‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 26 sur 44 · Le rôle a été joué ensuite par Mm" de Caylus · texte numérisé non relu

Le rôle a été joué ensuite par Mm" de Caylus

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tro un pou timide dani le rôle de l'audacieux Aman;mais il faut bien qu'un ministre emprunté à notre sexe reste femme en quelque chose. I j brune MI:'' de Laiie porte avec plus d'aplomb la barbe d'Assuérus,la première sans doute qu'elle ait sentie aussi près de son joli menton. Sousla figure de Mardoehi! , M ° de Glapion i vieillit avec peine ses traits délicats; elle se surprend quelquefois à redresser sa taille élancée, et son accent conserve, quoique un peu grossis, des sons plus propres à séduire qu'à imposer. Dans un prologue où ton test disposé pour faire ressortir le talent très remarquable de Mm9 de Caylus, beauté mondaine égarée parmi les brebis saintes de Saint-Cyr, celte nièce deMmede Maintenon représente à ravir le personnage de laPiélé... On ne peut pas mieux jouer la comédie. Toutes ces actrices, habillées avec recherche, couvertesde pierreries, environnées d'une décoration charmante imaginée par Berrin, douées d'une mémoire qui n'a pas bronché un instant à la représentation que j'ai vue, familiarisées enfin avec leurs rôles par Racine, toutes ces actrices, dis-je, ont fait preuve d'une intelligence soutenue; la prévention favorable qu'elles devaient exciter a fait le reste... Parlons de la pièce.

Il n'était pas facile de faire une tragédie pour un couvent, avec des passions dont on limitait le choix, la portée «et l'expression. C'est dans ce cercle rétréci qu'il faut examiner Esther ; tout alors y paraîtra beau. La composition est ce qu'elle doit être, remplie de récits touchants, de déclamations pieuses, d'invocations ferventes ; le tout exprimé en vers admirables et mélangé de chants que les voix douces, pures, virginales des actrices font ressembler aux concerts célestes. « Racine, disait Mme de Sévigné qui « se trouvait placée près de moi, aime Dieu comme il aimait « autrefois ses maîtresses; il est pour les choses saintes « comme il était pour les choses profanes. »

Mais je n'ai pas encore parlé de ce qui a produit le plus de sensation aux représentations d'Esther,c est-à-dire des allusions que cette tragédie offre à chaque scène. Parmi

1. Elle fut, par la suite, supérieure de la maison de Saint-Cyr.

les spectateurs qui remplissaient la salle le jour où je m'y trouvais étaient Mraï de Montespan et le marquis de Louvois; confondus dans la foule, ils correspondaient ensemble par des regards; ils s'étaient reconnus sur la scène sous les noms de Vasthi et d'Oman ; et comment la favorite disgraciée eut elle laissé échapper l'intention de ces vers débités par Zî^/ier-Maintenon :

Sans doute on t'a conté la fameuse disgrâce De Y&ltière Vasthi dont j'occupe la place ; Gomment le roi, contre elle enflammé de dépit, La chassa de son trône ainsi que de son lit : Mais il n'en put sitôt effacer la pensée, Vasthi régna longtemps sur son âme offensée !

Pendant que cette allusion si claire, si directe, faisait couler un torrent de fiel dans le cœur de MmJ de Montespan, son heureuse rivale, assise près du roi, jouissant d'un triomphe éclatant aux yeux de toute la cour, recueillait le sens de ces vers tendrement exprimés par les yeux de Sa Majesté :

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours, et jamais ne me lasse.

Mais Mm' de Maintenon, qui s'était fait peindre sous la figure candide d'Eslher, subit elle-même un trait de critique au moment où l'on blâme la faiblesse de cette Juive qui aimant ses anciens frères en croyance, n'ose les protéger. Le roi fronça à son tour le sourcil lorsque presque toute la salle applaudit ce vers rappelant un trop fameux édit de proscription :

Et le roi trop crédule a signé cet édit.

Il est probable que Racine, foncièrement généreux quoi- 1 que courtisan, a glissé ces passages dans sa pièce après les lectures qu'il en a faites à la cour, ou qu'il les a esqui-

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vos en lisant. Quoi qu'il en soit, ni Mœe de Maintcnon ni le roi ne lui en ont parlô depuis.

