Mademoiselle lui abandonnait à peu près vingt millions
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fiirctil 80 joloraux picdadu roi; ils lui pcignircnl boum les couleurs les plus sombres le dônhonnour que le maria^çe projclo nllait rùpaiulro sur la famille royale, sur colto noble ract' (jui comptait tant de siècles d'une illustration sans laclio, et qu'allait ternir l'ôvénemcnt qui se préparait. MM. do Ct>ndé venaient de toucher la corde sensible : l'orgueil excité de Louis XIV fit plus en un instant que n'avaient pu faire dans un mois toutes les obsessions de la cour ; il retira la parole qu'il avait donnée à M. de Lauzun, et écrivit à l'étranger pour contremander la notification du mariage.
Il est plus aisé de concevoir que de peindre quelle fut la fureur du comte en apprenant cette fatale nouvelle ; trompé dans le plus impérieux de ses penchants, l'ambition, blessé dans cette vanité qui fait le fond de son caractère, il se répandit en injures contre Louis XIV, injures qui, par bonheur, ne furent entendues que de quelques domestiques dévoués. Mais Lauzun ne s'en tint pas là ; il courut au château, méprisa toutes les consignes, et pénétra dans l'appartement de M°»* de Montespaa, où le roi se trouvait. L'heure était même tellement inopportune que Sa Majesté, occupée d'un tout autre soin que de donner une audience, dut se retirer précipitamment sous un rideau pour se mettre en état de paraître, tandis que la favorite, dont le désordre n'était pas moins grand, se jetait dans un cabinet voisin.
— Sire, dit brusquement le comte sans excuser son apparition déplacée, je viens demander à Votre Majesté comment j'ai mérité qu'elle me déshonorât?...
— Allons, allons, mon ami, calmez-vous, dit avec douceur Sa Majesté, qui sentait tout ce que la colère de son favori avait d'excusable...
— Non, sire, non, je ne puis accepter tant d'humiliation, reprit à haute voix Lauzun en présentant au roi son épée... Vous m'avez enlevé l'honneur, prenez ma vie... prenez... je n'en veux plus... je l'abhorre.
— Remettez-vous, comte, poursuivit Louis XIV avec le même calme, je sens tout ce que ceci doit avoir de
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contrariant pour vous ; mais je vous en dédommagerai : Je vous élèverai si haut que vous cesserez de regretter ^'union que je dois interdire.
— Je ne veux point de vos dons, sire... je ne dois rien accepter d'un prince qui se dégrade.
— Monsieur de Lauzun I s'écria le roi avec un éclat de voix terrible, qui attira dans la chambre M»* de Montespan effrayée.
— Venez, perfide, venez jouir de votre ouvrage I dit le comte en apostrophant la favorite. C'est vous, vous surtout qui avez attiré la honte sur moi... Vous craigniez de perdre un peu de votre empire.
— Sortez, comte, poursuivit le roi, dont la fierté s'était réveillée, sortez ; je pardonne à votre emportement, mais ne reparaissez à la cour que résigné et soumis.
— Voilà votre mot de prédilection, sire ; il ne vous faut que des esclaves... Quand par hasard votre fantaisie leur permet de lever la tête, ils doivent se montrer prompts à la rebaisser, à se replonger dans la poussière dès que cette fantaisie a cessé... Je prie Votre Majesté de me permettre de m'éloigner; j'aimais à la servir, mais je ne saurai jamais ramper... Et Lauzun sortit sans avoir fait le moindre salut.
