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•I CHRONIQUES Dft L'aSlfj4>E-IK£UP.
rëfe0lc« âe BMriëra d M. de IMto-Ue Mlidk «oat KveiMw apiès la prbe de Pngae. Il est à renuBfver ^e «Um celle cîreeiisle] maiédial nùMlre fiésHpotealMÛe ém wi a lut «ne eatsée e»i ua M«^«nia, et q«e le pmee mot la ftèle duquel ea aliait places le cewenne ÎMpériale BemUait Cure partie de la MÂle du ^éeénl €nm ^ab. Cfaariet*Alkcrt , reeenne l'aa deaûer aidûdtte d'Autriche à LmU, pre^oné cnMÛte wi de Bebème à Pfe^ue, a éiédéolaré, le 4 laeWer de la préaeule aanée, rai des ReauÎBa, et le JS fiévôcr réiecleiir de Gelegee mb frète , ooBflûa ptr la dièle d'éleeten 4e FfaBefart, Ta couffOMié empeveer «his le ttom de Gharlea ML
SatiifiHt d'aveir fût, eu , pour n'espmier plus eonveuaUeMcm, d'avoir noiuié uu euipeeeur, Louis XV restait fart indifiieeat tmr et év^uencnts de la guerre fui pouvaieut leudre i'électiou ûénwmimtk Sa Msjeaté fut tceb temaînes sans se Caiie rendie ooMpte de ee qoi se passait en Bahènie , eu Bavière et de Tautre o^ des.AlpcB. Il f u le eependant de quoi tenter la curiosité : plus de cent nùile FrançHs enga^s en Allemagne et en Italie, des dépenses énormes qm obI néecssité le réublissenent teaaporaire, éHr-cm , del'inipdt du dixième des revenus; la nécessilé de soutenir avec honneur une tloke qu'on s'est imposée avec orgueil , voilà des motifs sufluants pour cuâler an peu plus la sollicitude de Sa Majesté,
Il y a loin, très-loitt du comaaeocement de succès que noua «v«na obtenu au triomplie décisif. Le roi de Prusse , poursuivant sa manehe victorieuse, s'est emparé de la ville et du CMuté de GUts; les Autrickiens, inquiétés par la proiimiié d'un corps français marniuinl sous les ordres du doc d'Harcourt, ont levé le siège de Stmubing , et le comte de Saie a pris la forteresse d'Egra. Biais n'oublions pas ^pe le pnnce Charles de Lorraine, auquel le grand^uc de Toscane aun frère a remis le commandement des troupes autrichiennes en Bohèaae, occupe ce royaume avec trente-cinq mille hommes , et qtte les haibitants se sont presque généralement déclarés pour lui , nonolMilant le couronnement de Cliarlcs-Albert à Prague. D^ailleurs l'armée fcaaoobavaroise est dispersée sur une surface trop étendue pour faire la guerre avantageusement de ce côté ; ajoutons qu'elle manque de cavalerie , ce qui Ia met souvent dans le cas de voir ses communicatânM avec rAutriche , la Bavière et le pays où se trouve Frédéric U, coa» pées par des nuées de Croates, de talpaches, de pandours et de bonaards. Ces partisans, qui ne paraissent jamais «a ligne, pourraient
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être eiMniNirés h ces movstîqaes trop faibles p<rar se rendre redoutables, mais Mses tneommodes pour fatiguer le Tojagear auqtiet îlss'attadieiif.
Si sotre sitmftteB en Bobème n'antorise point une complète obscErite, c'est avec une véritable frayeur qu'U font considérer le malheur de nos «mes y déjà réalisé dans la haute Autriche et surtout en Bavière. L'astriehien Kevenhuller , à la tète de vingt mille hommes , ▼caait de conquérir teut PEtat électoral de Charles-Albert , Etat entièrement dégarni de troupes, et que n'ont pu défendre, avec un faible corps de dix mille Francis on Bavarois , le comte de Ségur et le lieutenant général Mimni. Incapables de tenir la campagne contre des forces doi^les des leurs, ces oficiers ont de s'enfermer dans LmH; mais, bientôt assiégée par le grand-duc de Toscane, cette place mai fortifiée n*a pu résister longtemps , et M. de Ségur a été COOtTaîntde la rendre après une défense aussi sanglante qu'inutile. La garnison, en capitulant avec tons les honneurs de la guerre, s'est néanmoins engagée h ne pas servir d'un an contre la reine de Hongrie : voilà donc dix mille hommes neutralisés.
