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entraiiia deux cenU ans de guerret civiles. Celle Conittle mécile d'ètic dt<^e; la voici : « Si moi ou queSques-uns de met sueceaicun, ea » quelque endroit que ce aoil, voulou enfcciAdre vot privilèges, » qu'il voua soit permis, en vertu de celle promesse, à vous et à vas » desceudanU, de vous défendre aans pouvoir être traités de tt- • belles. » Les Uoi^roîs ont usé deux siècles de œ droit, mais b prudente conduite de Masie-Tbérèae lui concilia snr-le-diamp IV mour de la nation hongroise , qu'elle mériU d'ailleurs par ane ain bilitc populaire à laquelle aes ancêtres n'avaient poinl habitué leon sujets. En général , elle bannit de sa oomr cette morgue hauUine, triste apanage de la grandeur allemande, et qui la rend odiease om ajouter à sa dignité. Celle qui prit des lors le titre de reine de H»grie, abjurant l'usage de FéUquette, admit à sa table les dtfics,les magislrau, les ol&ciers que leurs fonctions mettaient en nffoti bêr bituel avec elle. Avant son règne, W personne du souvertia élail une sorte de divinité que les gardes défendaient de regarder en i^e; ou ne pouvait approcher du prince et lui parler qu'après avoir fait preuve d'une noblesse aussi ancienne qii'irrép«K^able. Marie-Thérèse dédaigna ces sottes formalités; nobles ou non, tous ses i^ purent l'entretenir; son palais fut ouvert à tonte heure pour eux; elle enjoignit à ses oftcicrs de ne jamais reAiser d'audicoce.
Cette souveraine ftt publier dès le premier moment de son règee que le grand-duc François de Lorraine était appelé à partager les soins de son gouvernement sous le titre de corégênt : Sa BAaiesté es^ pérait par cette disposition aplanir la route du tr^ne à ce prince et pa^enir à le faire déclarer empereur. Mais la reine de Hongrie nuaquait de ressources pour soutenir ses propres droits : son trésor élaJ vide ; les troupes , qui avaient beaucoup souffert dans la dernière guerre contre les Turcs, saffisaient k peine pour occuper les plsccs qui défendaient rapproche de ses EtaU. Ce fut dans cette circsnstance qu'un prince allemand, Frédéric U, roi de Prusse, qui vcnail de monter, comme elle, sur le trône de son père, lui &t offrir I*P' pui de ses armes et cinq millions de notre monnaie. Frédéric, V'^ heureux que Marie-Thérèse , avait trouvé son royaume daus une situation prospère ; nne armée de soisantenlix mille hommes et «es coffres regorgeant d'or lui éUient légués par ce Frédéric-G^w^*"^ qui voulut jadis le £iire décapiter. La dureté excessive du roi éa^ avait eu du moins l'avantage de porter an plus haut pomi ia ^^
plîne des troti|>es prussiennes; et Péoonoiiiie an pen jnéaifiie 4u même prince met aii^urd'hui la Prasse à même de sontentr une loDgae guerre. Frédéric II, monarque instriiîc, bnve, veiné dans la science militaire, et fort amintîeui; est Phonme le plus propre à tirer parti de ces importantes ressources, et ce n'était pas sans intérêt qu'il faisait offrir son argent et son épée à Marie-Thérèse. D liii demandait pour prix de son ailtanœ la province de Siiésie, lui asai»rant qu'il se (kisait fort de lui garantir tout le reste, et d*aaHurer la couronne impériale augrand-^uc de Toscane, son époux.
La reine de Hongrie a l*âme grande : elle refusa de recevoir la loi de Frédéric II, malgré les conseils de ses ministres, qui loi ârent prévoir de grands malheurs. A peine la réponse de cette princesse ftit-elle parvenue ii Berlin , que le roi se mil à la tète de ses troupes et marcha vers la Siiésie , qu'il envahit sans coup férir, au milieu de ce mois.
Cette invasion n'est point concertée avec la France, comme le prétendent quelques politiques mal informés. D'abord Fleury se «roit encore un peu lîé par la pragmatique sanction , et c'est contre son gré qu*on négocie k Francfort; ensuite, le roi ne peut éviter longtemps une guerre avec rAngleterre , en soutenant à peu près ouver» tement les intérêts de l'Espagne; enfin l'envoi d'une armée française contre Marie-Thérèse ne semble pas compatible avec les hostilités maritimes auxquelles nous devons nous disposer. Mais, au moment de partir pour la Siiésie , Frédéric dit au marquis de Beauvan, ministre de France à Beriin : « Je vais, je crois, jouer votre jeu; si » les as me viennent , nous partagerons. » Ce peu de mots prouve qne , sans être assuré de l'alliance de Louis XV , le roi de Pruase prévoit bien que l'embrasement prochain de rEurope ne permettra pas il la France de garder la neutralité.
Frédéric, au moment de se mettre pour la première .fois à la tête de son armée, vit qu'on avait écrit sur ses drapeaux : Pro Deo, pro pairid, « Effaçons Pfo Deo, éitrii , à quoi bon mêler ainsi le nom de »IMeu, dont la sagesse est infinie, dans les querelles des hommes, » qui certes sont loin d'être toujours sages ? D'ailleurs il s'agit d'une fi province et non de Dieu, s Le roi donna pour enseigne à son régi» ment des gardes Faigle romaine en bronse doré placée au haut d'un hêton. «Ceci, messieurs, dit-il à ce corps d'élite» vous impose l'o« 9 biigation d'être invincibles comme les Romains. »
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Cependant les embarras de Marie-Thérèse se multipliaient : lea rois de Sardaigne et de Pologne se mettaient sur les rangs des concurrents à la couronne impériale. D'un antre côté les princes de rEmpirerefnsaient de reconnaître le suffrage universel de la Bohème entre les mains d'une femme, ils lui contestaient jusqu'au droit de le transmettre au grand-duc son mari, prétendant que ce suffrage ne pouvait être exercé que par le possesseur direct du titre souverain auquel il est attaché. En un mot, presque toutes les puissances qui avaient reconnu, garanti même la pragoutique sanction l'enfreignaient et en attaquaient ouvertement les dispositions. Le prince Eugène avait prévu ce démenti donné à la foi des traités ; sa prédiction se réalise. Ce grand homme connaissait hien la loyauté des cours. Je doute cependant qu'il ait prédit qu'Auguste III, élevé sur le trône de Pologne par Charles YI, se réunirait aux ennemis de Marie-Thérèse pour dépouiller cette fille de son bienfaiteur.
Dans la situation actuelle des choses, le roi , ne pouvant maintenir des troupes en Corse , prévint la république de Gènes qu'il allait retirer celles qu'il avait envoyées dans celte île. Les Génois s'affligèrent de cet avis, mais ils ne purent faire aucune disposition pour conserver la Corse : ils voyaient leur métropole environnée d'Autrichiens ; ils craignaient pour leur propre liberté , et c'était à peine asses de tous leurs efforts pour veiller à la conservation d'un bien ai cher à ces républicains. Le marquis de Yillemur ayant quitté l'île , les insulaires ressaisirent cette même liberté, qui leur serait rendue depuis longtemps s'ils eussent su marcher unis à sa conquête. Mais l'affranchissement de ce peuple malheureux ne profitera pas encore à sa prospérité : il n'y a d'unanime ches les Corses que leur haine pour les Génois , et les divisions intestines qui déchirent leur patrie les rendent incapables d'entreprendre rien de grand.
La coalition formée contre Marie-Thérèse doit peu compter sur le concours de Philippe Y, quoique ce prince soit inscrit au nombre des concurrents à l'Empire. Déjà froissée par la guerre maritime qu'elle soutient difficilement contre l'Angleterre malgré le secours de la France, l'Espagne ne possède qu'une armée faible, mal disciplinée et dont les officiers sont plus habiles à réciter leur bréviaire qu'à diriger les manœuvres. Quant aux généraux, on n'en trouve dans les Etats de Sa Majesté Catholique qu'à la tète des ordres religieux. Ches les Espagnols il y s beaucoup d'énei^^e parmi les citoyens : il en
«liste peu dans l'armée. Tel est l'effet d'un ministère sans vigueur et d'un règne durant lequel le sceptre est littéralement tombé en quenouille. Yoici l'occasion de tracer le portrait du petit- fils de Loiûs XY, que la destinée appela sur le trône de Charles-Quint. C'est une figure historique que ma tante a dessinée jadis d'un crayon l^er ; je vais la peindre.
