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M CHRONIQUES DE L'ŒiL-DE-BŒUF.
chàlcau , ce prince entendait le vent siffler à son oreille d'une manière d<^sagréablc ; il se retourna vers les officiers qui le suivaient, et leur dit avec vivacité : « Faites donc taire ce vent-là ! »
Il est bien rare que l'on mette fin aux effets du fanatisme par la persécution; an contraire, elle exalte les imaginations ardentes : de la proscription naît le martyre ; et les adeptes se Tinlligent quelquefois eui-ménies , afin de prouver à leurs persécuteurs qu'ils ne craignent pas les tourments. Si Ton eût laissé les convulsion naires abandonnés au ridicule qui ne pouvait manquer de les atteindre , depuis longtemps déjà leurs déplorables pratiques seraient livrées au mépris, et nulle passion ne résiste ii ses coups. Voici des vers que Voltaire a composés sur les mystères du cimetière de Saint-Médard : une dizaine de satires semblables eussent été d'une répression plus sûre que tous les arrêtés du lieutenant de police Héraut.
Un grand tombeau, sans ornement, sans art, Est élevé non loin de Saint- Médard.
L'esprit divin, pour éclairer la France, Dans cttte tombe CDferme sa puissance j L'avongle y court , et d'un pas chancelant Aux Quinze- Vingts retourne en tâtonnant. Le boiteux vient, clopinant sur la tombe, Crie Hoêanna, saute, gigolte et toml)e.
Le sourd approche, écoute et n'entend rien. Tout aussilût les pauvres gens de bien , D'aise pAmés, vrais témoins de miracle, Du bon Paris baisent le tabernacle.
Dans une soirée de la cour de Sceaux , madame du Maine ajoutai cette jolie esquisse le quatrain suivant :
Un décrotteur à la royale , Du talon gauche estropié , Obtint, par grâce spéciale , D'étro boiteux de l'autre pié.
A propos de boiteux, il est bon de dire qu'un homme atteint de oe genre d'in&rmité allait tous les jours, pour en guérir, s'étendre sur la tombe de Paris. Or, d'après les progrès curatifs que ce pauvre diable croyait remarquer à sa jambe , des calculateurs lui démontrèrent, la plume à la main, qu'il lui fallait pour réUblir son corps en parfait équilibre sauter, gambader et gigotter sur la pierre miraca-
leuse pendant cinquante^uatre ans : cela peut s'appeler un régime suivi , ou je ne m'y connais pas.
Mieux informée maintenant sur les causes qui ont fait fermer le cimetière de Saint-Médard , j'y reviens avec quelque détail. Suivons ia progression du fanatisme des convulsionnai res. D*abord on ne voit sur la tombe du diacre que des jeunes filles priant avec ferveur; un peu plus fard elles recueillent précieusement la terre environnante, et en portent sur elles de petits sachets. Vient ensuite la manie de s'étendre sur la pierre pour entrer en communication immédiate avec les restes du saint homme. De là les convulsions, les sauts, les gambades, les culbutes, les tours de souplesse, comparables à ce qu'on admire de plus fort en ce genre sur nos tréteaux. C'est à ce point que les femmes mariées, puis les hommes entrent en communication. Avant de sauter, les convuLsionnaires mâles se livrent à plusieurs pratiques plus ridicules les unes que les autres, pour figurer les actions du bienheureux pendant sa vie : on les voit puiser dans Tespace de l'air avec une cuiller, le mettre dans une assiette et le porter à ht bouche, en commémoration sans doute de ce que Paris se nourrissait à peu près de l'air du temps. D'autres nmatlques, en se passant im manche de couteau sur la figure,- simulent Faction de se faire la barbe devant un miroir, ainsi que le diacre en avait l'habitude. D'autres enfin catéchisent l'assistance d'une voix nasillarde , pour imiter l'honorable janséniste lorsqu'il instruisait les pauvres enfants de son quartier. Mais voici venir les grandes inspirations, c'est-à-dire les hautes folies. Le chevalier de Folard , savant fort recommandablc , à qui l'on doit un excellent commentaire de Polybe, mais vieillard aftuhU par l'âge et les fatigues de la guerre , éprouve des convulsions dans sa propre maison.*. Dès qu'il se sent atteint de ce qu'il appelle l'inspiration, ce convulsionnai re entonne le Magnificat, chante, rit, pleure, psalmodie ; pais il s'accroche les pieds au bras d'un fauteuil, se laisse tomber la tête à terre , et imprimant à cette partie de son corps une action comparable aux frappements précipités d'un marteau, il se cogne ainsi l'occiput sur le carreau pendant douze ou quinze minutes. L'accès étant passé , Folard paraît s'éveiller en surnut et s'écrie ordinairement : « Il me semble que je chante. » Le pauvre janséniste pourrait dire aussi : U me semble que je m'assomme, car le derrière de sa tdte est alors coavert de bosses et de meui^ Iriasafes.