Mais i|ni pourra peindre la fureur que Louvois a fait éclater en voyentle ministre Aman condamné au supplice le plus ignominieux... Se levant avec un mouvement de colère marqué, il est sorti précipitamment de la salle, coudoyant, heurtant, foulant tout ce qui s'opposait à son passage... Au moment où il avait quitté sa place, ses yeux courroucés s'étaient portés sur Mme de Maintenon, sur le roi, et on l'entendit s'écrier assez près de Sa Majesté : « Pour traiter ainsi un homme d'État, il faudrait être bien « sûr de n'avoir plus besoin de lui 1 »

Je demandai, en sortant de voir Esther, l'avis de M. de la Feuillade sur le mérite de cette tragédie : « Attendons « l'impression, répondit-il ; pour les pièces de théâtre, « c'est souvent une requête civile contre le jugement du « public. »

Une triste nouvelle arrivée de Madrid a suspendu les représentations brillantes à'Esther et a répandu le deuil sur toute la cour. La reine d'Espagne, nièce de Sa Majesté, est morte après deux jours de maladie. Il est à peu près avéré que cette malheureuse princesse a été empoisonnée, et ce crime s'explique par l'intérêt qui explique tout. Marie-Louise aimait la France, ce qui était bien, puisqu'elle avait vu le jour dans ce pays, mais elle le disait hautement, et elle manquait en cela de sens, car, elle exceptée, toute la monarchie espagnole tenait à l'Autriche. Le roi adorait sa femme ; mais, dominé par sa mère qui ne pouvait souffrir Marie-Louise, ce prince la laissait tyranniser à la sollicitation de l'ambassadeur autrichien, qu'on accuse d'avoir enfin exigé davantage. Pendant les dernières années de sa vie, la reine fut toujours surveillée de si près qu'elle ne put que rarement se plaindre à Louis XIV des mauvais traitements qu'on lui faisait éprouver. Quelques lettres parvenues cependant à Versailles donnèrent une faible idée de sa politique, laquelle ne roulait guère que sur une seule question : l'impuissance de Charles II.

Malheureusement la princesse sortit de ce cercle conjugal au moment de la ligue d'Augsbourg, en cherchant à détourner le roi son mari d'accéder à cette coalition... Sa mort suivit de près ce dangereux conseil. Marie- Louise fut, dit-on, empoisonnée par un pâté d'anguilles avec deux dames de sa maison. Lorsque l'ambassadeur français se présenta à l'Escurial pour voir la reine malade, on lui refusa l'entrée de son appartement sous le prétexte ridiculement spécieux que l'usage n'était pas en Espagne d'admettre les ambassadeurs auprès des reines au lit. Louis XIV, en recevant la nouvelle de cette mort violente, haussa les épaules et dit: « Ces princes « impuissants ne sont bons à rien, pas même à imposer au « crime. >

Le temps est venu où Louis XIV, sans nuire à la politique qui s'est perpétuée en France depuis Richelieu, peut accorder ouvertement sa protection à Jacques II • Il s'agit maintenant d'attaquer Guillaume, de renverser d'un trône usurpé ce prince audacieux, plus redoutable déjà pour les Etats de Louis XIV que le dévot Stuart ne pouvait le devenir, et qui, par l'effet de son usurpation, ne peut manquer de lier l'Angleterre à la coalition des puissances liguées contre nous. D'ailleurs, aujourd'hui plus que jamais, la France doit prévenir le retour de la rivalité maritime et commerçante des Anglais, rivalité bien plus à craindre sous la main habile du prince d'Orange que sous la molle direction de Jacques II. Une fois en paisible possession du trône, l'usurpateur songera à justifier sa conquête par tous les moyens qui pourront lui concilier l'affection de ses sujets : il fera jouer tous les ressorts de la prospérité du royaume, comme il cherchera à faire revivre toute sa gloire. Ainsi Louis XIV aura un adversaire puissant au dehors, un rival actif au dedans et un ennemi acharné partout. La cause de Jacques II est donc la sienne, il est fortement intéressé à le servir, et l'enseigne brillante des procédés généreux sera là pour exciter l'admiration du vulgaire qui ne sait guère lire dans le

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livra obscur dei destinée! politiques. Une cxpéditi<>

