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CHAPITRE X

L# toi rttfitègré les prioaes légitimés dans leurs honneurs. — Le salat do bon- ■et. — Subtilités de Breteoil pour enlever les preuves du mariage de Dubois.

— Breteuil est fait ministre pour cela. — Mort du cardinal Dubois. — Détails curieux sur la fin de ce cardinal. — Enumératiou de ses richesses. — Le f^ère et le neteu de Dubois. — Nouvel échantillon de la reooitoaièsance des grands.

— L« dttc d'Orléihs étt premier ministrei — 11 ne signe pas les ordonnancée relatives aux finances. — Nouvelle organisation de la compagnie des Indes. — Le coré Meslier et ses Confeaiont. — Les fermes sont données à bail. — Vert de Madame duchesse douairière d'Orléans. — Philippe d'Orléans est frappé d'apoplexie. — Détails sur ses derniers instants. — Poucet de la Rivière. — OraiSon funèbre du régent. — Gomment M, le due est nommé premier ministre. — ïnh de Cattro de la Hotte.

Le roi a déjà fait acte de souveraineté à la manière de Louis XTV AD faveor des princes légitimés; il leur a rendu, sauf le droit de mecéder k la couronne , tous les honneurs et prérogatives dont ils jouisaulent aous le règne précédente Louis XV, tout jeune qu4i est, •e pénètre d^à de cet esprit de souveraine puissance qui prétend fac personne dans l'Etat ne puisse donner tort k celui qui gouverne Ml a gonvemë. C'est là Tessence de la royauté. Cette affaire est une des premières qu'on ait discutées dans le conseil de Sa Majesté ausiélét que sa forme stable a été arrêtée; la déclaration est du 26 avril. Elle porte qne les légitimés prendront place au parlement immédiatement aufdessous des princes légitimes ; qu'ils y auront, comme eux, vwix délibérative avant les ducs et pairs; mais qu'ils ne pourront Inverser le parquet ni faire marcher devant eux plusieurs huissiers ; ce qai ne les empêchera pas cependant de recevoir le salut du bonneU Esplîquoi» ce que c'est que ce privilège. Lorsque dans une délibéniioa le premier président adresse la parole aux princes légitimes, M àîe son bonnet et leur dit : « Monsieur, votre avis» » La même ckoae anra lieu pour les princes légitimés, avec cette distinction que le frtatmt président dira : « Monsieur le duc du Maine, ou Monsieur > le comte de Toulouse, votre avis. » Sentez-vous la différence? Ce

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nom mis tprës Monsieur, comme cela vous fait descendre un homme dtns l'opinion des assistants !

Du reste, dans les festins ou dans les cérémonies publiques, les légitimés ne devront pas tenir tout à dit le même rang que les légitimes : il est probable qu'un règlement supplémentaire établira cette partie du cérémonial par pieds, pouces et lignes ; c'est d'une importance trop majeure pour qu'on néglige d'être précis à cet égard. En attendant, il est décidé que le prince de Dombes et le comte d'Eu jouiront pendant leur vie des honneurs autrefois accordés à MM. de Vendôme; mais qu'ils s'éteindront avec eux.

Cette déclaration, oii tant de restrictions sont mêlées aux honneurs rendus à MM. du Maine et de Toulouse, ne les a point satisfaits ; dès que l'aflmire a été décidée , le premier est parti pour Sceaux, le second est allé s'enfermer à Rambouillet.

Enfin le cardinal Dubois s'est acquitté envers le marquis de Breteuil; il a pu trouver l'occasion de pousser doucement M. Leblanc hors du ministère de la guerre , et l'ancien intendant de Limoges a été mis en possession de ce département. Le public est outré du renvoi d'un homme actif, exercé aux affaires, aimé des troupes et rempli de talent et d'honneur, surtout quand il est reconnu que M. de Breteuil n'a jamais vu d'autres troupes qu'un régiment qtii passait sous ses fenêtres quand il habitait la capitale du Limousin.

Voici les détails que le nouveau secrétaire d'Etat a révélés laimême sur la cause qui lui a mérité la reconnaissance du premier ministre. Dès que Breteuil fut informé de l'importance que Dubois attachait à l'enlèvement des papiers constatant son mariage, cet ami serviable se mit en tournée dans le ressort de son intendance, suivi seulement de deux valets. Un soir, bien tard , notre voyageur arrive à la porte du curé qui a marié jadis monseigneur l'archevêque de Cambrai; il frappe au presbytère et demande l'hospitalité. An nom de M. l'intendant, pasteur, nièce, servante, jardinier, tout s*empresse. Les canettes ne sont pas assez vastes pour épancher le meilleur vin des messes ; il n'y a pas assez de couteaux à la cuisine pour égorger les gras chapons que mademoiselle la nièce, ou soi-disant telle, sait fort bien distinguer des poulardes, indépendamment mècîe de leur embonpoint. Le souper fut excellent, Breteuil y fit honneur; mais ce qui surtout charmait M. le curé, c'était la familiarité tout