Philippe y n'étant encore que duc d'Anjou avait été élevé dans un respect craintif pour le roi son grand-père et dans une soumission presque servile pour le duc de Bourgogne, son frère aîné. Les impressions de la jeunesse s'effacent difficilement, elles ne disparaissent jamais si la moindre cause les entretient. Devenu roi d'Espagne Philippe laissa voir plus de dispositions k l'obéissance qu'au commandement. Ce fut la faiblesse sur laquelle madame des Ursins éleva l'édifice de sa fortune, et la reine Elisabeth pour dominer son mari n'eut qu'à suivre un plan tracé par la favorite qu'elle avait chassée. Rien cependant dans la jeunesse de ce prince n'annonçait en lui des habitudes timides : il portait la tête haute, son regard avait de la fierté, son visage était noble et régulier ; il tirait tout le parti possible de sa taille, et sa démarche ne manquait ni d'assurance ni de vivacité. Il existait dans le caractère de ce monarque quelques traits de grandeur; il aimait la guerre, qu'il faisait avec valeur, avec détermination; il portait même cette dernière qualité jusqu'à l'imprudence, car on le vit souvent entrer en campagne sans avoir formé aucun plan; Philippe s'en rapportait aux inspirations soudaines de ses généraux, d'autant plus justes, disait-il, qu'elles seraient plus appropriées à la circonstance et aux mouvements de l'ennemi. Cette doctrine militaire peut avoir son bon côté, mais Sa Majesté Catholique ne contribuait en rien à la mettre en pratique. Dans un jour de bataille ce prince ne payait que de sa présence : s'il se trouvait placé d'abord loin du danger il ne croyait pas sa gloire intéressée à s'en rapprocher; si les chances de la journée le portaient au milieu du feu le plus vif il s'y tenait avec le même calme, la même sérénité que s'il se fût agi d'une revue de ses troupes aux portes de son palais.
Dans les affaires du gouvernement Philippe montra assez longtemps un sens droit, un esprit exact, une mémoire heureuse, une réserve, un penchant au silence qui le servirent quelquefois ; mais il ne pouvait vaincre une défiance de lui-même, louable dans un simple particulier, dont elle signale la modestie ; blâmable dans un roi, dont
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elle trahit U CiiUcsie et kiisc péricUter le po«v«r« Le ra& d'E^e- ^rotj avant d'être dMorbë par la iombre MéJanoelie foi t'est eaparée de lai depuis quelques années, était doué d'one qualité qn Maie pouvait le fkire régner avec sagesse s'il Fcût mise à profit : il sa^«it connaître l^ hommes. Mais trop Caibte pour se scrrir de cet art dans le choix des ministres, des magistrats, des géaéimix^ Philippe abusait de son tact ohservateur que pour étudier les ridicules de eeux qui rentouraient et s'en amuser ensuite duos son intimité.
Le roi d'Espagne poussa le goût des femmes jnaqu'ku plus hideux cjnisme : un tremblement couTulsif le minssuit dès qu*il en apercevait une k sa cour qui excilit ses sens gromiers... souvent on le vit prêt à se précipiter vers elle malgré la présence des assialants ; et certainement ce moaaique n'eût point été auntre de cette fiireur i^ik se fût trouvé seul avec l'ol^eft convoité* Philippe fiâsait psrftiiemeut compatir cette pamion avec les pratiques les plus miuutieases de la dévotion ; d'ailleurs les excès de Sa Majesté étaient tempérés pur le soin extrême qu'elle prenait de m muté. Cette sollicitude pour lui-même est devenue depuis dix ans diez ce prince une véritable manie ; c'est elle qui a détruit ce qu'il y avait de raisonuahle et prcoque ce qu'il y avait d'humain en lui. Ce souverain n'est pikus qu'un oljjet de compassion : montrons-le dans cette déploeahle dégradatiou de l'humanité.
L'état habituel du roi d'Espagne est une mélancolie profonde, taciturne qui souvent dégénère en vapeurs allant jusqu'à la folie, et nulle incommodité apparente ne parait déterminer cette situation. Alors Philippe ne veut plus quitter le lit : il y reste quelquefois six mois entiers mns se fkire raser, sans couper ses ongles, sans changer de linge. Quand sa chemise tombe en pourriture il n'en met une autre que lorsque la reine l'a portée , de peur d'être empoisomaé par le contact de cette toile. Quoique toufours couché le roi mange abondamment et digère à merveille ; mais ses repas ne sont point réglés, il les prend k toute heure sans que sa digestion en soit plus mauvaise» La conscience de Philippe est aussi complaittnte que son estomac t tantôt il veut entendre la même , qu'on dit dans sa chambre, à cinq heures du matin, tantôt à midi, tastêt k huit heures du soir ; et si le pauvre chapelain cha^ de célébrer ce sacrifice reste juiqu^à cette dernière heure à jeun il faut convenir que son estomac est plus docile encore que celui de Su Majesté.
Bins tet excès maniaques le roi ordonne qu'on ouvre «n milieu de riuTer les fenêtres de sa chambre à coucher et les fiit tenir bermé» tiqnement fermées au mois d'août, de sorte que ses ministres, ses médecins, ses officiers gèlent ou étouffent auprès de lui, ce dont il ne s'inquiète nullement. Par suite de la même singularité Philippe supporte trois couvertures de flanelle dans la canicule, et, rejetant jusqu'à son drap k Noël, il se montre complètement nu, quoiqu'il paisse y avoir des femmes dans sa chambre : on l'a vu plus d'une fois écouter la messe dans cet état de nature et la suivre dévotement sur son bréviaire.
Le Roi Catholique marmotte des prières pendant une partie de la journée. Son lit est toujours couvert de livres de- piété ; souvent il Mige )a reine à lire des psaumes ou antiennes, qu'il interrompt à diaque instant par les remarques les plus étrangères au sujet qu'il écoute... Un jour, au milieu d'un chapitre du Nouveau Testament, i) s'aperçut que sa chienne paraissait tourmentée par une de ces passons impérieuses que la Providence ne prescrit pas aux aniannx de cadier pour qu'il y ait au moins entre eux et l'humanilé une diierence que les écarts de celle-ci font quelquefois disparaître. Soudain Philippe , tout en ordonnant à la reine de continuer sa lecture^ envoie chercher un chien et fait accomplir l'œuvre de nature devant cinquante personnes en mêlant à la parole sainte récitée par Elisabeth les plus sales remarques sur le mystère de la reproduction.
Si dans le cours de la période qu'il passe au lit le roi se lève pour satisfaire quelque besoin , il faut le soutenir pour qu'il puisse Ciire quelques pas; la longueur excessive des ongles de ses pieds rendant sa marche aussi difficile que douloureuse. Lorsque ce prince est couché , il se déchire lui-même en dormant avec ses ongles longs et tranchants, et prétend ensuite qu'on a profité de son sommeil pour le piquer. Dans des accès de mélancolie plus noire, le ni soolient que lu douleur résultant des blessures qu'il se fait provient de la piqêre des vers ; qu'il est mort , et qu'il ne conçoit pas pourquoi l'on né|^ge de rcnterrer. Quand la manie du malheureux monarque est poiKsée jusqu'à ce point , sa tristesse se ehange en fureur : il pince , il égratigne, frappe la reine, ses enfknts, son médecin, son confesseur; il se mord les bras avec des cris effroyables, et si on lui demande ce qu'il u fl répond i Jtten du tout, puis il se met à chanter.
