CHAPITRE XXVII
Une matinée de Louis XIV après son mariage secret. — Éloignement du Dauphin pour Mme de Maintenon. — Résumé en vers de l'histoire de cette dame. — Voile transparent. — Remontrance à M"" de Gaylus. — Indiscrétion de Mm* d'Heudicourt. — Le roi avoue tacitement son mariage à Monsieur. — Le crucifix et le petit sermon conjugal. — Caricatures sur les convertisseurs.— Les dragons apôtres. — Mm" de Caylus à la cour. — Elle est exilée. — Sa société habituelle.— Mariage de deux filles d'honneur.
— Les maris philosophes. — Mlle de Laval. — La jolie chanoinesse. — Mort de Chapelle. — Cet épicurien aimable à ses derniers moments. — Les filles de Saint- Joseph. — Fondation de la maison de Saint-Cyr. — Opinion du père de la Chaise sur cette fondation. — Mot critique du prince d'Orange — Louis XIV chantant lui-même son éloge. — Le pape bravé dans Rome par Louis XIV. — Naissance du duc de Rerri. — Nouveaux ambas. sadeurs de Siam. — L'abbé de Choisy improvisé prêtre. — Était femme la veille. — Louis XIV est opéré de la fistule. — Tremblement du chirurgien Félix. — L'Homme à bonnes fortunes de Raron. — Mort du grand Condé. — Petits-maîtres; origine de ce nom. — Apparitions du grand veneur. — Le fantôme du cabinet des armes. — Le duc de Roquelaure etMmt de Villeroi.
— Les vieilles coquettes et les vieux rubans. — Ligue d'Augsbourg. — Mort du maréchal de Créqui. — Plan des travaux de Maintenon. — Érection de la statue de Louis XIV sur la place Vendôme. — Cérémonie de l'inauguration. — Mort de Lulli. — Quelques détails sur le talent de cet artiste. — Caractère de Lulli ; son portrait au physique. — La statue vivante. — Hardiesse de Mm* de Montmorency. — Réponse piquante d Louis XIV. — Les diables et le bon ange. — Procédé délicat de M. le duc. — Une prêcherie de Louis XIV lui attire une riposte
CHRONIQUES DE L'OEIL-DE-noi:( ! 21:")
piquante du Dauphin, — Exiyeaoea da d'Aobigné. — Mot saill.mi de ce gentilhomme, — Les chanoines de Verdun. — Le hosties de prince.
J'ai dit peu de chose sur le lever du roi, qui, pendant la jeunesse de Sa Majesté, varia souvent, ainsi que l'emploi do sa matinée. Mais la vie sédentaire que mène ce prince depuis quelques années, ses pratiques pieuses et la li\ité de ses goûts actuels permettant de décrire si-s habitudes, je m'occuperai aujourd'hui des premières heures du jour.
A huit heures en hiver, et à sept en été, le premier valet de chambre en quartier qui couche dans la chambre du roi éveille Sa Majesté ; le premier chirurgien entre aussitôt. Il se met à frotter le roi; quelquefois il lui donne une chemise, parce qu'il est sujet à transpirer ; puis on appelle le grand chambellan, ou, en son absence, le premier gentilhomme d'année l, et avec lui les grandes entrées. Le grand officier introduit s'étant muni du bénitier de Sa Majesté, tire ses rideaux et lui présente de l'eau bénite. C'est le moment où les personnes jouissant des grandes entrées peuvent entretenir le monarque : si l'une d'elles a quelque chose à lui dire ou à lui demander, les autres se retirent près des croisées jusqu'à ce que le roi les rappelle. A la suite de cet entretien, s'il a eu lieu, ou immédiatement après l'eau bénite, le grand chambellan ou le premier gentilhomme remet au roi le livre de l'office du Saint-Esprit, et, pendant la lecture de Sa Majesté, tout le monde passe dans le cabinet du conseil. Peu de temps après on rentre ; le grand officier donne la robe de chambre, après quoi les secondes entrées ou hre vêts d'affaires sont admis. Presque aussitôt la chambre* est introduite, avec les gens distingués qui se rencontrent là.
1. A cette époque le service du premier gentilhomme de la chambre durait une année.