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Mais tout ce que je viens de rapporter nVUit qu'un faible prélude de ce que Ton vit depuis. Vers la fin de IT 31 les convulsions prirent le caractère do la plus atroce cruauté , et ce fut ce qui détermina le roi à ordonner la clôture du cimetière Saint-Mëdard. « Dieu a changé » ses vues , disait un des sectateurs extravagants; il veut, pour opérer » la guérison de rame et du corps, faire passer les malades par des » douleurs très-vives... Les convulsions les plus violentes seront les j» plus salutaires. » Alors commencèrent les grandi secours, les secours meurtriers; le cimetière de Saint-Médard devint une succursale de la Grève» où le fanatisme fit subir d'étranges supplices à des innocents, ii des fous. Les secouristes , c'est-à-dire les personnes qui dirigeaient, sauf rcciprociuS les convulsionna ires dans leurs accès, devinrent de véritables bourreaux. Les jeunes filles , toujours plu» exaltées que le reste des sectaires, se mirent à demander, tantôt avec rage , tantôt avec componction et les mains jointes, des coups, des tortures, des supplices, comme les gens raisonnables solliciteraient des bienfaits. Etendues sur la pierre, elles s'écriaient en pleurant ou en écuniant : « Qu'on me batte, qu'on me meurtrisse , qu'on me mar- » lyrise, pour que je coinialssc la béatitude céleste ! « Et sur ce les secouristes , qui étaient des jeunes gens vigoureux , frappaient ces insensées à grands coups de poing sur le dos, sur la poitrine, selon l'indication des patientes. « Bon , bon , reprenaient les convulsiou- • naircs, encore, ne vous lassez pas... augmentez plutôt le secours... w il opère... j'entrevois le bonheur... le ciel s'ouvre. » Obéissant à cette recommandation , les secouristes montaient sur le corps des jeunes filles et fou'aicnt aux pieds leur ventre, leurs cuisses, leur sein. Croirait-on que ce traitement ne tarda pas de paraître insuffisant à ces infortunées! elles exigèrent qu'on se servit de bûches pour les frapper. L'une recevait cent coups de bûche sur la tète, sur le ventre , sur les reins ; une autre préférait qu'on lui meurtrit les cuisses, les jambes, la plante des pieds : quelquefois elles se couchaient sur le dos, on plaçait sur elles une planche, et huit, dix, jusqu'à douze hommes montaient dessus. On a vu des convulsionnaires, après avoir fait lier leurs jupes, se pendre par les pieds à une corde tendue et rester la tête en bas des heures entières. Il est de la plus exacte vérité que plusieurs de ces créatures jouissaient, disaient-elles , de la plus ineffable volupté pendant qu'on leur tordait le bout du sein avec des tenailles jusqu'au point de forcer le» bran-
cbcs de cet instrument. Jeanne Moules , convalsionnaire âgée de vîngt-deax ans , se fit donner cent coups d'iin lourd cheuet qui à chaque coup s'enfonçait dans les chairs de la plus belle gorge et en faisait jaillir des torrents de sang. Tandis que cette fanatique était si rudement frappée, l'expression de la joie brillait sur son visage* K Ali ! que cela est bon! s'ëcriait-elle , ah! que cela me fait de » bien!... Mon frère, redoublez encore si vous le pouvez. » Et un moment après elle ajouta : a Grâce à Dieu, voilà que je me sens pas- » ser dans le sein de la félicité étemelle... Approchez-vous, mon » frère, que je vous embrasse, que je vous remercie de vos bien- *» faits. » Le jeune garçon qui dans cette terrible scène avait rempli le rdlc de secouriste s'approche , Jeanne Moules colle sa bouche sur celle de ce bourreau et expire en le tenant embrassé. Le lendemain de ce martyre le cimetière de Saint-Médard fut fermé.
Alais la clôture du principal théâtre des convulsions n'en arrêta pas le cours : les endroits retirés, les bois , les maisons isolées servirent de refuge à ces fanatiques ; ils s'y livrèrent dans l'ombre à leurs cruels mystères , qui furent de plus en plus meurtriers. La contagion s'étend it de la capitale à ses environs, et de proche en proche gagna bientôt les provinces les plus éloignées. Le nombre des convulsionnaircs devint très-considérable , leurs exercices acquirent un nouveau degré de cruauté mêlé de désordre et même de libertinage. Vainement une ordonnance rendue l'année dernière défend-elle aux convulsionnai res de se donner en spectacle et de s'assembler dans des maisons particulières, cette défense est éludée. Quelle menace pourrait effrayer des gens pour qui d'horribles souffrances sont des vo* luptés? Plus le lieutenant de police Héraut recherche les coiivulsionnaires, plus il s'applique à les environner d'appareils répressifs, plus il les eicite et propage leurs excès. Comment la cour ne sent-elle pas que rien ne peut arrêter l'esprit de secte ? Ne l'a-t-cUe pas vu devenir plus furieux à l'aspect des terreurs qu'on lui opposait! et ces terreurs elles-mêmes étaient un hideux attentat. Trois mois durant, les espions, les archers, pénétrèrent violemment dans l'asile des citoyens. La nuit on escaladait les murailles de leur domicile, on enfonçait les portes , on fouillait la couche des jeunes vierges soupçonnées de convulsions, et des agents audacieux les portaient nues et palpitantes dans de noirs cachots après avoir assouvi sur elles leur bruUUlé. I-a Bastille se remplit de convulsionnaires à la fin de 1738;
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ni la maladie, ni le sexe, ni l'âge ne furent respectés. J'ai va de infortunés, j'ai vu des femmes, coupables seulement d'une dëplo> nble démence, exposés au carcan. Enfin l'autorité, au nom de l'ordre, par respect pour les bonnes mœurs , devint plus criminelle cent fois que les insensés qu'elle punissait.
