‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 5 sur 44 · Racine fut admis en 1673 à l'Académie française · texte numérisé non relu

Racine fut admis en 1673 à l'Académie française

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avait loin de l'un à l'autre : l;i fortune réunit souvent des hommes entre lesquels la nature avait, mis une grande distance. •

Le duc de Lorraine, qui depuis le commencement de la guerre essayait, et pour cause, de pénétrer en Lorraine, occupait l'Alsace à la tête de quarante mille hommes, auxquels M. de Turenne n'en opposait que vingt-deux mille. 11 espérait battre facilement ce grand général à la tête d'une armée si supérieure en nombre à la sienne ; mais, aussi inhabile à reconquérir ses États qu'il le fut à les conserver, le prince dépossédé a été battu le 4 octobre à Ensheim. Le duc avait près de lui un officier anglais nommé Churchill ', dont le talent et la valeur n'ont fait que retarder la défaite de son chef. Parmi les Français, M. de Bouf- 11ers s'est distingué.

Chacun s'inscrit à sa manière dans les fastes des nations ; mais j'aime mieux la célébrité de M. de Boufflers que celle acquise en Normandie par le chevalier de Rohan. Ce seigneur prit part à une conjuration imaginée par la Truaumont, gentilhomme normand, dans le but de faire révolter cette province et de livrer Quillebœuf aux Hollandais. Une dame de Villiers, maîtresse de la Truaumont, était entrée dans le complot; un nommé Van der Ende, ancien maître d'école, dont le fameux Spinosa fut, dit-on, le disciple, avait mis ces conjurés en rapport avec la Hollande. Tous les quatre ont été condamnés à mort. La veille du jour où l'exécution devait avoir lieu, le roi demanda une représentation des Horaces ,* le maréchal de Créqui, voulant sans doute sauver Rohan, fit donner Cinna.

— Ce n'est pascela que j'avais demandé, dit le roi quand il eut reconnu la substitution.

— Il est vrai, sire, répondit le maréchal, mais cette pièce est aujourd'hui plus à propos que l'autre.

Louis XIV fut sur le point de faire grâce au coupable pour avoir ce point de ressemblance avec Auguste ; mais les ministres lui représentèrent qu'un exemple était plus

1, Depuis duc de Marlborough.

nécessaire que cette clémence romaine ; Rohan, la Truaumont et Mm* de Villiers eurent la tête tranchée; le roturier Van der Ende fut pendu*.

Le sort de nos armes est bien différent en Allemagne et en Flandre : M. de Turenne, ayant en tête soixante mille Impériaux, commandés par le duc de Lorraine et l'électeur de Brandebourg, les a battus plusieurs fois avec moins de vingt mille combattants, et sans livrer une seule grande bataille. Les manœuvres de ce héros ont été telles qu'il s'est fait respecter par une armée trois fois plus forte que la sienne. De ce côté, nos ennemis sont donc contraints de demeurer sur la défensive. M. le prince nous offre le revers affligeant de cette belle médaille : le résultat négatif de l'affaire de Senef a permis aux alliés de nouveaux efforts ; Grave, Dinan, Huy et d'autres places ont été reprises par leurs troupes ou se sont rendues à elles après une noble défense ; enfin les Hollandais ont acquis le droit de dire que le soleil emblématique de Louis XIV s'est arrêté devant eux.

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