Cet événement devait entraîner la perte de la haute Autriche , et cette conséquence a été immédiate. Pendant ce temps , le partisan Steîns , pénétrant dans la Bavière par le Tyrol , ouvrait cette route à «n antre aventurier nommé Montzel , qui avec moins de cinq mille hommes s'empara de Munich le quatrième jour de cette invasion* Ifontsel se conduisit dans cette capitale en brigand plutôt qu'en vainqnenr : il pilla les palais , les maisons de plaisance du souverain , en enleva jusqu'aux tentures, tandis que ses soldats violaient les dames d'honneur , les femmes de chambre , les demoiselles de compagnie. Des oAcien du corps de ce partisan obligèrent ces dames à coucher avec eux dans le lit même de l'électrice, dont ils enlevèrent ensuite les draps. Les maisons particulières ne furent pas plus respectées : eetle soldatesque effrénée y exerça des cniautés inouïes sur les habitants cftti voulurent essayer de défendre ce qu'ils possédaient de plnt cher, l'honneur de leurs femmes, de leurs soeurs, de leurs filles^ Le barbare Montsel quitta Munich après y avoir commis et fait commettre toutes ces horreurs. 11 ne restait pas dans cette ville une seule vieife an-dessns de Pêge de douze ans. On n'y aurait pas trouvé un ■enl mari dont la femme n'eAt pas assouvi la brutalité de cinquante •rtdata an moins pendant le séjour des conquérants. Plus de cent in-
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fortunées Bavaroises moarurent des suites des violences qui leur avaient été faites. Je voudrais bien qu'on ne prit point pour une méchanceté ce qui me reste à ajouter sur ce rapt ^néral : aucune religieuse ne fut malade ; Dieu avait fait une grâce spéciale à ses pîe^ues servantes, afin de convaincre les indévots.
Cest ainsi que Charles VU perdait ses Etats en acquérant, par un triste retour, plusieurs centaines de sujets au mépris de l'hymen pendant que la diète d'élection lui décernait la couronne impériale. L'insigne éclatant d'une grande puissance brillait sur son front , et quelques misérables coureurs brisaient son trône électoral, polluaient la couche de sa femme, et se riaient, en buvant le vin de ses caves, du vain tilre d'empereur qui ne pouvait arrêter leurs attentats.
Tant de malheurs peuvent encore s'accroître par les désastres probables de nos armées en Bohème : le maréchal de Belle-Isle, retenu à Francfort par sa maladie ; Charles YII lui-même , qui s'y trouve confiné par de nombreux partis autrichiens poussés jusqu'aux bords du Mcin, ne commandent que de loin, et à Taide de communications difciles, les troupes opposées au prince Charles de Lorraine. Il y a plus, la mésintelligence se glisse insensiblement dans cette armée : les Saxons se plaignent des Prussiens , les Bavarois se montrent jaloux des Français : des troubles graves peuvent d'un moment ii l'antre éclater dans ces rangs formés de diverses nations. Il faut ajouter à ces sujets trop réels d'appréhension que la Suède, qui, l'année dernière, avait déclaré la guerre à la Russie pour l'empêcher de secourir Marie-Thérèse, vient d'être forcée de conclure la paix. Sa Majesté Suédoise, après des tentatives malheureuses , avait laissé enfermer son armée à Helsingfors, oii elle risquait d'être prise au premier moment. Dans cette position désespérée, le roi dut signer un traité, ou plutôt une capitulation , pour obtenir le retour de ses troupes à Stockholm. Or, la Russie pouvant h la suite de ce traité disposer de l'armée qu'elle employait contre les Suédois , ne l'enverra-t-elle pas en Allemagne pour soutenir la reine de Hongrie, et ne doit-on pas craindre que Frédéric H, rappelé dans ses Etats parce nouvel ennemi, n'enlève au corps franco-bavarois i'apppui qui seul lui fait conserver quelque avantage sur le prince Charles de Lorraine ?