Après «voir gardé le lit des mois entiers dans la plus d^&tante malpropreté , Philippe Y passe un même espace de temps sans vouloir se coucher, dormant sur son ftiuteuil , le menton appuyé sur sa poitrine et les jambes pendantes. Durant ces périodes, que les médecins appellent le temps d'exercice du roi , Sa Majesté ne sort cependant jamais de sa chambre, qu'elle se contente de parcourir en tous sens , et ce mouvement suffit pour lui donner un robuste appétit. Le monarque, dans ces jours de grande activité, se nourrit des aliments les plus substantiels, des viandes les plus succulentes; voici son régime : à di\ heures du matin, il prend un consommé; à midi, il se fait servir à diner, mange pendant deux heures et en dort ensuite cinq ou six sans quitter la table ; à son réveil Philippe se fait apporter une demi-douzaine de biscuits» qu'il trempe dans du vin de malaga; cela le conduit jusqu'à onze heures; il prend alors un fort consommé, et c'est son dernier repas.
A travers tout cela le Roi Catholique prend des drogues de toute sorte et s'en administre des doses qui tueraient tout antre homme. On Ta vu avaler une boîte de thériaque à la fois pendant plusieurs jours, disant que ses médecins étaient des coquins de soutenir qu'il n'était plus malade tandis qu'il se sentait près de sa mort. £t Sa Majesté répète cela depuis environ quinze ans. On ne conçoit pas comment le petit-fiis de Louis XIV peut résister à une telle manière de vivre : il faut qu'il ait un tempérament des plus forts pour supporter le mélange de moyens médicaux, d'intempérance, d'insomnie, de malpropreté et d'autres excès auxquels il se livre. U y a plus : malgré ses égarements journaliers, Philippe conserve pour les affaires un sens droit et sa mémoire n'est nullement altérée. On lui proposait dernièrement une mesure de gouvernement : « Non, répondit-il, je l'ai déjà » rejetée il y a deux ans. » La nature offre quelquefois d'étranges particularités.
La passion de Philippe Y pour les. femmes est bien calmée : c'est une grande ressource ;dont la reine est privée pour dominer son mari. Elle a cherché plus d'une fois, dit-on,. à réveiller en lui par des excitants ces désirs sur lesquels se fondait la puissance de cette princesse; mais on ajoute qu'elle a rarement réussi. Elisabeth a surtout échoué dans une circonstance où elle voulait obtenir pour prix de sa complaisance que Philippe travaillât avec Patino, ministre que ce prince a pris en aversion , et que la reine honore d'un sentiment op-
posé. Loin de se montrer tendre, le roi à cette occasion battit rudement la princesse de Parme; la traitant de malheureuse « qui, non » contente d'avoir ruiné le royaume , voulait attaquer son hon- » neur et sa gloire. » Pour mieux se convaincre, sans doute, qu*ii avait raison , le Roi Catholique, après avoir battu sa femme comme Sganarelle du Médecin malgré lui, l'obligea à lui demander pardon: il faut être dévot pour avoir de ces idées-là. a Je veux, répète sou- • vent ce prince correcteur, je veux' qu'elle se défasse de ses quatre » évangélistes : » c'est ainsi que Sa Majesté appelle Patino , le marquis Scoti , l'archevêque d'Amida , confesseur de la reine , et la camëriste Bcllegrine ; mais , malgré les fréquentes scènes dont ils sont le sujet, les quatre évangélistes restent à la cour, parce qu'Elisabeth trouve leur éloquence infiniment plus persuasive que celle du maniaque Philippe y.
Cependant la reine a ses moments de faveur dans l'esprit du roi, quand les remèdes excitants peuvent agir : c'est alors qu'elle profite de son crédit pour obtenir que Sa Majesté fasse couper sa barbe et ses ongles tous les quinze jours.
Tel est l'allié de la France dans la guerre qui se prépare , tel est le prétendant à la couronne de Charles-Quint , telle est la déplorable contre-partie des bienfaits de la monarchie.
La mort précipita Clément XII de la chaire de Saint-Pierre le 6 fé* vrier de la présente année 1740; le cardinal Prosper Lambertini reçut la tiare le 17 août suivant : c'e^t le tafent, le génie qui succèdent au fanatisme ignorant, à la nullité.
Deux choses occupèrent encore l'attention dans l'année qui se termine , savoir : la tragédie d*Edouard III, par Gresset, auteur de Verl'Verty et l'exposition faite au Louvre, pour la première fois, des ouvrages de peinture , de sculpture et de gravure. Cette dernière nouveauté mérite beaucoup d'éloges : c'est de la critique que jaillit la perfection dans toutes les conceptions de l'esprit humain. [La première idée de cette exposition est due à M. Orry, ministre des finances, directeur général des bâtiments; elle se renouvellera chaque année. Mais je ne crois pas que la critique fasse jamais de M. Gresset un tragique distingué : sa pièce manque de vigueur et même de caractère; on ne fait pas une tragédie avec de la grâce, de la malice et du goût, et l'auteur d'Edouard III ne possède que cela. Voilà ce que les parodistes de la foire font dire au héros
8t CBROinQUES DE LtEIL-DE-BŒUF.
de Gretset dans vn petit opën-comiqae intitulé la BanièrB du Ptor-
tMSse :
De pl« m blâne m mm des «oèM» appUudiet Qui firent le ancoèt de Uni de tragédies; Feuilletas «Teo soio tous oos aatears fameux , Ifee traits les plus frappaaks aoot Ibrnnés d*aprte eux. Le public braTementy dans son erreur extrême, Pense que tous mes Ters soot faits posr ok» poSoie; Vais, MMt dit entre noos, c'est jngsr de traffen, HOB poêOM n'est lait que pour oo«dre mes TSfS.
GHAPIT&E XYI.
Mort de Harion Delerme figée de cent trente-dnq ans. — Détails sur cette ornn^ tisane. -— Alliance du roi de Sardaigne aTCc la reine de Hongrie. — Vidoi» de Moiwitx, premier exploit de Frédéric le Grand. — Guerre contre la reiaa de Hongrie; le maréchal de Belle-lsle. — Conquêtes en Allemagne. — àUn^ à Tienne. — Georges H menacé dans le Hanorre. — Il signe un traité de neutralité. — Serment des Hongrois à Harie-Thérèse. — Les dames anglaises offrent cent mille lîTres sterling I la reine de Hongrie. — Elle les refiise. — Examen de la pragmatique sanction. — * Le duc d'Orléans, fils du régent, se démet de ses cbsrges. — Dévotion et galanterie. — M<m ekamertitr «o«a dira iê rttto. — Le marquis de Souvré ; son caractère ; repartie hardie. — Prague ; le comte de Saxe; assaut; le brave Chcvert. — Couronnement de Char las TU à Prague. — Coup d'œil militaire. ^ Singulière neutralité du grand-duc de Toscane. — Avantages remportés par nos vaisseaux sur ceux de r Angleterre. — >£<i CA0rcA<iita d'atprtf, opéra de Fàvart. — Le poète flagellé par des dames. — L'ambassadeur turc ZaId>Effendi. — Son entrée à Paris; sa réceptioa à la cour. — Hospitalité expaasive des belles Pariaieonea. — Ceuronoemsnt dé rsMpereur Charles TU à Francfort. — Indifférence de Louis XT aur le aart de aes armes. — Oéssstres de l'armée franco-bavaroise en Autriche et en Bavière.
