Nièces du père de la Chaise, confesseur du roi
3. Inclination de tête accompagnée d'un sourire que faisait Sa Majesté en passant devant une femme de la cour. C'était le premier degré de la faveur.
424 CHRONIQUES DE l'0EIL-DE- BOEUF
M. de la Rochefoucauld ; Sa Majesté paraît avoir repris avec lui le ton qu'elle avait jadis avec ses favoris. Gela produit une grande sensation à la cour : on se demande si le goût des Péguillin, des de Vardes et des Gavois va reprendre à Louis XIV, et si l'influence des dévots ne toucherait pas à son ternie. Pour mon compte, je pense qu'il n'en est rien, et je crois entrevoir la cause réelle du crédit de M. de la Rochefoucauld. Ce gentilhomme est fort avant dans les bonnes grâces de Monseigneur ; Son Altesse l'a, dit-on, admis dans son intime confiance, et le roi se persuade avec beaucoup de raison qu'en faisant lui-même son favori de ce confident du Dauphin, les secrets du cabinet de Meudon cesseront d'être des secrets pour le cabinet de Versailles. Reste à savoir si Monseigneur s'arrangera de cette communauté de confiance, dont il ne peut manquer d'apercevoir le but... Quoi qu'il en soit, voilà, je pense, le pourquoi de l'acquisition du château de Meudon.
M. de Montai enleva le mois dernier Dixmude et Deinse aux ennemis ; ce mois ci, M. de Grenan a rendu Casai au duc de Savoie : c'était une sorte d'égalité du sort des armes. Mais le prince d'Orange a mis le siège devant Namur, dont la garnison est assez faible. ..voilà la balance rompue à notre désavantage. M. de Boufffers, avec quelques troupes, s'est jeté en toute hâte dans la place ; le maréchal a la fièvre double tierce, et c'est un triste remède qu'un siège à soutenir; mais ce brave officier assure qu'il n'a pas le temps d'être malade.
Cependant le maréchal de Villeroi, qui commande l'armée de Flandre, et qui n'a en tête que M. de Vaudemont depuis que le prince d'Orange dirige en personne le siège de Namur, le maréchal de Villeroi, dis-je, s'efforce de faire une diversion qui oblige Guillaume à renoncer à ce siège. Dans cette circonstance, comme toujours, cet officier déploie une grande valeur, dont ses amis relèvent encore l'éclat auprès du roi, déjà trop prévenu ; mais les résultats ne viennent point, et Namur ne peut tenir longtemps.
CHRONIQUES DI i.'"i ii.-de-boeup 425
Louil XIV aime MM à M fa ire lire lei gai tte- de la
Hollande, afin de comparer let récils de nos ennemi
res, et de saisir la vérité au milieu des exagérations de l'une el de l'autre narration. Dans le premier journal hollandais qui lui tomba sous la main, Sa Majesté vit des éloges ironiquement exagérés de M. le duc du Maine ; on disait entre autres choses que, dans certaine rencontre, les blessures de ce prince avaient seules arrêté le succès de l'armée française et sauvé M. de Vaudemont. Le gazetier étranger faisait ensuite une peinture fort touchante de M. le duc du Maine, entouré de ses officiers tout en pleurs, et suivant le brancard sur lequel on l'emportait. Tout cela paraissait d'autant plus singulier au roi que les gazettes françaises n'en disaient mot ; néanmoins ce prince espérait un peu que son fils chéri était en effet un héros. Le lendemain notre journaliste louangeur démentait les nouvelles qu'il avait données la veille, ajoutant que M. le duc du Maine n'avait point été blessé, et qu'on n'était même pas assuré qu'il se fût trouvé au combat dont il s'agissait. Louis XIV voulut avoir le cœur net sur ces rapports contradictoires, il le voulut d'autant plus fermement que le maréchal de Villeroi n'avait rendu qu'un compte très rapide de l'affaire sur laquelle Sa Majesté était si peu fixée. Une dépêche portée en Flandre par un courrier enjoignit au général d'entrer dans les plus grands détails sur cette journée. Le maréchal obéit ; mais quant à ce qui touchait M. le duc du Maine, la réponse fut obscure et évasive. Pendant ce temps, les lettres particulières allaient leur train ; les chuchoteries de VQEil-debœuf n'étaient nullement favorables aux vertus guerrières du grand maître de l'artillerie, et Louis XIV lui-même commençait à avoir des soupçons alarmants. Il se détermina à connaître enfin la vérité.
J'ai parlé ailleurs d'un baigneur nommé la Vienne ; cet homme, que l'invention d'une drogue excitante appelée polleville avait rendu célèbre, est devenu baigneur du roi, puis l'un des quatre premiers valets de chambre ; il faut que le talent soit récompensé. La Vienne est d'une
franchise que le séjour de la cour n'a pu altérer, que la majesté royale n'intimida jamais, et qui souvent fut portée jusqu'à la rudesse. Quand leroi veut être informé d'un fait, d'une anecdote, d'un dire, et qu'il tient à connaître la chose sans la moindre altération, il s'adresse à la Vienne. Sa Majesté l'interrogea sur le sujet qui le tourmentait. L'entretien eut lieu à Marly, pendant le bain du roi.