Pendant que cette scène se passait à Saint-Germain, Mademoiselle enfermée au Luxembourg, éclatait en pleurs et en gémissements. Elle garda le lit plusieurs jours sans rien prendre que du bouillon. Quelques-unes de ses amies dévouées purent seules être admises auprès d'elle. Son Altesse Royale les reçut en veuve désolée. « // serait là ! s'écriait-elle en montrant dans son lit la place vide que Lauzun devait occuper, il serait là!... Oh I j'en mourrai, mesdames, j'en mourrai... » Et la pauvre fille inondait sa couche de larmes. Non, jamais on ne vit une virginité aussi affligée de n'avoir pu mourir... Peu à peu cependant la douleur de Mademoiselle se calme au sein des consolations que lui prodigue M. de Lauzun; un amant possède de grandes ressources pour consoler de la perte d'un mari, surtout quand l'un et l'autre se trouvent réunis
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dons la mémo personne, ol cjuand l'amant oiïrc avec une cortnino porsôvéranco tout co que lo mari pouvail offrir. Mais si la douleur do M'*" do Montpcnsicr s'apaise, sa colère contre M. lo prince Hubsislo.Pour se vcnf,'er autant qu'elle peut des mauvais oflicos de son parent, elle va révélant partout les amours do madame la princesse avec plusieurs jeunes soigneurs, que M. le prince ne peut plus sufliro à faire exiler. ICIlo disait l'autre jour à Saint- Germain en présence du grand Condé : « Il faut espérer, < sire, que hiL-ntôt les femmes auront la liberté de décla- « rer leurs amants, comme les hommes déclarent leurs « maîtresses... Cela épargnera à Votre Majesté beaucoup € d'exils... » M. le prince fronça le sourcil et se lut,
Louis XIV, qui sentait qu'en bonne conscience il devait à Lauzun un dédommagement, vient, dans un grand travail de promotions, de le nommer capitaine des gardes, en remplacement de M. de Tresmes, fait premier gentilhomme de la chambre. Le roi a le même jour nommé le jeune comte de Vermandois, son fils naturel, amiral de France, charge que Sa Majesté fait revivre pour cet enfant d'une maîtresse délaissée que les honneurs ne consoleront pas d'avoir perdu le cœur de son royal amant.
Il n'y a pas encore un an que nous avons la paix, et le courage de nos guerriers s'indigne de ce qu'ils appellent un long repos. Plusieurs gentilshommes, parmi lesquels on compte M. de la Feuillade, le duc de Beaufort, M. de Navailles et le comte de Saint-Paul, fils puîné de M. de Longueville, ont demandé au roi la permission d'aller à l'île de Candie ' aider les Vénitiens à se défendre contre les Turcs, qui depuis quelques années les tiennent assiégés
1. Les Vénitiens ne consentirent à défendre cette possession, d'une faible importance, que par les continuelles obsessions du pape, qui craignait de voir s'établir les infidèles dans une île située assez près de ses États. Cette crainte lui lit prodiguer l'or de la chrétienté aux Vénitiens, pour les mettre à même de perpétuer la défense ; et tel fut le motif qui les détermina à tenir si longtemps. Mais il fallut cédera la force : Candie capitula en septembre 1669.
dans cette place. Celte bouillante noblesse, à laquelle Sa Majesté a confié quelques troupes, est rendue à sa destination ; on en a même reçu des lettres, qui m'ont été communiquées. Elles renferment des détails que je consigne sur mes tablettes, à cause de leur singularité, mais que j'aurai soin d'en effacer un jour.
Quand le petit corps français arriva dans la forteresse assiégée, il y trouva des officiers de toutes les nations qui, au milieu des plus grands dangers, de dangers de tous les instants, se livraient à un genre de débauche dont nos jeunes seigneurs furent effrayés, quoique passablement aguerris à la cour de France. Si l'on se rappelle ce corps amenQ d'Italie sous un autre règne par le duc de Nevers pour secourir le roi contre la maison de Guise, on se souviendra aussi des deux mille chèvres caparaçonnées de velours vert brodé d'or qui suivaient ces troupes. Le nombre de ces chèvres, égal à celui des officiers, ne laissa bientôt plus douter de l'usage auquel on les destinait... C'était un cortège de maîtresses quadrupèdes. Tel fut le spectacle qui s'offrit à nos gentilshommes à leur arrivée dans les murs de Candie. La Feuillade, qui rend compte de cette horreur, n'est pas facile à intimider en fait de dépravation ; pourtant il avoue avoir senti ses cheveux se dresser un matin qu'il trouva le gouverneur tête à tête avec sa chèvre favorite. «Elle était, écrit le duc, couverte « d'un caparaçon de velours noir brodé d'or ; mais j'eus « occasion de remarquer depuis, que son amant lui faisait « changer souvent de parure, et l'ornait de ses propres « mains de dentelles et de rubans. »
La Feuillade et ses amis, qui ne prenaient pas goût à de tels passe-temps, pressèrent bientôt le général vénitien de leur donner des troupes pour une sortie dans laquelle ils espéraient faire lever le siège. N'ayant pu obtenir ce qu'ils demandaient, ils n'en sortirent pas moins avec le peu de soldats qui les avaient suivis. Je voudrais, en rapportant un fait d'armes très honorable, n'avoir pas à mentionner une fanfaronnade ridicule ; mais il faut être vrai avant tout. La Feuillade ne voulut, dans l'attaque des
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iiilidùlos, ôlre armé que d'un fouet à manche d'ur^'ont, quMl (il claquer en chargeant les ennemie. Mais il fallut bientôt chani^m* do manu'uvro ; le corps français, trop faible pour battre les assiégeants, fut, malgré des prodiges de valeur, mis dans une complète déroute,et le fanfaron n'eut besoin do son fouet que pour exciter sa monture à fuir plus vite... Le brave duc de Hjaufort périt dans cotte malheureuse tentative ; on n'a pu retrouver son corps.