Tandis que l'on persécutait les convulsionna ires dans le royaume, le maréchal de Berwick a pénétré en Allemagne, et le maréchal de Tillars , encore vigoureux et plein de résolution à l'Age de qnatrevingt-deux ans, s'est emparé du Milanais.
Pendant ce temps don Carlos , parti de Parme avec un corps espagnol , pénétrait sans peine jusqu'à l'Etat de Naples à travers^ une population mécontente du joug autrichien et charmée de rentrer sons la dépendance de Philf)ppc Y. L'infant fit son entrée le 29 mars dans la capitale du royaume des Deux-Siciles , où il reçut le même jonr au nom du roi son père les hommages et le serment des magistrats napolitains. Mais, par une dépêche qui arriva au prince peu de jours après cette prise de possession. Sa Majesté Catholique annonça à son fils qu'elle lui cédait ses droits à la souveraineté des Denx-Sîeilcs. Carlos fit une seconde entrée à Naples en souverain aux acclamations de tous les habitants de cette grande cité.
Les Impériaux, n'ayant pu tenir la campagne contre les forees supérieures de l'Espagne, s'étaient retranchés h Bitonto, dans la Poullle; mais ils virent bientôt leurs retranchements foreés et se mirent en retraite sur le pays de Trente. Mahre des Etats napolitains , le nonveau roi songea à s'emparer de la Sicile : conquête plus difficile; mais que favorisèrent les habitants, qui, comme leurs voisins, préféraient la domination espagnole à celle des Allemands. Ainsi Charles \1 a déjà perdu deux royaumes pour avoir voulu en procurer an à l'électeur de Saxe, son neveu. Voyons ce qui se passait en même temps en Allemagne.
L'empereur, dont la principale armée se trouvait sur le Rhin , n'avait pu fermer sur tous les points l'entrée de l'Empire à l'armée française. De ce côté, comme en Italie, nos troupes obéissaient à an vieillard octogénaire sur lequel s'éteignait un des derniers rayons da règne éclatant de Louis XFV. Berwick avait sous lui le comte de Saxe , qui pour la première fois ma rehait sous nos drapeaux. Possédant une âme jeune encore dans un corps chargé d'années, le fils
tare! de Jacques II, trompant la vîfj^Iance d*Eugëne par des marehes savantes , mit le siëge devant Philisbourg dans les derniers jours de mai. La défense fut longue et glorieuse, et le brave maréchal n'en devait pas voir le terme. Par une suite d'opérations habilement combinées, cet excellent officier S'était rendu maître des ouvrages avancés ; tout était disposé pour livrer un assaut général au corps de la place.
Le 1 9 juin , un peu avant le lever du soleil , Bervnck , soutenu par ses deux fils, s'avança vers la tranchée, et, placé sur le revers , il examinait avec une lunette d'approche l'effet d'une batterie qu'il avait fait placer pendant la nuit... Là devait finir sa glorieuse carrière : une lueur brille au rempart de Philisbourg, une détonation se fait entendre... la tète de Berwick est emportée par un boulet... ses fils sont inondés du sang de leur père. Ce ne fut que le 17 du mois suivant que la garnison de Philisbourg évacua la place avec tous les honneurs de la guerre, et ce dernier laurier de Berwick fut déposé sur sa tombe.
« Cet homme a toujours été heureux! » décria Yîllars en apprenant la fin martiale de son digne collègue. Il est vrai que le vainqueur de Denaîn et de ce même Philisboui^ que notre armée venait d'enlever aux Impériaux n'avait pu trouver le genre de mort qu'il enviait; mais, victorieux dans la courte campagne du Milanais, ce que n'avaient pu faire sur lui les armes ennemies Tâge le fit. La chaleur du climat, les fatigues du corps, la contention de l'esprit, tout s'était réuni pour accélérer dans le vieux maréchal un reste de vie qui eût pu se prolonger au sein du repos, mais que consuma promp* tement l'activité guerrière. Dès le 97 mai. Villa rs fut contraint de remettre son commandement à M. de Coigny, qui se trouvait être le |dat ancien lieutenant général de l'armée. Le maréchal se retira à Turin , oh bientôt il fût saisi par une défaillance qui ne lui permit plus de quitter le lit. Enfin le 17 juin, ce grand homme, sur la mémoire de qui planera la gloire impérissable d'avoir sanvé la France, monrat dans la chambre même où, quatre-vingt-trois ans auparavant, il avait reçu le jour, lorsque son père était ambassadeur de France à la cour de Savoie... Arrêt mystérieux de la destinée ! ainsi commença er finit au même lieu l'une des plus belles carrières de nos jours.
