‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 32 sur 44 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Mort du maréchal de Luxembourg. — Les amis de ce grand homme ; comment ils le pleurent. — Mort de la reine d'Angleterre. — L'habit de velours bleu du maréchal de Villeroi. — Le Dauphin refuse sa porte au duc du Maine. — Belle conduite du roi à cet égard. — L'hôtel de Chaulnes. — Le cardinal de Bouillon et ses prétentions. — Fénelon archevêque de Cambrai — Jalousie de Bossuet. — Le quiétisme est repris sous œuvre. — Fénelon est attaqué par les orthodoxes pour ses Maximes des Saints. — Le livre et l'auteur sont déférés à la cour de Rome. — Gentillesse des grands. — Mm« de Louvois cède Meudon au roi. — Description de ce château. — Fête donnée à Trianon : convives. — Faveur de M. de la Rochefoucauld ; motif présumé. — Siège de Namur par le prince d'Orange ; le maréchal de Boufflers défend la place. — Le duc du Maine est-il un héros? Hélas! non. — Nouvelles de Namur. — Maladie du président de Harlay : distique. — Namur se rend. — Reddition du château. — Le maréchal de Boufflers prisonnier de guerre. — Mort de M. de Harlay, archevêque de Paris. — Difficulté de faire son oraison funèbre. —

Les culottes archives. — L'acte de mariage du roi et de Mm* de Maintenon. — Mort de Nicole. — Mignard et Puget meurent. — Barbezieux et le duc d'Elbcuf. — Situation déplorable de la France. — La Fcrté le débauché et la Ferté le prédicateur. — Description du tombeau de Turenne. —Le joueur de Rcgnard.

— Le Chevalier joueur de Dufresny. — Accusation de Plagiat.

— Mort de Mn,e de Sévigné. — Mmo de Grignan. — Le marquis de Sévigné élève de Ninon. — Mm» de Simiane. — Expédition de la Feuillade contre le cofFrc-fort de son oncle. — Vendôme-

— Encore Jean Bart. — Bombardement de nos ports. — Louis XIV et Alexandre le Grand. — Paix avec la Savoie. — Le duc régnant donne sa fille au duc de Bourgogne. — Réjouissances outrées. — Arrivée en France de Marie-Adélaïde de Savoie.

— Détails singuliers d'examen. — Portrait de la princesse à l'âge de onze ans.. — Marie- Adélaïde. — Bossuet aux genoux d'une Altesse de onze ans. — La religieuse de Moret. — Premières intimités de la princesse de Savoie. — Mort de Jean Sobieski, roi de Pologne. —La France perd Labruyère. —Le Flatteur, comédie de J.-B. Rousseau.

A peine la cendre des maréchaux d'Humières et de Bellefonds est-elle refroidie, que le maréchal de Luxembourg les rejoint au monument. Ce grand capitaine succomba le 4 janvier aux suites d'un épuisement.. .Son médecin avai essayé vainement de lui persuader qu'à 67 ans on ne peut plus être un héros ailleurs qu'à la tête des armées. En perdant d'Humières et de Bellefonds leurs familles ont à regretter des hommes de bien, et le roi est privé de deux fidèles serviteurs ; mais la France ne voit sortir de circu. lation que deux pièces de la petite monnaie de Turenne.. -Quelle différence pour Luxembourg 1 sa perte est une calamité publique; elle commande un deuil national. Qui va saisir et exploiter ce legs de gloire qu'il laisse au bord de sa tombe ? Qui se chargera de continuer aux yeux de l'Europe liguée contre nous, le grand homme que Louis XIV lui opposait toujours heureusement ? Craignons que des exploits comme ceux de Fleurus, de Steinkerque, de Nerwinde ne se retrouvent que dans les souvenirs. Un crêpe lugubre est suspendu aux drapeaux de nos légions ; quand ce crêpe sera-t-il recouvert de lauriers assez abondants pour le cacher ?... Sans doute Catinat est un bon général,

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mail il lui manque deux grandei qualités : le bonheur et l'audace, sans losquels on ne peut espérer de succès constants ;'i la guerre ; il y a longtemps que Mazarin l'a dit. Par la mort du guerrier illustre, la redoutable épée des Montmorency rentre dans le fourreau ; nous verrons quel membre de cette antique famille saura l'en tirer après Luxembourg.

