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CHAPITRE XIV

lV9S-lYS4-lYSS-IYSe.

Mesure prise d'an degré du méridien au pôle , et d*un antre à Téquateur. — La Henriadê de Voltaire. — Stanislas Leczinski est réélu roi de Pologne. — Siège de Danizick. — Le monarque aventurier. — Guerre en Allemagne et en Italie. — Guiiace Vcua de Piron. — Le Dauphin et le veut. — Les convulsionnaires; étrange fanatisme. — Proscriptions. — Hostilités en Allemagne et en Italie. — Mort des maréchaux de Berwick et de Villars. — Révolution en Corse ; le roi Théodore 1**. — Adélaïde du Guesclin de Voltaire. — Continuation de la guerre. — Préliminaires de paix signés à Vienne. — Rixe à Paris entre des gardes françaises et des gardes suisses. — M. Turgot. — Vert-Vtrt de Gresset, anecdote. — Mort du grand Eugène. — La rose apostolique. — Alzirt de Voltaire. — L'Enfant prodigue du même auteur. — Marivaux ; son genre; le Legs, les Fausset Confidences.

M. le comte de Maurepas, qui depuis l'année 1715 n'a pas cessé de diriger la marine, a dès longtemps fait apprécier rimportancc

iO CHRONIQUES DE LYEtL-DE-BŒUF.

qu^il j avnit pour k mvigttioii à bien eoMUttrc U ê^wn ém gMbe terrestre, c'est-^-dirc k détermiBer géoai.étriqtteBCBt sa fome, em metUFiiit an d^ré da méridieB mim le pèle et un ««die so«s Téiputenr. Cette entreprise serait, en effet, un monuMent f^iorieuz poar la Fnnee, et le cardin«l de Fleury a foetlement oMivainen le conseil k ce sujet. Le prejet de M. de Maurepas ayant ëtë adopté, l'Acndémie des sciences , sur rinvitation du roi , a désigné MM. de la Condb» mine, Bong^uet, Godin et de Juasieu, astronomes, pour laire l'opération sous réquateur , et ces savants vont partir pour la mer ém Sud; tandis que MM. de Maupertuis, ClairauU, Caakus et Lcmog nier, choisis par le même corps, se rendront, mais plus tard, dana te Nord^

Le poëme épique de M. Voltaire avait été d'abord intitulé la iÀ» gue f mais les flatteurs du poète lui ont assuré que le titre de son ouvrage devait avoir la même consonnance que celui du ekeT-d'œuvre d'Homère, vu les autres traits de ressemblance incontestaiiles qui existent, lui ont-ils dit, entre ces deux compositions. Nous avons donc une Ilenriade, parce qu'il y avait une Iliade ; M. Voltaire est de bonne composition, son amour-propre se laisse aller au parattèle. On remarque cependant, insinue le poète moderne, une grande différence dans l'examen des deux ouvrages : le poème grec n'est pMnt aussi régulier que le poëme français; et c^est une belle chose que la régularité selon le nouveau rival d'Homère. Lisez ses préraces, vous y verrez clairement établi que le chantre de la guerre d'Ilion descend quelquefois excessivement bas, asaertion qui ne manque pas de justesse, et qu'il s'élève ensuite trop haut, ce que je prends la liberté de désavouer. L'auteur de ïa Henriade paraît s'être proposé de prendre un terme moyen : tant pis; sous l'empire des Muses, le jntte milieu, c'est la médiocrité. M. Voltaire, plus ami de rbamonse que de l'inventioa , parée qu'il se sent pins propre à la première qnfà la

* Ms ne partirent qa'en 1735. Les premiers sarants furent dix ans en voyaga. Au terme de leur opération , ils firent construire sur les banteors de Qaito dauz pyramides pour fournir dans tous les siècles un moyen facile et sûr de vérifier leur travail. Les savants qui s'étaient dirigés vers le p^le ne mirent que deax années à mesurer le degré du méridien ; ils élevèrent aussi un monument k Tornéo en Suède , pour faciliter la vérification de leurs calculs. Cette construction existe eooore, aMis on aesureqne eelk de <|uito a été raufoiiée par un ftreolrie- Bcatde tacM.