La mort de Villars n'arrêta pas le succès de nos armes en Italie : le marquis de Coigny et le comte de Brogli«, €réés maréchaux de
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France, « p.mgèrc»t le commandement; iU '^^^^r^'f^'^^^ ment 1. campagne par 1. victoire de Parme, remportée le Î9 ju.n .«r kcomte de MVrci, qui fut trouvé sur le champ de baU.Ue parmi luit mme morts, et'p'ar celle de Gu.sta.la. «agnée le ^^ -P^-lJ- Après cette dernière bataille, les Impériaux, taillés «• P-^/^ "3 des prodiges de valeur, furent forcés de se jeter au delà du Po a^ec SuL, laissant au. vainqueurs leurs blessés, leurs mort., leurs bagages, et le champ sur lequîl ils avaient combattu.
Tandis que ce. événements se passaient en Itahe, «ne .le de U Méditerranée était le théâtre d'une révolution tentée en va.n quelques années plus tôt. Les Génois ayant sollicité de »;f»I««»;' " certaines condiUons, un secours de troupes contre les ^»^»' ^"J»^ contenaient difficilement, ce prince avait envoyé a Bastu. un corps .le trois miUcbommcs commandé par le général \actendorch. Mais Charles VJ, ayant besoin pour lui-même de toutes ses forces, retira ce secours au. Génois vers le commencement de la présente année. Alors l'esprit de révolte, qui n'était jamais qu'assoupi dans l a me des insulaires, se réveilla d'autant plus menaçant, que le séjour des Impériaux avait été le sujet de nouvelles «actions. Les Corses se n- Muissent en assemblée générale dans une gorge, dont les issue» sont «ardées par une centaine de leurs plus intrépides chasseurs. U 1 île .le Corse est déclarée république indépendante, et les députés ne se séparent qu'après avoir nommé pour leurs généraux Hyacinthe PaoU et Gafforio, qui passent pour les deux hommes les plus distingués de la nation. Mais c'était la tète d'un corps qu'il n'était pas facile de former; cet esprit de division dont j'ai parlé ailleurs opposait un perpétuel obstacle à la réunion d'un grand nombre de soldats devant se plier à la même volonté; et d'ailleurs les Corses manquaient d'armes et de munitions. Les rassemblements tumultueux se divisèrent donc dès que les Génois eurent fait débarquer dans l'île environ deux mille cinq cents hommes de troupes réglées. Mais un secours inattendu vint relever les espérances des révoltés. Un jour le baron de Neuhoff, homme de tête, ambitieux et entreprenant, aborda au fort d'Aleria sur un petit bâtiment armé de dix canons, avec quatre mille fusils, quelque» barils d'argent, des muniUon» et des provisions. iScuhoff se présentait en libérateur et n'était qu'un perfide : cet aventurier avait promis au bcy d'Alger de lui soumettre la Corse s'il voulait le mettre k même de soutenir la révolte de ses habiUnt».
Enchanté d'une telle proposition, le Turc confia an baron des armes, de la poudre, un peu d*or. Mais l'accueil que firent les insulaires à notre aventurier changea promptement sa résolution : proclamé par cm roi de la Corse sous le nom de Théodore I*'*, il ne songea plus qu*à se maintenir à ce rang, tandis que le bcy, confiant dans la promesse de l'Européen, fumait et s'enivrait d'opium et de voluptés dans les bras de ses esclaves géorgiennes. A peine assis sur le trône (fn'il venait de fonder, Théodore accorda à ses sujets par un édit li« berté tout entière de faire du sel, de cbasser, de pêcher, de travailler à tout métier qui leur conviendrait, et prononça l'aboli lion des impôts dont Gènes les avait surchargés. Par un second édit, les Génois qui habitaient l'ile furent déclarés ennemis publics ; on les obligea à fuir pour éviter le supplice, et leurs biens furent confisques.