— Çà, la Vienne, dit Sa Majesté quand elle se fut assise dans sa baignoire, parlez-moi avec votre franchise accoutumée ; qu'y a-t-il de vrai dans tout ce qu'on dit sur la conduite de M. le duc du Maine en Flandre ?
— Sire, je ne sais en vérité...
— Cette hésitation de votre part me surprend fort ; il faut parler ; vous n'ignorez point, la Vienne : on n'ignore jamais à la cour.
— Votre Majesté doit savoir mieux que moi...
— Je ne sais rien. Si j'en crois mes courtisans, le duc est un Bayard ; s'il faut s'en rapporter aux bruits de ville, c'est un guerrier prudent. Répondez, était-il au combat dont on parle tant ?
— Oui, sire, il y était à la tête d'un corps assez considérable.
— C'est déjà quelque chose ; et sa conduite dans cette journée...
— A été superbe... Son Altesse a promis, avant la bataille, qu'elle allait faire des merveilles, mais...
— Eh bien ! mais...
— On n'est pas toujours le maître de faire ce qu'on voudrait...
— Après, la Vienne, après.
— Monsieur le duc ayant ordonné à son corps de se porter en avant...
— S'est mis à la tête des troupes pour exécuter ce mouvement ?
— Oui, sire, je crois bien que le prince marchait d'abord devant ; mais...
— En finirez-vous ? Allons, achevez sans plus d'hésitation.
— Mais il e>t arrive que SoV Altesse ft'ett trouvée derrière.
— Morbleu 1 quelle prudence 1...
— M. le duc se croyait blessé, sire.
— L'était-il en effet? s'écria le roi avec une visible émotion.
— Non, sire, reprit la Vienne en balbutiant.
— Alors... je suis bien malheureux.
— J'assure à Votre Majesté que le prince se croyait de bonne foi frappé, puisqu'il a fallu l'emporter du champ de bataille.
— C'est assez : brisons sur ce triste chapitre, et donnezmoi mes habits.
Le prince d'Orange pousse le siège de Namur avec une prodigieuse activité, et le maréchal de Boufflers défend la place avec une grande valeur. Rien de plus meurtrier que ce terrible siège... Il n'y a plus à Paris ni gaieté ni plaisirs; l'inquiétude et la consternation sont dans toutes les familles; chacune craint d'avoir perdu un ou plusieurs de ses membres, et malheureusement un grand nombre d'entre elles ont acquis la funeste certitude de leur malheur. Ici, c'est une mère qui pleure un fils ; là, c'est une femme qui pleure un mari ; plus loin, c'est une jeune personne pleurant quelqu'un qu'elle n'ose désigner. Pour comble d'affliction, M. le prince de Conti, que tout le monde aime, a la petite vérole, qui, cette année, se montre fort maligne. On a eu aussi quelque inquiétude pour M. le premier président de Harlay, qu'on aime cependant moins que M. de Conti, parce qu'il est infiniment moins aimable, et que souvent il ne l'est point du tout. La maladie de ce magistrat était une sorte d'apoplexie, qui lui laissera, dit-on, la bouche un peu tournée ; jusqu'ici M. le premier président parla souvent à tort, maintenant il pourra parler à tort et à travers.
Voici une épigramme qui courait pendant la maladie de M. de Harlay :
Ne le saignez pas trop, l'émétiquc est meilleur... Purgez, purgez, purgez, le mal est dans l'humeur.
Le maréchal de Villeroi n'ayant rien su entreprendre d'important contre le prince d'Orange, celui-ci a poussé le bombardement de Namur avec une telle puissance de moyens que M. de Boufflers et le comte de Guiscard,qui commandaient dans la place une garnison de douze mille hommes réduite à trois mille cinq cents, n'ont pu résister plus longtemps ; ils ont signé le 4 août une capitulation honorable pour la ville seulement, le château ayant une garnison particulière qui se défend toujours. Les troupes renfermées dans Namur y restent jusqu'à ce que Guillaume connaisse le parti que prendra la citadelle; du reste, la plus grande politesse règne entre les assiégeants et les assiégés : on ne peut pas être ennemis avec des manières plus affectueuses.
Cependant M. de Villeroi a mis à son tour le siège devant Bruxelles ; diversion tardive, et dont le succès, même en le supposant complet, ne rassure point du tout sur les suites des événements de Namur. Et puis le brillant maréchal de cour a perdu toute la confiance du public ; les chansons, les épigrammes, les bons mots pleuvent sur lui; il en est plus richement brodé que son habit ne l'était d'argent et de pierreries le jour du serment qu'il a prêté comme capitaine des gardes.