Tandis que nos guerriers se font battre sur les côtes de l'Italie, la religion catholique romaine remporte chaque jour de nouvelles victoires en France sur les protestants. Pélisson, cet ami dévoué de Fouquet, qui fit de beaux mémoires en sa faveur pendant le procès de ce ministre, fut cette semaine sur le point d'abjurer. Mais M. de Montausier ayant dit à A^'oScudéry qu'aussitôt après sa conversion ce bel esprit serait précepteur du Dauphin et président à mortier, Pélisson, en homme délicat, a différé de se convertir, ne voulant pas paraître embrasser la foi catholique par un motif intéressé.
Au récit de ce beau trait a succédé ce matin dans la galerie de Saint-Germain celui d'une anecdote qui caractérise bien le chevalier de Lorraine. Si ce jeune seigneur de la maison d'Armagnac, peut, par ambition, jouer au Palais-Royal un rôle à peu près semblable à celui des chèvres de Candie, on doit présumer qu'il revient aux sources d'une félicité plus naturelle, avec le même empressement que ces maîtresses à quatre pieds mettent à retourner aux amants de leur espèce. Mais en amour la frivolité du chevalier est extrême : il rompit il y a quelques jours avec M''* de Coëtlogon, qu'il négligeait depuis longtemps. La belle était triste, éplorée, car, quelque peu qui vaille un amant, nous avons la bonté de le regretter. < Pourquoi cette tristesse ? lui dit l'infidèle avec sa légè- « reté accoutumée ; qu'y a-t-il d'extraordinaire à ce qui « nous arrive ? Nous nous sommes aimés, nous ne nous « aimons plus : la constance n'est pas une vertu de notre
« âge ? Il vaut mieux que nous oubliions le passé que de « nous amuser à le pleurer... Voilà un joli petit chien 1 « qui vous l'a donné ? » Aimez donc les hommes de ce caractère I... Pauvres femmes 1 pauvres femmes !
M. de Lionne donna ces jours derniers les premières audiences à un ambassadeur de la Porte nommé Soliman Aga ; les entrevues ont eu lieu à Surène. Notre ministre des affaires étrangères ne peut se lasser de vanter une boisson appelée café que l'envoyé mahométan lui a fait prendre ; M. de Lionne avait engagé hier une nombreuse compagnie, qu'il a régalée de cette drogue : pour mon compte, je l'ai trouvée détestable... Je m'y habituerai peut-être *.
Il vient de paraître un édit portant que par le commerce de mer on ne déroge point à la noblesse ; comment peuton y déroger par tout autre négoce ? En Angleterre les
pairs siègent au parlement sur des balles de coton
sublime allégorie qui rappelle que le commerce est une des bases de la prospérité des États... Chez nous il est encore des parties d'une telle industrie qui peuvent déshonorer les nobles, lorsque l'histoire atteste que nos illustres aïeux sortaient de leurs manoirs crénelés pour détrousser les voyageurs et cela sans déroger.
Molière nous a donné Pourceaugnac, farce qui fera rire nos arrière-petits-enfants comme nous en rions nousmêmes. Il est, dit-on, impossible de rester au-dessous des loges où les dames sont placées lorsque les comédiens représentent Pourceaugnac, parce que le plancher de ces loges est trop mal joint pour garantir de la suite des accidents auxquels cette représentation donne lieu. La chose est forte, mais elle n'est pas impossible ; quand la gaieté nous gagne, nous autres femmes, elle se loge partout.
1. Quelques années plus tard, un nommé Pascal établit, à la foire Saint-Germain, une taverne qu'il nomma café parce qu'on y prenait de cette liqueur. Le succès ne fut pas durable à cette première époque ; et la mode du café passa, ainsi que l'avait prédit M"« de Sévigné. Mais, en 1689, François Procope le remit en usage dans un établissement qui porte encore son nom... Le café et le Racine restèrent.
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