‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 14 sur 44 · Par extension, on donna le nom de fontanges aux r.ubans · texte numérisé non relu

Par extension, on donna le nom de fontanges aux r.ubans

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cela durera... aussi longtemps qu'une mode peut durer.

Dans tout ceci je ne vois de bien solide que la faveur de Mrae de Maintenon,car elle monte toujours sans le dangereux secours des grands sacrifices, qui font la fortune des belles, mais qui ne la font que pour un moment; on peut s'en rapporter à l'habile marquise, elle ne jouera un aussi gros jeu qu'à coup sûr. Le crédit de Mm8 de Montespan a déjà tant descendu, qu'il ne pourra bientôt plus descendre; mais cette favorite a su faire succéder à l'influence que lui avaient acquise ses faiblesses une solide considération par l'achat d'une charge imposante ; elle échappe de cette manière à la honte qui, sans cette précaution, eût suivi son délaissement. Quant à la duchesse de Fontanges, parvenue, comme dans un songe, au sommet des grandeurs, elle n'en aperçoit pas le terme, faute d'expérience ; mais elle en est bien près, puisqu'elle n'a plus rien à donner. L'imprudente n'a même pas su ménager les dons de la fortune; des trésors se sont évanouis sous sa main prodigue; quand l'heure de sa chute sera venue, il ne lui restera que le couvent pour refuge ; et tout fait croire qu'elle n'y portera ni le repentir ni la piété, qui ont fait du cloître un asile paisible où se sont endormies d'abord, ensuite éteintes les passions de la duchesse de la Vallière.

La sœur de la Miséricorde, à laquelle je reviens naturellement, vit dans la pénitence la plus austère, la plus rude. Les femmes ne savent user de rien avec mesure ; il faut qu'elles abusent de tout, même du repentir. Louise ne se borne plus à la règle sévère de son ordre, elle recherche, elle invente des souffrances pour humilier le soir de sa vie, comme elle inventa jadis des voluptés pour enivrer ses beaux jours. Ce carême, voulant expier le plaisir qu'elle éprouvait durant sa carrière mondaine à savourer des liqueurs, elle se condamna à rester trois semaines

eux-mêmes; ils le conservèrent longtemps, et dans quelques provinces on dit encore porter des fonlanges pour se parer de rubans.

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sans Ixtiiv une goutte d'eau ; depuis trois ans elle n'en buvait déjà qu'un demi-verre par jour. Use religieuse demandait dernièrement! cette pénitente si elle avait cru pouvoir s'imposer une si grande privation avant d'en avoir obtenu la permission de son confesseur : « J'ai agi c sans réflexion, a-t-elle répondu, je n'ai été occupée que « du désir de satisfaire à la justice de Dieu. » Ces austérités extrêmes ayant affaibli la constitution de sœur Louise, un ôrysipèle lui vint à la jambe ; elle ne pouvait plus marcher, n'allait point au réfectoire par cette raison, et serait morte d'inanition si le second jour la supérieure ne fût entrée dans sa cellule pour s'informer du motif qui l'y retenait.

— Ltes-vous malade, ma sœur ? lui dit-elle.

— Non, madame, répondit Madeleine la Vallière, mais je ne puis marcher.

— Qui vous en empêche?

— Une douleur aiguë, que Dieu m'a fait la grâce de m'envoyer à la jambe gauche.

— Quelle est la nature de ce mal ?

— Je ne sais, je n'y ai pas regardé.

— En vérité, ma sœur, vous portez trop loin le mépris de vos jours... Dieu vous en a confié le soin, c'est lui désobéir que de le négliger. Si vous êtes plus pressée de livrer votre corps à la terre que le Seigneur de le lui rendre, vous péchez encore, ma sœur, vous péchez gravement.

— Peut-on offenser le divin maître par les mortifications ?

— Oui, quand elles dépassent les règles d'une austère mais sage pénitence... Rappelez-vous que Dieu, dans sa justice éternelle, ne peut rien vouloir d'outré.

— Pour ce qui flatte, je le sais ; mais ce qui humilie ?