Après avoir jeté quelques milliers de bombes dans la capitale des Pays-Bas les 13, 14 et 15 août, Villeroi s'est avancé sur les bords de la Méhaigne, assez près de Namur; mais il n'était plus temps: le château, entièrement dépourvu de vivres et de munitions, avait été forcé de se rendre. Ainsi Van Beuning se trompait : le bras que Louis XIV avait coupé à la Hollande est repoussé, et, en suivant la métaphore de cet étranger, qui comparait nos forces navales à des cheveux, il faut convenir que nous sommes encore tondus de bien près.
Avec un vainqueur aussi poli que le prince d'Orange,
CHRONIQUES Dfl i.'ui.ii.-i>i:-ih>i i 1
M. de lUulïlerH pensait (ju'il no lui restait plus qu'à monter dtai il chaise do posto pour venirà Versailles remerle roi, qui l'a fait duc. Mais il apprit bientôt que Guillaume 111 le retenait priaouniar de guerre, en réciprocité, disait ce souverain, de certaine violation de la capitulation signée à Dixmude. Cependant le prince permit dèf la leademain au maréchal de retourner en France ; m ais il ne partit qu'après avoir reçu les ordres du roi. Pour le maréchal de Villeroi, il conserve sa faveur intacte; le roi est persuadé que s'il n'a rien fait, c'est qu'il n'a pu faire davantage : les gens que nous aimons ne deviennent pas aisément coupables à nos yeux.
M. l'archevêque de Paris, après la conduite si singulièrement apostolique dont j'ai souvent parlé, conduite à laquelle la charité n'a point manqué, ainsi que peuvent l'attester M1U9 de Bretonvilliers, douze ou quinze autres dames de la cour et trente ou quarante filles d'opéra, M. l'archevêque de Paris, dis-je, allait recevoir la calotte romaine, lorsque, en épargnant la tête du premier président de Harlay, la mort a frappé son frère le prélat. A coup sûr, M. de Paris fut un grand libertin, mais il n'était pas janséniste, et il allait être cardinal, lorsqu'une attaque d'apoplexie l'emporta subitement. « Il s'agit maintenant « de trouver quelqu'un qui se charge de l'oraison funè- « bre, dit madame de Sévigné en apprenant le décès de « Sa Grandeur ; on prétend qu'il n'y a que deux baga- « telles qui rendent cet ouvrage difficile : la vie et la « mort. » Il fallait bien que la marquise eût raison, car le père de la Chaise et le premier président ont délibéré trois jours entiers sur cette difficulté. On s'était d'abord adressé au père Gérard pour avoir une oraison funèbre conforme à l'usage, mais cet orateur sacré a déclaré la chose impraticable. Il a donc été décidé que pour satisfaire à la coutume on escobarderait de son mieux, c'est-àdire qu'on parlerait beaucoup de la mort et très peu du mort. M. de Harlay est remplacé par M. de Noailles, évèque de Châlons. Pauvre dame Guyon,elle a contribué
plus qu'elle ne pense à cette nomination. Le bruit court que Bossuet, consulté par Sa Majesté sur le choix d'un archevêque de Paris, a désigné M. de Noailles, dont il s'était d'avance assuré l'appui dans la poursuite du quiétisme et de M. de Cambrai.
Je ne dois pas taire une circonstance assez gaie de l'inventaire fait à l'archevêché après la mort deM.de Harlay. Il y avait dans l'oratoire de l'archevêque une armoire secrète ; lui seul l'ouvrait de son vivant. On en trouva la clef dans la poche d'un vêtement accroché au sommet du prie-Dieu de Sa Grandeur, vêtement qu'on appelle depuis quelques années une culotte. Quand M. de Paris devenait porteur de quelques papiers qu'il devait conserver, il les serrait dans les poches du vêtement que je viens de nommer ; ces poches étaient-elles remplies, le prélat, qui avait fort peu d'ordre et qu'eût d'ailleurs effarouché le travail d'un classement, se contentait de prendre une nouvelle culotte. Il serrait alors celle qu'il quittait dans l'armoire secrète, après avoir prescrit à son valet de chambre d'y attacher une étiquette indiquant le jour où cette partie d'habillement avait été prise et celui où elle avait été quittée. Je ne dirai pas tout ce qu'on remarqua d'incohérent quand on dépouilla les soixante ou quatre-vingts culottesarchives que le placard renfermait. On y trouva pêle-mêle des dispenses du pape et des lettres d'amour, des billets de confession et des bouquets à Ghloris, des indulgences plénières et des bouts-rimés. Enfin, que devint le notaire en tirant de la culotte n° 34 l'acte de célébration du mariage de Sa Majesté avec Mme de Maintenon'?LouisXIV avait fait chercher longtemps ce papier dans les archives de l'archevêché, désirant posséder cet unique témoin secret d'une faiblesse qu'il s'était plus d'une fois reprochée. Sa Majesté n'eût jamais redemandé ce document à M. de Paris, parce que, légalement, l'Eglise devait en rester
1". Ce fait extraordinaire est de toute exactitude ; nous devons répéter à cet égard que les Chroniques ne renferment rien d'inventé.