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{, «'Cfti iBSfiîré de l'^p^pée de Yiisgpiie plutôt que de celle d'Ho- ■lève; il a reckerché et trwtvë cette élë^nce, cette dooeeur de stfie^ cette justesse ckLeneée d'espi^easiaii fui duàrmeot dans TE. néide, mais qui rarement édiauffeat et trausporteat. Chez le poète français, comme chez celui de Mantoue, la magnificence étudiée des pensées ou des images nuit taujours à leur force; l'un et Tajilre arnu^ent avec trop d'écrit peur créer avec assez de ^^énie. Mais Yu^ gile, favorisé par une langue harmonieuse , Yijrgile aide de toutes les «ewonrces d'une brilUnte théogonie , a semé tant de ileurs sur la carrière qu'il parcourut, qu'à peine reconaait-on les points ou eUe est demeurée stérile sous sa main. Arouety au contraire , assujetti k notre langage plus impérieux qiae compUisant, a dû sacrifier à la parure du vers l'essor de l'imaginatioB* A Rome, la poésie commandait; en France, elle obéit. Disons, œp^idant, que l'auteur dei» Senriade s'est fait son esclave de manière à prouver qu'il n'était pas àiffue d'être son maître : en voyant l'éclatante épopée de cet*ëcnvnioy je crois voir un affranchi opulent traîner sa toge brodëe k la ooBT d'un César. Le Tasse, l'Arioste, le Dante chez les Italiens , Ca. Aoens en Portugal, Millen parmi les Anglais, avaient cependant prouvé que, sans le secours de la mythologie païenne, et privé des riches dialectes de la Grèce et de Rome, on pouvait produire des ckda-d'œuvre, même avant la renaissance des beaux--arts. G» grands boflsnies ont su aUier toutes les séductions du style avec la puissance de la pensée, avec la richesse et l'originalité des créations, avec la pompe des descriptions, avec la variété des eanctères, enfin avec cet ensemble de vérité, de mouvement , de vie , qui constitue la ch»» Jkeiir épique et la poésie. Presque tout cela manque dans la Hen^ riade: ce poème, dont l'invention est Ikible et l'action souvent délieotaense , pèche surtout par le merveilleux , base essentielle de toute ^opée. Les passions que M. Voltaire anime sont d'un choix malhcii> temx; les portraits des héros sont fidèles et tracés d'une main habile, mais leors diaoours laissent désirer plus de vraisemblance, surtout pins de pathétique. £nfin le goùi lavori du poète pour les antithèses^ pour les vers à effet, refroidit à duuiue instant son style; on décon** vre le rhéteur là bii l'on ne voudrait trouver que le poêle.

Il y a longtemps que M. Voltaire corrige m Henriade; peulr-étre la corrigera-t-il encore pendant plusieurs années. Malheureusement cTcsl lo^îoam aux moU qu'il lait la guerre et point au lond de I'ouf*

vrage. Cet écrivain parviendra ainsi à multiplier les morceaux remplis d'élégance et de charme que renrerme son livre. Je crois même qu'on n'y trouvera que des vers bien faits ; mais la Henriade ne sen jamais qu'une ode sublime divisée en dix chants.

Frédéric- Auguste, roi de Pologne, et père du comte de Saxe, est mort à Varsovie le l**" février. Louis XV fut informé le mois suivant par son ambassadeur que le vœu presque unanime des Polonais rappelait Stanislas Leczinski au trône qu'il a occuik' déjà , et dès lors Sa Majesté déclara qu'elle ne souffrirait pas qu'aucune puissance s'opposât à l'élection du nouveau roi de Pologne. La diète, formée en confédération générale, s'assembla le 7 mai, époque à laquelle ce corps décida que pour prétendre à la couronne il fallait être né de père et de mère catholiques. L'élection fut fixée dans cette première réunion au 7 août suivant, mais elle fut ensuite remise au 12 afin de donner à Stanislas le temps d'arriver. Ce prince partit en poste pour se rendre en Pologne ; mais comme il y avait un faible parti opposé )i sa nomination et au pouvoir duquel il i)ouvait tomber, on donna le change à ces Polonais en faisant publier par les gazettes qu'une escadre partie de Brest portait le prétendant et devait lui fournir au besoin des défenseurs. Cette nouvelle, véritable gasconnade politique, produisit le triste effet de faire porter à trente mille hommes lès troupes déjà rendues en Pologne pour soutenir l'élection du duc de Saxe, fils du roi défunt.