— Arrêtez, sœur Louise! la pénitence même peut avoir sa vanité... Dieu repousse l'orgueil jusque dans la douleur.

— Mais les martyrs ?

— Les martyrs, ma sœur! ils se sont soumis aux souffrances; mais ils n'en ont point fait un trophée.

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— Faites-moi donc conduire à l'infirmerie... Je serai moins orgueilleuse à l'avenir.

La cour s'amuse beaucoup en ce moment de la passion violente que Mm0 la princesse de Gonti a inspirée à Muley Ismaïl, roi de Maroc. Ce souverain maure a conçu cet amour, échauffé de toute l'ardeur de la zone torride, à la vue d'un portrait de la princesse, qui fut trouvé au bras d'un officier français pris en mer par les sujets du prince mahométan. Il est fâcheux que la fille de Mme de la Vallière ait épousé un fils du grand Gondé, elle se fût élevée sans le moindre effort au trône marocain. Mais si cette reine manquée des infidèles n'a pu régner sur eux en Afrique, elle les soumet du moins à Paris : tous nos galants soupirent aux pieds de la belle princesse ; encore quelques mois, et elle comptera sur ses traces autant de soupirants que son adorateur au teint de bronze compte d'esclaves dans son harem. Le prince de Gonti, qui ne veut pas se donner le ridicule de paraître jaloux, fait l'insouciant et le dégagé sur tous les hommages qu'on adresse à sa femme. Bien plus, chaque jour il amène chez elle les jeunes gens les mieux faits de la cour, essayant de faire croire ainsi qu'il brave le danger auquel tant de maris ont la faiblesse d'opposer un front soucieux. Le prince croit éviter les plaisanteries que cette mauvaise humeur leur attire, et se promet de s'épargner au besoin la plainte scandaleuse qui les déshonore. Quel sera l'effet de cette manœuvre ? La réputation de coquetterie de la princesse commence à le faire pressentir... et les gens qui voient de près ont déjà, dit-on, plus que des pressentiments.

La belle duchesse de Fontanges, dont la taille n'augmente pas aussi vite que sa faveur diminue, a cru ou du moinsa paru croire, la semaine dernière, qu'on avait tenté de l'empoisonner. On assure que, traduit en langue vulgaire, cela signifie qu'elle voudrait bien avoir des gardes. En la pressant un peu, je parie qu'elle avouerait que cette distinction manque à sa grandeur. Il ne faut pas croire que la fière beauté s'amuse à réduire à sa juste valeur le

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t ilic àê mattrMM, cllo ne so croit pas moins souveraine qUfl M.inc Tlinvso ; et si, en parlant dc> aiïections de son amant, elle dit parfois là reine et moi, il lui arrive beaucoup plus souvent do diro moi et la reine.

La jeune favorite, quoique fort indisposée, a reparu hier à la cour après une absence de huit jours. Elle a été reçue froidement par Sa Majesté ; c'est surtout parmi les grands que les absents ont tort et dix fois tort. « Voyez-vous mon enfant, lui dit M'"* de Maintenon, voilà comme cela se pratique dans ce pays : un jour on vous divinise, le lendemain on vous oublie. Le plus sage est do ne pas attendre ce fâcheux retour et de quitter la cour avant d'en être quittée. Croyez-moi, duchesse, éloignezvous sans bruit : une retraite au moment où Sa Majesté arrête encore sur vous quelques regards bienveillants, vous fera beaucoup d'honneur dans le monde; tandis que cette même retraite sera pour vous une source de honte si vous attendez l'heure de votre disgrâce, prête à sonner. — A vous entendre, madame, répondit la jeune duchesse, on dirait qu'il est aussi facile de quitter un roi que de quitter un habit. »