' — Le partisan Montzel ; sac de Munich. — Nos chances favorables baissent en Bohême. ^ La princesse de Garignan maltresse du cardinal de Fleurjr. -^ Intrigues pour tendre Louis XT infidèle à la reine.- Marie Leczinska et aon confesseur. — La chasteté abeohie. — La tendresse bachique. — Roptor» des intimités conjugales du roi et de la reine. ^ Bicbelieu adopte le rôle de fan l'abbé Duboia. — La oomicase de Uailly ; son portrait. — Écbec des diannas de cette dame. — Elle revient à la charge et triomphe. — Jalousie du comte de Mailly ; on le calme. — Scrqpules paternels du marquis de Nesle ; on le paye. —Jésuitisme de Fleury. — Défection du roi de Prusse. — Politique puérile de Fleury. — Retraite des maréchaux de Belle-IsIe et de BrogGe. — Le
LOUIS XT. 03
il de MiittebiiiB itqmli Tordra de nardier eo BohâiDe.'-^L*innéttlira»çaise est assiégée dans Pragne. <^ Le siège est levé. — La goerre en Ikaiie. -» L'évéque de Beauvais ; rescroc mitre. — La philosophie et la botte d*asperges. — Voilà ce que c'est que d'a?oir des soMirs. — Âyarice de Louis XY. -« Madame de tfailly se fait dévote. — Madame de Yiotimille seconde maîtresse do roi. — Réponse maKgne de Lapeyronie à mademoiselle de Gharolais. — l.et Anglais écbonent aux Indes derânt Gartbagèee. — Tires remontrancet éaoB le parlement anglsis. — Retraite de tfaîllefaois anr le Daonbe. — Le sBa* réchai de Belte^IsIe évacue la Bohème au milieu de Thirer. ^Conduite hérolque de Cbevert resté dans Prague. — Mahomet , tragédie de Toltaire.
L» Biort de Ifarion Delorme, arrivée le S janvier, deux mois avant l'expiration de sa cent trente-cinquième année , a presque sarpris les Pkrûiens; ils s'étaient habitués h considérer comme impérissable ce viem monument de la création, et citaient îmUfiéremment les tours de Notre-Dame on Manon Delorme, s'ils voulaient parler d'un objet h Péprcsve des temps. Cette femme , qui sans doute était la plus âgée de f Europe , vit le jour sous le rè^e du bon roi Henri ; quoiqu'elle eût moins de cinq ans lorsque ce grand monarque fut assasnné, elle se rsppclaît fort bien son habit et même ses traits. Marion avait surtout préaemt à la mémoire le chatouillement un peu dur produit sur son petit visage par la longue barbe du héros ; car un jour qu'elle traversait le Louvre avec une de ses tantes qui l'avait amenée à Paris , Sa Majesté, frappée de la beauté de cet enfant, le demanda pour l'embrasser. La vieille amante de Buckingham, du cardinal de Richelieu, de Cinq-Mars et de tant d'autres, se plaisait h décrire la physionomie, la taille , le costume des personnages célèbres qui ont passé devant elle pendant sa longue vie. Elle dépeignall la forme du bonnet qui eoiilait Blarie de Médias lorsqu'elle posa la première pierre du Luxembourg, et n'avait pas oublié la soutane un peu sèche que portait Ridielieu n'étant que simple abbé. Elle s'en était égayée avec lui qaaiid, vingt-deux ans plus tard, il était plus que roi de France. La* eoartisane centenaire se souvenait d'avoir promené un matin par la celui qui devait être on jour le grand Condé; cette femme, n naïve sur ses faiblesses qu'elle en fut jadis prodigue , vous disait en souriant : « Je vois encore la chambre où, guidant un des dé- 9 buts de ce héros, je mêlai quelques myrtes à son premier laurier. » Les traits de Marion s'animaient quand elle retraçait l'amour de Buckingbam pour Anne d'Autriche, les regards veloutés qu'elle arrêtait sur ce bel Anglais » les œillades flamboyantes que ,1a reiae
lançait sur elle, Delorme, en signe de rivalité...... n Je me suis bien
N souvent reportée à ces preuves d'effervescence amoureuse, ajoutait V la narratrice, lorsque trente ans après j*ai vu cette princesse, la M vue baissée , la tête enveloppée d'une coîfl*é épaisse , à genoux sur n les dalles de nos églises... u Les yeux de Marion Delorme se remplissaient de larmes dès qu'on essayait de l'entretenir du malheureux Cinq-Mars. « Ah! de grAce , s'écriait-elle, épargnet^-moi... Cent » ans^ n'ont point en passant sur ma vie effacé de mon cœur le sour » venir de cet infortuné; son adieu murmure toujours à mon oreille » comme un son plaintif, son dernier baiser me brûle encore la w bouche. »
La mémoire de Marion Delorme était une vaste galerie où les peintres vinrent jusqu'à sa mort copier les portraits des notabilités de cinq générations; Sully, Bassompierre, la Noue, Mazarin, Turenne, Colbert, Louvois, Luxembourg, étaient rangés, j'oserai presque dire, étiquetés , dans les souvenirs de Marion ; un autre compartiment de sa mémoire renfermait Malherbe , Racan , ménage , Corneille , Molière), la Fontaine , Pascal , Racine , Boileau , la Bruyère , Bossuel , Fénelon; dans une troisièoïc division cérébrale, que la vénérable amante de Cinq-Mars appelait sa 'galerie galante, se pressaient madame de Comballet , Ninon , la duchesse de Longueville, madame de Chevreuse , la comtesse de Soissons, la maréchale de la Ferté, la tendre la Yallière , la fière Montespan, l'astucieuse veuve de Scar> ron, l'infortunée Fontanges et tant d'autres, avec les amants qui firent tout à la fois leur réputation , leur déshonneur et leur félicité. Quand un peintre venait consulter Marion sur un de ces personnages, elle disait en se frottant le front ; « Attendez que j'enlève la poos- « sière du tableau ; » puis elle se mettait à faire le portrait le plus ressemblant, le plus frais, le plus animé : « Je copie la nature, » s'écriait Coypel en laissant courir son pinceau d'après les descrif^ tions de la vieille courtisane. Elle avait vu commencer plusieurs hôtels de Paris qu'on nomme aujourd'hui de vieux édifices ; son pied avait foulé en dansant llierbe du Pré-aux-Clercs, sur lequel s'élève maintenant un quartier populeux de la capitale: je lui ai entendu dé*
* Cincf-Mars fut décapité à Lyon en 1 64S , on sait qu il était entré dans une conspiration contre Richelieu. Ce Jeune homme était grand écuyer de Louis XIII, et périt à vingl-deuz ans. On ne peut affirmer qu'il eût épousé secrètement Marion Dclormo,
crîre les fosses, les remparts, les ponts-ievis de Tabbaye de SainN Germain^es-Prés , qui ne présente plus que la clôture ordinaire d'un couvent.
Manon souriait de pitié lorsqu'elle lisait dans l'histoh'e du règne de Louis XIII et de la minorité de Louis XIV les intrigues de Richelieu et les subtilités italiennes de Mazarin. « Pauvre postérité, dia sait-elle en haussant les épaules , comme ces esclaves à plume t'a- » buseront... Richelieu! la grandeur de s«s vues! ce n'est pas moi » qu'on y fera croire. J'ai vu ce cardinal dans l'intimité de l'alcôve ; » je connais le déshabillé de son caractère ; il est grandi par la re- 9 nommée de tout ce qui dépasse l'homme ingénieux et adroit. Ma- » zaïin! c'était un saltimbanque, un sauteur politique', remarquable » seulement pour la souplesse de son esprit et de ses reins ; se faire
• assez petit pour se fourrer partout , toujours sauter de manière à » se retrouver sur les pieds, voilà tout le mérite de Mancini. »
En 1705 Marion Delorme , veuve en quatrièmes noces de François Lebrun , procureur fiscal , fut volée et abandonnée par ses domestiques , qui lui enlevèrent à peu près tout ce qu'elle possédait. Cette dame, parvenue déjà à sa quatre-vingt-dix-neuvième année , ne s'aperçut pas que ces misérables avaient emporté successivement de sa maison linge, habits, dentelles, vaisselle, argenterie, diamants; enfin ils disparurent un matin avec un portefeuille renfermant toute sa fortune en billets payables au porteur, et ne laissèrent que les gros meubles qu'ils n'avaient pu enlever. Marion Delorme, de riche qu'elle était , se trouva réduite à la misère; elle put cependant suffire encore à ses besoins pendant dix-huit ans au moyen de quelques recouvrements qu'elle avait négligés et qu'un ami serviable l'aida à faire* Mais en 1723, privée de toute ressource, elle écrivit à Louis XV à peu près en ces termes : « Sire, Votre Majesté paye des historiens » qui mentent sur les temps passés; mais il est dans sa capitale une
• chronique vivante dont le premier chapitre remonte à IC06 ; elle » vous offrira le langage de la vérité, si Votre Majesté daigne venir
> la consulter ; car cette chronique est un vieux livre vermoulu qui « ne peut plus quitter Tais sur lequel il repose. Marion Delorme a » vu , sire , le grand Henri , premier prince de votre illustre mai-
> son qui ait régné sur la France ; elle a vu Louis XQI , votre tris- » aïeul; Louis XIV, votre bisaïeul ; le Grand Dauphin, votre aïeul; » le duo de Bourgogne , votre père : et fut assez alerte encore pour
M CHROinQUES DC L'ŒIt-DE-BŒaP.
