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leg rites qui ne fendent que l'encombrer , comme ils encombrent le eérëmoniaL
Vcgïue était tendue dans toute sa hauteur de velours cramoisi ptrsemë de fleurs de lis d'or. Cette riche tenture, cette harmonie, qui, de la tribune ok j'étais placée , me semblait lointaine et myst^ rieuse; ces mille lumières semées comme autant d'étoiles scintillantes (Uns l'espace assombri par les vitraux coloriés, tout portait l'esprit à une religieuse méditation. Peu à peu mes sens s'assoupirent dans une doace rêverie; son voile léger, en couvrant mes yeux, déguisa lee objets qui m'environnaient, je me crus tour à tour au sacre de plusieurs rois... Je revis, à travers ce prisme fantastique, Jeanne d'Arc, le casque en tête, la bannière à la main, le sein armé de fer, conduisant au pied de l'autel Charles Vil, dont elle avait reconquis lee Etats. II m*apparttt ensuite ce François I" qui fut assez grand pour sentir qu'un prince couronné peut recevoir un complément d'iilustrition des mains d'un simple chevalier, quand ce chevalier est l'homme le plus brave de la terre... Je croyais le voir auprès de son ■aitre, ce preux Bayard, dont i'épée était si forte et l'Ame si pieuse**. Il me semblait que là, sous un arceau gothique, son regiird étinooiait, à moitié caché par la visière dorée. Enfin je retrouvai, dans ma rêverie historique, le roi qui fut de ses sujets le vainqueur et le père... L'illusion me rendait son mâle visage, oii voltigeait toujours le sourire ; je voyais sa courte chevelure, sa fraise, sa blanche écharpe, son vaste haut-de-chausse... Près de lui étaient Sully, qui servit son maître et ne le flatta point; d'Epernon, dont l'Ame parut soumise, et qui médita la trahison, peut-être l'assassinat; Mayenne, qui ne se consola jamais d'avoir fait la guerre au grand Henri; Bassompierre, qui combattit , but et aima sans mesure ; la Noue , dont Je cceur ne cessa point d'être protestant, mais dont le bras, dit de fer, en servant le catholique Louis Xlil , prouva que la soumission peut être aussi une grande vertu... J*en étais là quand la voix d'une de mes voisines me fit faire un brusque retour vers le règne de Louis XY*
En ce moment l'archevêque de Reims, assis sur sa chaise épiscopale, avait devant lui le roi de France à genoux. Dans cette position, Sa Majesté reçut les sept onctions sur le sommet de la tête, sur la poitrine, entre les deux épaules, sur l'épaule droite, sur la gauche, à la jointure du bras droit et à celle du bras gauche. Après cette partie de la cérémonie , l'archevêque consécratenr, assisté des évêques de
34t CHRONIQUES DE L*ŒIL-DE-BŒUP.
Laon et de BeauTais, referma les ouTertares pratiquées à la camisole et À la chemise du roi pour lui donner les onctions. Sa Majesté, s'étant ensuite levée, reçut de M. le prince de Turenne, grand chambellan, la tunique, la dalmatique et le manteau royal de velours violet brodé de fleurs de lis d'or, avec fourrure et bordure d'hermine. Dès que le roi fut habillé, l'archevêque lui donna les huitième et neuvième onctions sur les paumes des mains; puis ce prélat remit à Sa Majesté les gants bénits, après lui avoir passé Tanneau royal au quatrième doigt de la main gauche.
Ici Louis XV s'avança jusqu'au pied de l'autel oh l'attendait l'archevêque officiant, qui lui remit le sceptre dans la main droite et la main de justice dans la gauche... U est donc consacré par les lois divines qu'un prêtre doit remettre aux rois les marques du pouvoir. Sans doute le prélat n'est dans cette noble mission qu'un ministre du ciel; mais c'est en puissance de la terre qu'il s'en prévaut.