L'avis de Mm0 de Maintenon, tout intéressé qu'il était, ne manquait pas de sagesse: elle sait mieux que personne combien la maîtresse en titre est déchue dans la pensée du roi ; cette beauté, dont il ne raffola qu'un instant, n'est plus pour lui que la statue avant l'étincelle. Sa disgrâce marche même à pas de géant. Presque toujours malade durant sa grossesse, elle ne peut rien faire de ce qui pourrait soutenir son crédit. Avec Louis XIV, la charge de favorite est un des emplois actifs de la cour malheur à l'occupante si elle ne peut remplir assidûment ses fonctions ! Mm9 de Fontanges n'est point portée sur les listes pour le voyage de Fontainebleau : on lui a permis d'aller prendre du petit lait à Livry... Malheur aux ministres, aux généraux et aux favorites à qui les rois permettent de donner des soins à leur santé 1

A propos du voyage de Fontainebleau Mme la Dau-

phine demandait l'autre jour à la duchesse de Richelieu sa dame d'honneur, si la cour de France était toujours par voies et par chemins comme celle des anciens rois pasteurs. « Il n'y a pas encore cinq mois que je suis arrivée, ajouta Son Altesse Royale, et j'ai déjà fait dix voyages de Villers-Cotterets, de Rambouillet, de Compiègne, de Chambord, de Fontainebleau, non compris les allçes et venues journalières de Saint-Germain à Versailles ou de cette dernière résidence à Saint-Germain. Le roi paraît tenir beaucoup à ce que je donne bientôt un fils à Monseigneur ; mais on ne peut pas devenir grosse en marchant toujours.»

A part l'à-propos de la grossesse, je suis un peu de l'avis de Mme la Dauphine ; aussi, quoique portée sur les listes, je n'ai pointaccompagnélacour à Fontainebleau. Nous ne sommes plus aux jours d'enchantements où d'un pied que mes vingt ans rendaient léger et hâtif je foulais le gazon des jardins de ce palais au son d'une musique délicieuse et au murmure plus doux encore des soupirs de vingt galants empressés. Depuis lors mes ans se sont doublés, ma marche serait lourde sur les gazons; je pourrais y goûter encore le charme d'une harmonie enchanteresse, mais le murmure de soupirs ne serait plus là... Je suis restée à Paris. La jeune et jolie Mme de Saint-Pouanges voudrait bien en avoir fait autant : elle revenait avant-hier de Fontainebleau ; sa voiture a versé, et un éclat de glace lui est entré dans le corps... Jamais récit ne fut plus effrayant que celui des opérations qu'il a fallu faire à cette pauvre dame pour retirer ce morceau de verre du lieu où il était enfoncé. . . On espère pourtant sauver la blessée.

Je vis jeudi matin le père de la Chaise, dispensateur des grâces ecclésiastiques, dans l'intérêt de mon neveu l'abbé qui voudrait bien avoir un bénéfice, ne fût-il que de sept à huit mille livres. Mon jeune parent le mérite bien : il n'a guère plus de vingt ans et je me rendrais caution qu'il n'y a pas une seule actrice à Paris qu'il ne

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connaisse tu moins tle nom. Personne n'est plus versé dans l'étuda deseaus «le senteur; pour les modes, c'est m»

journal viv.ml . lue boucle de cheveux ne saurait être allongée ou raccourcie, un nœud de ruban changé de pltee, nue couleur prise ou quittée que mon neveu n'en soit instruit. Pour du latin, il n'en sait guère, et son bréviaire quotidien c'est lo recueil des contes de la reine de Navarro ou le livre de Rabelais. Avec de tels droits à produire, je ne pouvais manquer d'être bien reçu, du père delà Chaise ; aussi ai-je été enchantée de l'accueil qu'il m'a fait. On m'avait peint ce jésuite comme un ours. Si cette qualification lui convient sous le rapport du physique, il faut avouer au moins que c'est un ours fort bien léché. J'ajouterai toutefois que la première vue du confesseur de Sa Majesté a quelque chose de repoussant : il a de gros yeux dont l'extrême saillie et le roulement habituel sous une forêt de sourcils impriment à la figure de ce moine je ne sais quoi de rude que tempère heureusement une bouche assez riante, ouverte entre deux joues rebondies qui ne se prêteraient point à l'expression de U méchanceté. Si les yeux du père de la Chaise sont saillants il en est bien autrement de ses oreilles, les plus longues, les plus larges, les plus pendantes que j'aie jamais remarquées dans une créature humaine. Quand le porteur de cet ensemble de traits assez peu séduisant vous parle, tout cela ne se prête pas trop mal à un air de bonté que les physionomistes pourraient trouver patelin, mais qu'en ma qualité de solliciteuse j'ai pris pour obligeant. Au reste le père dt la Chaise est un homme doux, paisible et doué d'une certaine sagesse, qui se fait remarquer surtout par sa modération. Je sais de bonne part qu'il ne conseilla jamais au roi de mesures rigoureuses contre les jansénistes, ce qui le fit souvent accuser de tiédeur par sa compagnie. Les pères Doucin,Sacone et Le Tellier, véritables boute-feux de l'ordre, lui sont députés de temps en temps pour relever en lui l'esprit de corps et pour l'engager à rallumer les brandons qu'ils voudraient jeter dans l'enceinte de Port-Royal ; mais le crédit du confesseur