affable avec laquelle M. l'intendant daignait le traiter, et la grâce empressée qu'il mettait à lui verser son propre vin. Avant que riionnête ecclésiastique fût tout à fait gris , Breteuil lui dit que l'objet spécial de sa tournée était de vérifier par lui-même comment les registres des paroisses étaient tenus dans la province, et qu'il ne doutait pas que lui , curé rempli d'intelligence autant que de piété, ne les Unt mieux que tous ses confrères. Le prêtre campagnard ré« pondit que M. l'intendant était bien bon d'avoir une idée aussi avantageuse de lui , mais qu'en ce point au moins elle était fondée ; et pour preuve, tirant les registres d'une armoire, il les mit sur la table devant le marquis. Celui-ci eut l'air de les parcourir négligemment, chercha l'année intéressante, la trouva, reconnut l'acte dangereux, fil une petite corne au bas de la page, et, posant avec indifférence le livre sur une chaise, s'écria : « C'est à merveille, curé... Buvons.» La nièce était allée disposer le lit de M. l'intendant, les valets s'étaient retirés discrètement au dessert; on but souvent, et le curé but sans mesure. U jasa beaucoup, rit plus que les canons ne le permettont, jura même deux ou trois fois ; puis, nonobstant le respect dû à M, l'intendant, il s'endormit. Breteuil s'empare alors vivement du registre, retrouve l'endroit marqué et enlève le feuillet accusateur. « Curé, dit-il ensuite en frappant sur l'épaule de son hôte, il se fait » tard , il faut que je reparte de bonne heure; allons nous coucher.» Le lendemain Breteuil glissa quelques louis dans la main de la servante du presbytère, baisa au front mademoiselle la nièce, qui t'uouva peut-être que pour un homme de cour M. l'intendant était Lien modeste, et bientôt il perdit de vue la maison curiale et le coq-girouette du clocher de l'église. U est probable que, malgré sa grande exactitude , le curé ne se sera pas aperçu de la soustraction du feuillet.

Mais ce n'était pas tout ; on n'avait négligé aucune formalité légale lors du mariage de Dubois ; il existait certain contrat chez un notaire de campagne ; or on n'escamote pas la minute d'un acte comme un ieuillet de registre, l'intendant ne pouvait d'ailleurs faire aucune recherche motivée dans l'étude du garde-note. Il fallait agir par séduction; la chose, heureusement, paraissait praticable : les contciences limousines ne sont pas invulnérables comme le corps d'Achille. Le tabellion qui avait passé le contrat était mort depuis longtemps; Breteuil fit venir son successeur, et, s'étant expliqué sur ce

^'11 attendait de m condescendance, il lui laissa l'option entre une bourse très-ronde et un cachot très-noir. L'homme aux contrats répondit qu'i) n'aimait pas moins Tarant que le g^rand jour ; il livra la minute, reçut les espèces, fît re|>âtii' u maison et ne se repentit nullement du marche. Breteuil y trouva bien mieux son compte encore : le notaire n'avait gag^né qu'une maison; Iç marquis cal nu ministère, avec lequel il gagnera des châteaux.

Les hommes les plus habiles, les pins heureux dans les efforts qu'ils font pour se procurer des biens et des honneurs, sont impuissants contre le destin qui peut les leur enlever en un instant avec la vie. Dubois, archevêque, cardinal, premier ministre; Dubois, Jouissant d'un revenu de deux millions, n'a pu reculer d'une seconde le terme de ses prospérités. Il est mort à Versailles des suites d'nnf maladie honteuse.

Le cardinal avait fiit transporter la cour de Versailles à Meudon, sous prétexte de procurer au roi le plaisir d'un nouveau séjour; mais réellement dans le but de se trouver plus à portée des secours que sa situation exigeait quand il était forcé de rester auprès de Sa Majesté, ou d'abréger de moitié les souffrances aiguës que la voiture lui causait lorsqu'il allait travailler avec le roi. Son Eminence, qui jamais, en dépit de la mitre et de la pourpre, n'avait déguisé ses débauches effrénées, se faisait traiter fort secrètement de la maladie qu'elles avaient causée, non qu'il eût honte du principe ou de la conséquence, mais parce qu'un homme environné d'une haute faveur ne doit point s'avouer malade. D'après ce système Dubois voulut, à la fin de juillet, assister à une revue que Louis XV passait de sa maison, afin de recevoir les honneurs qu'on rend au premier ministre, honneurs peu différents de ceux rendus au roi lui-même. Le cardinal monta donc à cheval un quart d'heure avant l'arrivée de Sa Majesté, et passa devant la troupe. Les drapeaux s'inclinèrent à son approche, les officiers les saluèrent de l'épée, les tambours battirent, les trompettes sonnèrent... Son Eminence paya cher cette satisfaction, cet éclair rapide d'une gloire enivrante. Le mouvement du cheval fit crever un abcès que Dubois avait à la vessie ; il dut passer du théâtre de son triomphe dans un lit de douleur. Les médecins déclarèrent le surlendemain que la gangrène était survenue ; trois jours après elle

pvail fjiif des progrès rapides, qui se manifestèrent au dehors... Une opëralioii majeure, une amputation que je ne puis désigner avec précision devint indispensable. Lapeyronie, opérateur célèbre, s^ chargea d'annoncer au cardinal que, s'il ne se soumettait à son scalpel c'en était fait de lui. A cette nouvelle Son Eminence entra dans une fureur horrible, qui s'exhala en un déluge de vociférations contre les médecins; ceux présents au lit du malade furent salués d« la plus riche salve de jurements que jamais membres de la Faculté aient entendue, avec accompagnement de grimaces et de grincements de dents dignes d'inspirer un peintre chargé de jieindre les damnés*

Cependant on décida Dubois à se faire transporter de Meudon à Versailles; dès qu'il y fut arrivé, les médecins revinrent sur la nécessité de procéder immédiatement à la soustraction totale,**

« Totale ! coquins que vous êtes... vous ne sentes donc pas la foice de ce mot ? s'écria-t-il.

— Pardon, monseigneiir, répondit Lapeyronie , mais ne vaut-il pas nieux sacrifier la partie que de perdre le tout ?