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dépositaire; mais, sous maiuy de nombreuiei recherche!
•ni été faites - kutqua personne eût loagé aux culottes-
irchives, L'acta fut remis à M. il • Noaiiles, qui, tout
cliillonné qu'il était après dix années de ■éjour d.ms un gousset, U* lit déposer à la bibliothèque du diocèse de Paris, d'où Sa Majesté sut bientôt le tirer.
L'année qui se termine n'a pas été meurtrière seulement pour les gens de guerre, elle a vu s'éclaircir beaucoup d'autres rauga illustres. Nicole, ce fameux auteur des lis de morale, est mort... Les jésuites offriront un gros cierge en actions de grâce de cet événement ; les voilà débarrassés de leur plus redoutable adversaire : les pères Sacond et le Tellier ont souri. Nicole succombe à une attaque d'apoplexie qu'il s'est donnée lui-même en écrivant jusqu'à s'exténuer contre les quiétistes... C'est se tuer à bon marché. Racine est venu, deux jours avant la mort de l'illustre janséniste, le visiter dans son lit; on dit qu'avant d'entrer chez lui notre grand tragique s'est bien assuré que personne ne le voyait. Mignard et Puget moururent cette année. Le premier avait su, dans les derniers temps de sa vie, se corriger de la manière qui dépara longtemps ses ouvrages: c'était un grand peintre à quatrevingts ans. Le second fut tout à la fois sculpteur, architecte et peintre; mais il n'approcha de Michel-Ange que dans la sculpture. La Fontaine a payé aussi son tribu à la terre... Que dire de plus de lui ? Je l'ai nommé. Enfin, Mlu9 de Barbezieux vient d'être emportée par la petite vérole. On assure que Louis XIV, sans qu'on puisse soupçonner ses motifs, avait refusé d'envoyer à cette dame son médecin Duchesne, qu'elle désirait voir.
Mma de Barbezieux passait pour avoir eu une affaire avec M. le duc d'Elbeuf, qui, comme on va en juger, ne s'inquiéta guère de ménager sa réputation. Barbezieux ayant enlevé une maîtresse au duc, en fit des plaisanteries qui piquèrent ce seigneur. Résolu de se venger à tout prix, M. d'Elbeuf publia les bontés de la femme du ministre; Barbezieux se mit en fureur et la maltraita; on rit, et les
rieurs ne furent pas du côté de Son Excellence... Voilà les espiègleries des gens de cour.
En terminant cette année 1695, jetons un coup d'oeil sur la situation de notre chère France... Hélas 1 je la vois loin d'être heureuse. Le roi soutient seul les efforts de toute l'Europe: il lui arrache de temps en temps quelques parcelles des palmes de la victoire; mais où sont les résultats ? Qui peut même les entrevoir dans les nuages qui s'accumulent sur notre horizon? La cause de Jacques II est perdue; ses dernières espérances se sont englouties au combat naval de la Hogue. La France, épuisée d'hommes et d'argent, meurt de faim au bruit des Te Deum, à la lueur des feux de! joie. Les armées se recrutent mal; les deniers publics se versent lentement et avec des cris de désespoir. Les manufactures tombent faute de bras, de ressources et de débouchés; le numéraire est remplacé par des papiers sans garantie; les emprunts deviennent de plus en plus difficiles, et la disette des grains est générale. Ce qu'on a coutume d'appeler des succès militaires a coûté si cher au peuple depuis trente ans qu'il maudit autant les victoires que les défaites, car la nouvelle des premières est presque toujours le signal d'un nouvel impôt. Enfin, ne pouvant plus cacher au roi la misère publique, Mme de Maintenon vendit dernièrement ses chevaux, moins pour secourir quelques indigents que pour apprendre à Sa Majesté l'affreuse extrémité à laquelle nous sommes parvenus... Quant au contrôleur général, s'ingéniant au milieu de ses coffres vides, il établit celte année un impôt sur chaque tête humaine, impôt qui, par cette raison, fut nommé capitation. Comme dans notre excellent pays les calamités n'empêchent ni de chanter ni de plaisanter, on a fait sur la nouvelle taxe un quatrain que voici:
La capitation va nous combler d'honneurs ; Vous voulez que nos biens aident à vos conquêtes ? Mais à combien sont taxés les auteurs?
Ce ne sont pas de bonnes têtes.
Le duc de la Ferté n'avait point été nommé lieutenant
DE [/CBIL-DJ 433
général | l.i promotion du jour de l'an,; Sa Majesté, en pamiaaanl l'oublier, t'était proposé de Lui f lire sentir qu'elle
trouvait son service peu régulier. <>u a remarqué, en ell'ct, que cet officier général entrait toujours en campagne le dernier, et qu'il ne manquait jamais d'être le premier de retour à Paris. Cependant, comme on doit à tout péché miséricorde, M. de la Ferlé eut hier, au lever, ses provisions de lieutenant général. En parlant des la Ferlé, disons que le frère du duc est le prédicateur à la mode, qu'on le compare au père Bourdaloue, et que la parole do Dieu paraît tant soit peu singulière dans la bouche de cet orateur, quand on songe aux discours de son père, de sa mère de son frère... On dirait un esprit né parmi les diables, et qui prend son essor vers le paradis.