«r aller mie an |wreiweiei wcrcicr le Se^wvr, foi • là FriDce. Quelque kmîèffe nr la rè^Bet éco«lèi jûUii àm wuk » longue existence; mais, sire, c'est une lampe qui demabi pest «"é» 9 teindre, ftinte d'aliment, si Votre Majesté ne daigae y pouroir. » Cette lettre ayant été remite à Louis XV par une nmia iàf«, le jeune monarque vonlnt Toîr Blarion Delorme; il resta longtenipa ches elle avec Fleury, y retourna plusieurs fois, cl fît à eetle veuve une pension qui lui Ait payée enctement jusqu'à sa mort. Biacian Delorme demeurait en 173 S q«ai des Théatms^ mais elle est déeédée me de la Mortellerie, dans la nwisoa dite le PftoB bUBc Elle ftil rnhumëe dans le cimetière de Saint-lhittl aoua le aan de Marte-AuK* Oudette Grapîn, Tenre Lebrun.
Tandis que toute l'Europe se disposait à la guerre, nuel , roi de Sardaigne , digne héritier de la politique ▼ermtile de son père, renonçait à l'alliance qu'il avait contractée récemment avec l'Espagne et la France. Ce prince, qui avait des vues sur le Milanais, s'était d'abord réuni aui ennemis de Marie-Thérèse; mais dès qu'il vit les troupes de Philippe V dans ce pays, il craignit avec quelque raison que la cour de Madrid ne profitât de sa eanqnéte pour ressaisir définitivement cette ancienne possession espagnole. Gharlea^ changeant tout à coup de parti, conclut donc avec la reine de Ho»grie un traité par lequel , sans renoncer à la Lombardie, il promit de faire marcher son armée contre la France et l'Espagne. La &lle de Charles VI , appréciant à sa juste valeur la détermination du monarque piémontais, sentit bien qu'en acceptant aon secoun, elle ne faisait que se servir d'un ennemi contre un antre , et que tét ou tard cet allié perfide, dont les projets étaient évidents, lui retoaibe* rait sur les bras. Mais elle conjurait le dapger le plus pressant; c'était agir avec sagesse. A peine cet accord flit-^l signé que, joignant ses troupes à celles de la princesse autrichienne, Charies-Emmwrael s'empara du duché de Mcdène, qui ne fut que Ciiblement défendu.
Dans le même temps Frédéric II, roi de Prusse, achevait de s'eviparer de la Silësie, ou 0 était entré dès le mois de décembre. U occupait déjà les fortes places de Brieg et de Breslau, lorsque le génénl autrichien Neuperg accourut avec vingt-quatre mille hommes pour s'o]^ser à la marche du conquérant. Les deux armées se reneontrèrent près de Molwits, au b«vd de la petite rivière de Hcme. Ce-
lOUîS XV. S7
tait le débttt mifittire du monargne prussien âgé de vingt-neaf ans, et h fortnne de ses armes faillit périr dans ce premier élan. La cavalerie tntrichienne, supérieure en nombre % celle du roi, et ponrme de dieraui pins robustes que ceux des cayaliers prussiens , rompit entièrement les escadrons de ces derniers; ils se replièrent en désordre derrière fînfanterie. La première ligne de celleHsi , prise en flanc , ne put résister ; ses rangs forcés se pelotonnèrent en fuyant vers la seconde ligne, qui demeura ferme sur le terrain. Là s^arrèta favietoire des Autrichiens; un feu terrible, auquel chaque Prussien contribua par ciAq coups de fusil par minute, joncha bientôt la terre des soldats de Marie^Thérèse; naguère vainqueurs, maintenant vaineus, ik devinrent poursuivis , de poursuivants qu'ils étaient. Le roi, qu'on avait entraîné loin du champ de bataille, y revint an galop, et se mettant à la tète de sa cavalerie , honteuse de son échec , il lui fit reconquérir les trophées d'une action qu'elle avait d'abord compromise. If euperg fut contraint d'abandonner en toute hâte la Silésie , dont Frédéric II conquit la dernière province.
Dans Pin~vasion de H Silésie le roi de Prusse avait agi de son propre mouvement, et sans avoir consulté aucune puissance; maïs on a ▼a qu'il jugeait ces hostilités conformes aux projets de la coalitton déjà formée par Marie-Thérèse. En effet, la France, l'Espagne et plusieurs princes de PAIlemagne ne s'étaient jusqu'alors occupés à Francfort que d'élever au trdne impérial CharteS" Albert, électeur de Bavière, fils de celui qui partagea si longtemps les malheurs de Louis XlV , et fut dessaisi de ses Etats pour l'amour de ce grand roi. Louis XV avait envoyé au congrès le comte de Belle-lsle, petitfils de Fonquet, homme adroit, entreprenant, d'une amabilité persuasive, et qui jouait la franchise avec habileté. Non-seulemenc Belle4sle parvint à faire proclamer Charies-Albert empereur» mais il réussit à vaincre ou plutôt à dominer la résistance du cardinal de Flenry, qui, dirigeant les affaires à l'âge de quatre--vingt-cinq vis, éloignait de tout jon pouvoir une guerre sous le poids de laquelle il craignait de succomber. G>mme cette guerre devait être la coasé^' qnenee infaillible de l'élection , le vieux ministre s'était opposé à cette dernière dans te conseil; mais il ne pouvait alléguer que le respect dû à la reconnaissance authentique de la pragmatique sanction; et c'est si peu de chose, dans les cours, que la foi jurée! L'élection
88 CHROmQUCS DE LXEÎL-DE-DŒUF.
et la guerre furent décidées, et vert U fin de juillet une armée de quarante mille Français franchit le Rhin au fort Louis sous les ordres de M. de Belle->lslef,' qui des fonctions d'ambassadeur passait à celles de général avec le bâton de maréchal de France. Les forces de rélecleur de Bavière, revêtu sur le papier de la couronne impériale, n'étaient pas plus imposantes que son influence politique : il avait fallu que Louis XV lui procurât tout à la fois de l'argent, des suffrages , des alliés ; Sa Majesté devait maintenant lui donner des soldats : c'était payer un peu cher les services rendus à Louis XIV par le père de Charles-Albert. Ce prince, pour comble de faveur, reçut par lettres patentes le titre de lieutenant général du roi de France. L'armée française, grossie de ce que l'électeur avait pu y joindre de Bavarois, pénétra facilement en Autriche; elle s'empara de Passau, de Lints, et poussa dès le 15 août des partis jusqu'aux portes de Vienne. L'alarme fut grande dans cette capitale; on en ferma les portes, on se prépara à soutenir un siège. De grosses pièces d'artillerie roulèrent avec bruit sur le pavé pour armer les remparts; un faubourg presque entier fut détruit pour favoriser la défense; plusieurs palais à moitié démolis se changèrent en plates-formes sur lesquelles on plaça des batteries. Les habitants de Vienne fuyant leurs foyers couvraient les routes environnantes , et se d'irigeaieut avec leurs effets précieux vers les montagnes de la Bohème et du Tyrol; d'autres, confiant leur fortune aux flots du Danube, descendaient ce fleuve sur des bateaux changés de meubles dorés, de riches tentures, d'étoffes diverses, entassés, confondus, et qui par le mélange de leurs formes, de leurs couleurs, peignaient bien le désordre d'idées qui présidait à ce déplacement précipité.