Pendant qu'on s'attendait à voir arriver le beau-père du roi de France à la tète d'une formidable armée, ce qui n'eût été qu'une réciprocité des dispositions faites par la Russie, Sa Majesté se glissait incognito dans le royaume accom]>agnéc d'un seul homme de confiance. Arrivé à Varsovie au moment ou les Russes guettaient son débarquement sur les côtes de la Baltique, Stanislas fut élu une seconde fois roi de Pologne à la presque universalité des suffrages, et les membres de la diète qui ne lui avaient pas donné leurs voix se retirèrent sur-le-champ à quelque distance du camp d'élection. On conseilla alors au monarque de marcher à eux sans perdre de temps et de les forcer les armes à la main à reconnaître le souverain que la diète venait de leur donner légalement. « Non , répondit le u prince trop indulgent, je ne veux point teindre du sang de mes » fidèles sujets la couronne qui m'est rendue. » Ces sentiments hé-

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roïqnes obtiennent Tadmiration des hommes , mais ils font rarement la conquête du pouvoir. Peu de jours après l'élection, les dissidents, soutenus par un fort détachement russe , pénètrent dans Varsovie ; la diète se dissipe devant eux. Stanislas, forcé de fuir précipitamment, quitte son palais au milieu de la nuit et court s'enfermer à Dantiick avec une poignée de ses partisans.

Cependant le général des troupes moscovites , d'accord avec l'empereur Charles VI, convoque une nouvelle assemblée à Prague, ou rélecteur de Saxe est élu roi de Pologne sous le nom d'Auguste IlL Pendant que cette élection illégale recevait sa confirmation par le couronnement solennel d'Auguste à Cracovic, une armée de Russes et d'Allemands formait le siège de Dantzlck , où ce monarque , entouré d'une faible garnison, ne pouvait se défendre longtemps.

U fut bien question dans le cabinet de Versailles d'envoyer les plus puissants secours au prince assiégé ; mais avec un ministre aussi faible, aussi craintif que Fleury, le chapitre des considérations est toujours ample et les décisions sont lentes. Il fallait ménager l'Angleterre, consulter l'Espagne, avoir l'avis de la Savoie, ne pas trop brusquer la rupture avec l'empereur. Néanmoins on fit des préparatifs : une escadre fut équipée , et après de longs pourparlers sur les moyens les plus prompts de l'envoyer à Dantzick on vit partir un beau matin de nos ports les secours puissants; ils se composaient de quinze cents hommes sous le commandement d'un simple brigadier. Cet officier fut tenté de regarder comme une dérision la commission qui lui était confiée : il ne put du moins la considérer comme sérieuse, et se trouvant en vue des eûtes du Danemark il prit le parti de rclâeber dans ce royaume, ne pouvant se décider à mener ses soldats à ime mort certaine. Le comte de Plelo, ambassadeur de France, auquel le brigadier rendit compte des motifs qui l'avaient déterminé à ne point aller à Dantzick, reçut ce discours avec indignation.

< Vous déshonorez, monsieur, les armes du roi votre maître et le mien, s'écria PlcIo.

— Non, monsieur, répondit le militaire, j'épargne le sang de quinze cents sujets de Sa Majesté qui eîit été versé eu pure perte.

— U ne vous appartient pas d'en juger, le devoir d'un soldat est d'obéir.

-^ Non pas sans utilité.

—Dites, monsieur, que vous avez cru avant tout à l'utilité de vivre*

M CHRONIQUES DE LtEIL-DE-BŒUP.

-^Monsieur le comte... TOttS me ferci raiwm de cette nnlte !

— Oai, monsieur, sons les murs de Dantûck, où je cours vtec 1»nves que votre prudence humilie.

— Je ne vous en remets point le commandement.

— Je m'en empare d'autorité , en Danemark je suis pour vinb k roi de France.

— Je vous suivrai donc.

' Bon , je serai charmé de vous rendre mon estime au moment oè

nous mourrons tous deux. »

Les quinze cents Francis s'embarquèrent de nouveau , et tmdis que Fcscadrc se préparait à lever Pancre Plelo écrivait en France à un secrétaire d'Etat : « Je pars pour Dantûck, Ini disait-il, je suis • sûr que je n'en reviendrai pas , je vous recommande ma femme et » mes enfants. •

En effet l'ambassadeur, le brigadier et le faible détachement qi^ils conduisaient ayant pris terre dans la rade de la place assiégée attaquèrent l'armée assiégeante. Après quelques insUnU d'un combat trop inégal Plelo tomba percé de coups.

