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CHAPITRE XX

Le sans-façoD des grands seigneurs. — La fatalité bénigae. -> Gaucherie doa gentilhomme campagoard. — Le tambour Poisson. — Suite de Texpéditioa di prince Charles-Edouard. — Dernière victoire, que suit de près une défaite. — Charles-Edouard fugitif. — L'héroïne écossaise. — La maladie trahît son

rage; calamités de Stuart; comble de la misère. — Ifademoiselle de tfacdo» nald. — La servante Betty. — Le malheur est conquérant. — Disparition de Cbarles-Edonard. — Yengeances atroces de Georges IL — Msrtyrs de la fidélité. — Présomptions de VOEil-dê-bœuf. — Victoires nouvelles en Flandre.

— Le roi triompba'eur. — Revers de la médaille. — Bataille de Plaisance.

— L'armée franco-espagnole abandonne Tltalie. — Gênes tombe au pouvoir dos Autrichiens. — Dures conditions du vainqueur. — Les Génois se révoltent et chassent les troupes autrichiennes. — Mort de Philippe V et de la Dauphine de France sa fille. —Singuliers regrets de Loois XV. — La douleur et TOpéra.

— La tendresse paternelle d'un roi. — Campagne de Flandre; pri«e de Namur. — Le prince Charles et Msurice de Saxe. — Bataille de Roooux. — Tentative ridicule des Anglais sur nos c6tes. — Occ^ipalion de la Provence par les Austro-Sardes. — Le maréchil de Belle-Isle arrête leurs progrès. — Mort de» maréchaux de Chaulnes et de Montmorency. — Mission Ci>njuga)e du doc de Bichelieu. — ChaHes-Edouard Stuart reparaît ; il rentre en France. — Les ennemis soqt chassés de la France méridionale. — Le marquis de Vaudière devient marquis de Èfarigny. — Caractère de ce parvenu. — La femme enceinte et le Dauphin. — Marie-Joseph de Saxe est mariée à ce prince. — Réjouissances, anecdotes. •— Gargantua masqué. — Diplomatie; révolution en Hok lande. — Quatrième campagne du roi. — Continuation des hostilités en Flandre. — Gaieté française au bivouac. — Bataille de Laufeld. — Siège de Berg-op-Zoom la pucelle. — Gènes est de nouveau menacée. — Boufflers et des secours y sont envoyés par la France. — Belle conduite de ce général. — Prise de Berg-op-Zoom. — Le com*e de Lowendabl est fait maréchal de France. —Mot un peu bmsque du prince de Conti. — Disette de ministres.— Facétie maligne de M. de Brissac. — Mort du duc de Bou£Qers dans Gènes. — Richelieu le remplace. — Les assiégeants abandonnent le siège par suite d'une diversion en Piémont faite par M. de Belle-Isle. — Combats maritimes. — Assaut d'Exilés. — Mort du chevalier de Belle-Isle. — le Méchant de Gresset.

L'élévation de madame de Pompadour éprouve quelques difficultés : les courtisans servîtes, qui ne fouillent jamais profondément dans la généalogie des favoris dont ils peuvent devenir les protégés, admettent volontiers , comme bien décrassée par la tendresse du roi , la fille, un peu douteuse même, du roturier Poisson. Mais les grande seigneurs se montrent plus difficiles \ ils voient avee mépris tous ces satellites plébéiens qui gravitent autour de la maîtresse en titre , et cherchent à réfléchir un peu de son éclat ; de là le sans-façon de plusieurs d'entre eux avec la marquise : le prince de Soubise, par exemple, entre chez la favorite sans se découvrir; on Ta vu plus d*une fois s'asseoir cavalièrement sur son liL M. de Richelieu est moins impoli , mais je ne répondrais pas qu'il f&t plus respectueux.

3t2 CHRONIQUES ht L'ŒU-DE-BŒUF.

Toujours est-îl quMl pénètre à toute benre dm» l'sppsrtenRDt de cette dame , et les instants oh le roi ne s'y trouve pas sont ordinaf r«ment ceux que le hasard fait choisir au duc Je ne sais pas an juste si madame de Pompa dour est complice de cette bénigne fatalité.