Monsieur, qui était attaché au maréchal de Luxembourg presque autant que le roi aurait dû l'être, ne l'a presque pas quitté dans ses derniers instants; Son Altesse Royale et le père Bourdaloue ont été très satisfaits de la piété du mourant. « Je n'ai pas vécu comme M. de Luxembourg, « disait hier le célèbre prédicateur, mais je voudrais mou- « rir comme lui. »

Ceux que M. de Luxembourg appelait ses meilleurs amis se réunissent souvent pour le pleurer... Dans ces assemblées, on jase, on mange, on boit surtout ; mais de regrets il n'en est pas question, et les yeux, à la fin de chaque séance, restent secs... comme les bouteilles.

La mort vient de moissonner aussi Marie Stuart, fille de Jacques II et femme de Guillaume III, prince d'Orange, régnant en Angleterre par la puissance des armes, que Dieu rend quelquefois supérieure à sa grâce. Cette princesse n'était âgée que de trente-trois ans; elle est morte en trois jours d'une maladie contagieuse dont son mari est lui-même atteint... J'entendais dire ce matin à mes côtés: «Plaise au Seigneur que ce huguenot n'ait pas quitté « sa femme pour longtemps ! » Je ne sais si ce vœu est d'un bon catholique ; mais à coup sûr il n'est pas d'un chrétien.

L'éclat que répandit hier sur la matinée de Versailles le serment de Villeroi en qualité de capitaine des gardes du corps n'a pas permis aux assidus de la galerie d'apercevoir un événement d'une bien plus grande importance dont je parlerai tout à l'heure. Disons d'abord que le maréchal avait un habit de velours bleu magnifiquement brodé, et dans la broderie duquel étaient mêlés des diamants ajus-

tés avec un goût exquis. Le brillant général (il s'agit toujours de sa parure) était rajeuni de vingt ans au moins : le roi paraissait se plaire à admirer le nouveau capitaine de ses gardes, Sa Majesté a pour lui une véritable affection... Avouons cependant que ce ne peut être en reconnaissance des victoires qu'il a remportées.

Louis XIV eût été moins satisfait s'il eût su qu'au moment où Villeroi se pavanait devant lui dans son cabinet, le Dauphin refusait sa porte à M. le duc du Maine qui ne fut jamais dans les bonnes grâces de Monseigneur. Outrée d'un tel procédé, Mm0 de Maintenon, autant par haine pour le Dauphin que par tendresse pour le bâtard du roi, se plaignit avec chaleur de l'impolitesse du premier ; espérant lui susciter une éclatante disgrâce. Quelle fut la surprise de la marquise lorsque Sa Majesté lui répondit : « Vous aurez beau faire, madame, je ne me mêlerai point « de ces querelles ; et si vous aimiez sincèrement le duc « du Maine, vous devriez craindre de le mettre aux pri- « ses avec Monseigneur, qui doit un jour être son maître». Voilà pour cette fois la grandeur du monarque sans aucun mélange des faiblesses de l'homme.

J'assistai jeudi à l'un de ces somptueux repas que donne au moins deux fois par semaine le duc de Chaulnes revenu de son ambassade de Rome. Dans ce temps de misère et d'épuisement on ne trouve plus l'opulence qu'à l'hôtel de ce seigneur, on ne voit plus que là ce mouvement de carrosses et de calèches, ces allées et venues de femmes de chambre et de valets, ces gros feux d'antichambre devant lesquels dorment étendus sur des banquettes bien rembourrées vingt laquais chamarrés de galons. Enfin nulle part l'office n'est aussi remplie de sucreries, de confitures, de liqueurs des Iles, nulle part la fumée suave des mets recherchés ne s'exhale en nuages aussi gros par les soupiraux des cuisines... M. de Chaulnes seul à Paris tient dignement le train d'un grand seigneur : aussi les courtisans ne manquent-ils pas à lui et à ses excellents dîners.