— Sans doute , bouchers infâmes ! et si vous ne me demandiei qu'an bras ou même une jambe, je me résignerais; mais... ee qu'il faut vous livrer.,*

— Est devenu tout à fait superflu à Votre Eminence.

— Ah ! sac... bourreau, dit le cardinal d'une voix qui fit vibrer les vitres... tu viens me débiter des quolibets du théâtre de la foire; sors d'ici, double traître, pendard, scélérat, gibier de Montfaueen t Et le prince de l'Eglise , faute de mieux , jeta son bonnet à la tèle de Lapeyronie.

— Tout cela , monseigneur , ne fait qu'empirer votre situation, répondit le docteur en jetant doucement sur le lit le projectile peu offensif que l'irascible malade venait de lui envoyer.

-— Allons , Dubois , il faut être raisonnable ! dit Philippe , qui sf trouvait là... Que diable ! puisqu'il y a nécessité absolue, et que d'ailleurs l'inutilité ultérieure est constasée...

— Yotre Altesse Royale en parle à son aise , répliqua rarchevAque de Cambrai en se faisant un violent effort pour ne pas blasphémer. •• Mais si l'on vous proposait de faire un eunuque noir du premier prince du sang , vous tiendriez un autre langage.

— Ce n'est pas moi qui suis affligé d'un ulcère à la vessie.

"^ Je le sais ; Votre Altesse Royale a toujours été plus heureuse

que moi aux jeux de hasard , quoiqu'elle ait rarement choisi les joueur*.. . D y a une providence particulière pour les princes...

•— Qui m'a déjà fait perdre un œil... Mais revenons, il faut que tu te décides... Je le veux...

, — Cest cela, Votre Altesse m'ordonne de me réduire au néant, comme elle m'ordonnait naguère de faire un rapport au conseil... Mais je dois jusqu'à la fin lui obéir... je me sacrifie.

— - Après tout, Dubois, je ne prétends pas que tu te fasses opérer par obéissance... et si tu tiens aux superfluités...

-^ Non, non, me voilà décidé... Prépare-toi, bourreau que l'en«fer confonde ! dit le cardinal en lançant un regard foudroyant sur l'opérateur.

-*- Je suis prêt , répondit Lapeyronie ; mais je dois inviter Votre Eminence à se faire administrer les sacrements avant l'opération.

— - Ah! voilà ce que j'avais prévu, cannibale affublé d'une robe, membre de la Faculté que le diable préside ! il te tarde de boire mon fang, de déchiqueter mon cadavre...

«— i Je me retire , dit l'opérateur impatienté...

— Non, demeure, reprit Dubois d'un ton plus calme, je vais te livrer ta proie.. • • Et il fit appeler un récollet de Versailles pour se confesser.

Le cardinal ne resta pas avec ce religieux plus d'un demi-quart d'heure , et ce bref entretien fut le seul acte de pénitence qu'il fit. D'après ce que les médecins lui avaient dit de l'extrême danger de l'opération, le confesseur conseilla à son pénitent de recevoir sur-lechamp le viatique.

« Le viatique ! s'écria le malade, c'est promptement dit ; mais il y a un grand cérémonial pour les cardinaux, que vous ne connaisses pas vous autres gueusaille ecclésiastique de Versailles... Qu'on aille à Paris le savoir de Bissy.

-^ Le danger est pressant, dirent les médecins d'une voix unanime... il faut opérer à l'instant.

— Opérez donc , tigres carnassiers ! » vociféra le ministre en se découvrant lui— même jusqu'aux pieds.

Lapeyronie, malgré le roulement d'invectives et de blasphèmes que Dubois fit entendre pendant l'opération , la consomma avec autant d'adresse que de célérité. Mais , outre que d'avance le malade était condamné , les transports de fureur auxquels il se livrait rendaient

Bon salut impossible. Il acheva de consumer ce qui lui restait de forces en imprécations contre le ciel , contre toute la nature , contre lui-même , et bientôt les premières convulsions de la mort se joi<gnirent à celles de sa colère et de son désespoir. Ce fut seulement alors, c'est-à-dire quand les facultés presque éteintes de ce prince de l'Eglise ne lui permirent plus de blaspkémer, qu'on lui donna l'extréme-onction , qui lui tint lieu de viatique.

Le prêtre, dans la précipitation avec laquelle il fallut administrer ce dernier sacrement , déposa les saintes huiles auprès du hideux produit de l'opération, qui était encore sur la table, et dont l'honnête ecclésiastique n'avait pu reconnutre ni la nature ni la forme. Pendant les dernières lueurs de sa connaissance , Dubois voulut voir ce que l'art venait de soustraire de son corps. Je passe sous silence la harangue étrangement pathétique que Son Eminence adressa à cette cause première de tous ses maux, et je n'essayerai point de dépeindre les contorsions, la décomposition de physionomie qui servirent de pantomime à ce discours.

Enfin, le 10 août, mourut, à l'âge de soixante-six ans, le cardinal Dobois , archevêque de Cambrai , titulaire des abbayes de Nogentsous-Couci , Saint-Just , Hérivaux , Bourgueil , Berg-Saint-Yinox , Saint-Bertin etCercamp, premier ministre du royaume de France, surintendant des postes, et de plus membre de l'Académie française, ce que j'avais négligé de dire, par.ce que Dubois étant un des hommes les plus riches et les plus puissants de la France , il était entendu qu'il devait être académicien.