Irlande e -, Jacques II se met à la tête des U

j) «s de dé barque ment, et Louil XIV lui donne les moyens lire cette campagne non seulement avec succès, mais encore avec honneur. TVeÎMgfOa vaisseaux, six frégates et plusieurs brûlots sont armés à Brest pour transporter «tu Irlande le monarque détrôné et les troupes que le roi de France lui donne. Indépendamment de ce corps, qui sera de six mille hommes, Jacques II emmène vingt capitaines, vingt lieutenants et vingt cadets pour servir dans les troupes irlandaises qui se rangeront sous les drapeaux de ce prince catholique. On embarque des selles, des brides, des pistolets, destinés à équiper quelque cavalerie, s'il est possible de se procurer des chevaux ; enfin la flotte est chargée de tous les habits, armes et autres objets nécessaires à une armée de douze mille fantassins. Dans ces grandes dispositions, on n'a point oublié ce qui peut servir aux usages personnels du roi et même l'environner d'une sorte de luxe: un soin attentif a réuni sur le vaisseau que doit monter Sa Majesté Anglaise, et qui portera son pavillon, des services d'or et d'argent, des habits magnifiques, du linge à profusion, des voitures, des attelages, des chevaux de main, et tout ce qui peut servir à un campement commode, comme des lits de camp, des chaises, et jusqu'à des portes. Louis XIV donne en partant deux millions à Jacques II, et s'est engagé à lui faire parvenir tous les fonds qui lui seront nécessaires pendant l'expédition. M. le comte d'Avaux est désigné pour accompagner le prince en qualité d'ambassadeur extraordinaire, lui servir de conseil, administrer l'armée et tenir les finances. M. le comte de Lauzun devait prendre le commandement des troupes françaises envoyées en Irlande, avec le titre de capitaine général ; mais ce seigneur, que l'infortune n'a point corrigé, s'est montré assez déraisonnable pour mettre une condition à son acceptation : il voulait être fait duc avant de partir. Cette renaissante audace a réveillé le ressentiment de Louis XIV : Lauzun ne partira point. Jacques II l'a dédommagé autant qu'il

le pouvait, en lui conférant l'ordre de la Jarretière.

A quoi s'occupe cependant le roi d'Angleterre, tandis que tant de préparatifs ae font dans son intérêt? Il se rend à Paris chez les jésuites, se fait reconnaître comme appartenant à leur corps, et touche les écrouelles au couvent des Anglaises. Fidèle à ses affections, il choisit pour son secrétaire d'État le jésuite écossais Inès, ne voulant pas absolument s'apercevoir que les enfants de Loyola ne servent jamais que leur compagnie et ne donnent à tout le reste qu'un simulacre de dévouement.

Enfin, tout étant prêt pour le départ, le roi alla trouver Jacques II à Saint-Germain, et, remettant à ce prince pour dernier présent la cuirasse et les armes qui lui ont servi dans toutes ses campagnes, il lui dit : « Puissent-elles vous « porter bonheur ! » Puis il ajouta en embrassant le monarque anglais : « Adieu, monsieur mon frère. Je ne saurais « dire combien je suis touché de vous voir partir, plaise « à Dieu cependant que je ne vous revoie jamais. Mais si « par malheur vous êtes forcé de revenir, vous me retrou- « verez tel que vous me voyez. > Jacques II est parti de Saint-Germain le 28 février pour se rendre à Brest, où il est arrivé le quatrième jour. Deux heures après le départ de Sa Majesté, la reine Marie est allée enfermer elle et son fils au couvent de Poissy, où la supérieure, Mm« Charlotte d'Ailly, a reçu cette vertueuse princesse avec toute la distinction due à son rang.

Le duc de Bourgogne grandit; il vient d'être enlevé aux femmes. M. le duc de Beauvilliers, premier gentilhomme de la chambre, est nommé gouverneur de ce jeune prince ; Sa Majesté a choisi l'abbé Fénelon pour son gouverneur. Son Altesse Royale, qui a de la vivacité et promet d'avoir de l'esprit, a supplié le roi de le faire mousquetaire, de lui donner un maître d'exercice et de le passer en revue avec les autres. Le roi lui a demandé s'il voulait être mousquetaire noir ou gris. « Tous les deux ensemble, a « répondu le petit espiègle, et, pour cela, Votre Majesté « n'a qu'à me donner un de ses chevaux pies. » Cette sail-

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|ia Ingénieuta ;i valu beaucoup do caresses à l'enfant et

j)lus encore de bonbons.

Pendant que Jacques II se disposait à descendre en unies sur les eôtea d'Irlande, le parlement d'Angleterre, par l'adroite instigation do Guillaume III, déclarait le trône vacant ; et les états, assemblés sous le nom de Conri'iilioii, (lef.i aient la couronne au prince et à la princesse d'( (range, déjà établis dans le palais des rois de la Grandelîretagne. Un peu plus tard, c'est-à-dire au moment où Stuart recevait l'hommage du comte de Tyrconell, viceroi d'Irlande, qui lui était resté fidèle, on couronnait Guillaume à Londres, et les Écossais le proclamaient à Edimbourg. Après cette double solennité, qui prouvait à Stuart qu'il ne pouvait compter que sur un quart au plus de ses anciens sujets, le prince d'Orange se disposa à marcher contre son concurrent, et déclara avant tout la guerre au roi de France qui le favorisait. Le prince hollandais ne négligea pas, dans le même temps, de pousser la république à conclure une alliance avec l'empereur, qui pouvait prêter un appui imposant à cet État trop faible pour lutter corps à corps avec Louis XIV. Léopold promit volontiers de soutenir la Hollande, pourvu que cette puissance s'engageât à empêcher de toutes ses forces qu'un prince français ne montât sur le trône d'Espagne, après la mort de Charles II, au préjudice de la maison d'Autriche. Cette condition, que les Hollandais acceptèrent, fut l'objet d'un article dit secret mais que tout le monde connut dès le lendemain de la signature du traité, comme il arrive toujours en pareil cas.