Le grand appartement de la duchesse ferait honte à

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oelui de Vereaillea : ce a*esl plus do ce velours pai mode qu'il est meublé, m, ils bien de beaux dami ou bleus paraeméa de destina blanca et galonnée d'or avec répinea Buxquellea se mêlent des lames massives de ce précieux métal. Tout le surplus est dans le point de la perfection ; on remarque surtout dans la chambre du lit une cheminée fait • <le marbres rares achetés à grands frais en Italie, et qui présente, encadrés avec beaucoup de goût, des caméos antiques d'un travail à désespérer nos sculpteurs vivants.

La société de jeudi était nombreuse, et la conversation a été brillante. On a surtout disserté longuement sur l'ullaire du cardinal de Bouillon, qui remplit en ce moment toutes les têtes. Voici ce que j'ai pu conclure des entretiens qui se croisaient à cet égard. Le cardinal, l'homme le plus fastueux, le plus bouffi d'orgueil, le plus désolé de ne pas porter une couronne au lieu d'une calotte de cardinal, voudrait bien procurer à sa maison quelque chose qui ressemblât à la puissance souveraine. Dans ses vues aussi orgueilleuses que peu évangéliques, ce serviteur des serviteurs de Dieu avait si bien enlacé Monsieur, que ce prince consentait à démembrer la principauté dauphine d'Auvergne, duché de Montpensier, en échange de prétentions que la maison de Bouillon pouvait avoir sur la succession de Mademoiselle. Par cet arrangement cette maison devenait maîtresse de toute l'Auvergne, le cardinal en possédant le duché et le comté appartenant au comte de Bouillon. Dans la suite, le duc d'Albret, héritier du tout, eût pris le titre de prince d'Auvergne; et le cœur du cardinal s'épanouissait à l'idée de cette illustration. Mais les choses n'ont pu s'arranger ainsi : Monsieur a. été fortement réprimandé par le roi d'une condescendance qui portait atteinte aux prérogatives de la couronne en formant pour un sujet une sorte d'apanage souverain. Sa Majesté n'entend point raillerie sur ce chapitre : elle a déclaré à son frère que ses promesses demeureraient comme non avenues ; qu'elle rappellerait M. de Bouillon à des soins plus apostoliques et saurait bien le forcer à paraître plus mo-

deste. Cette grande affaire se termine, comme tant d'autres, par des chansons, des épigrammes et des bouts-rimés ; c'est tout ce que le cardinal aura de la principauté d'Auvergne, que sa vanité avait rêvée.

L'abbé Fénelon, précepteur des enfants de France, vient d'être nommé archevêque de Cambrai.

— Sire, dit le nouveau prélat en remerciant le roi de cette grâce, dois-je regarder comme une récompense une dignité qui m'éloigne de Votre Majesté et de M. le duc de Bourgogne ?

— Aussi, répondit Sa Majesté, je ne prétends point vous obliger à une résidence entière dans votre diocèse.

— Le concile de Trente me lie étroitement sur cepointf reprit M. de Cambrai ; je ne puis rester que trois mois éloigné de mon siège.

— Votre concile de Trente, repartit le monarque, n'avait pas prévu l'éducation des princes, et, par ma foi, il faut que l'esprit des conciles se prête un peu à l'intérêt des Etats.

— C'est mon avis, sire.

— Enfin, ajouta Louis XIV, vous allierez le mieux que vous pourrez le bien de vos fidèles de Cambrai et l'éducation de votre élève de Versailles. Je ferai à cet égard toutes les concessions possibles au concile de Trente» moyennant réciprocité.