Du reste, Marie-Thérèse, puissamment secondée par l'or de T Angleterre , de la Hollande , de Venise, par le dévouement de ses sujeu, mais surtout par sa fermeté, sa oonsUnce inébranlables, Marie-Thé-
rëse a pour elle tout ce qui donne ia victoire : l'argent, l'ardeur des troupes et l'amour des nations. Cette princesse fut saisie , il y a quelques mois, des douleurs de l'enfantement, lorsqu'elle fuyait de ville en ville, de bourg en bourg : «c Je ne sais, ëcrivait-ellc alors à la » duchesse de Lorraine sa belle-sœur, je ne sais s'il me restera une 9 maison pour faire mes couches. » Rien n'excite l'intérêt comme une femme courageuse... La politique d'une forte partie de l'Europe est contre la reine de Hongrie, mais elle triomphera, je crois, par la conquête des cœurs.
Cette conquête des cœurs, qui donne tôt ou tard raison aux souverains sur leurs sujets, et même sur leurs ennemis, joue parfois de bien mauvais'^ours dans les liens du mariage , et les têtes couronnées n*en sont point exemptes ; Marie Lecûnska, reine de France, l'éprouve à son tour.
C'était le soir; le vieux cardinal de Fleury, débarrassé pour quelques heures du fardeau des affaires, se reposait chez la princesse de Carignan, sa maîtresse, dont j'ai négligé de parler jusqu'ici, parce que la maîtresse d'un homme de quatre-vingt-neuf ans ne peut exercer qu'une faible influence dans les actions de sa vie. En effet, cette dame n'a point Pallure d'une favorite : Son Eminence la consulte souvent, lui confie quelquefois les secrets de l'Etat; mais elle a compté quarante-cinq hivers, elle n'est plus belle , il est loin de sa pensée de vouloir gouverner. I^ princesse tiendrait néanmoins à ce que le cardinal gouvernât jusqu'à sa mort. Cétait donc un soir, auprès du feu, que ce couple aux passions refroidies parlait de l'amour singulièrement prolongé de Louis XV pour la reine. « Il serait ur- » gent , mon cher cardinal , disait madame de Carignan , de rempla- » cer dans le cœur du roi cette flamme qui doit être près de s'éteindre. » Sa Majesté n'a que trente-deux ans : quelle révolution n'aurions-nous 9 pas à craindre, si un amour brûlant, un amour k la manière de » celui de Louis XIV pour la Yallière , allait faire irruption dans ce « cceur naïf! U faut, mon cher cardinal, prévenir l'événement ; et le » vrai moyen , c'est de donner au roi une maîtresse de notre main. » Nous choisirons une femme, qui, satisfaite du département des » plaisirs, ne songera pas à vous disputer celui des affaires; extré- » mité vers laquelle vous courez , si vous laissez jeter le grappin sur » Sa Majesté par une des sirènes ambitieuses dont la cour est remplie. M J'ai mûrement étudié la comtesse de Mailly, dame du palais de la
loi CHROmOUES DE L^ŒlIi-DE-BOEUF.