A peine Jacques II avait-il le pied dans la partie de son royaume qui lui est restée fidèle, que Louis XIV lui envoyait un nouveau secours d'hommes et d'argent. Cette fois M. de Lauzun, mieux inspiré que la première, partit pour l'Irlande sans conditions et après avoir obtenu un commandement, se résignant à aller mériter la faveur qu'il avait naguère sollicitée d'avance. Le comte de Château-Renaud, avec vingt-trois vaisseaux de ligne, fut chargé de porter en Angleterre le second corps destiné à

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soutenir l'expédition de Stuart ; il y arriva malgré l'opposition d'une flotte anglaise commandée par le vice-amiral Herbert, et que le marin français battit et dispersa. Après une navigation de seize jours M. de Château-Renaud rentra à Brest vainqueur de la marine anglaise, et amenant sept navires hollandais richement chargés qu'il avait pris au retour de son expédition.

Les nouvelles qui nous parviennent de l'Irlande annoncent peu d'activité de la part de l'armée expéditionnaire; les exploits de Jacques II se sont bornés jusqu'ici à tirer cent mille livres de son petit trésor pour récompenser la fidélité du comte de Tyrconell,à lui remettre de la part de Louis XIV une épée enrichie de pierreries, et à conférer la titre de duc à ce vice-roi. Quelques villes irlandaises, d'abord soumises au prince d'Orange, ont ouvert leurs portes à Jacques II, mais Londonderry lui a résisté. Il a mis le siège devant cette place, défendue par un prêtre presbytérien nommé Valker, et qui n'a pour toute garnison qu'une milice bourgeoise. Le maréchal de Schomberg, que Guillaume III a mis à la tête des troupes anglaises envoyées en Irlande, n'a fait encore aucun mouvement d'importance, il observe sagement l'armée royale, et celle-ci, avec moins de sagesse, s'abstient d'attaquer... Le roi s'amuse à rassembler un parlement à Dublin; c'est prendre les choses à rebours: il eût été temps de préparer des édits quand Sa Majesté aurait eu un pays à gouverner ; la première loi que ce prince ait à donnera l'Angleterre doit être faite parsonépée.

La reine Marie, voyant languir la cause du roi son mari, est triste, abattue, et pleure sans cesse. A la sollicitation de Louis XIV, cette princesse est retournée, un peu contre son gré, à Saint-Germain. Le roi, dont 1 âme est si bonne, si compatissante, surtout pour les femmes, va presque tous les jours consoler l'affligée Marie ; il adoucit sa douleur par tous les moyens qu'il peut imaginer, ne se rend jamais auprès d'elle sans porter quelques petits présents ; et elle les accepte parce que ce sont toujours des objets qui conviennent à la piété de cette reine, aussi dévote que malheureuse. Il est peu de voyages à Marly,

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peu d« fêtai ;i Trianon suxqueli Maria ne ioî( pai imitée; LottU XIV no se borno pas à la prier d'y venir, c'est toujours lui qui va la prendre dans son carrosse. Enfin aucun soin, aucune attention, aucune manière engageante no sont omis pour dissiper les chagrins de la souveraine... Le monde, dans cette circonstance, ne croit point à la bonté tout à fait désintéressée d'un prince dont la galanterie fut jadis portée si loin ; on dit, sans trop de réserve, que la dévotion de Sa Majesté faiblit, qu'il y a de l'amour sous jeu ; et M,u0 de Maintenon me semble partager cette opinion, qui pour elle est une terrible crainte. Tous les confesseurs et directeurs de conscience qui approchent de Sa Majesté, Bossuet, de la Chaise, Gobelin, le curé de Versailles, ont reçu l'ordre de ranimer les feux de l'enfer devant les yeux du roi pour l'empêcher de courir de nouveau vers la damnation ; Bourdaloue a été invité à glisser un renfort de diables dans ses sermons ; Mme de Maintenon elle-même redouble d'exhortations antimondaines auprès de Sa Majesté ; enfin hier, en entrant chez elle, le roi a vu le nombre des images saintes doublé dans son appartement : ce prince ne pouvait porter les yeux sur aucune partie de la tenture qu'ils ne tombassent sur une Madeleine, un saint Jérôme ou une Passion.