Cependant une seconde armée française, conduite par le comte de Maillebois devenu maréchal de France, s'avançait à grands pas vers le pays de Hanovre après avoir passé la Meuse , le Rhin , et s'être emparée du pays d'Osnabruck. Ce mouvement avait été déterminé par la présence de Georges II, allié de la reine de Hongrie, dans rëlectorat de Hanovre à la tèle d'une armée d'Hanovriens, de Hessois et de Danois. Resserré entre les troupes françaises et un corps prussien qu'amenait du c6té de l'Allemagne le prince d'Anlialt, le roi d'Angleterre sentit qu'il ne pouvait résister à ces forces supérieures, et que son Etat de terre ferme allait être conquis. H signa un traité de neutralité, que M. de Maillebois fut chargé de conclure au nom du
Toi. Sa Majesté Britanniqae sVngageait à ne fournir aucun secours à Marie-Thérèse , et à ne point s'opposer à l'élection de Clia ries-Albert. Louis XV promettait de son côté de tenir ses armées à trois lieues au moins de l'électorat de Hanovre, de ne rien exiger de ses habitants, et d'employer ses bons offices pour obtenir les mêmes garanties de Frédéric lî.
La nouvelle de cette défection n'abattit nullement le courage de Marie-Thérèse; elle s'était jetée au milieu des Hongrois, ces sujets rebelles de son père , dont un mot de condescendance avait fait les plus dévoués partisans de cette princesse. Les quatre ordres de l'Etat étaient réunis ii Presboarg; elle s'élança un jour dans l'assemblée tenant dans ses bras son fils aîné encore au berceau : « Hongrois , » s'écria-t— elle , abandonnée de mes amis, persécutée par mes enne- »mis, attaïquée par ma propre famille, qui devait me défendre, je V n'ai de ressource que dans votre fidélité , dans votre courage et
• dans ma constance... Hongrois, je mets entre vos mains la iille et
• le fils de vos rois, qui attendent de vous leur salut. » Ce discours attendrit les palatins; il excita leur courage et leur dévouement... Un serment glorieux pour la reine fut prononcé.par ces Hongrois la nain étendue sur leurs damas étincelants : Moriamwr pro bsgb nostro Maria Tkeresia! s'écrièrent-ils... Mourons pour notre roi Marie-Thérèse!...
Ces maîtres du monde , qui du sommet de leurs grandeurs prospères semblent protéger les peuples et s'occuper de leurs intérêts, non par devoir, mais par une sollicitude toute bienfaisante, les voilà dans l'adversité : le droit légal reprend alors, même à leurs yeux, toute sa puissance; ils sentent qu'ils ne peuvent tenir le pouvoir et la force que de ces mêmes nations qu'ils prétendent en des temps meilleurs posséder par concession divine; ils leur demandent secours, protection, consentent à reconnaître qu'ils leur doivent ce qu'ils sont, et que sans elles il ne serait pour eux aucun salut dans le malheur. Cest ainsi que les vérités éternelles apparaissent quelquefois parmi les préjugés de la terre.
En excitant de la sorte le zèle des Hongrois, Marie-Thérèse ne négligeait pas les autres moyens de salut : ses envoyés pressaient l'Angleterre et la Hollande de se réunir enfin à elle ; ils rappelaient à ces nations les victoires qu'une semblable coalition avait remportées jadis sur les mêmes ennemis, et flattaient leur souvenir de ia
glaire qu'elles amcBl emm d'aliéner PEarspe de la ptuaniice colwtaie de Lo«u XiV. Mais les tempe ëuient àiua^é» : Louis TV n'inspirait pas à ses toîsîbs les mèoMS apprëkensions que son prédécesseur; ils savaient, au contraire, qu'ils psuraieut attendre beaucoup de sa condescendance, et de cetle générosâté d'apparat qu'A arah déjà affichi^e. L*Angleterre et la Hollande prêtaient de fargent à k reine de Uoi^;rie , nab ils ne lui envoyaient point de soldats. Sous le rapport ânancier , ee ne furent pas seulement les gouremements qai se proposèrent de secourir Marie-Thérèse ; des particuliers vonlurent aussi s'imposer îles sactiâces en sa faveur. La duchesse de Marlborough, veuve du grand homme de ce nom, mort en 17^, obtint des principales dames de la cour de Saint-James soixante mille livres sterling, et jot^piità cette sdlnme quarante mille livres steriing tirées de son propre trésor. La reine de Hongrie refusa ce secours , équivalant à plus de deux millions et demi de notre monnaie; elle &C h l'offre des dames anglaises une réponse remplie de politesse , mais dont le sens se réduisait à ceci : « Les souverains s'aident entre eux » de leurs trésors, comme du sang de leurs sujets ; mais ce qu'ils res cevraient des particuliers ressemMerait trop aux dons de la com- » passion. • •
Dans cette situation, Marie-Thérèse, avec un seul affié, avait à combattre une redoutable coalition formée de la France, de l'Espagne, de la Prusse, de la Pologne, de la Saxe, de k Bavière, et de tous les autres Etats électoraux de rÂUemagne ; l'Angleterre et k HoUande restaient neutres ; la reine de Hongrie ne pouvait rien attendre de k Russie, à laquelle les Suédois venaient de déckrer k guerre ; la cause dis cette princesse paraissait donc désespérée. Ce n'éCah pas sans quelque légitimité que tant de puissances se coalisaient contre Phéritière de Charles YI; cette pragmatique sanction, sur laquelle s'appujpût tout son droit, s'écrsulait au moindre examen ; « Les ancêtres de la » reine, disait L'électeur de Bavière dans un manifeste, n'étasenf que » des usufruitiers qui n'avaient joui de l'Empire qu'à charge de ré» » version sur la branche qui le leur avait donné .* Charles 71 n'avait i> donc pu légalement disposer en faveur de sa ftlle d'un Uen qui » n'appartenait è ce prince que vkgèrement. » L'électeur ajoutait ff qu'en vertu de cette réversibifité sur k descendance directe de Feru dinand I«>^, l'Empire, k défaut d'cnknts mâles de Charies YI, était » dévutu à lui, prince de Bomère; qu'enfin les garanties données psr
» les puissances à la pragmatique sanction , tondëes sur un système » erroné, devaient cesser du moment que le droit légal était re-^ » connu. »
Tels étaient en effet les motifs déterminants qui armaient la coalition en faveur de Charles-Albert; coalition à laquelle Frédéric If, après avoir attaqué seul Marie-Thérèse, s*était réuni par un traité du 5 juin , qui lui garantissait la possession de la ^lésie. Si l'armée qne l'électeur de Bavière et le maréchal de Belle-Isle avaient conduite si rapidement sous les murs de Vienne en eût fait le siège , il est probable que cette capitale, dont la garnison était faible, n*aurait pu se défendre longtemps; mais les généraux de la coalition man« qaaient de grosse artillerie et de munitions. Il est à présumer que les convois avaient été ralentis par les ordres du cardinal de Fleury : ce ministre, entraîné malgré lui dans le parti de la guerre, voulait dn moins éviter que toute la succession autrichienne tombât au pouvoir de Charles-Âlbert; en gagnant du temps, il espérai: pouvoir la diviser. Vienne ne fut point assiégée.