— Pourvu d'un archevêché, poursuivit Fénelon, je supplie Votre Majesté de faire rétablir sur la feuille des bénéfices vacants l'abbaye dont je jouissais.

— Que faites-vous donc là ? lui dit tout bas, pendant qu'il parlait, M. de Reims, présent à l'entretien.

— Je fais mon devoir, continua le précepteur des enfants de France ; on est abbé pour gérer une abbaye, je dois laisser la mienne à celui qui remplira ce soin.

— Que répondrez-vous à cela? dit Louis XIV en regardant M. de Reims .

— Je répondrai, sire, que, pensant comme il pense, M. de Fénelon agit très bien ; mais qu'ayant une autre manière de penser, je ne fais pas mal de garder mes abbayes.

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Le roi m répliqua point, et l'arohevêque le Tellier n'eu l'ut pal Fftché.

11 r.iui qu'un ambitieux, même lorsqu'il est doue d'un

esprit supérieur, se montre p;ir quelque endroit : Bossuet lui profondément blessé de voir Fénelon, qu'il regardait comme son disciple, parvenu à une dignité plus élevée que la sienne, de simple abbé qu'il était. Par ménagement par amitié môme pour Fénelon, M. de Meaux avait jusqu'alors comprimé les projets malveillants de l'évèque de Chartres contre Mmtf Guyon et la doctrine du quiétisme. Bossuet avait sentiquesi l'orthodoxie poursuivait l'illumi- I persécutait ses sectaires, le précepteur des enfants de France, protecteur de la veuve et de ses rêveries, serait lui-même compromis. En conséquence, M. de Meaux éloignait du trône les plaintes du pape de Saint-Cyr toutes es fois qu'il les renouvelait, et s'efforçait d'apaiser M. de Paris qui brûlait de se venger du dessous qu'il avait eu dans L'affaire Guyon.

Cependant Fénelon espérant dès la lin de l'année 1694 la faveur qui lui fut accordée un peu plus tard, et craignant de se nuire lui-même par sa participation au quiétisme, conseilla à son amie de rendre Bossuet lui-même juge de sa doctrine, et de déposer tous ses papiers entre les mains de ce prélat. Mme Guyon lit plus, elle se confessa à M. de Meaux et communia de sa main. 11 lui dit alors que quant à son système, on choisirait pour la forme une commission chargée de l'examiner, mais qu'elle ne devait rien redouter de cet examen. En effet, Bossuet s'associa M. de Noailles, évêque de Chàlons, et l'abbé Tronson, supérieur de Saint-Sulpice, et tous les trois discutèrent secrètement, mais vaguement, mais sans amertune, les principes du pur amour, n'attendant qu'une occasion favorable pour assoupir tout à fait cette affaire.

Le3 choses changèrent complètement de face dès que Fénelon fut parvenu à l'archevêché de Cambrai : la jalousie de Bossuet annula toutes ses dispositions bénignes : aux ménagements qu'il avait gardés, à cause de Fénelon, succéda l'envie la plus envenimée. Cet évêque vit les dog-

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mes de Mme Guyon sous un jour défavorable qu'il avait disait il, aperçu dans le silence de la méditation ; il cite comme preuve d'hérésie ce passage tiré d'un écrit de la dangereuse quiétiste:« La conduite que Dieu tient sur « l'homme est une conduite universelle ; car, quoiqu'il y « ait l'ordre particulier qui regarde chacun de nous, il est « néanmoins tellement dépendant de l'ordre général, que, « pour peu qu'il s'en éloignât, il jetterait tout dans la « confusion. Les désordres du monde, les malheurs de « l'homme, les rnversements des empires, sont une suite « de cet ordre général ; et ce qui nous paraît désordre, « à cause de notre manière de concevoir les choses, est « un ordre admirable selon la divine sagesse. De sorte que •« le désordre particulier est ce qui conserve l'ordre géné- « rai. Dieu établit, il détruit ce qu'il a établi, et il perpé- « tue toutes choses par cette destruction.»