reine : e'etC «m feaiine ardente, elle aime Lonis JlV; Je ne connais qne Famlntîmi du lit : je cnu qu'elle nous eonrient k t«ns ^rds. Madame de Mailly n'est pas très-jeune, mais les nonveanz libertins recberdient les maîtresses eipérimentëes : eDe n'est pasbelle, mais vn dogne qiiî a faim se jette snr tont. Que pensez-vous de mon projet, monsieur le cardinal? — Mais, princesse, répondit Son Eminence , je le trouve fort bien conçu , il est surtout fondé sur une probabililé instante, car je crois m'être aperçu depuis loogstemps que le roi ne coucbe pas souvent cbez la reine; que, même lorsqu'il y coucbe. •• Un premier ministre, vojes-vous, doit tout savoir... Ainsi, tout bien considéré, la flamme dont vous parfiez tout à Fbeure n'a plus que quelques instants , non pas à briller, car elle ne brille plus, mais à languir dans le cœur du roi... Qu'on lai livre donc la Mailly ! »
»'— - Cn instant, monseigneur, reprit madame de Car%nan, gardons nous de rien brusquer. Un mari qui n'est plus amoureux de sa femme peut continuer très-longtemps de la voir par instinct conjugal, et Ton se lasse vite d'une maîtresse. Dans le mariage, la tendresse se nourrit d'habitudes; tandis que l'amour ne vit que de plaisirs: d/goAtë de la comtesse, le roi pourrait revenir k Marie Leczinska, et, pendant qu'il lui fabriquerait le reste d'une douzaine de princes ou de princesses, nos aflaires n'avanceraient pas. Agissons de manière à prévenir tout d'un coup ce retour à la routine dn ménage : j'en fois mon affaire avec le confesseur de la reine. » En effet, ce béat imbécile, séduit par un bénéfice de sept à huit
mille livres, entra facilement dans les vues du couple qui conspirait
contre les plaisirs féconds de la reine de France.
«c Madame, lui dit-il un matin, les joies du mariage sont une des
lois du Seigneur.
— Sans doute, mon père, répondit la reine, aussi vous saves que j'y obéis...
— Oui, madame. Votre Majesté a prouvé sous ce rapport son entière obéissance aux commandements de Dieu... Mais tout devoir a ses limites.
— Que voulez-vous dire , mon père ?
— Que Votre Majesté a rempli les devoir d'une digne épouse... elle a donné un héritier, au trône et beaucoup de princesses à la France... elle en a même donné deux à la fois. Maintenant le
LOUIS XT. fO^
rvm impose un antre deroir : me sera-l-il permis 4e le révéler à votre pîété ?
— Parlez, }e Tons prie, monsieur, parles.
— Eh bien \ Votre Majesté ferait nne cImmio agréable à Diea en exerçant la plus excellente des vertus chrétiennes... la chasteté..
— Je ne croyais pas, mon père, dit Marie Leczin^ui avec lîerfé, que personne an monde put m^accnser d'avoir manqué k cette vertu.
-—Mon Dien! madame, reprit vivement le confesseur, suis-je assez malheureux pour que Yolre Majesté art pensé que j'osais sou]^ çonner la pureté de son âme?... J'entendais parler de k diasteté nbM^ne...
— Absolue !... c'est-indire qui interdise an roi...
— Oui, madame, interrompît le confesseur, c'est ce que j'avais entendu.
— Mais, mon père, si le roi cherche ailleurs une compensation?
— Lui seul en sera comptable envers le ciel...
•^ Et si je pouvais sauver Sa Majesté de la damnation...
— Ce ne serait qu'un acte de charités, et la continence est em» preinte d'une piété supérieure...
— Je croyais cependant que la charité...
^ Est une douce vertu... Il faudra la remplacer pragresrivement pur la chasteté, afin que la pensée soit d'accord avec les actions...
— Mon père... je sens toute rexcellence de votre conseil... je travaillerai à le suivre; je presserai, je brusquerai, s'il y a lieu, Pinterdiction , pour arriver plus tôt à la chasteté désirable.
— Absolue, madame.
— Oui , mon père , absolue. »
Marie Lecûnska n'avait point fait une vaine promesse à son eonfessenr. Peu de jours après cet entretien, le roi, ayant la tète échauffée pir le vin, se glissa dans le lit de la reine. L'attaque fut moins tendre qne bachique ; elle excita le dégoèt de cette princesse, qui repoussa nvec une sorte de brusquerie les embrassements de son royal époux. Louis XV, piqué au vif, jura qu'il ne recevrait pas deux fois un pareil affront : il s'éloigna sur-le-champ , et la ehasUti absoive eut dès ee flSdment bean jeu.