Tandis qoe le crédit de la favorite grandit à vue d'œil , V* d'Etîoles, son mari, eiilé de Paris avec une îneonlestable justice , p«»qn'il osait disputer sa femme aux plaisirs d'un grand nri, M. d'Etiolcs promène sa mélancolie jalouse aux extrémités de la France , en attendant qu'une sage longanimité conjugale le rende digne d*ètre rappelé au centre. En province comme à Versailles il y a de l'amfaitioa, et conséquemment de la servilité envers tout ce qid peat devenir un canal de faveurs. Notre voyageur est complimcnlé , traité, fêté partout; les plus grands seigneurs veulent le posséder et le régaler. Une de mes amies retirée dans ses terres, près de MontanlnB, m'écrivait la semaine dernière qu'elle s'était trouvée à une fête donnée ches un marquis de son voisinage, fête dont M. d'Etiolés avait été le héros, avec un peu plus de solennité même qu'il n'en eèt désiré. Un vieux gentillàtrc, assez heureux.pour n'avoir pas la moindxe Idée de la cour, et frappé des marques de considération predigaées à l'étranger pendant le repas , demanda à l'un de ses voisins quel était ce personnage, a Cest, lui répondit-on, le mari de madame* la » marquise de Pompadour. » A ces mots le noble campagnard demande à boire; puia levant son verre il dit à haute voix : « Monsieur » le marquis de Pompadour, voulez- vous bien me permettre de sa- » luer votre santé... » Jugez de la satisftiction d« pauvre mari désemparé. Informé , après force rires étouffés , de la balourdise qu*il venait de faire ,. l'imiocenl gentilhomiM voulait essayer de raecoinmoder un peu la chose ; mais on parvint par bonheur à hii fiaîie comprendre que cette sottise était du nombre de ecUes dont ovbc doit pas tenter la réparation de peur de les aggraver encore.

Il arriva, vers la fin de l'année dernière, parle cocte, à mAdame de Pompadour, un cousin dont elle n'avak point enleiidu parier tast qu'ellen'était que madame d*Etiolea, mais qni s'avisa VMt d'uaeeup de sa parenté, dès qu'il sut que sa comaiiie jonaH un grand rMe h la cour. Ce Poisson-là était tambour au régiment de I^émont quand son ambition s^^veîUa. YoUà donc notre mosiden de haut bndt qui demande, non pas h être avancé dans son corps, eè certes personne ne marchait avant lui, muât k faire au service un peu moûu de bruit

et fiit peu mieux ses affaires; en d'autres tenbes^ H sollicita une lie»» tenance aa régiment des gardes. La demande parut à la marquise d*atie audace insolente; toutefois eUe en parla au roi , qui la trouva^ toute naturelle. Le brevet fut expédié dans les bureaux de la guerru. Mais il survint un incident auquel personne n^ivait songé : les eiflldetu du régiment du Roi osèrent s'opposer à Padmission parmi eux au tambour affublé de l'épaulettc. » Nous voua croyons un brave » bomme, lui dirent-ik ; mais il est peu probable que , dans l'obliga-^ » tion ob vous seriei d'avoir affaire à noua tous , il ne vous arrivât » pua qnelqtie coup d'épée malencontreux qui guérirait trop radica-* » lement la lièvre d'ambition qui vous tourmente. » M. Pmsson tea^ tit toute la force de cet argument; il se retira. Mais sa cousine, qui n'avaât point rencontré d'obstacle dans la volonté du roi, trouva trèsdur d'être contrariée par de petits oi&ciers des gardes; elle voulait persister, faire piuiir, cbasscr ces messieurs, de prudents amis lui firent abandonner ce projet. On était en temps de guerre; il pouvait «rriver que Louis XY donnât on moment raison à son régiment des ^rdes, qui le servait fort bien, sur sa Cavorite , qif il n'était pas impossible de remplacer. Madame de Pompadour, calmée par raiaon, se contenta d'une lientenance de dragons pour son cousin le tambour, dont on lit un capitaine le mois suivant. U prit alors le surnom do Malvoisin, et se trouva complètement décrassé.