Il ne fallait pas un grand raisonnement pour démontrer que ce passage était fort orthodoxe, puisqu'il expliquait le mal qui nous blesse, sans donner lieu d'accuser la divine Providence; mais l'évêque de Châlons et le|supérieur de Saint-Sulpice n'osèrent avoir une autre opinion que M. de Meaux,ils condamnèrent avec lui la doctrine de Mme Guyon; et peu de temps après, elle fut renfermée à Vincennes. Mais c'était moins à ce résultat qu'à l'humiliation du nou vel archevêque de Cambrai que Bossuet avait aspiré.

Mm9 Guyon une fois en prison et abandonnée de Mma de Mainte non, M. de Meaux exigea que Fénelon condamnât lui-même le quiétisme et sa prêtresse: c'était lui demander le sacrifice de son sentiment et de ses affec lions ; il résista. M. de Cambrai publia dans cette occasio son Explication des Maximes des Saints, ouvrage tendan à prouver que quelques personnes pieuses pouvaient pai la vie contemplative s'élever au-dessus de l'empire de sens, et arriver à un état de perfection, de pureté spiri tuelle que ne conçoivent point les âmes vulgaires. Le: Maximes des Saints, loin de satisfaire les ennemis de Fénelon, ne firent que les irriter davantage ; ils déclarèren qu'il y avait plus d'hérésie encore dans ce livre que dan:

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la doctrine qu'il défendait, et demandèrent & grand que L'ouvrage <•( l'auteur tassant déférés à Is oburda Homo, le roi, tourmenté par cette controverse, consulta Bossuct dont il estimait les lumières et la piété, C'était OÙ M. de Meaux attandail Sa Majesté; il se jeta à ses pieds, et lui demanda pardon de ae lui avoir pas révélé Y horrible hérésie de M. de Cambrai. Ce zèle ardent, cette exagération de mots parurent suspects à Louis XIV ; il voulut avoir l'avis du père de la Chaise, qui déclara le livre de Pénelon fort orthodoxe.

Les choses en sont là; la ville et la cour se sont divisées entre M. de Meaux et M. de Cambrai : les quiétistes font oublier les jansénistes; et tandis que Port-Royal respire, MraB Guyon, derrière les guichets de Vincennes, dit dans toute l'amertume de son âme ;

L'amour pur et parfait va plus loin qu'on ne pense;

On ne sait pas, lorsqu'il commence,

Tout ce qu'il doit coûter un jour.

Mon cœur n'aurait connu Vincennes ni souffrances

S'il n'eût connu le pur amour.

Et ces vers, assez mauvais pour des vers d'inspirée, prouvent que l'auteur du Moyen court et des Torrents voudrait bien être libre, même au prix d'un peu de pureté.

Pendant que cette femme exaltée avoue assez clairement que la spiritualité ne saurait consoler une quiéliste en prison, quand elle ne peut enfler le corps de personne de la grâce surabondante que le sien renferme, Bossuet écrit contre Fénelon ; celui-ci maintient pourbonnes ses Maximes des Saints, et le pape Innocent XII est appelé à prononcer. M. de Cambrai ne doit-il pas tout craindre du pontife qui condamna Molinos, véritable fondateur de la secte poursuivie ?

Il y a beaucoup de nouvelles par la ville, indépendamment du mariage de M. de Berwick, fils naturel de Jacques II, avec la veuve de lord Lvan ; c'est un hymen de réfugiés d'où il résultera d'autres petits réfugiés qui augmenteront le nombre des pensionnaires du roi.