« Attendez, comte, lui cria l'officier, qui le vit tomber tandis qu'a eombattait loi-mème comme un lion , attendez , je vous rejoins, » et bientôt il fut étendu mort à o6té de son brave compatriote. -

Les quinze cents Français, privés de leurs chets, firent une capitulation honorable, et le lendemain Dantûck ouvrit ses portes. L'ambassadeur de France auprès de Stanislas fût retenu prisonnier de ^erre au mépris de son caractère. Quant au roi lui-même, dégaisé en paysan il s'éloigna de la place deux jours avant la leddition. Pendant une nuit sombre et pluvieuse ce prince erra aux environs de DantEÎck, tantôt dans des chemins battus, tantôt au milieu de marais oh le monarque s'enfonçait jusqu'à la ceinture, pour éviter Les soldats russes qui le cherchaient. Ajoutons que le général avait mis à pris la tète du beau-père de Louis XV. Après quarante-huit iieures de dangers, de souffrances, de faim, Stanislas, ne sachant quelle di- Mclion donner à ses pas, se décida à se confier à un guide, qui ne tarda pas de le reconnaître. Le soir il l'entendit comparer la récompense qu'il avait promise avec celle offerte à celui qui livrerait sa tête... Peut-être la crainte seule d'être trompé par le général rusae retint-elle cet homme, à la disposition duquel étaient les jours du floi. £nfin le quatrième jour ce prince fugitif arriva à Marienwenlery

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oh il put se croire en sûreté an delà de la Yislvle. H était sur les Etats do roi de Prusse.

Stanislas fat reça à la coor de Frédéric-GailUmme avec tous les égards qn'on eût accordés à un n» victorieux t les nœiirs allemandes n'admettent point encore comme principe le mépris dn malheur. Après avoir passé qn^ue temps à Berlin ce prince revint en France montrer le second souTcrain polonais élu à la sollieitation du cabinet de Versailles et qu'il ne voulut pas soutenir lorsqu'il s'a^t de prendre possession du tr6ne.

Charles YI, plus dévoué à Télecteur de Saxe, mari de sa mère, qae Louis XY ne Pavait été ii son beau-père, venait, par l'appui armé donné au nouveau roi de Polog;De , de rompre toute bonne inteOigencc avec la cour de France. La csarine Anne , qui règne ivjonrd'hai sur les Russes, s'est mise en hostilité plus ouverte encore avec nous , puisque son général , le comte de Munich , a emmené prisonniers de guerre les quinze cents Français qui avaient capitale sous les murs de Dantzick. Mais, outre que ces hommes furent traités avec une grande générosité aux portes de Pctcrsbourg, et que Pin»pératrice fit donner aul soldats comme aux officiers tout ce qu'ils aaraient pu obtenir dans leur patrie, cette souveraine, au fond de SCS plaines glacées, craint peu le ressentiment de Louis XV. C'est donc contre la cour de Vienne seule que ce prince se décide à dirig;er sa vengeance. Les rois d'Espagne et de Sardaigne s'unissent a nous dans la guerre qui se prépare, mais il faut bien se garder de croii^ qoe ce soit par dévouement : ces deux princes profilent de roccasion pour se livrer, avec notre secours, à leurs projets ambitieux sur l'Italie. Charles-Emmanuel , en méditant la conquête du .Vilanais , rèvc le rétablissement du royaume des Lombards et brûle de changer la nouvelle couronne de Sardaigne contre l'antique couronne de fer. Philippe V , qui fut mutre d'une forte partie de la presqu'île italienne, n'envisage qu'avec mépris les faibles établissements que l'Espagne vient d'y recouvrer, seulement encore à cause de son alliance avec la maison de Parme. Les appréhensions de Charles VI se réalisent; le monarque espagnol , ayant de nouveau le pied au delà des Alpes, songe à ressaisir tout ce qu'il y a perdu. Ou voit, d'après cet exposé des vues de Charles-Emmanuel et de Philippe V , que leur intérêt est la première cause de l'alliance offensive qu'ils forment avec Louis XV; tout au plus accèdent-Us au projet que ce

prince a conçu d'abaisser ses ennemis et de tirer vengeance de» insultes de Danlzick. Le roi, en s*armant pour ces prouesses de paladin , a fait présenter à TAnglelcrre et aux Euis hoUandais un mémoire des griefs dont il va tenter la répression : le cabinet de Versailles relève avec chaleur dans cet écrit les violences exercées par les cours de Vienne et de Pélcrsbourg contre une nation libre, et cela dans le plus précieux de ses droits, celui de choisir son souverain. Les principes de popularité inhérents à la monarchie anglaise, et les sentiments républicains qui régnent en Hollande, portent Titne et l'autre puissance à trouver légitimes les motifs de guerre allégués par la cour de France ; elles ont signé un traité de neutralité, auquel la république de Venise accède.