La levée de boucliers continue d'un bout à l'autre de l'Europe : tandis que Louis XIV déclare la guerre à l'Angleterre et au prince d'Orange usurpateur, ainsi qualifié dans le manifeste, la diète de Ratisbonne déclare la France ennemie de l'Empire, et l'électeur de Brandebourg s'empare de Kaisersberg. Dans un temps où toutes les puissances de l'Allemagne peuvent s'élancer en même temps vers nos frontières, M. de Louvois a osé proposer au milieu du conseil de brûler une seconde fois le Palatinat, afin de mettre un désert aride entre la France et ses ennemis. Le roi, qui n'a point oublié la tache que le premier incendie de ce pays imprima sur sa vie militaire, a repoussé avec horreur la proposition de son ministre de la guerre ; mais il y a longtemps que cet homme d'Etat a brisé tous les

freins de l'audace ; il s'est promis de saccager le Palatinat, au mépris de la volonté de son maître. Peu de jours après le conseil où le roi avait défendu 1 horrible mesure, un courrier portant l'ordre de l'exécuter partit secrètement de Versailles, expédié par Louvois. Mmo de Maintenonen futinformée aussitôt parlesespions qu'elle entretient secrètement auprèsdu ministre; elle résolut de prévenir à l'instant le roi. Fut ce un sentiment d'humanité qui lui dicta cette conduite? Les précédents delà marquise ne viennent point à l'appui de cette opinion... Cent vingt mille protestants ont péri, cinq cent mille ont dû s'expatrier, sans que cette ancienne protestante ait élevé la voix pour implorer la miséricorde ou plutôt la justice royale en faveur de tant d'infortunés. Cette indifférence glaciale opposée au malheur de ses compatriotes laisse peu de probabilité à la supposition que Mma de Maintenon ait voulu protéger un peuple allemand. C'est bien plutôt de son ennemi particulier qu elle trouve enfin et saisit l'occasion de se venger. On sait tout ce qu'une âme dévote peut contenir de fiel ; la compagne du roi n'avait encore pu venger que par des allusions l'obstacle que Louvois chercha à opposer au mariage secret, et celui qu'il ne cesse d'apporter à sa déclaration publique; peut-être la vindicative marquise ne seraitelle satisfaite qu'en voyant infliger à Louvois le sort d'Aman. Hier le ministre de la guerre entrait chez Mm°de Maintenon, où le conseil devait tenir ; il n'y avait encore que lui d'arrivé.

— Vous allez vous moquer de moi, dit en souriant la marquise, d'attacher quelque foi aux songes, qui sont de si grands menteurs; mais j'ai rêvé cette nuit que, nonobstant la défense du roi, le Palatinat était en flammes.

— Les rêves ne mentent pas toujours, madame, répondit le marquis ; je sais servir le roi malgré lui.

— Parleriez-vous sérieusement, monsieur ? demanda Louis XIV avec un grand éclat de voix.

— Très sérieusement, sire, répondit tranquillement Louvois, cette mesure extrême est indispensable; j'ai fait partir ce matin un courrier pour en porter l'ordre.

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— [niolenl I s'écria le roi en se saisissant des pincettes.

— Ah I sire, que faites-vous? dit M"0 de Maintenon, (|iii s'était jetée entre le monarque et son ministre.

— Laisaes-moi, madame, laissez-moi châtier cet impudent valet 1

— Sire ! s'écria a son tour Louvois dont le regard étincelait de fureur, respectez-vous, si vous voulez qu'on vous respecte... Ceci n'est plus un jeu de comédie. Si, à la sollicitation d'une femme ambitieuse, mécontente de ne pas régner, Votre Majesté a pu oublier les services que depuis vinL;t-cinq ans je necesse de lui rendre ; si elle s'est associée à la vengeance d'une favorite adroite jusqu'au point de me faire insulter sur un théâtre, j'espère au moins que cet oubli de dignité n'ira pas jusqu'à me frapper...

— Eh bien, malheureux, qu'un courrier parte à l'instant pour contremander le premier... Je te rends responsable de l'événement sur ta tête... Une seule maison brûlée sera ton arrêt...

Le contre- ordre partit, mais trop tard... Le Palatinat était en cendres... L'indignation de toute l'Europe est soulevée contre le roi, et Louvois n'a perdu que la faveur de ce prince... Cette tête qu'il songea un moment à faire rouler sur l'échafaud, elle renferme peut-être tout ce qui reste parmi nous du génie de la guerre pour soutenir la gloire militaire de Louis XIV.