Le cardinal et U princesse de Carignan mirent le duc de Richelien , revenu de son ambassade de Vienne , dans la confidence de leurs projeu , il se chargea de préparer le roi k l'infidélité conjugale.
et de faire naître en lui le désir de posséder la comtesse de Maillj. Ce seigneur, profondément versé dans l'art des séductions, réussit promptement à persuader ce prince , aigri par le ressentiment de ce qu'il appelait Tinjure de la reine, «c Oui , s'écria Sa Majesté avec dé- » pit, je chercherais vainement à me le dissimuler, ces habitudes de » ménage laissent dans mon cœur un vide que j*ai besoin de remplir.» Au moment oii le monarque parlait ainsi, le vide était d'autant plus grand, que trois semaines sélaient écoulées depuis l'aventure du lit. Le roi exprima l'intention de recevoir dès le lendemain la comtesse de Mailly.
Cette dame ne s'était pas armée du moindre scrupule contre la proposition qui lui avait été faite par madame de Carignan ; une intrigue avec le roi était depuis longtemps l'objet de toute sa convoitise : l'ouverture de la princesse combla de joie cette femme ardente. Esquissons cependant le portrait de la première maîtresse de Louis XV.
Madame de Mailly, Aile du marquis de Nesle , n'a de remarquable dans le visage que de grands yeux noirs, assez durs dans le commerce de la vie, mais que l'amour sait rendre doux et même langoureux; la comtesse a de belles dents, une grande bouche, un nez trop iong, un teint trop brun ; et le tout constitue une physionomie , non pas séduisante, mais empreinte de ce je ne sais quoi de piquant que l'on préfère huit jours à la beauté régulière , parce qu'il promet pins qu'elle. La taille de madame de Mailly est haute , un peu épaisse ; sa gorge est blanche , volumineuse ; il y a quelque chose de délibéré dans la démarche de cette dame, dont le pied est loin d'être petit. A tout prendre , le choix du cardinal tombait sur la femme la plus propre, par son abandon, à lancer Louis XV dans le libertinage, et la moins capable de Axer son cœitr. Mais on ne s'était point inquiété de celte dernière circonstance : Tlnfidélilé conjugale est le premier pas d'une longue suite de passions inconstantes. Madame de Mailly a peu d'esprit, mais elle possède cette adresse qui manque Faremcnt aux femmes galantes; elle est , en outre, tendre, caressante , et Ton verra bientôt que sa complaisance peut aller fort loin.
La première entrcN^ue eut lieu dans les petits appartements, qui sans doute vont devenir le théâtre des galanteries royales : j'en parlerai. La comtesse était loin de s'attendre à l'échec que ses charmes allaient éprouver au sein même de son trlomohc ; mais la nature a
ses caprices. Malgré Pélan d'an tempérament fougueux, malgré la priyation oii il avait vécu depuis sa rupture avec Marie Leczinska, le roiy dominé par une timidité inopportune, ne put appuyer du moin* dre témoignage les protestations amoureuses qu'il adressait à celle qui se livrait à lui si résignée à sa défaite. Les grands yeux noirs dont j'ai parlé semblèrent dire plus d'une fois au monarque défaillant : Quoi !