Le corps de ce phénomène de fortune fut transporté de Versailles dans l'église du chapitre de Saintp-Honoré à Paris , où l'abbé Dubois , neveu du défunt, était chanoine. On l'enterra dans la première chapelle à droite en entrant ; on doit lui élever un beau mausolée* L'assemblée du clergé, ouverte au mois de janvier, et dont le cardinal était président, fit célébrer pour lui un service solennel. U y en eut un autre dans l'église métropolitaine, auquel les cours supérieures assistèrent. Mais tous les casuistes déclarèrent unanimement l'oraison funèbre impossible.

Les richesses que laisse Dubois sont immenses ; essayons d'en découvrir les sources. La place de premier ministre lui valait cent cinquante mille livres, la surintendance des postes cent mille livres; l'archevêché de Cambrai donnait à peu près autant , et les sept ab-

bayes dont il éuit pourvu npportiieot davantage. Indépendamment de ces divers revenus, le cardinal recevait de l'Angleterre quarante mille livres sterling par an , somme équivalant à un million de notre monnaie. Cette énorme allocation , que Dubois ne cachait point, prouvait avec une évidence irrécusable que ce ministre avait feit plier la politique du cabinet de Versailles k celle de la cour de Saint. James. La vaisselle d'argept ou de vermeil qu'on trouva chei le premier ministre, ^es meubles d'une recherche eitrème, ses bijoux^ ses pierreries , ses équipages somptueux , ne valaient pas moins de trois millions, et son coffre-fort renfermait onxe cent mille livres. Le portefeuille du cardinal apprit qu'il avait une créance de cinq cent mille livres sur le marquis de Breteiiil , ministre de la gaerre; on découvrit en outre parmi ses papiers un brevet de retenue sur les postes de trois cent mille livres , le titre de trente mille livres de rente sur la ville de Paris , et celui d'une charge de secrétaire du cabinet, dont le remboursement était exigible.

Sans doute les énormes émoluments de Dubois s'éteignent avec lui; mais en récapitulant la valeur des terres dont je n'ai pas parlé, les trésors qu'on a trouvés chev )ui , son mobilier et les rentrées à effieotuer , pn reconnaîtra que ce cardinal laisse plus de douce cent mille livres de rente à ses héritiers, c'est-^-dire à son frère unique, ancien chirurgien de Brive-la-Gaillarde , qu'il avait fait secrétaire du cabinet, et à l'abbé pubois, fils du précédent, chanoine de Saint-Holioré. Ce dernier, ecclésiastique digne des temps primitlA de la chrétienté, vécut toujours dans la retraite, sans avoir Jamais voulu accepter ni dignités, ni pensions, ni bénéfices. Son père n'est pas moins simple, pas moins modeste que lui, et ces deux riches héritiers ont déclaré que l'immense héritage que Dieu leur envoyait était le patrimoine des pauvres.

Les Français ont ri de la mort de Dubois , comme ils avaient ri de son élévation au siège de Cambrai , au cardinalat et au premier ministère, sans lui tenir compte ni de son esprit ni de l'adresse qu'il apporta dans les affaires, adresse qui souvent diminua les calamités de la France. Le régent, oubliant que cet homme immoral fut pour lui un serviteur indispensable pendant son administration, ne lui donna pas un soupir de regret. La veille de la mort du cardinal Son Altesse Royale écrivait à Noce, que Son Emlnence avait fait exiler : «L'orage qui menacera faire partir mon drôle, et demain, sans

» doute , ta taras de mes noavelles. » Ea effet , le lendeniftin Philippe écrivit k Texilé : « Morte la bète , mort le venin ; je t'attends » ce soir au Palais-Royal. » Noce ne manqua pas au rendez-vou9, les funérailles de Dubois furent célébrées le verre à la main , et M. le dac d'Orléans rit beaucoup de ce distique , qu'un des co|ivlves pro* posa de faire graver sur le monument du favori :

Rome rûu|i| d'avoir rougi Le maq qui g)t ici,

Voilà un nouvel échantillon de la reconnaissance des grands. Mais Dubois s'en était rendu compte d'avance : il savait que ce bien-là finit toujours par se réduire à rien ; et c'était pour cela que , le réiH lisant en valeurs plus solides, il en avait tiré à peu près quarante raîHlons.

Il était Dfttarel de penser, après la mort de Dubois, que le doc d'OrUana demanderait la place de premier ministre , et tout portait à eroire que Louis XV ne la refuserait pas à eelui qui avait gouverné la France. En eOet, Tévèque de Fréjus, dont l'empire suv l'esprit du roi équivaut à une autorité absolue, n'a pas songé un instant à eonseiller un refus à Sa Majesté ; mais cet ecclésiastique lui a donné l'idée d'une restriction. Flcury a fait entendre au jeune monarque que Son Altesi^e Royale, avec la disposition qu'elle eut toujours à se laisser doipiner par ses favoris, ne pouvait sans danger pour l'Etat être revêtue du pouvoir de signer les ordonnanoes des finances. Cet o^ijet était ^n même temps agité dans le conseil particulier du duc ; qaelques-nns de pes amis essayaient de lui persuader qu'après avoir été le maître du royaume, il ne pouvait aceepter des attributions mi* nistérielles mutilées; d'autres, mieux inspirés peutrètre, représentaient à ce prince que, sans cesse poursuivi par les calomnies de set ennemis, il devrait éviter une responsabilité qui le rendrait garant des déprédations et des fautes de ses subordonnés, qu'il lui serait trop diS(Lcile de surveiller. M* d'Orléans se rangea à l'avis de ces derniers conseillers ; il fit lui-même, en acceptant le premier ministère, une exception des ordonnances des finances, que le roi signe lui-même sotts !# direction i^ son conseil.