Ce n'était plus assez pour les Corses d'avoir fait Théodore leur roi, ils eussent voulu lui donner les honneurs divins. Profitant de leur enthousiasme, ce prince de fraîche date leur distribue ses armes, ses munitions , ses vivres avec intelligence, avec discernement, se nie( à leur tête , bat les Génois, et forme le siège de Sanfiorcnsp, oii les ennemis s'étaient retirés. Mais un souverain barbare de la côte d'Afrique ne confie pas à un cbien de chrétien des trésors bien importants; les premières dispositions hostiles de JNeuhofF avaient épuisé le peu d'argent qu'il avait apporté. Il songea alors à former en Hollande une compagnie intéressée à soutenir le royaume naissant de h Corse; ce projet, soumis par Théodore à une assemblée générale, reçut son approbation. Cette assemblée donna aussi son assentiment au *^ro]ct formé par le roi de passer lui-môme à Amsterdam, afin d'y organiser l'association projetée. Eu conséquence, après avoir donné ses ordres pour le gouvernement de l'Etat, confié à un conseil d'hommes sages, Théodore partit incognito pour Livourne, d'oii il passa sur-le-cliamp en Hollande.
llicn de capricieux comme la fortune des guerriers et des poctes; souvent leur honte est imprimée au revers des feuilles de laurier qu'ils ont moissonnées. L'auteur d'Œdipe et de Zaïre échoua celle année dans Adélaïde du Gu sclin K Par malheur pour cette tragédie médiocre , il s'y trouve cet hémistiche interrogatif :
Es-tu content, Couci?
* Cette pièce fut remise au théâtre en 476J, sous le litre de Duc dt Foix; pbs
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Lepnblic, assez mécontent, s'est chargé de répondre Couct-^ovci, ef la pièce n'a plus Tait que se traîner. Tout le monde connaît cette épigramme de Rousseau sur Adélaïde du Gueftdin :
Par la démoD de la draonatur^ia.
Ce fanatique au théâtre abrégé.
Que rignorance avec ta&t dcoergie Avait eaos bonté en Cometlle érigé , De désespoir s'est noyé dans rhistoin Sa tragédie a pourtaai ea la gloire De vor deux yens de lannea rboaonr :
Car 'S il n'a fait pleurer son auditoire. Son auditoire au moins l'a fait pleurer.
Le 17 janvier, Sa Majesté a déclaré maréchaiu de Fnnee MM. le 4uc de Biron, le marquis de Puységur et le prince de Tingri, nommes le 1 4 juin dernier en même temps que MM. de Broglie et de Coigny, mais dont la nomination n'avait pas été rendue publique. Le roi a fait aussi le 1 7 janvier une grande promotion d'officiers géaéniix , Is «amp^gne devant sf ouvrir de bonne heure cette année. Le nuiréchal 4e Coigny prend le commandement de l'armée d'Allemagne; M. de Moailles, qui est maréchal de France depuis l'année 1733, va commander en Italie comme généralissime. Vers la fin de l'année dernière, les Anglais et les Hollandais communiquèrent à Londres et à la Haye aux ministres des puissances belligérantes un projet de pn^cification générale ; mais ce projet, oii nulle indemnité n'était stipulée pour le roi Stanislas, n*a pu être accepté par leb ambaasadeun de LouiaXV*
Toute l'attention a été absorbée par la guerre pendant l'année 17SS : point de fêtes, point de pièces nouvelles, peu d'aventures galantes. Les salons étaient déserts, les petites maisons étaient hermétiquement fermées... Jamais on ne vit à Paris moins de scandale. Tous nos ^pentilshommes étaient sous les drapeaux , toutes nos dames se sont trouvées sages. Racontons donc les événemenu militaires, puisque le temps ne nous offre que cela de remarquable.
Dès le mois de mars, le roi de Sardaigne et le maréchal de Noaille^ prirent position à Guastalla, tandis que les Impériaux, sous les ordres
tard les comédiens, avec la permission de Yoltaiie et de nouveaux changements, lai rendirent soc premier titra.
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en comte de Gof^ised, se remnchaiént an etorp de Sm-Benedetto. Mais Charles-Emmanael ne leur domia pas le tem|w de terminer lean dispositions défensives; la position fat aCIaqaée avee vignenv par les Français, et, avant même que leurs alliés les Piémontais fti»sent en li^e de comliat, l'ennemi avait abandonné son camp retnm* elle. Les troupes allemandes opérèrent en bon ordre lenr retraite jusqu'à Révère dans le Seraglio; mais elles y ftirent Jointes par une parde du corps espagnol <fai , l'année dernière, iit la conquête des Deux-Siciles, et qui était devenu inutile pour soumettre les villes de Syracuse et de Messine, les seules qui restent à l'empereur en Sicile. €ette armée ayant placé M. de Cognised entre deuv feux , rendit sa position très^ifficile : il ne lui resta plus que la ressource de se jeter vers le Trentin. Les Allemands y furent refoulés en peu de jours , après avoir été chassés successivement de Révère , d* Astîglia , de Boigofbrte et de tout le Mantouan, dont ils ne purent conserver que la capitale. Maîtres de tout le pays compris entre l'Adda et l'Adige, le roi de Sardaigne et le maréchal de Noaîlles mirent leurs troupes en quartier de rafraîchissement avant la fin de l'été,
Et le combat finit faute de combattants.