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ne tient point à son caractère religieux, il est purement personnel, et malgré les efforts de ces excitateurs, de la Chaise ne veut brûler personne.

« Votre neveu, me dit le père confesseur, n'est point un « modèle de piété ni même de continence ; mais à coup « sûr, il n'a pas moins de droits aux bénéfices ecclésias- « tiques que des mousquetaires et des pages, auxquels « je fus plus d'une fois obligé d'accorder de pareilles « grâces. 11 y a longtemps d'ailleurs que l'Église contribue « à la faveur de bénéficiaires qui ne se chargent d'aucun « des devoirs qu'elle impose. Je n'ai point oublié qu'au « sacre de Sa Majesté, l'on dut recourir à l'évêque de « Soissons pour procéder à la cérémonie, parce que « M. le duc de Nemours, archevêque de Reims, n'avait « pas les ordres et n'assistait à la solennité du jour qu'en « qualité de général de cavalerie. D'après de tels exem- « pies, j'aurais donc fort mauvaise grâce à refuser le béné- « fice que vous demandez ; dites seulement à votre neveu « que pendant l'expédition des lettres patentes il fera « bien de paraître un peu moins souvent à la comédie et « d'assister quelquefois au sermon. »

Puisque les grâces de l'Eglise ne sont pas incompatibles avec les distractions mondaines, ce que M. de Paris se charge au surplus de nous prouver par l'usage simultané qu'il en fait, je puis bien parler des spectacles immédiatement après m'être occupée du bénéfice d'un abbé qui fait son séminaire à l'Opéra. Une ordonnance du roi vient de réunir les deux troupes de l'hôtel de Bourgogne et de la rue Guénégaud; mais je dois reprendre de plus haut l'organisation des théâtres de Paris. Les confrères de la Passion l, qui longtemps furent les seuls comédiens autorisés, conservaient encore leur prééminence en 1676. Un édit de cette année les supprima, réunit leurs revenus à ceux de l'hôpital général et mit fin aux tracasseries qui existaient entre eux et les comédiens. Ils durent aban-

1. Les confrères de la Passion avaient été établis en 1402 par lettres patentes de Charles VI.

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ilonntM' à ces derniers la propriété de 1 ' J i ■ i l f • 1 d lieu où lia avaient joué longtemps leurs pièces loua le titre de mystères, Du vivant de Molière, il existai! a Paris trois théâtres: celui de l'hôtel de Bourgogne, celui du Marais

et celui du 1'. il.iis-Hny.il ; mais après la mort du grand OOmique, lei acteurs qu'il avait dirigés, ne pouvant, comme je l'ai dit ailleurs, se soutenir sans un tel appui, furent répartis entre la troupe de l'hôtel de Bourgogne et celle du Marais. Cette dernière quitta alors la salle qu'elle occupait et vint jouer rue Mazarine vis-à-ris la rue Guéaégaud. Mais les deux théâtres se soutenant avec difficulté et l'espèce de rivalité qui existait entre eux nuisant a l'art lui-même, le roi a jugé convenable de réunir les comédiens rivaux par une communauté d'intérêts et d'émulation. Les deux troupes, fondues en une seule, se sont établies rue Mazarine. Sa Majesté a réglé en même temps les droits des acteurs ; elle a fixé leurs salaires selon le talent, a donné des pensions à quelques sujets et a gratifié la société même d'une rente de douze mille livres. D'après les nouvelles ordonnances, la troupe de la rue Mazarine, qui a pris le nom de Comédie-Française, jouera à la cour depuis le jour de saint Martin jusqu'au jeudi d'avant la Passion ; mais lorsque le roi ira à Fontainebleau une partie de la troupe suivra Sa Majesté, et indépendamment de ses gages, chaque acteur aura une pistole par jour durant le voyage.