D^apfès un nouveau règlement, la compagnie des Indes sera régie par deuie directeurs propriétaires de cinquante actions au moina

chacim ; ils seront «uUtés de huit «yndics , aussi porteurs de cinquante actions, et contrdlés par quatre commissaires du conseiL Ces ofliciers tiendront séance deux fois par mois, et la compagnie se réunira chaque année en assemblée générale le 15 mars. Le 17 septembre présent mois, une réunion générale a eu lieu en présence de M. le duc d'Orléans , premier ministre , pour le choix des directeurs et syndics. Dans la même séance Son Altesse Royale, au nom du roi, a confirmé à la compagnie le privilège exclusif de la vente du café et du tabac*

Le nommé Jean Meslier, curé d'Etrépigny en Champagne, connu par des opinions religieuses mêlées d'une philosophie peu orthodoxe, mourut dans sa cure le 30 septembre, âgé de cinquante-cinq ans. En même temps qu'on apprenait à Parîs la mort de cet ecclésiastique, les presses de la Hollande terminaient l'impression d'un manuscrit intitulé Confessûms du curé Jean Meslier et que les curieux se procurent à grands frais ^. J'ai lu ce livre , qui exprime avec une entière indépendance les pensées de l'auteur sur la religion. On lisait au verso d'un papier servant d'enveloppe aux cahiers originaux sur lesquels on a imprimé : « J'ai vu et connu les abus , les erreurs , les vanités , les » folies, les méchancetés des hommes , je les ai haïs. Je n'ai osé le » dire pendant ma vie ; je le dirai au moins en mourant et après ma » mort. C'est afin qu'on le sache que j'ai écrit le présent mémoire , » pour qu'il puisse servir de témoignage à la vérité. »

Peu de jours avant sa mort, Meslier écrivit à deux curés de son voisinage pour leur déclarer qu'il consignait une copie de son écrit au greffe de Sainte-Menehould ; mais qu'il craignait qu'on ne le supprimât, suivant l'usage établi d'empêcher que les peuples ne soient instruits. Meslier aimait la justice avec ardeur, il la pratiquait avec courage. Un jour le seigneur de sa paroisse ayant maltraité des paysans, ce curé refusa de prier pour lui au prône. Le gentilhomme en porta plainte à l'archevêque de Reims , qui , selon l'usage encoris, donna raison au noble sur l'obscur ministre des autels et l'obligea à réintégrer le premier dans ses droits spirituels. Meslier contraint par les ordres de son chef, y satisfit de la sorte ; « Nous prierons le Sei-

* Voltaire a donné depuis un extrait de cet ommge; mais oe grand écrivain a raCtit les opinions de Meslier « et lui a prêté des assertions athées qu'il a*4 point émises.

» gneur, dit-il à ses paroissiens, de convertir ces riches au cœur dur, » et de leur donner Thumanitë dont ils ont besoin. »

Les fermes générales, mises en régie après la chute du système parce qa'il avait été impossible de trouver une compagnie assez hardie pour s'en charger, viennent d'être confiées à une société de traitants moyennant cinquante -cinq millions par année ; ce sera fort avantageux si Ton paye.

Continuant ma chronique funéraire, comme disait ma tante, chronique interrompue par la brève mention financière que je viens de faire, j'ai à consigner ici la mort de Madame, duchesse douairière d'Orléans, arrivée dans les premiers jours de novembre. Cette princesse avait beaucoup de connaissances assidues, mais peu d'amis, e^ encore moins d'ennemis. Son existence depuis la mort de Monsieur, frère de Louis XIY, fut toute négative quant à l'influence dans les al&dres publiques ; elle affectionnait trop le repos d'esprit pour entrer dans les intrigues de l'Etat. Madame aimait son fils avec faiblesse ; tous les défauts de ce prince étaient à ses yeux de brillantes qualités* Quand on lui parlait de son libertinage effréné , elle répondait : «Yraiment, il est bien heureux de pouvoir y suffire ; » et si l'on déplorait en sa présence les orgies habituelles du régent, elle disait sans s'émouvoir : « Il faudra qne je lui conseille de choisir les vins. » Ces mots naïfs prouvent que la duchesse douairière ne se piquait ni de sévérité pudique ni de sobriété. En effet , elle eut toujours ou des amants ou des complaisants ; elle aima Louis XIY assez ouvertement pour qu'on ait pu dire sans trop d'invraisemblance que le régent et la duchesse de Lorraine étaient un peu plus que le neveu et la nièce du grand roi. Aussi la princesse palatine eut-elle toujours la plus grande avenîbn pour madame de Maintenon, qu'elle ne désignait que par les épîthètes de bigote, de sorcière, de vieille truie. L'abbé Dubois dut à la bienveillance de Madame sa place de sous -gouverneur de M. le duc de Chartres ; l'air libre et la réputation de ce petit collet ayant, dit-cn, plu à cette Altesse allemande, qui, en fait de politesse^ aimait beaucoup qu'on s'exprimât et qu'on agît franchement. Vieille, la duchesse douairière parvint à détourner quelques émanations de la reconnaissance que Law devait k M. le duc d'Orléans. Les entrevues de cet Ecossais avec Madame avaient lieu le soir à Sain^Cloud. Il ne s'y rendait pas, à coup sûr, sur les ailes de l'Amour, mais les soupers

qui Tattendaient étaient délicats, les vins exquis coulaient à floU pressés... et puis la reconnaissance ne savait plus ce qu'elle faisait.