Pendant ces négociations , un corps de troupes françaises , commandé par le comte de Bellc-Isle, occupait la Lorraine , du consentement de la duchesse régnante, trop faible pour empêcher l'empereur d'envahir cette province voisine de la France. Ajoutons que le roi se charge seul de soutenir la guerre en Allemagne; le maréchal de Berwick commandera de ce côté. En Italie, le maréchal de Villars, déclaré généralissime des armées française, espagnole et piémontaise, doit aider le roi de Sardaigne à s'emparer du Milanab, et le roi d'Espagne à faire la conquête des Deux-Siciles.

Les comédiens français ont joué cette année une tragédie de Gvs» tave Vasa , par M. Piron. Le succès de l'ouvrage fut mêlé de critiques amères; on en trouvera les motifs, comme ceux des applaudissements, dans cette analyse en vers, tirée d'une parodie donnée aux Italiens :

Lorsque du fond du Nord un héros sortira , Il effacera tout par sa clarté suprême ;

Le grand Gustave étonnera Par ses beautés et par ses défauts même: Jusques à son habit, tout en lui charmera. Grands dieux 1 quelle riche abondance De situations contre la vraisemblance I *^«^ ' Et que de lieux communs habilement cousus A des événements qu'on n*aura jamais vusl

Un songe , une roeonnaissance ,

Des monologues tant et plus ,

Une longue oraison funèbre

D'un prince vivant qu'on célèbre ;.

Des travestissements , des conspirat'ons , Des empoisonnements et des proscriptions;

Une sédition subite Qui change tout à coup les décorations ;

Un enlèvement , une fuite; Un combat sur la glace , où, faisant le plongeon , Par un prodige heureux la fille de Stenon Disparaîtra sous l'eau tout habillée ,

Pois reviendra sur l'horizon Pour nous en informer sans paraître mouillée ; Et y par un dernier trait digne d'être vanté , Après tant de périls, de fracas, de furie, Oui tiendront en suspens le public agité, La pièce finira dans la tranquillité.

Bors un bon confident qui seul perdra la vie ,

Les acteurs de la tragécKe Se retireront tous en fort bonne santé *.

Le rôle de Yasa est joué par Pacteur Sarrasin, qui, ayant été abbé, jeta dans sa jeunesse le petit manteau aux orties pour monter sur le théâtre. Or Piron , peu satisfait de la manière dont ce comédien représentait son principal personnage , lui cria du milieu de Tampliithéâtre : « Va , si tu n*as pas mérité d'être sacré à vingt ans , tu ne » mérites pas mieux d'être excommunié à soixante. » Ce mot spirituel manquait de justesse , Sarrasin est un fort bon acteur.

Il est digne de remarque que le premier soin des instituteurs des princes destinés au trône est de les pénétrer de leur pouvoir futur, au Heu d'enseigner à ces apprentis maîtres du monde l'art de réprimer leurs passions , qu'ils sauraient mieux soumettre dans leurs inférieurs, s'ils s'étaient d'abord appliqués à les vaincre en euxmêmes. C'est d'après un si déplorable système d'éducation que le Dauphin est âevé: aussi cet enfant illustre, k peine parvenu à sa cinquième année, se montre- t-il fier et absolu : l^îgnorance du premier âge se mêlant à ce fruit précoce d'une instruction vicieuse, le jeune Louis s'irrite de la résistance des éléments eux-mêmes aux intima* tiens de sa petite volonté. Avant-hier , en traversant un corridor du

* Oa voit par cette macédoine d'événements que l'écule littéraire de 4 831 n'a pat eu la première idée d'agrandir le cadre dramatique , et qu'en cela comme en toute chose faiTe marcher le eiècle c'est souvent faire rétrograder l'esprit humoio vais ses vieux travaux.

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