière du souverain. Ce faste déplacé a fait murmurer le bon public, qui ne paye pas moins aujourd'hui que sous Mazarin ; car, à vrai dire, ce n'est point en allégeant les charges que se distingue M. Colbert, c'est en les imposant avec ordre. Le peuple est toujours écorché, mais on l'écorche régulièrement.

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