Madame eut toujours des inclinations masculines. Elle portait des perruques d'homme, endossait la fameuse casaque bleue imaginée pour les chasseurs privilégiés de Louis XIY ; quelquefois on la vit , du vivant de son mari, revêtue littéralement du haut-de- chausse. Son Altesse Palatine enfourchait le coursier de chasse, lui serrait les flancs de son robuste genou, et le faisait obéir à sa main plus que féminine. Personne ne devançait Madame au courre du cerf; eUe maniait le fuçii, le couteau de chasse, la dague comme une autre femme manie l'éventail. Rentrée dans son palais , cette nouvelle amazone passait des heures entières à écrire dans toute l'Europe sans nécessité, et seulement par manière de récréation. C'est ainsi que , de son aveu, elle a fait pleuvoir chez les princes ou princesses de la chrétienté quinze ou vingt mille lettres anecdotiques , critiques , satiriques, et généralement peu canoniques, sur }es événements, aventures, intrigues , scandales recueillis à I4 cour de f rance ; elle disait quelquefois, dans les dernières années de sa viç, que sa correspondance formerait au moins vin^t volupies in-folio. Madame était franche jusqu'au cynisme, sans esprit, sans détour, saps pruderie. Louis XIY disait d'elle que « si ce qu'on appelle dans une femme le tempérament 1» pouvait prendre une figure , il ressemblerait à sa belle-sœur. »

A la mort de cette princesse, les spectacles ont été fermés pendant huit jours parce qu'elle était veuve d'un fils dfe France. Le roi drape, et le deuil sera de quatre mois. Les méchants ont proposé de graver sur la tombe de Madame : Ci-git Voisiveié. Cette épitaphe ne conviendrait pas à tous éçards ; car si Son Altesse Royale Ait oisive dau les alTaires, le mot de Louis XIY que je viens de citer laisse entre* voir qu'elle ne l'était pas dans les plaisirs.

A peine les tombeaux de la maison d'Orléans sont-ils refermés sur la duchesse douairière qu'il faut les rouvrir pour y descendre son fils... Philippe est mort à Yersailles le 2 décembre, présent mois, à l'âge de quarante-neuf ans et demi.

Le duc d'Orléans n'avait voulu le premier ministère que pour satisfaire aux obsessions sans doute intéressées de ses favoris, qui lui persuadèrent qu'il ne pouvait se dispenser d'en être pourvu. A peine l'eut-il obtenu qu'il en fût accablé. Il s'excita dans les premiers temps

an tnviil j mais la paresse et la dissipation reprirent bient^ leurs droits sur le prince voluptueux. Il abandonna les affaires aux secrétaires d'Etat, et se jeta de nouveau dans les dérèglements. Mais sa constîtation usée ne pouvait plus les supporter , sa santé s*altéra visi- Mement | il était engourdi pendant toute la matinée ; ses yeui étaient rem|di de sang extravasé; les muscles de son visage s'agitaient par suite d'une irritation nerveuse née des excès ; en un mot , tout Iq physique de Philippe faisait prévoir aux médecins une prochaine attaque d'apoplexie. Us l'engageaient avec instance à se livrer sans retard aa régime et surtout à rentrer dans les bornes d'une vie raisonnable, lui donnant à entendre asses clairement que la continuation de ses babitudes actuelles ne pouvait manquer de lui être funeste, a Je vous

• dirai, messieurs, répondait le duc, que, blasé sur tout, je me livre

> an plaisir par laisser aller plutdt que par goût ; mais ce laisser aller » a pour moi quelque charme, et certes une vaine crainte ne m'y » ferait pas renoncer. D'ailleurs loin de craindre une mort subite, » que vous me faites pressentir, c'est celle que je choisirais s'il était

> permis à l'homme de choisir la route qui doit le conduire au tom- 9 beau. Cependant, pour l'honneur de la Faculté, je me mettrai très- » lacessamment à suirre ses avis. » Quelques jours après la promesse de M. le duc d'Orléans, Chirac la lui rappela, et lui dit d'un accent très-animé qu'il y avait urgence. « Pas trop , répondit Philippe en » riant , car madame d'Averne me disait hier au soir que je ne lui

• avais pas encore paru si bien portant. Aujourd'hui , d'ailleurs , je

• n'ai pas le temps de faire le malade , j'ai des alfeires urgentes qui » ne peuvent être retardées. Mais lundi , sans remise, je suis tout à

> vous, docteur, et au dieu d'Epidaure, patron des saignées, des pur- » cations et des clystères , que je hais autant que la duchesse ma » femme les affectionne. »

An joar dit, le prince, loin d'être fidèle à sa parole, mangea, par extraordinaire, bMucoup à son dtner; l'habitude de Son Altewe Royale étant de se ménager pour le souper , qui était son repas de prédilection.