Quand je suis toot de feu , vcas êtes toat do glace I
Mais ce reproche muet ne réveilla point lés sens engourdis de Sa Majesté : la comtesse rouge de honte, éperdue, désespérée, alla près de la princesse de Carignan se plaindre , en pleurant, du peu d'impression qu'elle avait produit. On eut beaucoup de peine à la déter^ miner à un second tète-à-tôte ; elle y consentit cependant, a Ecoutez, » ma chère comtesse, lui dit Richelieu, qui la connaissait de longue » main, et qui, par un semblable motif, pouvait parler librement en 9 présence de la princesse ; quand vous serez auprès de Louis, 11 faut » oublier le souverain, ne voir que l'homme, et savoir attaquer, si » vous n'êtes pas attaquée. » Encouragée par ce conseil, mais surtout par la docilité avec laquelle le roi se prêtait à un second rendez-vous, elle y déploya toutes les ressources de tactique assaillante dont les courtisanes usent en pareil cas. Le succès fut complet : Louis XY se montra , cette fois , aussi emporté qu'il avait été timide pendant la précédente entrevue.... Dans ses transports il mit en pièces le fichu de la comtesse , et le reste de sa parure offrit bientôt la preuve du plus grand désordre... Rien de terrible comme un poltron échauffé... Madame de Mailly sortit enchantée des appartements; elle courut, sans avoir rien réparé, chez la princesse de Carignan , qui attendait avec Richelieu le rapport de cette seconde expédition : « Voyez, de » grâce, dit-elle en entrant, comme il m'a accommodée... » Poussant encore plus loin une démonstration d'oii jaillissait , suivant elle , le premier rayon de sa gloire , la nouvelle maîtresse du roi découvrit aux yeux de ses instigateurs des témoignages irrécusables du sacrifice dont elle venait d'être la divinité et l'autel, ce Bien, bien, dit la prîn- » cesse en rougissant , nous sommes convaincus. »
Ce»t ainsi que Louis XV rompit avec la vertu, lancé dans le sentier du vice par la politique ambitieuse du vieux cardipal. L'essor étant pris , ce prince ne songea plus qu'à s'enivrer sans obstacles à
fO« CHRONIQUES DE L'ŒIL-DE-BŒUF.
h coupe des voluptés. Le comte de Mailly, qui jusqu'alors s'éuît fort peu soucié de sa femme , et qui voulut s'aviser de faire le jaloux , eut llnjoDCtion expresse de s'interdire non-seulement toute observation^ mais encore tout commerce avec la comtesse : on lui fit insinuer, en outre, que, s'il était sage, c'est-à-dire s'il donnait à madame liberté tout entière de ne pas l'être, on aurait soin de sa fortune. Alléché par cette promesse, M. de Nesle, père de la favorite, voulut à son tour âcver la voix. « Mon cher mavqnis , !■■ dit Richelieu » décidément investi des fonctions que Dubois remplissait auprès » du régent, le roi pourrait se contenter de rire des vertueuses Criail- » leries de l'homme le plus dissolu de l'Europe; mais Sa Bfijesté est » bonne : c'est de l'argent que vous voulez ; voici un bon de deux » cent mille livres, allez en toucher le montant au trésor royal, et ne » faites plus l'enfant. •
Cependant le roi se livra avec une telle vivacité à son goût pour madame de Mailly, il s'attacha surtout à braver si ouvertement le chagrin de la reine , qui se repentait , mais trop tard , de s'être cuirassée de chasteté , que Fleury , dont l'âme savait au besoin distiller 1^ jésuitisme, se crut obligé d'adresser quelques remontrances à Sa Majesté , après l'avoir fait dévier de la route du devoir. « Monsieur, B répondit sèchement le roi à l'homélie hypocrite du cardinal , je » vous ai abandonné la conduite de mon royaume, j'espère que vous '» me laisserez makre de la mienne. » Cette brusque réplique satisfit Son Eminence plus que les paroles de soumission qu'elle avait coutume d'entendre de la bouche de son royal élève : elle lui prouva qu'elle allait être le régulateur absolu des affaires de l'Eut; et l'espèce d'acquit de conscience qui venait d'être si violemment repoussé suffisait pour mettre le ministre à couvert de tout reproche sur les dérèglements du roi.