Les princesses ont fait une excursion à Paris, où elles

prennent du plaisir de toute main. Leur soirée ne se termine guère qu'à onze heures du matin ; leur nuit commence à midi, et c'est dans cet heureux renversement des habitudes de la vie que s'écoule celle de M'"es de Conti, de Chartres et de Bourbon. M. le duc, de son côté, donne de charmantes fêtes à sa petite maison qui fut l'hôtel de feu Mm8 de la Sablière... « Ne sont-ce pas, disait l'autre « jour une femme d'esprit, les lieux saints abandonnés « aux infidèles? » C'est de ce petit sanctuaire, où le culte est si complètement changé, que partit un beau matin une troupe avinée pour aller entendre l'oraison funèbre de M. de Luxembourg, prononcée par le père la Rue, jésuite. Cette joyeuse partie de l'auditoire s'est mise à applaudir, comme au spectacle, plusieurs passages du discours sacré; on ajoute même qu'un gentilhomme de la compagnie de M. le duc a crié une ou deux fois bis.

Le roi a terminé cette année avec Mm0 de Louvois l'échange du château de Meudon contre celui de Choisy ; la marquise a reçu avec les contrats de cette possession qu'elle désirait ardemment un retour de quatre cent mille livres ; et Monseigneur, pour qui l'acquisition de Meudon a été faite, y a déjà établi sa cour, que Sa Majesté aime mieux là, dit-on, qu'à Choisy... Nous saurons peut-être pourquoi.

Nulle situation n'est plus délicieuse que celle de Meudon. Ce château, que fît bâtir le cardinal de Lorraine, sous le règne de Henri II, est situé au sommet d'un coteau, d'où l'on découvre Paris, tout le riche bassin de la Seine, et à l'horizon le vieux donjon de Vincennes.On arrive au château par une belle avenue aboutissant à une grille d'un riche travail et dorée. La terrasse que ferme cette grille sert d'avant-cour au château ; elle est d'une prodigieuse élévation, sa longueur est de cent trente toises, et sa largeur de soixante-dix. Elle a coûté, dit-on, plus de six millions. La façade de l'édifice, par son air de grandeur,, inspire cette rêverie qu'on éprouve toujours à l'aspect des monuments vainqueurs des siècles, et élevés par des hom'mes qui ne font que passer sur la terre. Les deux ailes,

0BRONIQU1 - DE L'cUL-Dl-BOi

onii'i's de pilaitrei et de colonnes, préi*nton( |>;ir le bfti une galerie soutenant une terrasse bordée d'un balcon de fer qui règne autour du château. Le pavillon du milieu, arrondi par les extrémités seulement, avance plus que le reste du bâtiment ; il est orné d'un second ordre de pilastres et de quatre bas-reliefs représentant les Saisons. Ce pavillon est terminé par un fronton sur lequel sont deux figures couchées, et par une grande calotte octogone qui porte une terrasse. L'intérieur de ce château, composé d'appartements vieillis, renferme un grand nombre de tableaux des diverses écoles; mais on y admire surtout le ameux cabinet de glaces, dont tous les murs sont, ainsi que le plafond, couverts de miroirs. C'est une pièce où les dames ne doivent point entrer, à moins qu'elles ne soient très littéralement vêtues du haut-de-chausses de leur mari. Meudon fut bâti sur les dessins de Philibert Delorme; J.- II. Mansard construisit, sous M. de Louvois, les fossés, la terrasse et la grille. Les jardins sont dus au célèbre le Nôtre '.

Le roi donna dernièrement une fête à Trianon, où Sa Majesté ne traite guère que des femmes. Le roi et la reine d'Angleterre y étaient, Mma de Maintenon n'y parut point- Les princesses avaient amené à Trianon la comtesse de la Chaise, la marquise de la Chaise \ et la marquise de la Luzerne. Ces dames furent dans cette circonstance admises pour la première fois à la table du roi ; elles n'avaient encore été honorées que du salut... * : la tête a pensé leur tourner de ce prodigieux accroissement de faveur. Mais ce que les courtisans ont le plus remarqué ce jour-là, c'est l'accueil rempli de bienveillance que le roi a fait à

1. L'édifice qui vient d'être décrit n'existe plus ; on ne voit que le nouveau château bâti par le Dauphin, fils de Louis XV. Le vieux a été abattu pendant la Révolution.

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