L'instant du couronnement étant venu, le chancelier de France appela les pairs selon leur rang : alors s'avancèrent les ducs d'Orléans, de Chartres, de Bourbon, les comtes de Gharolais, de Clermont et le prince de Gonti, qui, selon l'usage, représentaient les grands feudataires de l'ancienne monarchie , les ducs de Bourgogne, de Normandie, d'Aquitaine, et les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne. On vit aussi s'avancer le maréchal de Villars , tenant lieu du connétable de France, et le prince de Rphan, qui remplaçait le grand maître. Tous ces pairs laïques s'étant groupés autour du monarque, l'archevêque prit sur l'autel la grande couronne de Char* lemagne, qu'il posa sur la tête de Louis XV, tandis que les pairs laïques et ecclésiastiques y portaient la main, comme pour soutenir cet insigne de la royauté. Un évêque récitait à haute voix les oraisons du couronnement. Lors(fu'il fut terminé, l'a rchevèque-duc de Reims conduisit le roi sur son trône, récita les prières de l'inlronîsation, et, après avoir quitté sa mitre, fit un profond salut à Sa Majesté en disant : Vivat rex in œtemum !
Le sacre de Louis XV offrit un épisode qui n'était prévu ni par le rituel ni par le programme des cérémonies du jour. On sait que la sainte ampoule est conservée à l'abbaye de Saint-Remi de Reims, et qu'au moment oii elle est transportée processionnellement à la cathédrale pour servir aux onctions dont j'ai parlé, quatre gentilsbonames, désignés sous le nom d'o/o^M, restent à Saint-Remi jusqu'à ce que U
précieuse fiole y ait ëtë rapportée. Ajoutons cependant que les moines Mot trop polis pour donner des gardes aux otages ; ils sont là sur parole, comme de loyaux chevaliers. Or les quatre courtisans envoyés cette fois au couvent en qualité d'otages de la sainte ampoule ont sans façon rompu leur ban , et sont venus se mêler aux curieux dans Téglise métropolitaine ; ce qui pourtant n'a pas empêché que la bouleille stcrëe n'ait été rendue à ses légitimes conservateurs. Le clergé métropolitain de Reims est incapable d'abuser d'un tel dépôt, et, dinns-le, la précaution de messieurs de Salnt-Remi est tant soit peu injarieusc.
Anne de la Trémouille, princesse des Ursins, cette autre Maintenon, qui gouverna longtemps l'Espagne pour prix de quelques complaisances galantes, mourut à Rome le 5 du présent mois de décembre. Elle était née en 1637. Ainsi cette courtisane de haut parage était déjà parvenue à sa soixante-quatrième année lorsqu'en 170t elle échangeait ses bonnes grâces contre la puissance à peu près souveraine que lui abandonnait Philippe Y, qui n'avait alors que dix- Kpt ans. On croira sans doute difficilement qu'en 1706, époque à laquelle je vis à Versailles madame des Ursins septuagénaire, l'observateur le plus exercé ne lui aurait pas donné plus de trente-six ans, tant sa taille était droite, fine, souple, élancée, tant sa gorge paraissait blanche et ferme, tant son teint était encore animé et son dâl ëtincelant. Si du reste on admet qu'en amour Texpérience puisse compter pour une qualité, on concevra que Sa Majesté Catholique ait demandé des faveurs à cette femme étonnante au lieu de compter ses années K
Après avoir mentionné ici la mort d'une femme essentiellement l»iiante je puis sans transition parler de celle du marquis de la Fare, qvi termina cette année une longue caitière aussi licencieuse que spirituelle. Mais ce capitaine des gardes du régent n'avait pas, comme la princesse des Ursins, conservé cette longévité de tempérament qui rarement est le partage des hommes. Quand on annonça sa fin à madame de Parabère dans son exil du Blanc, elle dit : « La Fare a
' On peot citer, en parlant de madame des Ursins , deux singularités : le nom prtnitif de ta famille était Rouini^ et le prénom de plusieurs membres de code iuBina Napoléon,
)) bien pu se faire enterrer récemment, mais 11 y a vingt ans qu'il est • mort* »