Livré avec emportement aux voluptés , Louis ne songe guère à ses armées ; il s'occupe moins encore de l'empereur qu'il a fait. Cependant , tandis que Sa Majesté languit dans les bras de madame de Mailly, la fortune des alliés achève de se démentir. L'apogée des prospérités est souvent le point de départ des disgrâces : on chantait dans nos quartiers de la Bohême la victoire remportée à Chantuzit par le roi de Prusse sur le prince Charles de Lorraine, et le combat presque aussi glorieux livré au prince de LobloviU par les maréchaux
de Bdle-Isle el de Broglie dans ]« position de Sahai. Les généraux français avaient envoyé des députés au camp de Frédéric II pour le féliciter sur le succès qu'il venait d'obtenir; eux-mêmes se disposaient à pto&Xtr de leur avantage en poursuivant Loblovitz. Tout à coup le bruit se répand que Sa Majesté Prussienne abandonne la coalition , et conclut , par l'entremise de l'Angleterre , un traité de paix particulier avec la reine de Hongrie. Après s'être assuré que cette nouvelle est fondée, M. de Beile-Isle court au quartier du roi de Prusse aân d'essayer de rompre le traité : a Vous arrivez trop tard , mon- » sieur le maréchal, répondit ce prince , je cesse décidément de jouer M votre jeu. Marie-Thérèse, en m'abandonnant la Silésie et le comté • deGlatz, me fait une belle partie, et je suis trop galant pour la » fefiiser. Et puis votre cardinal de Fieury est un vieux enfant qui » Ûe «ait plus ce qu'il CaiL Tenez, lisez cette lettre, qu'il écrivit der- » nièrement an général autrichien Konigsek, et que la reine de Hon- » grie a fait imprimer pour déconsidérer votre cabinet, m Belle-Isie prU l'écrit des mains du roi et lut avec surprise ce qui suit : a Bien » des gens savent combien j'ai été opposé aux résolutions que nous » avons prises , et que j'ai été en quelque façon forcé d'y consentir. » Votre Excellence est trop instruite de tout ce qui se passe pour ne » pas deviner celui qui mit tout en oeuvre pour déterminer le roi à B entrer dans une ligue qui était si contraire à mon godt et à mes » principes. » Quand le maréchal eut achevé sa lecture, il ne concevait pas encore qu'un ministre p(it être assez faible pour condamner, en pariant à son ennemi , la cause qu'il soutenait contre lui. La maladresse du cardinal lui paraissait surtout extrême dans la sortie qu'il faisait contre lui , BcUe-Isle , qui était tout à la fois le général de l'armée de Louis XV et son ministre au congrès. « Aussi , reprit a Frédéric, cette lettre maladroite a-t-elle produit l'effet d'enhardir » vos ennemis et de décourager vos alliés : ma défection et celle de » l'électeur de Saxe, compris dans mon traité avec la reine de Honi> grie, sont la première conséquence de l'étrange conduite de Fieury. » Quelle confiance voulez-vous que nous ayons dans un parti que » votre ministre n'a pris qu'à regret ?» Ce discours était sans ré- ]iUque; le maréchal de Belle-Isle se retira désespéré, et songea dès lors à concentrer son armée pour éviter autant que possible qu'elle iÙL% accablée par les forces réunies des princes Charles de Lorraine cl de LoblovitZy qui s'élevaient à plus de soixante mille hommes«
108 CHROmQUES DE L*ŒIL-DE4(ECF.
Lei maréchaux de Belle-Iale et de Broglie» qui n'avaient pas au delà de trente mille combattants, se mirent donc en retraite sur Prague, après avoir rallié les postes éparpillés sur les frontières de la Mon- ▼le. A peine l'armée française fut-elle en marche, que le prince Charles s'attacha à ses pas, et la &t harceler par des nuées de partisans à cheval. Les comtes de Boufflers et d' Aubiçné , qui se trouvaient aux avancés sur la Moldau, furent forcés dans ce poste ; ils se replièrent en désordre sur le corps principal. Dans une position non moins critique, M. de Broglie montra une contenance plus assurée. Tandis que les brigades de Navarre èombattaient des légions bigarrées de Croates, de pandours, de talpaches , de housards, qui se dissipaient et se resserraient tour à tour comme des essaims de frelons, le maréchal franchissait avec le reste de ses troupes la petite rivière de Blanitz, et, se rangeant en bataille sur l'autre rive, attendait de pied ferme les Autrichiens , qui n'osèrent l'attaquer. Cet habile général décampa pendant la nuit, laissant ses feux allumés pour donner le change à Tennemi. Au point du jour, il lui avait dérobé une marche , et bientôt il arriva sans échec sous les murs de Prague.