La guerre n'excite nullement Pambition de M. le duc d'Orléans , qui, sons ce rapport, ne ressemble point à son père. Loin d'aspirer à l'honneur de commander les armées, ce prince vient de remettre au roi sa charge de colonel général de l'infanterie. Il a déclaré aussi à Sa Majesté qu'il abandonnait le conseil ; qu'ayant le bonheur d'être inspiré d'une pieuse vocation, il allait se retirer à Sainte-Geneviève^ et qu'il s'y livrerait sans distraction à la prière. Sans distraction ! c'était beaucoup dire; car, malgré sa retraite, M. d'Orléans continue de donner des soins à cette madame de Gontaut qui forma vainement, il y a quelques années, des projets ambitieux sur le cœur du roi. Son Altesse passe presque toutes ses soirées chez cette dame , en tiers avec le comte d'Argenson , son chancelier. Mais , la vie claustrale à laquelle le prince s'est assujetti exigeant qu'il se retire de bonne heure, il laisse ordinairement M. d'Argenson chez madame de Gon* tant, et quelquefois il dit en sortant à celle-ci : Mon chancelier vous dira le reste. Après quelques jours de ce manège moitié dévot, moitié profane, l'officier de Son Altesse s'est cru en effet obligé de continuer très-intimement la conversation de son maître; la Cavorite n'a pas Urdé à s'apercevoir qu'en disant le reste il s'exprimait beaucoup nient que le duc d'Orléans lui-même, et elle a bientôt autorisé M. le
93 CHKONIQUES DE L*(EIL«DE-BŒUP.
chancelier à te charger des communicitions en entier, an lieu de le borner à les finir.
Tout le monde ne se livre pas à l'abnégation de grandeur militaire que M. le duc d'Orléans affiche, lorsque l'Europe est en feu. Le marquis deSouvré voulait obtenir un commandement supérieur, mais ce gentilhomme ne se trouve pas sur la voie des grâces. Son humeur est ouverte, franche, sans retenue , ce caractère ne fait que des ennemis à la cour; Louis XV lui-même ne favorise point les gen& qui se mettent à leur aise avec lui. Feu le maréchal de\illeroi a tant répété à ce monarque qu'il était le maître absolu de la France et de set habitants, qu'il a fini par le croire, et le seigneur assez hardi ponr parler familièrement à Sa Majesté en est reçu comme un barbet qui met ses pattes crottées sur les genoux de son maître. Souvré n'a donc point obtenu son commandement; piqué de ce refus, qu'il regarde comme un déni de justice, le marquis avait promis de s'en venger par un de ces traits de franchise qui déplaisent tant au roi , et il a tenu parole. Louis XV, en se rendant chez la reine, rencontra hier, dans les appartements, M. de Poyanne : « Je viens de vous donner » un régiment, lui dit-il. — Oh! oh! s'écria avec une feinte surprise » M. de Souvré, qui se trouvait là, vous le savez donc, sire ? a Rien ne pouvait être plus désagréable à Sa Majesté que cette saillie, en ce qu'elle donnait à penser aux courtisans que Fleury nommait encore à tous les emplois. Le roi tourna le dos au malin critique , et s'éloigna très -mécontent , sans écouter les rcmercîments du nouveau colonel.
J'ai dit que le cardinal ministre n'avait point mis M. de Bellc-Tsle en mesure de faire le siège de Vienne ; cette capitale fut seulement investie quinze ou vingt jours, après quoi l'électeur de Bavière et le maréclial français passèrent le Danube et marchèrent vers la Bohème. Marie-Thérèse faisait avancer toutes les forces dont elle pouvait disposer, afin d'éloigner ses ennemis du centre de l'Autriche; eUe avait même rappelé le général Neuperg, opposé en Silésie au roi de Prusse : ce qui laissait ce prince paisible possesseur du pays. Mais ce mouvement de troupes n'avait point empêché Charles- Albert de recevoir, à Lintz, le serment de fidélité des Etats d* Autriche ; dix mille hommes restés dans cette place, sous les ordres du marquis de Ségur, devaient conserver la conquête des alliés.
L'armée fraDCOHlNivaroise s'arrêta, le 33 novembre , sous les m^irs de Prague. Après une marche longue et diffieile , les soldats étaient harassés et manquaient de vivres ; la capitale de la Bohême pouvait leur en fournir... Il fallait donc l'enlever d'assaut, ou succomber au besoin. Rien de plus puissant que l'aiguillon de la faim ; cette grande ▼ille fut conquise dans la seule nuit du S 5 au 26. Le grand-duc de Toscane , qui s'avançait à marche forcée pour la défendre avec trente mille hommes, ne put arriver à temps ; il était à cinq lieues de Prague quand l'électeur s'en rendit maître. La ruse, si souvent préférable à la force, eut tous les honneurs de ce succès; décrivons. Une attaque ùiiie sur un point, avec un grand fracas d'artillerie, avait attiré toute la garnison, qui n'était composée que de trois mille hommes. En ce moment, le comte Maurice de Saxe, nommé lieutenant général en 1736, disait poser une échelle du côté opposé à celui de l'attaque. Cette partie du rempart était déserte; la nuit était sombre; un silence profond régnait dans les rangs français. M. de Chevert, lieutenant-colonel du régiment de Beauce, monte le premier; une seule sentinelle se présente à lui... Un coup d'épée dans la gorge éteint le cri d'alarme qui va s'en exhaler. Bientôt la ligne d'escalade a fourni deux mille hommes , on marche à petit bruit vers la garnison; surprise par derrière , elle met bas les armes , et se rend à discrétion. Au point du jour , les habitants de Prague apprennent avec une indicible surprise que dix mille Français ou Bavarois sont dans leurs murs. Le soir même, (Sharles-Albert fit sou entrée à Prague ; peu de jours après , il y fut couronné.
Cependant Frédéric II , rendu libre de ses mouvements par la retraite du comte de Neuperg, avait combiné ses mouvements avec ceux du maréchal de Belle-Isle; il s'était emparé de la Moravie, province située entre la Silésie et la Bohême, et pouvait au besoin lier ses opérations à celles de l'armée franco-bavaroise. Voyons ce qui se passait sur d'autres parties du théâtre de la guerre.
L'Espagne a fait passer en Italie plusieurs corps de troupes dont le commandement supérieur est confié au duc de Montemar, seul général que Sa Majesté Catholique puisse opposer à ses ennemis. Une singularité digne de remarque, c'est que le grand-duc de Toscane, mari de la reine de Hongrie, neutre dans la cause de sa femme et de tes enfants, s'est vu contraint de livrer passage sur ses Etats aux ennemiB armés contre cette ^souveraine.
ToujoHri couverte de rolivier trompeur de la paix, TAnsleterre poursuit sur les mert les vaisseaux de nos alliés ; elle s'en em|^re au mépris du droit des nations. Cette puissance attaque aussi les nôtres, mais ce n*est pas avec le même succès. Une esoadre angHaisc stationnée à la Jamaïque ayant feint de prendre des vaisseaux rnaçaia scNTtis de Saint-Domingue pour des vaisseaux espagnols, leur livn Wtaille vers le milieu de janvier. Le chevalier d'Epinay, qui comman* dait cette division , composée de quatre voiles seulement, ne Decnla point, quoique les ennemis en eussent six. Malgré la double supériorité du nombre et de la force des bâtiments, les Anglais, démâtés et faisant eau de toutes parts, furent obligés de se retirer, après avoir fait des excuses au commandint français. Celui-ci leur fit répondre que , sans la modération qui lui était recommandée par le ministère du roi, il aurait poussé le combat jusqu'à la dernière extrémité. An. mois d'août suivant, les vaisseaux de Sa Majesté, U Borie, VAifgaiUom et la frégate la Flore furent assaiUis , à l'entrée du détroit de Gibraltar, par quatre vaisseaux et une frégate de Sa M^esté Britannique. Nonobstant cette inégalité de forces, les vaisseaux du roi combattirent trois heures et se retirèrent sans le moindre désavantage.
Tel est l'usage ordinaire du cabinet de Saint -James : £iire la guerre sans la déclarer, et profiter tout à la fois de ses chances et des bienfaits de la paix. U est douteux que l'Angleterre s'honore aux yeux de l'Europe par une semblable politique.