Il se tient tous les lundis à l'hôtel de la Comédie-Française une assemblée générale : c'est à cette réunion que les auteurs présentent leurs pièces. Elles sont examinées d'abord dans une séance secrète, et à l'assemblée générale suivante l'ouvrage, est admis ou rejeté, au jugement de tous les acteurs et actrices.

Il revient aux auteurs dont on représente les pièces, déduction faite des frais journaliers et du quart des pauvres, pour une tragédie ou comédie en cinq actes le neuvième du produit de la représentation et pour les pièces en trois, deux ou un acte le dix-huitième.

Il s'est fait à Versailles deux vols d'une hardiesse presque incompréhensible et cela à cinq jours de distance l'un

de l'autre ; le voleur de la chapelle de Saint-Germain n'était qu'un écolier auprès de ceux qui ont imaginé ces grandes expéditions. Aux écuries du roi, où logent plus de trois cents personnes et où veillent chaque nuit cinquante ou soixante officiers ou valets, les housses et caparaçons des chevaux ont été enlevés sans qu'on puisse soupçonner par qui ni même à quelle heure ce vol audacieux a été commis : les harnachements volés valaient plus de cinquante mille écus. M. le grand écuyer a fait faire les plus minutieuses recherches dans toutes les parties du palais et dans presque toutes les maisons de la ville ; on a dépêché sur toutes les routes avant que les voleurs eussent pu s'éloigner seulement de cinq lieues. Ces démarches n'ont rien appris : on n'a pas obtenu le moindre indice. Mais voilà quelque chose de plus fort : le grand appartement, c'est-à-dire cette longue file de pièces qui s'étend depuis la galerie jusqu'au cabinet du roi, est garni de meubles de velours cramoisi avec crépines et franges d'or; que devint le pauvre Bontems lorsqu'il trouva, une semaine après l'événement des écuries, tous ses fauteuils, tous ses pliants toutes ses tentures dégarnis de leurs riches ornements, qui avaient été coupés par des êtres non moins invisibles que les voleurs de housses et de caparaçons ! Ce dernier coup était réellement une sorte de prodige dans un lieu où jamais une foule nombreuse ne cesse de circuler à toute heure de jour et que plusieurs centaines de gardes parcourent la nuit. On avait reconnu l'inutilité des perquisitions ; de nouvelles franges furent commandées, et l'on ne songeait plus à cette affaire, lorsque hier au souper du roi un gros et lourd paquet lancé du milieu de la foule des courtisans arriva sur la table et fit par sa pesanteur bondir en résonnant tous les plats d'argent. Une torsade échappée en l'air du paquet mal fermé tomba en même temps sur la perruque du roi. « Ah 1 ah ! dit Sa Majesté, « je crois que ce sont mes franges qui me reviennent; mais « au diable, le moyen de restitution 1 quelques pouces de « plus et j'étais assommé. » M. de Livry, en enlevant le paquet, aperçut un petit billet qu'on y avait attaché. Le

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roi voulut le voir. Il renfermait ces mots (l'uni: écriture évidemment contrefaite : « Reprends tes i. Bon-