J'allai voir hier à Saint-Denis le mausolée de Turenne, élevé sur les dessins de Le Brun: ce monument est digne du héros et de l'artiste illustre. Le maréchal est représenté expirant dans les bras de l'Immortalité, qui tient une couronne de lauriers qu'elle élève vers le ciel. Aux pieds du grand homme, un aigle ellrayé désigne l'Empire, sur lequel il remporta tant d'avantages. Un bas-relief en bronze placé devant le tombeau reproduit la brillante conduite de Turenne durant la campagne de 1674; c'est-à-dire ces diverses rencontres dans lesquelles, avec vingt mille hommes, le maréchal général battit soixante mille ennemis, dont vingt mille à peine repassèrent le Rhin.
Aux côtés du monument sont deux grandes figures représentant la Sagesse et la Valeur : l'une est consternée, l'autre étonnée de la mort du héros. Cette belle composition, exécutée par Tuby et les frères Marsy, occupe une arcade incrustée avec art de marbres précieux; le sujet s'appuie sur une pyramide d'un bon goût, et est ornée de trophées attachés à deux grands palmiers de bronze.
Thalie, après la mort de Molière, semblait avoir jeté son masque brisé dans la tombe du grand poète ; languissante ou maniérée, elle ne répandait plus sur notre scène que quelques pâles étincelles d'esprit, et pas une faible lueur de génie. Nous avons vu cette année reparaître la muse
joyeuse, maligne et vraie du prince de la comédie. Le Joueur, que l'on donna récemment sur le Théâtre-Français, ne déparerait point la collection du Misanthrope, du Tartufe, des Femmes savantes, d'Amphitryon, etc. Le public a accueilli cet ouvrage avec un enthousiasme mêlé de surprise et d'espérance... « C'est du Molière, s'écriait- « on de toutes parts dans la salle... Heureuse France, « Molière t'est rendu ! » et l'on prononçait ces mots avec la même chaleur que si l'on eût dit : « Henri IV nous est « revenu des sombres bords >, tant parmi nous le plaisir a d'importance. En examinant l'ouvrage nouveau plus froidement, on ne peut se dispenser d'y reconnaître une intrigue admirablement tissue, des caractères bien tracés et promptement exposés, une versification facile, spirituelle, et qui n'a peut-être que le défaut de s'emparer trop ambitieusement des situations comiques pour réduire en récits ce qui devrait être offert en action. Le dénoûment, que Molière lui-même disposait si rarement avec bonheur, est ici d'un naturel charmant; il ressort sans effort du sujet, et en fait jaillir la moralité de la manière la plus simple et la plus vraisemblable.
Nous avons donc dans M. Regnard, à qui l'on doit cette jolie nouveauté, non pas un autre Molière comme le prétendent les enthousiastes, mais un digne élève de ce grand homme.
Malheureusement il s'agite, au moment de l'apparition du Joueur, une question de propriété fort disgracieuse pour l'auteur: Dufresny prétend que cette excellente comédie n'est autre qu'un certain Chevalier joueur, dont il avait communiqué, dit-il, le plan à peu près rempli à M. Regnard. Pour preuve de priorité paternelle, le réclamant a fait jouer, presque en même temps que l'ouvrage réclamé, celui qui, d'après son dire, en serait l'original. Le public, qui a sifflé le Chevalier joueur autant qu'il avait applaudi le Joueur tout court, a soutenu que M. Regnard ne pouvait avoir rien pris dans cette rapsodie, par la raison sans réplique qu'il n'y avait rien à prendre... Les choses en sont là : Regnard jouit de son triomphe, en plai-
to
DE l'0EIL-DE-H0EUF
pliant le petit— iils de Henri IV du ridicule qu'il se donne, tandis que Dufreiuy crie partout au plagiat, et s'enivre us les jours pour s'en consoler.