Dans l'après-dhier, M. le duc d'Orléans, enfermé dans son appartement avec la duchesse de Phalaris, l'une de ses maîtresses, était assu à eêté d'elle, auprès de la cheminée, en attendant l'heure du travail avec le roi. Tout à coup le prince se laisse tomber sur le bras de cette (kvorite, qui , le voyant privé de connaissance» le renverse

doucement sar ion fkuteuil, se lève effrayée, éperdue , et court dans la pièce voisine chercher du secours. Mais, par une malheureuse fatalité, il ne se trouvait personne ni dans cette chambre, ni dans aucune partie de Pappartement. Les gens de M. d'Orléans, sachant qu'il montait toujours chez le roi par un escalier dérobé , et qu'à cette heure il n'avait jamais besoin.d'eux, s'étaient tous écartés. Bla- * dame de Phalaris fut obligée de courir jusque dans la cour de marbre pour trouver quelqu'un. Bientôt le cabinet oii le duc était toujours évanoui fut rempli d'une foule empressée, mais inexpérimentée, et plus d'une demi-heure se passa avant qu'on trouvât un chirurgien. Enfin quelqu'un amena le valet de chambre de M. le duc de Rohan , qui se hâta de saigner Son Altesse Royale après l'avoir fait porter sur son lit Mais il n'était plus temps , Philippe d'Orléans avait cessé de vivre, et la duchesse , qu'on avait avertie, ne trouva plus que le cadavre de son mari... £n ce moment, l'horloge du château sonnait «îx heures.

On voit, d'après ce récit véridique, le cas qu'on doit faire des propos de ces méchants qui, faisant survivre leur haine au prince qu'ils ont calomnié pendant sa vie, vont publiant partout qu'ayant préparé un poison pour Louis XV, il avait par erreur, d'autres disent par l'adresse d'un valet prévenu du complot, avalé lui-même le fatal breuvage. Les mêmes calomniateurs disent que les caves du Palais-Royal sont remplies d'or, tandis qu'il est à la connaissance de tous ceux qui ont voulu s'en convaincre que la succession de Philippe est grevée de neuf millions de dettes, que son fils, le duc d'Orléans actuel, a promis d'acquitter par des retranchements considérables sur les dépenses de sa maison.

Il est mort avec son confesseur ordinaire j dirent les légers Parisiens en apprenant que ie duc d'Orléans avait une femme près de lui à son heure suprême. Sans doute la vie licencieuse de ce prince environnera sa mémoire du blâme de la postérité , comme elle lui mérita celui de ses contemporains ; mais nos neveux , plus équitables que nous, écartant l'enveloppe de vices qui déparait ce beau caractère , tiendront compte au petit-fils de France d'une générosité pleine de noblesse et de désintéressement. Ils admireront en lui ce courage héroïque qui, à Steinkerque, à Nerwinde, à Turin, à Saragosse, montra le digne descendant de Henri lY, sous les traits les plus ressemblants à ceux de ce grand roi. On louera dans Philippe d'Orléans

une bonté, une humanité, une clémence qui lui firent oublier jusqu'aux injures les plus outrées , les plus injustes. On recherchera longtemps dans un rang aussi élevé le savoir universel, l^sprit étendu, la haute capacité qu'on trouvait réunis chez ce neveu de Louis XIY , et l'amabilité qui présidait à tous ses entretiens. Comme régent, Philippe offrira à ses juges impartiaux quelques actes dignes d'éloges, surtout s'ils reportent un œil observateur sur l'abîme où le feu roi avait plongé la France. L'essai du système de Law , dans la situation déplorable léguée à la régence , pouvait se faire avec sagesse, l'abus seul devait être prévenu; Tunique reproche que Philippe ait mérité en cela , c'est celui de s'être laissé entraîner par l'amorce enchanteresse. Du reste, M. d'Orléans, soit par ses alliances, soit par la clémence dont il a usé dans la conspiration du prince de Cellamare, renvoyé en Espagne après quelques jours de détention, M. d'Orléans, dis-je, a prouvé qu'il voulait à tout prix la tranquillité dont le royaume avait si grand besoin. La courte guerre contre Philippe Y fut plutôt un moyen de pacification qu'une suite de vues hostiles ; l'agression a cessé dès le premier instant des négociations : la paix n'était pas encore dans les traités , et déjà le régent l'avait rendue aux vaincus. Qui pourra nier la grandeur avec laquelle M. le duc d'Orléans opposa l'indifférence aux calomnies dirigées contre lui , et le pardon généreux qu'il accorda , quand il avait à la main le glaive des lois pour les punir?... Quel autre prince, quel maître de la France eût laissé la vie à la Grange-Ghancel ?

Ajoutons qu'on voit s'évanouir, après le plus bref «xamen , tontes les accusations qui ont été portées contre Philippe relativement à la succession de la couronne. Nul doute que ce prince n'ait eu la pensée de s'assurer ce riche héritage, si la destinée , si funeste aux enfants de Louis XIY , enlevait encore Tarrière-petit-fils de ce monarque. Mais en cela le duc n'exerça-t-il pas un droit qui lui était acquis par sa naissance ? Ne se conforma-t-11 pas, d'ailleurs, et à la raison d'Etat, et à la politique européenne, qui s'opposaient à la fois à ce que Philippe Y régnât sur la France et sur l'Espagne? Or, dans quelle circonstance M. le duc d'Orléans songeait-il à se ménager un accès au tfône? Quand le cacochyme Louis XY paraissait près d'en tomber; quand cet enfant couronné traînait sous la pourpre royale une peau jaune, luisante, collée sur les os. Les mesures que le régent prit alors pour la succession éventuelle étaient donc justes, raisonnables ; elles

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étaient même da^s l'intérêt de la nation , qui ne devait pas rester indécise « ur un sujet qui se rattachait de si prè^ à son sort. Quant à l'intention criminelle que Ton a supposée à rhomme le moins capable de la concevoir, on peut se borner à dire, après le régent lui-même : « Une grande preuve que je n'ai pas voulu perdre mon roi, c*est que » je ne Tai pas fait. Je ne souffrirai jamais , disait souvent le duc , » même au prii de u^^. vie , que personne attente à celle de cet en- » fant; mais aussi, et quoi au'en puissent dire mes ennemis , je n^ » souffrirai pas davantage que l'Espagnol règne en France, »

