‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 39 sur 44 · Mort peu de temps avant la représentation de sa pièce · texte numérisé non relu

Mort peu de temps avant la représentation de sa pièce

riers jetés sur la tombe de l'auteur du Mercure galant.

Les jeux de la guerre, auxquels je reviens un moment, ne sont pas heureux en Italie. Dès le mois de juillet M. de Saint-Frémont s'étant laissé forcer au poste de Garpi par les troupes impériales, le prince Eugène par ce seul échec devint maître de tout le pays entre l'Adige et l'Adda.

En Espagne il se passait dans le même temps des événements d'une autre nature : le mariage négocié par la cour de France à celle de Savoie se concluait. La princesse Marie-Louise, sœur cadette de la duchesse de Bourgogne, règne aujourd'hui sur les Espagnols et, dit-on, sur le cœur de Philippe V, qui l'a épousée le 11 septembre. On célébrait encore à Madrid les fêtes de cet hymen, lorsque Jacques II, roi détrôné de la Grande-Bretagne, finissait à Saint-Germain sa triste carrière dans le sein des humiliations et des jésuites, qui ne le consolaient guère depuis qu'il n'avait plus ni pouvoir ni trésors à leur donner. Cette mort était par elle-même un événement de faible importance, mais les suites immédiates en eurent une grande sur les affaires de Louis XIV. Dans les derniers moments de Stuart, le roi promit à lui et à la reine de reconnaître leur fils, déjà qualifié de prince de Galles, pour souverain de Grande-Bretagne, de l'Ecosse et de l'Irlande. Il devait être entendu, d'après le traité de Byswick, qu'il ne pouvait être question dans cette reconnaissance que du simulacre de la souveraineté, dont la possession était dès longtemps acquise à Guillaume, et le roi ne pensa pas alors que cela pût tirer à conséquence. On fit venir l'héritier de cette monarchie idéale, auquel le moribond dit avec attendrissement : « Approchez-vous, « mon fils; je ne vous avais pas vu depuis que le roi de « France vous a fait roi... » Il mourut le même jour un peu consolé par la chimère d'hérédité qu'on venait d'appliquer au prince de Galles.

Cependant le conseil de Louis XIV lui fit voir dans la reconnaissance qu'il venait de faire une conséquence que Sa Majesté n'y avait pas aperçue. Le duc de Beauvilliers

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dil IT60 chaleur au roi que si après les traités faits avec Guillaume, il avait dû laieter a Jacquet II le titre de roi pour ne passe départir de la politique qu'il avait soutenue les armes à la main et par égard aux droits d'un homme qui régna en effet, il n'en étaitplus de même maintenant, et que l'orgueil du lils de Jacques devait être sacriiiô à la foi des traités. M. do Torcy ajouta que ce vain hommage aux rêves orgueilleux d'une famille ne pouvait qu'irriter la nation anglaise contre la France et lui attirer certainement sur les bras un ennemi de plus que nous espérions encore écarter par des sacrifices et des séductions. Louis XIV se rangea à l'avis de la majorité. II fut décidé que le prince de Galles ne serait point appelé Jacques III. Mais le roi s'étant rendu chez Mma de Maintenon en sortant du conseil y trouva la reine d'Angleterre déjà informée de la décision. Elle se jeta aux pieds de Louis XIV et le supplia de ne pas déshonorer son fils en lui enlevant un simple titre qui le consolerait du moins de la perte des grandeurs qui jadis y furent attachées. M "° de Maintenon, séduite d'avance, joignit ses prières à celles de la veuve. Cette femme adroite fit ensuite vibrer la corde la plus sensible du cœur de notre maître en lui disant que sa gloire était intéressée à tenir la promesse qu'il avait faite au roi mourant. Louis XIV se démentit pour la seconde fois : il rapporta entre deux femmes la décision prise au sein de son conseil, dont tous les membres furent outrés. Le lendemain on proclama Jacques III roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande dans tous les carrefours de Paris.

Je dois consigner ici un mot du marquis de Dangeau, qui seul peint la niaiserie importante des valets de cour. C'est ce courtisan qui, dans les voyages, est chargé d'assigner les appartements aux personnes faisant partie de la suite du roi. Or, ayant appris la mort de Jacques II au moment du voyage de Fontainebleau, le marquis s'écria sans autre réflexion : « Oh 1 oh 1 cela donnera beaucoup « de logements aux courtisans. » Quelle misère !... Voici des paroles plus sensées : madame la duchesse, causant

avec Min0 de Montmorency du convoi de Jacques, disait : « Je suis désolée que le roi défunt ne soit pas parent de « Louis XIV, et que Sa Majesté n'ait pas à draper, pour « voir si la reine Mainlenon aurait l'audace de draper « aussi, ne possédant aucune grande charge qui le lui per- « mît. — Que nous importe, répondit Mma de Montmo- « rency, qu'elle drape son carrosse et ses gens, pourvu « que la France cesse bientôt d'être drapée par elle ! »

Guillaume III apprit la reconnaissance de Jacques III par Louis XIV étant à table à Loo en Hollande. A cette nouvelle il enfonça son chapeau sur sa tête et n'ouvrit pas la bouche pendant le reste du repas. Mais ce prince ne resta pas oisif auprès de son parlement dont la majorité se montrait opposée à la guerre contre la France; il lui écrivit dan3 les termes les plus énergiques contre le roi de France : « Louis XIV, disait-il en substance, fait d'un « prétendu prince de Galles une sorte de vice -roi des « Royaumes-Unis, dont ce colosse de puissance espère « peut-être la possession, et vous savez, Anglais, ce que « vous devriez attendre si vous étiez gouvernés par un « prince qui employa le fer, le feu et les galères contre les « protestants de ses propres États. » Cet écrit produisit l'effet que Guillaume en attendait : le parlement, indigné de la reconnaissance du prince proscrit et des résultats que l'adresse du prince régnant faisait entrevoir, vota non seulement la guerre contre Louis XIV, mais encore la mort de Jacques III.

Nul doute que l'Angleterre, sans le concours de cet événement, n'eût fini par joindre ses armes à celles de l'empereur, mais un prétexte manquait à Guillaume pourrompre avec Louis XIV, avec son petit-fils, après avoir reconnu le dernier; ce prétexte, le roi de France Ta fourni. Les Anglais et les Hollandais accédèrent ouvertement en septembre à la ligue déjà formée contre les rois de France et d'Espagne, ligue dans laquelle ils entraînèrent le roi de Danemark.

Le premier projet des alliés se bornait à vouloir diviser

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