La mort ne se lasse point de frapper d'illustres victimes : elle vient d'enlever MUM la marquise de Sévigné, à l'ftge de soixante et dix ans. Cette femme célèbre, qui fit le charme de la cour et de la ville par son esprit vif, enjoué, critique et toujours original, fera les délices de la postérité par ses lettres remplies de naturel, de facilité et de vie. Je ne veux voir que deux travers dans la carrière aimable de Mme de Sévigné: c'est d'avoir osé préférer Pradon à Racine, et Mascaron à Flôchier. La marquise laisse à Mm0 de Grignan, sa fille, une partie de son riche héritage de grâce, d'esprit et d'amabilité, avec plus de beauté qu'elle n'en eut jamais. Si l'on en juge par sa correspondance, Mm0 de Sévigné poussait jusqu'à l'adoration son amour pour sa fille ; mais ceux qui connurent l'intérieur de ces deux femmes spirituelles savent que cette grande passion maternelle fut mêlée sans cesse de petites discussions, d'avis contraires, exprimés avec une réciproque prétention qui souvent allait jusqu'à l'aigreur. Enfin, c'était une suite non interrompue de picoteries, qui ne laissait pas de répandre quelques nuages sur une intimité que le monde croyait toute angélique... Fiez-vous donc aux écrits! La marquise laisse un fils qu'elle avait essayé d'enrôler parmi les beaux esprits. Ninon trouva en lui plus de dispositions pour en faire un des galants modèles de la cour; d'où il résulte que c'est un excellent officier, parce que Mars refuse rarement ses dons aux favoris de Vénus. Mmo de Sévigné avait béni, l'année dernière, le mariage de Pauline, fille de Mme de Grignan, avec le marquis de Simiane. Cette jeune dame a dans le caractère et surtout dans l'esprit quelques traits de sa grand'mère: comme elle et Mm« de Grignan, la marquise promet un talent épistolaire; mais on la croit moins encline aux saillies critiques... C'est un effet du séjour à la cour Maintenon ; il faudra voir plus tard ce que cela prouve en faveur des mœurs de Mm« de Simiane
43G chroniques de l'oeil-de-boeuf
M. de la Feuillade a commencé cette année la campagne par une guerre à la housarde, où l'avantage lui est demeuré. C'eût été un beau fait d'armes, s'il n'eût pas été entrepris en pays ami. Le duc passant à Metz chez son oncle, en l'absence de ce dernier, a fait enfoncer les portes du cabinet de ce seigneur, puis la fermeture de ses coffres, et s'est prêté à lui-même quatre-vingt-dix mille livres en or, assaisonnées de beaucoup de pierreries. Le roi a trouvé infiniment trop leste cette manière d'emprunter, même à un parent; Sa Majesté a fait exprimer son mécontentement à M. de la Feuillade, qui va s'efforcer sans doute de jeter quelques lauriers sur le triste renom que lui laisse ce coup de main.
Livré à des exploits plus glorieux, M. de Vendôme, qui remplace le maréchal de Noailles en Catalogne, a défait à Ostalric un corps de cavalerie commandé par le prince d'Armstadt. Ailleurs le brave Jean Bart a pris cinq vaisseaux de guerre hollandais qui escortaient cinquante navires marchands venant de la Baltique, et dont il s'est également emparé. Ce marin-là veut payer largement les lettres de noblesse que le roi lui a données ; il a raison; nous avons en France assez de nobles dont la famille est encore insolvable sous ce rapport, après douze ou quinze quartiers. Les Anglais ont bombardé successivement Calais, les Sables d'Olonne, et le fort de l'île de Ré; mais tout ce bruit a produit peu d'effet et n'a procuré aucun succès à nos ennemis.
Pendant ces diverses hostilités, Louis XIV, qui dort peu et dont l'insomnie est bien justifiée par les calamités de son royaume, se fait lire dans le calme des nuits la Vie d'Alexandre par Plutarque. Racine, que Sa Majesté a choisi pour lui faire ces lectures, pourrait dire à son illustre auditeur qu'Alexandre se faisait lire aussi les exploits d'Achille... Mais alors ses ennemis étaient loin de la Macédoine, et il était maître de l'Asie.
La paix est faite avec le duc de Savoie: elle a été signée le 10 septembre par suite des négociations du comte de Tessé, qui duraient, dit-on, depuis le mois de juillet, négo-
CHRONIQUES DE l'uf.il-de-hokuf 437
oiationi olosea à Notre-Dame-de-Lorette, entre Victor»
Améilée et li- maivrlial (lalinat. Lu pèlerinage des deux égocialcurs n'était pas purement religieux : il avait surtout pour but de lier Innocent XII au traité, afin de rendre plus imposante la demande qu'on voulait faire à l'empereur de lais-cr l'Italie neutre dans la guerre qui se continuait. Le duc de Savoie l'engageait à obtenir cette neutralité; mais Léopold ayant refusé de se prêter à cet arrangement, Victor-Amédée devint son ennemi, et de général autrichien qu'il était, se fit subitement général français. L'un des articles du traité arrête le mariage de Marie- Adélaïde, fille aînée de ce prince, avec M. le duc de Bourgogne, et en considération de cette union, le souverain savoyard recevra de la France tous les honneurs dus aux têtes couronnées. On a donné un tel relief à ce rétablissement de bonne intelligence entre le grand roi et un pauvre petit prince montagnard, que l'on ne voit partout que danses, feux de joie et réjouissances de toute sorte... Que sera-ce donc quand nous aurons la paix avec cette Angleterre à la forte tête, avec cet Empire aux cent bras, et avec cette Espagne à l'infatigable constance? En attendant, la cour ira, vers la fin du mois, à Fontainebleau pour y recevoir la jeune princesse, qui n'est âgée que de onze ans.