« teins, l.i peine en passe le plaisir... Nos baite-maini au « roi. — Voilà, dit Sa Majesté, qui me paraît bien insoc lent. » Le paquet d'or parfilé était si pesant qu'à peine M. do Livry put le soulever : il appela à son aide un garçon bleu qui emporta les franges, et l'on ne s'en occupa plus. Mais les ofliciers de service firent fermer les portes : ils examinèrent toutes les personnes qui assistaient au souper du roi. Toutes étaient connues, à l'exception d'une seule, qui se dit homme de qualité de la Saintonge et ami de M. le duc de Gesvres. Ce seigneur ayant été prévenu se rendit au palais, reconnut le Saintongeois et en répondit. Aucun des assistants n'avait vu lancer le paquet ; aucun n'avait senti dans une foule cependant très serrée le violent mouvement de bras qu'il avait fallu faire pour donner l'impulsion à un tel fardeau. « Allons, dit Louis XIV « en se couchant, il y a des magiciens chez moi. Bonsoir, « messieurs. Nous nous reverrons demain matin s'il leur « plaît de me laisser dans mon lit. »

Le pouvoir des voleurs n'était pourtant pas illimité; car tout porte à croire que les franges n'avaient été rendues d'une si singulière façon que parce qu'on n'avait pu les sortir du château, et cette probabilité était en quelque sorte démontrée par le billet.

La duchesse de Fontanges, triste, éplorée, pâle, malade, se retire à l'abbaye de Ghelles, que le roi donna dernièrement à l'une de ses sœurs. Cette beauté, dont le règne ne fut qu'un éclair de prospérité, a passé ce matin sous mes croisées dans un carrosse à huit chevaux, que suivaient quatre autres voitures attelées de six... La vanité de cette favorite d'un instant se remarque jusque dans sa retraite de la cour. Celle de M,ue de la Sablière a été moins fastueuse : convaincue de l'infidélité de M. de la Fare, elle s'est retirée aux Quinze-Vingts. Il y a moins d'un mois, la pauvre dame, malgré mille apparences, croyait encore à la tendresse de son amant : si elle se fût retirée alors,

c'eût été aux Quinze- Vingts une aveugle de plus ; elle y voit clair maintenant. Mm0 de Sévigné appelle cette rupture une solution de continuité ; quelque sympathie qu'il y eût entre MmB de la Sablière et M. de la Fare, ce mot me paraît fort, et ne peut guère se rapporter qu'à des circonstances plus ou moins fréquentes du commerce de ces amants. Beautés amies des flammes éternelles, de la constance à toute épreuve, na vous hâtez pas de jeter la pierre à quelques-unes d'entre vous pour s'être emparées du cœur volage de M. de la Fare, il n'y a point de coupables dans vos rangs. C'est pourtant une coquette qui a fait le coup... c'est... la bassette, le plus capricieux de tous les jeux. Pauvres femmes, aimez donc des hommes qui, non contents de vous abandonner pour une comédienne, vous sacrifient ainsi aux beaux yeux de la dame de carreau !

Toutes les lunettes sont braquées depuis trois jours sur le firmament: une comète, comme on n'en vit point encore dans les temps modernes, occupe jour et nuit nos doctes de l'Académie des sciences. Us disent que c'est la même qui parut l'année de la mort de César, puis en 531, puis en 1106. Sa révolution, que ces messieurs appellent une période, est, à ce qu'ils assurent, d'environ cinq cent soixante-quinze ans. La terreur est grande par la ville : les esprits timorés voient dans ceci le signe d'un déluge nouveau, attendu, disent-ils, que l'eau s'annonce toujours par le feu; ce qui ne me paraîtra une raison bien démonstrative que si Cassini se donne la peine de me la confirmer. Pendant que les peureux font leur testament, et prévoyant la fin du monde, lèguent leurs biens aux moines qui se montrent, en les acceptant, meilleurs physiciens que les testateurs, la cour agite fortement la question de savoir si l'astre errant n'annonce pas la mort de quelque grand personnage : ainsi qu'il annonça, disent-ils, celle du dictateur romain. Quelques courtisans, esprits forts, se moquaient hier de cette opinion ; Monsieur, qui craint apparemment de devenir tout à coup un César, s'est écrié

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d'un loil fort sec: « ESh! messieurs, vous en parlez à votro « aise, vous autres, vous n'êtes pas princes. » Vanité des a- unités 1

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