En Allemagne, le maréchal de Goigny avait en tète Eugène, nni» Eugène faisant la guerre contre son opinion, Eugène affaibli par l*âge et les infirmités, et dont la brillante fbrtune semblait s'être éranoute avec sa jeunesse. H j avait entre les beaux jours de ce héros et l'époque actuelle vingt-deux* ans de repos et le souvenir de Denû ; Berwick et Villars étaient morts avec toute leur gloire; le prinee de Savoie croyait survivre à la sienne. Ce grand homme, ipcetateur paisible de plusieurs manœuvres savantes que M. de Coi* gny fit en sa présence, ne tenta rien pour s'y opposer. Mais le général français jugea néanmoins qu'Eugène ne lui laisserait pas entreprendre un coup hardi; devant un tel maître, Goigny ne porta pas la lésolution jusqu'à l'audace^ On se borna de part et d'autre à une guerre défensive.
Mais les armes des alliés étaient vietorieuses en Italie; l'empereur subissait la triste conséquence de sa conduite inconsidérée en Pologne; il avait trop perdu pour vouloir hasarder encore ; ce prince iooepu les préliminaires de paix que la France lui faisait offrir. Il y « plus : redootint la lenteur ordinaire des congrès et la perfidie trop
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commane des médiateun, Charles YI fit proposer de traiter directement et immédiatement. Le roi ayant accédé à cette proposition, M. du Theily premier commis des affaires étrangères, fut envoyé à Vienne avec des pouvoirs, La seule difficulté qui se présentât consistait dans l'indemnité à donner au roi Stanislas ; Fempereur consentait volontiers à lui en accorder une ; mais il fallait la trouver, et c'était là le point délicat. Fleury tenait d'autant plus à ce qu'il Tût fait un apanage au beau-père de Louis XV, que celui-ci devait un jour en hériter et que cet héritage montrait , au moins en perspective, le dédommagement des frais de la guerre actuelle. D'après cette dernière considération , non-seulement notre intérêt eiigeait que les possessions accordées à Stanislas eussent une certaine impor* tance, mais encore qu'elles fussent dans une situation géographique qui nous convint. Fleury songeait à la Lorraine ; le duc régnant était notre ami ; ce fut pourtant à la cession de ses Etats que le cabinet de Versailles s'arrêta. L'infant don Carlos avait été appelé , comme on sait, à recueillir la succession du duché de Toscane; mais, devenu roi des Deux-Siciles, il ne devait plus prétendre à cette succession. M. du Thcil proposa de la reporter sur le duc de Lorraine, qui, moyennant cette cession et une pension servie par la France jusqu'à la mort du grand-duc actuel de Toscane, abandonnerait a Stanislas les duchés de Lorraine et de Bar.
Cette base ayant été admise dans les conférences de Vienne, et François, duc de Lorraine, l'ayant acceptée, les préliminaires de la paix générale furent signés à Vienne le 8 octobre; voici les principales dispositions du traité : P Le roi Stanislas abdiquera la couronne de Pologne ; il conservera néanmoins les titres et honneurs attachés à la royauté. Ce prince sera mis dès à présent en possession du duché de Bar; mais il n'aura l'investiture de celui de Lorraine qu'au moment oii le duc régnant sera «ppelé à régner sur la Toscane. Apres la mort du roi Stanislas , les duchés de Lorraine et de Bar seront réunis à la couronne de France. A ces conditions, l'électeur de Saxe reste possesseur du trône de Pologne, et les alliés le reconnaissent en qualité de roi ; 2» le grand-duché de Toscane appartiendra à François, duc de Lorraine, et à ses héritiers après la mort du grandduc actuel , Jean Gaston de Médicis : toutes les puissances garantiront cette succession éventuelle; et, en attendant qu'elle soit réalisée, la France s'oblige à faire au duc François une pension de quatre
millions cinq cent mille livres; 3» les royaumes de Naples et de Sicile appartiendront à don Carlos; il en sera reconnu roi par toutes les parties contractantes; 4» le roi de Sardaignc aura, à son ckoii, le !Navarrois et le Tortonnois, ou le Yigevanasque et le Tortounois; ô** tous les autres Etats que l'empereur possédait en Italie avant la guerre, de même que les conquêtes faites en Allemagne par Tarmée française, seront restitues à Si Majesté Impériale, et les duchés de Parme et de Plaisance seront réunis au domaine de l'Empire; C^' le roi de France garantira à Charles YI la pragmatique sanction concernant l'indivisibilité de ses Etats après sa mort; T* enfin, il sera nommé des commissaires de part et d'autre pour régler les limites de l'Alsace et des Pays-Bas.
En conséquence de ces préliminaires les hostilités ont cesse en Allemagne le 5 novembre et en Italie le 1 5.
Le traité de Vienne favorise peu la France, qui, ayant supporté à peu près toutes les charges de la guerre, ne recueille qu'une réversibilité éventuelle de possessions qu'elle devra d'abord acheter par une pension au duc actuel de Lorraine. Le point d'honneur seul reçoit une satisfaction immédiate. Il est à désirer jque le roi n'ait pas souvent raison au prix de tant d'or et de sang; de tels sacrifices payent trop cher le plus vain des plaisirs, celui qui n'est goCité que par l'orgueil.