Louis XY apprit en même temps la défection du roi de Prusse et le retour des deux maréchaux à Prague, oii le prince Charles les tenait assiégés. Le lendemain un courrier portait au maréchal de Maillebois l'ordre de marcher en Bohême avec l'armée d'observation qu'il commandait en Westphalie.
L'armée du roi ne pouvait manquer d'être promptement affamée dans Prague; voulant prévenir cette extrémité, le maréchal de Belle- Isle essaya de sauver tout à la fois ses troupes et l'honneur de leurs drapeaux : il offrit de remettre la place aux généraux de la reine de Hongrie, à condition que la garnison conserverait armes, bagages, artillerie. Les Autrichiens n'accédèrent point à cette proposition : la famine, que redoutait le général français, était précisément le malheur dont l'ennemi se proposait de profiter, sans égard aux souffrances qu'il allait imposer à une population de cent mille âmes. Au bout d'un mois de blocus les assiégeants, voyant qu'ils s'étaient flattés vainement de faire prisonnière de guerre une armée entière commandée par deux maréchaux de France, ouvrirent la tranchée devant la place et poussèrent les travaux avec activité. Ils étaient déjà fort avancés lorsqu'une sortie de douze mille Français vint apporter le dés-
ortfre parmi les travailleurs. Le général Montî , k la tète de quelques mille hommes, marcha pour dégager les prisonniers et protéger les ou- ^vrages, que les assiégiés avaient détruits en partie; mais ce général, ses troupes, ses canons furent emmenés dans Prague avec le corps qui en était sorti, et les Autrichiens restèrent environnés des débris delà tranchée qu'ils avaient ouverte. Dans ce mouvement, l'armée française avait pu protéger l'entrée d'un courrier de M. de Maillebois, qui annonçait au maréchal de Belle-Isle sa prochaine arrivée sous les murs de Prague. A cette nouvelle, les assiégés perdent \c sentiment de leurs privations, de leurs fatigues; ils se livrent avec courage aux travaux de la défense, ils en bravent gaiement les dangers.
Le prince Charles de Lorraine, informé aussi de l'approche de Maillebois, sentit qu'il allait cesser de pouvoir continuer le siège : honteuse toutefois de l'abandonner, Son Altesse essaya de renouer avec les généraux français la négociation qu'elle avait repoussée le mois précédent; ils la rejetèrent à leur tour. Charles de Lorraine, forcé de songera se défendre, décampa précipitamment, et courut à la frontière fermer l'entrée de la Bohême au nouvel ennemi qui s avançait.
Les affaires des alliés en Italie sont moins prospères encore qu'en Allemagne. L'armée espagnole , loin d'avoir pu conquérir la Lomhardie, a été contrainte de se replier sur Naples, pressée parles troupes combinées de la reine de Hongrie et du roi de Sardaigne» L'infant don Philippe a plusieurs fois tenté de débarquer à Gènes avec un renfort amené d'Espagne; mais, toujours repoussé par des escadres anglaises maîtresses de la mer, ce prince n'a fait qu'errer plusieurs mois sur les flots, en vue du pays ou ses compatriotes subissaient toutes les rigueurs de la guerre* Las enfin de ces vaines tentatives, l'Infant a pénétré par terre dans le duché de Savoie, dont il s'est emparé, ce qui a rappelé Charles-Emmanuel sur ce point.
L'armée espagnole , en marche vers le royaume des Deux-Slciles, se crut d'autant plus près de ressaisir l'avantage après la retraite des troupes sardes , que le roi don Carlos envoyait au-devant d'elle un corps considérable. Mais il arriva dans ce temps un événement auquel ni le duc de Montemar ni le monarque sicilien ne pouvaient s'attendre, et qui détruisit l'espérance qu'autorisait la diversion faite an pied des Alpes par l'infant don Philippe. On vit un matin paraître Ucvant le port de Naples six vaisseaux, six frégates et deux galiotes k