La duchesse de Lude, bru de celle dont j'ai eu plusieurs fois occasion de parler, avait été choisie pour aller audevant de la princesse de Savoie au delà de Montargis ; le roi, Monseigneur et Monsieur l'attendirent dans cette ville, et M. le duc de Bourgogne s'arrêta à Nemours. Les princesses et les dames de la cour s'établirent, toutes parées, dans l'appartement que Marie-Adélaïde devait avoir à Fontainebleau, le même qu'occupa feu laDauphine. Mlle de Savoie étant arrivée à Montargis le 4 novembre vers cinq heures du soir, le roi la prit dans ses bras, la porta dans une église, et l'offrit à Dieu. De retour au château, Sa Majesté caressa beaucoup la princesse, la fit causer, examina avec attention sa taille, sa gorge, ses mains, et dit : « Je ne voudrais pas l'échanger en quoi que ce soit
« au monde pour personne. » Avant le souper, Louis XIV fît jouer l'enfant aux jonchets, se tenant à côté d'elle sur un petit siège, et ne pouvant se lasser d'admirer son adresse. Au couvert, le roi fit placer Marie-Adélaïde à sa droite; il lui adressa pendant le repas une infinité de paroles obligeantes sur sa noblesse, ses grâces et la manière dont elle mangeait. Au coucher de la princesse, le roi se rendit dans sa chambre avec Monseigneur ; ils la virent déshabiller : Sa Majesté profita même de l'occasion pour achever, dans les détails les plus minutieux, l'examen commencé quelques heures plus tôt. « Je l'ai bien exami- « née, dit ensuite le roi à ses gentilshommes, mais je ne « lui ai rien vu faire et n'ai rien trouvé en elle dont je ne « sois content au dernier point. » Avant de se mettre au lit, ce prince voulut mander à Mmede Maintenon,qui était restée à Fontainebleau, le résultat de ses premières remarques ; et le soir même, M. le marquis d'Épinay, l'un des écuyers de Sa Majesté, partit pour porter la dépêche. Le lendemain, en abordant Mme de Maintenon, M"e de Savoie commença à se conformer aux instructions de sa mère, qui lui avait recommandé beaucoup de respect, de confiance, de docilité et d'égards envers la marquise. Cette demi-reine, charmée de tant de prévenances, prodigua ses caresses à l'aimable enfant. Dois-je dessiner le portrait de la princesse? Aucun de ses traits ne me semble formé; quelques années compléteront peut-être sa beauté, que je trouve maintenant irrégulière en plusieurs points. Marie- Adélaïde a le front trop large, la bouche trop grande; son visage fort petit manque de proportion avec ses grands traits. Mais de beaux yeux noirs, un nez aquilin, une physionomie mêlée de vivacité et de cette piquante finesse italienne qu'on admire, rendent sur cette figure les perfections supérieures aux défauts : le tout est embelli par un teint où fleurissent les couleurs les plus heureusement distribuées. La taille de l'enfant doit se former encore, mais dès ce moment elle est bien prise; la poitrine promet un joli sein ; le pied est charmant; enfin les grâces occupent déjà toutes les parties de ce petit corps. Que pour-
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rais-jcdiro de l'esprit d'une Altesse de onze ans I rien, si ce n'est qu'à travers une grande naïveté, il laisse entrevoir des éclairs qui en font pressentir l'adresse et peutêtre la subtilité. Dès ses premières entrevues avec M1"* de Maintenon, Marie-Adélaïde lui donna le doux nom de lanlc ; on croit que ce fut par les insinuations de MUed'Aubigné, véritable nièce de la marquise, et qui sans doute n'eut pas la première idée de cette parenté de convention.
Que faisait dans tout ceci le jeune duc de Bourgogne ? Ce quo peut faire un prétendu de quatorze ans : il jouait avec sa fiancée, courait après elle dans les appartements de Fontainebleau, et la chatouillait pendant que ses femmes la coiffaient. Plus tard le prince fera apparemment sa cour d'une tout autre manière. En attendant on parle à la cour de fixer l'époque du mariage de ces deux enfants, et l'on songe à former la maison de Mme la duchesse de Bourgogne future. Le choix des dames est un sujet d'intrigues fort actives : MmeS de Beauvilliers, de Créqui, de Ventadour et de Lude briguent la charge de dame d'honneur. Mmt de Beauvilliers ne l'aura point, parce qu'elle est quiétiste ; Mmo de Créqui sera exclue par le même motif; Mme de Ventadour pourra bien l'être à cause de quelques peccadilles de famille; toutes les probabilités se réunissent donc en faveur de Mme de Lude. Sans une certaine suspicion de jansénisme, Mmo de Caylus eût été dame d'atour nonobstant ses petits soupers avec les convives du Temple; on lui préférera, dit-on, Mm9 de Mailly, qui ne soupe jamais et ne se confesse qu'à des jésuites.