Une déplorable continuation d'hostilités a eu lieu à Paris dans les premiers jours de l'année entre des soldats au service du roi. Rarement les gardes françaises et les gardes suisses vivent en bonne intelligence; un sentiment de rivalité les divise, sentiment fondé sur la jalousie légitime de militaires nationaux, mécontents de partager avec des étrangers l'honneur de garder la personne du roi. Des rixes sanglantes sont chaque jour la suite de cette auimosité , et celle que j'ai à rapporter eut pendant quelques heures toute la gravité d'une bataille rangée. Les gardes suisses s'étaient proposés pour décharger un bateau sur le port Saint-Nicolas; les gardes françaises, prétendant que c'était à leur préjudice , vinrent attaquer les travailleurs. M. Turgot, prévôt des marchands, accourt sur le lieu du combat et rétablit le calme. On croyait ce tumulte fini, lorsque le soir entre quatre et cinq heures les Suisses , s'étant rangés en bataille dans le Carrousel , marchèrent le sabre à la main vcri le port , dont lc&
SO CHRONIQUES DE L'ŒIt-DE-BŒUP.
Français étaient restés en {wssession. Au moment oh ils f arrîvaimtf quatre compagnies de gardes françaises, rerenant de Versailles, déftlaient sur le pont Neuf. A Taspect dn danger de leurs camarades, ces soldats mettent la baïonnette lu bout du fàsil et s'ayancent en ordre contre les Helvétiens. Ils les joignent; un combat furieux s'engage, le sang coule sur le port... Tout à coup M. Turgot reparaît, ce courageux magistrat se jette au milieu de la mêlée en s'écriant : « Arrêtez, malheureux!... » A peine a-t*ti pailé que toutes les armes tombent k ses pieds. Le prévôt des marchands fait ranger les com<> battants sur deux lignes, les harangue, les fait rougir de leur violence et les renvoie honteux et apaisés. De la part d'un général, cette conduite serait digne d'éloges; sous la robe d'un officier civil, elle mérite l'admiration.
Depuis environ un an , on s'entretient beaucoup dans le monde littéraire de Vert^Vert , petit poème badin , mais non pas licencieaXy dft à la muse débutante d'un jeune jésuite nommé Gresset. Ce poème, dont un perroquet est le héros , est un chef-d'œuvre de fine plaisniH» terie, de délicatesse et de go&t. On n'écrivit rien encore en français d'aussi généralement gracieux. Toici une aventure qui se nttaciie à ce bijou poétique, et qui arriva quelques mois avant sa publieatioii. L'auteur était lié avec une femme spirituelle, madame de Dampierre, qui s'était faite relig[ieuse visitandine. Quoique renfermée dans on cloître, elle n'en persista pas moins à vouloir entendre la lecture de Vert-Vert, qu'elle sollicitait depuis longtemps de Gresset. Ceini-ci s'en défendit plus que jamais, en motivant son refus sur le respect dft à la sainte maison que madame de Dampierre habitait. Le poêle cède enfin ; on prend jour et l'on promet d'être seule an parioir. Le chantre de Vert^Vert arrive; la religieuse se place près de la grille et 1*1 lecttire commence. Tout à coup certain passage plaisant excite an* édat de rire ; Gresset le trouve bien robuste pour partir d'une voix unique; il lève les yeux et reconnaît avec surprise que toutes les visitandines, leur supérieure en tête, l'éconUtent rangées en cercle derrière un rideau qu'on venait de tirer. Par malheur, une abbesse de visitandines, moins curieuse, moins indulgente que celle dont je viens de parler, trouva la lecture de Fert-Ferf, dans un couvent de son ordre, d'une choquante ineongmité; plus mviheureasement, cette nonne sévère avait un frère ministre. Les jésuites de Paris reçurent l'ordre de transférer Gresset k la Flèche, et cette
espèce d'exil fut cause quMI quitta la société. Le monde gagne à cela de deux côtés : il a un poète spirituel de plus et un jésuite de moins.
Le prince Eugène de Savoie, sur qui , pendant plus de trente ans, reposa toute la gloire des armées de FEmpire , ce vainqueur de la fortune de Louis AiV", vécut quelques années de trop; la guerre de 1733 ternit un peu le lustre de sa réputation. Le vicaire général de TEmpire n'avait cependant que soixante et treize ans, et l'Âme des héros vieillit tard. Au moment oii Ton apprenait à Versailles la mort de ce grand homme, Stanislas était reçu k la cour de Louis XY avec de grands honneurs : le roi son gendre et la reine sa fille étaient allés aa-devant de lui jusqu'à Neuilly. On profita de cette occasion pour offrir a Marie Leczinska une rose d'or bénie par le pape et apportée en son nom par l'abbé Lercorti, commissaire de Sa Sainteté. Ce fut le cardinal de Fleur j lui-même qui voulut, dans une cérémonie plos imposante par l'appareil que par le motif, offrir cette fleur apostolique à Sa Majesté.