La réputation de Mm9 la Dauphine paraît absolument sans tache à beaucoup de gens; un nombre à peu près égal de médisants blâme l'attachement de cette princesse pour sa femme de chambre, Bessola, jusqu'au point d'y voir des impuretés ; enfin quelques personnes ont cru apercevoir une intrigue entre Son Altesse Royale et M. de la Trémouille. Il est certain que ce gentilhomme, le mieux tait, mais en même temps le plus laid et le moins spirituel de tous les courtisans, fait publiquement l'amoureux auprès de la Dauphine. On n'y a pas fait d'abord la moindre attention, parce qu'on ne peut empêcher les folles idées d'avoir cours. Mais enfin la curiosité a été excitée

quand les observateurs ont vu la princesse causer avec M. de la Trémouille plus souvent qu'avec tout autre seigneur; alors le3 malins esprits ont jasé, en assurant qu'après tout il ne serait pas sans exemple qu'une princesse du sang préférât les belles formes aux beaux visages. Les propos sont-ils revenus à Son Altesse Royale, ou M. de la Trémouille a-t-il osé déclarer une passion qui aurait offensé ? C'est ce que personne à la cour ne peut assurer bien précisément. Dans l'une ou l'autre hypothèse, la Dauphine s'est crue obligée de faire défendre au soupirant de paraître devant elle ; M009 d'Arpajon, qui a été chargée d'intimer cette interdiction, n'a point divulgué le motif dont elle l'a sans doute appuyée, et la disgrâce elle-même serait restée secrète si le disgracié n'eût fait la sottise d'aller s'en plaindre au roi. « Monsieur, a répondu Sa « Majesté, Mme la Dauphine a agi fort sagement; elle avait « sans doute ses raisons pour prendre ce parti, et le seul « tort qu'elle aiteu c'est de ne l'avoir pas pris plus tôt.. » Malgré tout cela, je retrouve sur mes tablettes de 1688 qu'à la promotion des chevaliers de l'ordre, en date du 3 décembre, M"" la Dauphine a protégé M. de la Trémouille...

Nota bene. Depuis quelques jours, et à la grande surprise de la cour, Son Altesse Royale s'est mise à courir le cerf... Gela ressemble singulièrement à une distraction cherchée hors de ses habitudes pour s'étourdir sur un chagrin ou tout au moins sur une forte contrariété.

Les Irlandais royalistes, ne se trouvant point pourvus de tout ce qui peut favoriser un siège, ont été forcés de lever celui de Londonderry, après avoir fait manger aux assiégés leurs chevaux, leurs chiens et leurs chats. Cet événement est d'une faible importance par lui-même ; mais un petit échec fait toujours beaucoup de tort à une armée quand elle n'a pas encore obtenu de succès, et c'est le cas où se trouve celle de Jacques II.

Louis XIV a longtemps négocié à Madrid, par son ambassadeur, pour déterminer Charles II à embrasser la cause

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d.'s Stuarl ; mais l 'influence do Léopold l'ayant emporté, Si Majesté a déclaré la guerre au roi d'Espagne.

Sur la Moselle et le Rhin, la fortune des armes de Sa Majesté varie depuis quelque temps : tandis que le marquis de Bouffldn s'emparait de la place peu importante de Cocheim, le maréchal d'IIumières se faisait battre à Valcourt par Le prince de Waldeck. Mais la balance des destinées militaires semble vouloir pencher en faveur des ennemis ; Mayence, que défendait le marquis d'Uxelles, rient de se rendre au duc Charles de Lorraine après cinquante jours de tranchée ouverte. Les conditions delà capitulation du général français ont été honorables, ce qui lui a fait dire par Louis XIV : « Marquis, vous avez défendu <t la place en homme de cœur, et vous avez capitulé en « homme d'esprit. » Malgré cet éloge de sa conduite, M. d'Uxelles, s'étant montré à la comédie française quelques jours après son retour de l'armée, fut hué par le public au moment où il allait prendre place sur le théâtre. Le parterre s'obstina à lui crier Mayence pendant un quart d'heure, et cet officier général fut contraint de capituler une seconde fois en se retirant. Une circonstance remarquable du siège de Mayence c'est que cette place n'ayant été forcée de se rendre qu'à défaut d'un approvisionnement suffisant, que M. de Louvois avait négligé d'y for mer, M. d'Uxelles eut la délicatesse de taire cette circons tance qui le justifiait complètement. Le ministre de la guerre, qu'un rien pourrait perdre, sut gré au marquis de sa discrétion, dont celui-ci avait senti toute la conséquence.

M. le prince, fils du grand Gondé, est dans une situation d'esprit qui afflige sincèrement la cour, parce que ce seigneur a dans ses moments lucides du mérite et des qualités estimables. On avait remarqué dans la première jeunesse du prince que, malgré beaucoup d'aptitude, une activité soutenue, une valeur éclatante, et la plus grande envie d'imiter son illustre père, il n'avait jamais pu comprendre les premiers éléments de la guerre. Vainement en a-t-il fait longtemps son étude particulière, vainement at-il tâché de se pénétrer des leçons que le vainqueur de

