‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 34 sur 44 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Disgrâce du courtisan Racine. — Racine et Cavois. — Apparition de Voyer d'Argenson. — Premières pompes à incendie. — La fausse prude ; expulsion des comédiens italiens. — Le jardinier de Maintenon. — Le tripot de la marquise de Lamé. — 11 est fermé, la friponnerie n'y étant pas orthodoxe. — Succès et revers; Te Deum en tout cas. — Le caissier fripon. — Santeuil ; son portrait. — Le vin d'Espagne et le tabac. — Mort de Santeuil. — Le prince de Gonti élu roi de Pologne; réflexions. — Scipion, tragédie de Pradon. — Oreste et Pylade de la Grange- Chancel. — Victoires de M. de Vendôme en Espagne. — Paix de Ryswick. — Traités séparés; leur contenu. — Le roi s'y montre trop à découvert. — La princesse de Conti divinité indienne. — Le Distrait de Regnard. — Mariage du duc de Bourgogne. — Cérémonies du coucher. — Portrait du duc de Bourgogne. — Réjouissances ; description d'une fête dans la grande galerie. — Encore un très noble voleur. — Triste retour du prince de Conti élu mais non couronné roi de Pologne. — Le portrait de M. de Vendôme et le quatrain de Palaprat. — Philosophie de Gourville. — Querelle de M. de Conti et du grand prieur de Vendôme. — Camp de Compiègne.— Le chapeau gris.

— Scandale de la puissance de Mm* de Maintenon offert en spectacle public. — Manlius Capitolinus, tragédie de la Fosse.

— La Champmeslé : son éducation théâtrale, son portrait, son talent, ses mœurs ; sa mort. — Les Plaideurs de Racine joués par des grands seigneurs. — Mariage de Mlle de Chartres avec Léopold de Lorraine. — Punition du duc de Berry. — Sixième de la recette des spectacles attribué à l'hôpital. — Féneîon est condamné en cour de Rome. — Reprise de quelques précédents.

— Triomphe de M. de Cambrai tiré de son humiliation. — Télémaque paraît. — Disgrâce du cardinal de Bouillon; ses causes.

— Baptême du jeune duc de Fronsac, âgé de quatre ans. — Motifs de la liaison de Mme de Maintenon avec le duc de Riche*

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lieu, 1» iv dfl Otl enfant. — Morl de lia. n.e : cnuso du chagrin qui l'a lin'-. — I.e hnlletin des maladies calantes à l'd'lil-dcbœuf. — La placo des conquêtes rapetisséc. — Exécution do la oonsoillère Tiquel, — Achille de Harlay, son portrait; son caractère; son influence ; sa mort. — M"* la duchesse de Mazarin mourt à Londres. — Le duc de Bourgogne ne veut plus faire lit & part avec la duchesse. — Lo roi de Maroc demande la main de Mm# do Gonti ; refus. — Niaiseries de cour. — Révolution totale dans les coiffures.

L'année 1697 s'est ouverte par un événement malheureux pour mon vieux ami Racine. La faveur dont il jouissait à la cour, et qui lui était devenue plus précieuse que les bonnes grâces d'Apollon, cette faveur qui depuis dix ou douze ans lui tenait lieu d'Hippocrène, eh bien, il l'a perdue, peut-être sans retour, et cela pour un nom prononcé mal à propos 1 Voici le fait. Un soir que l'auteur d'Esther était chez MmB de Maintenon en tiers avec le roi, la conversation fut amenée par Sa Majesté sur la situation actuelle du théâtre. Louis XIV avait entendu dire (car on sait qu'il ne va plus au spectacle) que la comédie, tombée fort bas, n'attirait plus le public. Il en demanda la raison à Racine, qui entra à cet égard dans quelques détails fort sensés, et conclut par dire qu'on ne portait point assez de pièces nouvelles aux comédiens. « A défaut de nouveau- « tés, ajouta le tragique, on ne donne que d'anciens ouvra- « ges, parmi lesquels il s'en trouve beaucoup de mauvais, « entre autres ceux de Scarron, qui ne valent rien et « rebutent tout le monde. » Au nom de feu son mari, la veuve royalisée rougit jusqu'aux yeux, non pas à cause de l'atteinte portée à la réputation littéraire du cul-de-jatte dont elle partagea le lit, mais bien parce qu'en nommant Scarron le poète trop distrait venait de rappeler à Louis XIV le magot auquel il a succédé. Le profond silence qui se fit tout d'un coup dans la chambre découvrit à Racine toute l'étendue de la faute qu'il avait commise : sa confusion fut extrême ; il n'osa plus ouvrir la bouche ni lever les yeux. Enfin le roi, sans aucun préambule, renvoya l'académicien consterné, disant qu'il avait à s'occuper d'un travail

d'Etat. Racine sortit étourdi, éperdu, l'œil hagard, les jambes tremblantes, et courut comme il put chez Gavois, son ami, qu'il instruisit de ce qui venait de lui arriver.

— Diable, diable, dit le grand maréchal des logis en secouant la tête, votre distraction ordinaire vous a joué un vilain tour.

— Je vous assure que si j'ai blessé la marquise, c'était sans intention.

— L'intention, l'intention 1 eh 1 mon ami, est-ce que cela compte pour quelque chose à la cour, où tout gît dans la démonstration?

— Que va-t-il arriver de là, mon cher Cavois?

— Ma foi, je n'en sais rien... c'est selon; si votre maladroite sortie n'a fait qu'effleurer la vanité de madame1, cela pourra s'arranger ; mais si la trace d'humiliation est profonde, je vous plains.

— Voilà un grand malheur.

— Je vous le dis pour la centième fois, c'était folie à vous de vous embarquer sur le fleuve capricieux des grandeurs. A la bonne heure moi, qui étais trop simple pour me faire bel esprit, et trop pauvre pour rester indépendant... je fais mon métier, je rampe. Mais vous, ne voguiezvous pas à pleines voiles du temple de la gloire au temple de la fortune?

— Ah 1 Cavois, le public est si ingrat 1

— Et vous êtes venu chercher de la reconnaissance à la cour? Pauvre dupe!

— Gomment sortirai-je de ce mauvais pas?... Si je demandais à Mm6 de Maintenon qu'elle fît jouer de nouveau Esther à Saint-Cyr? Vous concevez, ce serait lui rappeler finement le triomphe que je lui procurai jadis.

— Belle finesse! la marquise prendra cela pour un reproche, et vous en voudra davantage.

— Vous avez peut-être raison.

— Laissez-moi, mon ami, sonder un terrain que je connais mieux que vous. Doublez la dose d'éloges dans l'his-

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