Il y a loin de ce qui se passe dans l'arène sanglante que je viens de parcourir aux jeux riants de la scène; j'y dois cependant revenir pour remplir ma tâche. On a joué cette année avec un grand succès, k la foire de Saint-Germain, la Chercheuse d'esprit, opéra-comique de M. Favart. Cette pièce n'est pas la première de sou*auteur ; il en a fait représenter déjà un assez grand nombre sur les théâtres des foires Saint-Germain et Saint-Laurent M. Favart n'avait pas plus de quinze ans lorsqu'il tenta sou premier essai dramatique; mais jusqu'ici ce jeune pocte ne s'était pas élevé au niveau de Panard , que l'on pourrait appeler le Molière du Vaudeville. La Chercheuse â^esprU est une composition remplie de grâce, de naturel et d'esprit; elle a suffi pour mettre Favart hors de ligne, ainsi que le prouve ce quatrain :
Il est UB auteur en crédit
Qui dans toas les temps saura plaire;
hWlS XV. 95
II fit la ChtrchiUÊt Smprity
E( n'eo chercha point pour la faire.
Le mérite de cet opéra-comique eût donc suffi pour jmtiJier U voi^ue <|u'ii obtient; mais une scèoe épisodiqus, jouée derrière le théâtre pendant une des représentations^ a porté dans tous les salons et jusque dans les petits appartements de VeriaiUes. Jcl renom de la Cher^ chetue d'e9priL
Les principaux vaudevilles de l'ouvrage furent parodiés , de» mu apparition, par ua bel esprit du grand nuuide,. qui dans set couplets n'épargna point la malice, et pour rendre sa eûtique plus piquante il la fit porter à-plomb sur toutes les aclriees quÀ jptient dans la pièce. Ces dames, indignées de la licence poétique d'un rineur qui, à l'égard de plusieurs d*entre elles, était un petit ingrat, se réonirent un beau jour pour méditer une vengeance égale au moins à l'injure* Celle que la confiance commune avait mise à la tète du complot, bien fixée sur ce qu'elle devait entreprendre, fait guetter l'ennemi, qui ne manquait guère le spectacle de la foire Saint-Germain; informée, un soir, qu'il est à l'amphithéâtre, eUc va se plaoer à ses côtés, lui parle de sa chanson, et le comble d'éloges sur cette ceuvre spirituelle. « Vous ne m'avez pas ménagée, ajoute-t-eUe en M riant, mais je suis bonne princesse, j'entends à merveille la railm lerie , et je ne saurais me fâcher quand les choses sont dites avec m autant de finesse et d'esprit. U y a de mes compagnes qui Ibnl les » bégueules, je veux les désoler en leur chantant moi-même vos cou- • plets publiquement. Il m'en manque quelques-uns, soyex assez bon w pour venir les écrire dans ma loge. » Le jeune homme , qui peutêtre voit une bonne fortune dans ce rendez-vous, suit l'actrice entre les deux pièces, sans se douter qu'un piège est caché sous le ton d'a^ fkbilité de la perfide. Sa confiance commença k se démentir quand il vit toutes les actrices du théâtre réunies dans la loge de celle qui l'amenait. Essayant toutefois de faire bonne contenance, il demanda une plume.
« En voici plusieurs ! s'écrièrent les comédiennes en tirant de longues poignées de verges de leurs poches.
— Bon ! bon ! vous voulez rire, mesdames; mais je suis pressé, donnez-moi du papier.
— Non pas , reprirent les actrices , c'est nous qui allons écrire sur vélin... Bas la culotte»
En votre présence , mes belles dames ! répondit le chansonnier
en riant ; il est vrai que, pour quelqaes-unes d'entre vous, il n*j an- ' rait rien de nouveau...
• — Cest possible , reprit la directrice du complot ; mais aujourd'hui... c'est différent 11 s'agit d'écrire; nous tous avons montré les plumes, découvres-nous de bonne grAce le papier... Ou ces longues paires de ciseaux couperont le vêtement, au risque de ce qui poum arriver.
— - Ah çà ! mais c'est une plaisanterie ! dit le poète, qui ne riait plas.
— Du tout, monsieur, répondirent en chœur tontes les beautés offensées, c'est un châtiment ; et si vous tardm une minute... Sur ce, dix paires de ciseaux terminèrent, en paraissant, le sens de cette déclaration.
— C'est trop de retard , s'écria une grande femme aux yeux noirs qui jouait les soubrettes. Puis , par une impulsion inattendue , elle renversa le chansonnier sur un canapé.
En moins de rien le pauvre garçon fut dépouillé du rempart qui défendait le prétendu vélin contre la fureur des assaillantes.
tt Maintenant, mesdames, poursuivit la directrice, ferme à la besogne. Et soudain une terrible fustigation tomba sur la partie la plus bombée de l'infortuné rimeur.
— GrAccI grâce ! mesdames, s'écriait-il d'une voix déchirante.
-« Non, non, répondait la grande soubrette, il faut que nous écriirions notre satire à Vtncrt rouge.,. Et les verges de redoubler.
— Allez , monsieur , allez maintenant faire des couplets sur cette aventure , dirent les comédiennes après avoir cessé de frapper. » Elles jetèrent ensuite notre poète fustigé dans le corridor, d*oh il se sauva comme il put sa culotte à la main ; mais ce ne fut pas sans escorte : une foule nombreuse, ameutée par les correctrices, atteurdait leur victime aux portes du théâtre ; il dut traverser voile au ▼eut cette cohue moqueuse, qui l'accompagna jusque chez lui au bruit des huées et des brocards. Cet homme fut si honteux de cette catastrophe, que, n'osant plus se montrer, il partit, trois jours après, pour les Des, et l'on n'a pas eu encore de ses nouvelles.
L'année 1742 a été ouverte à la cour par la réception de.Zaïd- Effendi, ambassadeur de la Porte Ottomane, qui arriva à Paris le 7 janvier et reçut sa première audience du roi le 1 1 . L'entrée de ce
nusolman dans la capitale eut beaucoup d'éclat : quoiqu'il fit ce jour-là un froid très-piquant , une foule immense brava Tintempérie de la saison pour satisfaire cette curiosité poussée, chez les Parisiens, jusqu'au mépris du danger et même de la souffrance. Mais les nombreux esclaves qui formaient la suite du seigneur turc durent ressentir plus vivement encore que les curieux Timpresdon de la gelée, car ils étaient vêtus comme ils le sont sous le beau ciel de l'Orient. Zaïd-Effendi est un homme de cinquante-cinq ans, d'une taille moyenne et d'une' physionomie respectable ; son œil est vif et spirituel; son maintien a de la noblesse, de la gravité. Nos érudits ont été surpris du fonds d'instruction que possède ce mahométan, dmit la grâce, l'aménité, l'enjouement, la politesse, autant que ses connaissances variées, feraient beaucoup d'honneur à un courtisan de Yeraailles. Du reste , l'envoyé du Grand Seigneur est un Turc philosophe, riant sans cesse du Coran, appelant Mahomet un homme habile , et buvant du vin de Champagne ou de Boui^ogne en excel* lent chrétien.
Le séjour de Zaîd à Paris donne lieu au renouvellement d'une partie des scènes variées qui ont marqué, il y a bientôt vingt-sept ans , l'ambassade du prétendu diplomate persan : on le visite chez lui ; on veut le voir manger, boire , fumer. Mais il exige moins de la complaisance de nos dames que le jésuite-comédien de 1716; convenons aussi que nos belles Parisiennes , peu jalouses d'apprécier ses connaissances en histoire , en géographie, en physique, en astronomie, loi montrent une sorte de froideur justifiée par ses cinquante-cinq ans. Hais si les rides naissantes de l'ambassadeur effrayent notre belle jeunesse féminine, ce diplomate est accompagné d'une foule d'oAciers an teint brun, aux yeux noirs, aux sourcils épais, dont l'aspect répond bien k l'idée que plusieurs de ces dames se font de la puissance musulmane. L'ambassade de Zaïd a déjà donné matière à bon nombre d'aventures galantes , et l'on chante partout que ces
nesfliears
PorttDt un turbsD sur la tète Moas ont fourni plus d'un chapeau.
Quant aux esclaves, on ne voit qu'eux dans nos tavernes, ob ils s'enivrent en vrais croyants... aux vertus du bon vin.
Au milieu des réjouissances données à la cour pour la réception de l'ambassadeur turc, on a re^ des nouvelles de Francfort, oii