Rocroi lui donnait en présence de l'ennemi; tous les principes du grand art ont échappé à cet homme vraiment supérieur sous d'autres rapports, et l'illustre Condé s'affligea souvent de ne pouvoir laisser à son fils l'héritage de ses grands talents avec celui de son nom. Ce déni d'intelligence spéciale tenait déjà sans doute à un dérangement moral qui s'est aggravé de plus en plus dans la suite. Mmd la princesse a eu beaucoup à souffrir de cette espèce de maladie: son mari était jaloux jusqu'à la fureur, quoique cette dame ait toujours été d'une laideur repoussante, et qu'une bosse assez prononcée contribuât à éloigner d'elle tout danger de séduction. Elle était à toute heure exposée aux plus bizarres fantaisies de son maniaque époux : quelquefois il la tirait brusquement de son lit pour lui faire entreprendre un voyage dont il ne l'avait point prévenue, et à peine était-elle dans son carrosse qu'il changeait d'avis et la renvoyait se coucher. On cite une année où la pauvre princesse partit ainsi, quinze jours de suite, pour aller à Fontainebleau, sans avoir jamais dépassé le bout de la rue. Il arrivait souvent que Son Altesse, envoyant chercher sa femme à l'église, lui faisait quitter la grand'messe, vêpres ou complies ; on a vu même des laquais contraindre cette pieuse dame, par ordre exprès de leur maître, à s'éloigner de la sainte table où elle allait communier. Tous ces dérangements impies n'avaient pour motifs que des caprices insignifiants ; un jour M. le prince fit sortir en toute hâte la princesse d'un confessionnal de Saint-Sulpice ; il s'agissait de voir un gros singe dont il venait de faire l'acquisition.

Encore si Mma de Condé n'eût été assujettie qu'à ces étranges idées, sa patience angélique en eût aisément triomphé ; mais dans les intervalles de ces folies inoffensives il prenait quelquefois à M. le prince des accès d'humeur sombre pendant lesquels il passait avec sa femme des brusqueries aux injures, et de celles-ci aux coups... L'infortunée jetait alors les hauts cris ; mais si un valet compatissant eût osé se présenter sur le lieu de la scène, Son Altesse l'eût infailliblement tué. Depuis quelquesannées

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06 [iriiicc, qu'on m- peut l'empéoher de plaindre, n'éprouve plus d(î ce- rioleai cment consiste au jour-

il'hui dans une indécision continuelle : en moins d'une heure il change fltkgt fois d'avis sur la moindre chose, il ne sait jamais I<: matin où il prendra son dîner ; aussi lui onprépare-t-on tous les jours à Paris, à Chantilly,* Kcouen et à Versailles. Heureusement cette multiplicité de repas ne cause pas de grands frais, Son Altesse se contentant d'un potage et de la moitié d'un poulet rôti sur une croûte de pain.

Il y a des saisons où M. le prince se croit métamorphosé en diverses espèces d'animaux, mais plus particulièrement en chien. Un soir, au coucher du roi, pendant la prière, les courtisans virent Son Altesse jeter à diverses reprises la tète en l'air et ouvrir la bouche comme pour faire entendre un aboiement, que pourtant il réprimait. Un autre jour, saisi de cette même envie canine au lever, M. le prince ne put s'en rendre maître autant, et s'approchant, d'une croisée ouverte, il mit la tête dehors et se satisfit... il aboya.

Par un genre différent de folie, M. de Gondé ne mangea rien pendant un assez long espace de temps sans l'avoir pesé aussi soigneusement que s'il se fût agi de diamants. Ce n'est pas tout, ce qui sortait du corps de ce prince était soumis à la balance avec non moins d'exactitude, non moins de scrupule, et souvent il dissertait à perte de vue en présence des médecins sur une différence de dix grains dans le produit de ses digestions.

Enfin, après cette manie, en vint une autre plus étrange encore, plus inquiétante surtout. Un matin de l'automne dernier, M. le prince déclara qu'il était mort, et que, le9 morts ne mangeant plus, il était désormais inutile de rien lui servir. Vainement son médecin voulut il lui persuader qu'il vivait, et qu'en conséquence il devait se nourrir, le malade persista dans son idée et refusa toute espèce d'aliments. Par bonheur, il vint à la pensée du docteur que l'exemple pourrait bien agir sur un fou comme sur un autre : il dit au prince qu'en effet il était bien mort, mais que lui médecin se faisait fort de montrer à Son Altesse

des morts qui mangeaient de fort bon appétit, et qui étaient certainement des morts de bonne maison. Le prince ayant promis de croire à la preuve si elle était démonstrative, des défunts, bien stylés d'avance, parurent assis à une table copieusement servie, et mangèrent de façon à défier les vivants. Le soi-disant trépassé eut envie de faire comme eux, il s'en trouva à merveille; mais pendant un mois il ne voulut dîner et souper qu'à la table des morts, et c'était à qui mourrait parmi les amis de l'ingénieux docteur pour vivre chez le prince de Gondé.