Au moment où je prends note de ces probabilités, j'apprends qu'elles sont changées en certitude; on m'annonce de plus que Bourdelot est premier médecin de la princesse, et M. de Meaux premier aumônier. La petite Altesse n'a pu s'empêcher de rire quand ce grave prélat s'est mis à ses genoux pour prêter le serment accoutumé... « Mon « Dieu ! s'est-elle écriée en se pinçant les lèvres, que je « suis honteuse de voir une si bonne tête à mes pieds 1 » Je ne sais si le célèbre Bossuet a réfléchi en ce moment au rôle qu'il jouait ; mais il faut être juste, la représenta-
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tion des grands serait aussi trop fatigante s'ils ne pouvaient pas s'égayer un peu de la servilité des gens qui se font leurs valets. On a donné pour confesseur à M119 de Savoie le jésuite Lecomte : « Cette perruque-là ne me « plaît guère, dit-elle au roi peu de jours après cette nomi- « nation. — Patience, mon enfant, répondit Sa Majesté, « nous vous donnerons un autre confesseur dans quelque « temps. Au surplus, vous pourrez en changer tant que « vous voudrez, pourvu que votre choix tombe toujours « sur un jésuite. » M. le comte de Tessé, qui négocia le mariage de Marie Adélaïde, a, pour récompense, la charge de son premier écuyer; le marquis de Dangeau est nommé à celle de chevalier d'honneur, le marquis de Villacerf est désigné pour celle de premier maître d'hôtel, et M. de la Vieuville aura l'emploi de secrétaire des commandements. Les hommes, l'aumônier, le confesseur et le médecin exceptés, n'entreront en fonction qu'à l'époque de la célébration du mariage, qui n'aura lieu, dit-on, qu'à la fin de l'année prochaine.
On a remarqué comme une chose fort extraordinaire que, dès le lendemain de son arrivée à Fontainebleau, Mllu de Savoie fût conduite par Mme de Maintenon au petit couvent de Moret; elle l'y mena même plusieurs fois pendant le voyage, et cette circonstance réveilla les bruits qui avaient longtemps couru sur l'origine illustre de la jeune Mauresse renfermée dans cette communauté. J'ajouterai à ce que j'ai dit de la religieuse noire, qu'elle ne paraît jan ais au parloir que devant les membres de la famille royale; que Bontems, unique dépositaire des secrets domestiques de Louis XIV, continue d'apporter chaque année à Moret le montant d'une grosse pension payée à cette nonne mystérieuse, à qui d'ailleurs tout le monde dans la maison parle avec une sorte de vénération; qu'enfin Monseigneur et les jeunes enfants de France vont la voir souvent, et que Mm° de Maintenon a succédé à feu Marie-Thérèse dans les visites fréquentes qu'elle lui faisait. Les plus grands soins sont apportés à la santé comme à la conduite de cette sœur; l'abbesse est surveillée de
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BQ ce' qui l;i concerne : en un mot, c'est un objet de
constantes attenliom et d'égards continuels. Notre né-
0 ne laisse point échapper tous ces témoignages de considération ; elle ne manque pan de s'en prévaloir, et d'interpréter avec orgueil le mystère qui l'environne : € Vous avez beau dire, madame, répète-t-elle souvent à « \I de Maintenon, le soin que met une personne de « votre rang à me cacher ma naissance suffit pour me faire « voir qui je suis. » Néanmoins cette origine, sur laquelle après tout la Mauresse de Moret n'a que des soupçons, sera sans doute une énigme pour elle jusqu'à son heure dernière... Mais il y a longtemps que le public en a deviné le mot.
Parmi les élèves de Saint-Cyr, auprès desquelles Mme de Maintenon mène trois fois par semaine Mlle de Savoie, la jeune princesse a choisi des amies intimes qui viennent quelquefois la voir à Versailles. Elle affectionne entre autres MUe d'Osmond, et plus particulièrement encore M"e d'Aubigné : études, jeui, exercices, parures, richesses, penchants, tout est commun entre ces deux jeunes personnes; leur familiarité va jusqu'à se quereller, plus d'une fois elle alla jusqu'à se battre.
La cour a porté cette année le deuil du valeureux Jean Sobieski, le sauveur de Vienne, si bien récompensé jadis par l'empereur Léopold. Les muses ont eu presque en même temps à regretter La Bruyère; la morale, les bonnes moeurs, la vérité pleurent sur sa tombe... Les vices et les travers se réjouissent.
Le public donna jeudi dernier à M. Rousseau une revanche éclatante de l'échec qu'il éprouva en célébrant le café Sur le Théâtre-Français. La comédie du Flatteur a été couverte d'applaudissements mérités1. Boileau assure que cette pièce est la meilleure qu'on ait faite depuis Molière.
1. Rousseau fit jouer d'abord sa pièce en prose, il ne la mit en vers que vingt ans plus tard. Sous cette dernière forme, c'est un ouvrage fort distingué, et l'on doit s'étonner que les comédiens ne l'aient pas remise de nos jours au théâtre.
Je crois cet éloge exagéré; mais le caractère principal de l'ouvrage est bien tracé, et l'action me paraît sagement conduite. On prétend que M. Rousseau a peint le Flatteur devant son miroir.