L'année 1736 a été féconde en noaveaatéi dramatiques : Alzir$, tragédie de M. Voltaire, est la plus remarquable. L'auteur indique Ini-méme le juf^ement que l'on peut porter sur cet ouvrage, r J'ai
• essayé, ditr-il dans une lettre à un de ses amis, j'ai essayé de fiiire » m tableau des moeurs européennes opposées aux mœurs améri* » caines : le contraste règne dans toute la pièce , et je l'ai travaillée u avec beaucoup de soin. Mais j'ai peur d'y avoir mis plus de travail » que de génie. » En effet , la double peinture de mœurs que s'est
• proposé d'offrir Tauteur d^Alzire est tracée avec autant de vigueur
qae de vérité ; mais effectivement aussi la pièce manque d'invention
et de plan. En voici, d'ailleurs, la critique sur l'air du menuet
d'Eiaudet :
Pour Montes Alvarez Est en peine , Car son flU , fi-.r et brutal , Traite borriblement mal La race américaine.
Tere paaipouXi Dan à éifOLf U débite;
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D'aiUeuri tout manque au sujet , Clarté I vraiaembUoco et Conduite
Tendre Aizire , tu dép'orc Ton triste hymen , quand Zimorc Sort d'un trou ; Mais par où j On l'ignore.
Mii^ au cachot , il ami Dana le* boia mille m>- ' umore.
Eu amour C'est un tour Trop précoce, Qu'aller loin de son époux Courir le guiUedonx La nuit même des noce.
Mal en prend A Gusman, Qui , pour preuve De foi chrétienne , e n sa Gn Lègue à son asaasiin Sa veuYe.
L'Enfant prodigue , comédie du même auteur qn* Aizire, a obtenu moins de succès que cette traç<^die. Ce sujet , tiré de Thistoire sainte , est thëAtral , mais il rappelle trop les mystères* Yaineraent M. Voltaire a-t-il jeté sur son canevas Téclatant appareil d*unc poésie en vers de dix syllabes remplie d'images naïves ou pathétiques, l'ensemble de l'ouvrage est froid. Dans la comédie, ce ne sont point la pompe et le coloris brillant qu'il faut rechercher, mais ce naturel, ce mordant que les anciens avaient si heureusement appelé vis comtca ; voilà précisément ce qui manque aux compositions comiques de l\f. Voltaire, malgré ja facilité enjouée et spirituelle de sa muse. La nature a dénié à ce poète l'inspiration de Thalie.
Elle manque aussi à un écrivain séduisant nommé Marivaux , qui voulut dans ce dernier temps se frayer un chemin nouveau dans la carrière parcourue par Molière, Regnard, Destouches, Dancourt et
' On voit par ce couplet qu'au commencement du dix-huitième siècle on se donnait les coudées franches pour la coupure des vers : ma-tamon ûniasaut oo ▼ers et en faisant un autre entier égale toutes les licences de réco!e nouvelle.
l>ufresny. Je parle de ce comique à propos du premier de ses ouvrages digne d'être cité, le LegSj qu'on joua cette année au Théâtre-Français , tandis qu'on représentait aux Italiens les Fausses Cofi" fidences, du même auteur. Marivaux paraît vouloir se livrer à la composition des pièces d'intrigue, mais non pas à la manière de Dcstoucbes. Je l'ai dit , l'auteur du Legs vise à l'originalité. Or, c'est dans la métaphysique qu'il cherche des éléments de succès encore vierges. Il analyse avec subtilité le sentiment, le fait disséquer en quelque sorte par une critique sublimée, sautillante, qui résonne à l'oreille et brille aux yeux comme un léger pétillement d'étincelles. De là quelques situations ingénieuses, nées de la découverte des replis cachés du cœur; de là des pensées presque toujours jolies, mais rarement sensées; de là enfin ce cliquetis de saillies fines, de reparties heureuses qui fout admirer les pièces de Marivaux, pourvu qu'on les comprenne. Ce système, ou plutôt cette manière est qualifiée par les uns de perfection, par les autres de défaut; mais on doit s'accorder à reconnaître comme une qualité précieuse le but moral, philosophique même, que ne manque point de se proposer le nouveau comique. Cette pensée générale est constamment développée par lui avec art, avec finesse, et l'auteur sait avec une grande adresse l'accommoder aux convenances dfi la scène. Cependant le succès de Marivaux ne sera jamais franc , parce qu'il ne captive que l'esprit. Ce poète, tout eu faifiant disserter à perte d'haleine ses personnages sur le sentiment, ne ^e montre point dans ses comédies ; elles sont toutes dépourvues de ce qui attache et intéresse. Ce distillateur de pensées s'évertue à parler du cœur sans parvenir à parler au cœur. Le genre du novateur, tout agréable qu'il est, ne me paraît donc pas digne d'être encouragé; il faudra le tolérer dans celui qui le créa avec talent, disons plus, avec quelques paillettes de génie; mais ou devra le condamner, le proscrire, lorsqu'il sera exploité par le troupeau servile des imitateurs.