On a choisi pour faire Toraison funèbre de Philippe d'Orléans un évèque nommé Poncct de la Rivif^re , prélat un peu accessibl(i aux grâces de la terre, et qui écrivait un jour à une de ses cousines, qui lui envoyait des fleurs par un aveugle :

Recevant le don le pins donx , Qae mon bonbeor serait eitrtaM 8i cet aveugle était \$ môme Oui me fait tant penser à voo^ \

|1 y a dans ees vers la preuve d'un grand fonds d'indulgence poor les fai|)lesses humaines ; aussi cet Anacréon mitre commença-t-il l'éloge d^ prince par ces mots : « Je crains, mais j'espère... Poura quoi, 6 mon Dieu! après avoir fait un prodige de talent, ne feriezu voi^s pas un prodige de miséricorde?... » Certainement l'orateur sacré ne pouvait pas déployer une éloquence plus conciliatrice ; eh bien ! M. le due de Bourbon , devenu premier ministre , trouva fort impertinent ce doute du salut d'un prince , et fit exiler le pauvre Poucet de la Rivière : tant il est difficile de concilier les intérêts du ciel et les intérêts 4^ 1^ terre.

Je viens de dire que M, le duc était déjà premier ministre an service funèbre de feu le duc d'Orléans; il convient d'expliquer comment ce prince fut revêtu de cette dignité après le régent, qui, par nn jeu bizarre de la 4estinée, en avait hérité du fils d'un apothicaire de Brive-la-Gaillarde.

Le duc d'Orléjins étant mort, M. de la Yrillère conseilla au duc de Bourbon d'aller demander sur-le-champ au roi le premier ministère, que Sa Majesté ne pouvait lui refuser. Le prince, malgré le peu de goût qu'il se sentait pour les affaires, écouta ce conseil, parce qu'il espéra devenir aisément le maître de la monarchie avec un monarque

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de gaaione ant , et parce que Son Altesse n'aimait pas n)oii|8 qu'un autre le pouvoir et les richesses qu'il procure. M, h duc se rendit donc immédiatement dans le cabinet 4e Louis XY \ l'ancien évêqiie de Fréjus était auprès du roj quand Son Altesse entra. « Sire , dit

• M. de Bourbon, vous connaissez mon respectueux dévouement à » la personne et au service de Votre Majesté ; je la supplie de me > mettre à même de lui en offrir 4e nouveaux témoignages, en m'^o- » cordant la place qui devient vacante par la mort de M. le duc d'Or-

* léans. » Le rpi ne répondit riep; et regardant l'abbé de Fleurv, il attendit qu'il lui indiquât la réponse à faire an duc : ce que le pré* ceptenr fit par un signe approbatif... Cependant le silence continuait, et le cousin de Louis XY ne savait pas encore à quoi s'en tenir. Le prélat prit enfin la parole 2 « Vous voyea , monsieur , dit-il , que Sa a Majesté agrée la demande que vous lui faites , et qu'elle vous « nomme son premier ministre. » M. le duc de Bourbon avait vu seulement que la première charge de l'Etat venait de lui être donnée par un précepteur; mais Son Altesse savait qu^ p'était Ik une des sages conséquences de la majorité des spuverAins à tvçi^ ans. Le nouveau dignitaire prêta suf l'heure le serment de fidélité.

Après avoir enregistré les actes mortuaires des divers essais tragiques que M. de la Motte a produits depuis quelques années, il 7 aurait de l'injustice h ne pas mentionner le premier succès qu'il ait obtenu, fe me hâte donc de dire ici qWlnè9 de Castro a complètetuBi véuiêi, et que cette tragédie attire 1^ fbulfe ^u Tbéâtre-Franeais. D t'en Ciut cependant de beaucoup que eel ouvrage soit irréprochable, et jamais peut-être aucune compodtion théâtrale n'attira sur son auteur autant de critiques. Prenant un juste milieu entre tout ce qui a été dit d'outré sur Inès , on ne peut se dispenser d'y reconnaître )a réunion des passions les plus drainutiquesi mais , par «alheur , ^e$% une marqueterie où l'auteur ne s'est appliqué qu'k lasienbler et mettre' en évidence de belles couleurs, sans s'occuper de l'effet général qu'elles produiraient. On assure même que la Motte t disposé son action sans avoir choisi aucun sujet , et que ce n'est ^'après avoir élevé cet échafaudage sans base qu'il a prié ses amis de lui chercher une donm'e historique qui pût s'y adapter après coup. Or, il est résulté de l'investigation des complaisants érudits que les aMialet du Portugal présentaient un événement qui peuvait «'ajuster dans k cadre tragique de la Motte, el la pièce s'est appelée Inès de

l'a • CHRONIQUES DE L*ŒIL-DE-BŒUF. *

Castro ^ Du reste, et malgré le choix de beaux sentiments qae ferme la tragédie nouvelle, l'auteur n*a réussi à faire que des vers d'une grande médiocrité. La Motte a , dit-on , un goût décidé pour la prose ; peut-être est-ce par ce motif que sa poésie est essentiellement prosaïque. « Oui, monsieur, disait-il dernièrement à Voltaire, 1» en se chauffant au café Procope , la prose est bonne à tout : votre » CEdipe, par exemple, voilà le plus beau sujet du monde... Quel » dommage que cela soit assujetti à cette rime monotone qui gftte » tout !... Tenez, je veux mettre Œdipe en prose. — Faites cela, réa pondit Voltaire, et je mettrai votre If tes en vers, a

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