Le roi vient encore d'accorder la paix aux Algériens après les avoir contraints par ses vaisseaux à implorer sa clémence. Mais la fortune continue de nous être contraire sur le Rhin : M. d'Asfeld a rendu le 28 octobre la forte place de Bonn à l'électeur de Brandebourg, qui pour s'en emparer a dû appeler à son secours le duc Charles de Lorraine, en qui réside maintenant toute la gloire militaire de l'Empire. Le baron d'Asfeld est mort à Aix-la-Chapelle des blessures qu'il a reçues pendant le siège de la ville qu'il défendait.

L'honorable M.Lepelletier, après avoir plié six ans sous le faix du contrôle général, a enfin obtenu du roi qu'il lui ôtât ce fardeau. Les finances étaient une matière trop litigieuse pour l'âme candide de ce vieux magistrat, et les comptes des fermiers généraux lui ont semblé plus obscurs que les éléments du droit canon, qui pourtant ne le sont pas mal.

C'est à M. de Pontchartrain que Sa Majesté parle de remettre les clefs des coffres de l'État; nous verrons s'il sait les remplir avec intelligence et les vider avec mesure. Pour augmenter la matière monnayée qui s'y trouve en ce moment, le roi a fait ordonner que l'on portât à la Monnaie toute son argenterie ; ce prince a donné l'exemple, et toute la famille royale l'a suivi. Il eût peut-être mieux valu faire moins de loteries à la cour... Mma la duchesse de Lude, jalouse de suivre ce beau mouvement d'abnégation de grandeur, a fait mettre en pièces tous ses ustensiles d'argent et les a envoyés... chez son orfèvre, qui

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lui a fait passer en eeli.m-e environ ;>t nulle ÔCU8

qu'elle a déposés... dans sa cassette.

Peux personnage! illustres par des litres bien différents sont morts cette année a Home : Christine, reine de Suède, et Le pipe Innocent XI. J'ai peint ailleurs une princesse que la nature avait favorisée d'un esprit étendu, d'un -cnie féOond,qui ne servirent que ses passions et ne tournèrent qu'à si honte. Elle est morte comme elle avait vécu. 0éê9C*lchi laisse après lui la mémoire d'un pape honnête homme ; c'est une qualité que peu de souverains pontifes ont obtenue; il est malheureux qu'un vicaire de Jésus- Christ ne puisse pas travailler plussouvent à la mériter. Le Vénitien Ottoboni règne maintenant au Vatican sous le nom d'Alexandre VIII ; Sa Sainteté avoue ingénument qu'elle doit son exaltation à M. de Chaulnes, ambassadeur de France ; ce qui veut dire en d'autres termes que nous avons un pape du choix de Louis XIV. Nous voilà donc sûrs d'avoir toujours raison en cour de Rome; grand bien nous fasse 1

M. le duc de Montausier a terminé aussi cette année sa vertueuse carrière. Aucun homme ne fut moins propre au métier de courtisan: c'était un sage taillé à l'antique. Sa vertu austère s'irritait de tout ce qui n'était pas droit et loyal ; aussi ne jouit-il jamais que d'une demi-faveur : la franchise ne prospère pas sur le terrain de la cour. Quelques traits suffiront pour achever de peindre ce seigneur. Dans une de ses conférences avec le Dauphin, dont il était le gouverneur, M. de Montausier ayant touché par mégarde le bras du prince, celui-ci s'imagina avoir été frappé. « Comment, monsieur, s'écria-t-il, vous me frap- « pezl qu'on m'apporte mes pistolets. — Apportez à mon- « seigneur ses pistolets », ajouta froidement le gouverneur. Les armes étant apportées, M. de Montausier les remit entre les mains de son élève et lui dit : « Voyez, « monseigneur, ce que vous voulez faire. > Le prince tomba aux genoux du vertueux gentilhomme. Voici maintenant qui prouve le psu de cas que le duc faisait des complaisances de cour: Un jour le Dauphin, s'exerçant à

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tirer au blanc, envoya la balle si loin du but que M. de Montausier se moqua de lui. «Tirez 1 » dit-il ensuite au marquis de Gréqui, qui passait pour être fort adroit... Le eune courtisan tira, et sa balle frappa un pied plus loin que celle de Monseigneur. € Ah l petit serpent, s'écria le « gouverneur, il faudrait vous étrangler. »

Quand M. de Montausier eut fini l'éducation de Son Altesse Royale, il lui dit : « Monseigneur, si vous êtes « honnête homme, vous m'aimerez; si vous ne l'êtes pas, « vous me haïrez, et je m'en consolerai. » On croirait entendre Gaton... Oh! non, le duc de Montausier n'était pas un homme de notre temps.

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