Le prince Cbariei-Edouard donnait de sérieuse» inquiétudes à Oaorgea II au commencement de cette année : le parti de ce dernier doicondant des Stuarta prenait de la consistance dans les Trois- Aoyaumet; il n'y avait pas un instant à perdre si l'on voulait com--^ battre avec succès cet aventurier bardi. Le roi avait demandé depuia longtemps aux EtaU Généraux de HoUande un secours de six mille bommes; il arriva enfin. Ce détachement se composait de troupes fUle» prisonnièrei à Fontenoy et Dendermonde, et qui, d'après leur, eapitolatiott, ne devaient pas servir contre la France. C'était par ce motif que le gouvernement hollandais, n>n pouvant faire aucun usage dans k guerre continentale, les envoyait à son allié pour servir oOBtre Edouard. Maia la fatalité voulut qu'au moment même ob ces HoUaadais touchaient la cête d* Angleterre, le lord Drummond, oifirôcr au service de Louis XY, y débarquât lui-même arvec quelques ^mpagniea françaises* Forcés par cette intervention inattendue de

214 CHRONIQUES DE rCElL-DE-BŒUF.

rentrer dam l* esprit de leur cartel, les régiments hollandais dureal s'abstenir de prendre part aux hostilités; ils s'éloignèrent de la Grande-Bretagne , et Georges II manda en toute hite six mille Hes- -^is pour les remplacer.

Cependant les manifestes des deux adversaires se croisaient dans toutes les provinces des Royaumes-Unis : d'une part, Georges eontinuait de mettre à prix la tète du prétendant et de tuer ses partisans comme des loups, partout et de toutes façons ; d'autre part, Charles- Edouard recommandait la plus grande modération à ses troupes et défendait expressément d'attenter à la personne d'aucun membre de la famille régnante. Il faut convenir que, pour approuver les proclamations de Georges , pour le féliciter d'avoir fait brûler celles d'£douard par la main du bourreau, il est nécessaire de se faire une robuste idée du droit des princes intronisés, et de l'importance, assex. peu démontrée, de ce que les souverains appellent la lé^timilé de leur droit.

Au milieu de ces feux croisés de manifestes , Edouard fut averti qu'il avait à redouter une mousqueteric plus dangereuse : les milices anglaises menaçaient Edimbourg ; les vivres du prince allaient être coupés sur SCS derrières s'il ne hâtait sa retraite ; ce mouvement rétrograde continua avec rapidité. Le prétendant avait laissé une faible garnison à CarJisIe, que le duc de Cumberland enleva après neuf jours de siège vers le milieu de janvier. Ce petit échec n'empêcha point Stuart de former, en se retirant, le si^e du château de Stirling: telle fut l'occasion du combat de Falkirk. Le général anglais Haulaj, avec des forces considérables, s'était avancé pour s'opposer au blo<»is de cette forteresse; Edouard, à la tète de huit mille hommes seulement, se porta au-devant de lui.

Les éléments, dans cette journée, se déclarèrent les auxiliaires du descendant des Stuarts : un orage violent , qui poussait une pluie d'averse au visage des Anglais, seconda les efforts de leurs ennemis. Du reste, les Ecossais combattirent, comme à Prestons-Pans , arec l'épée et le poignard, après avoir jeté leurs fusils derrière eux. Ce choc impétueux, soutenu par une manœuvre plus régulière de six piquets français, ne tarda pas de mettre en déroute les soldats de Haula j. Maître du champ de bataille que les Aillais abandonnèrent à la faveur des premières ombres de la nuit, Edouard les poursuiviu Lei vaincus s'étaient réfugies dans un camp retranché presque en-

tièrement environné de marais. Mais ni la protection de la nature ni les efforts de Part ne purent défendre les Anglais contre l'intrépide attaque du vainqueur. Ils s'enfuirent en désordre, et, trompés par robscnrité, un grand nombre de soldats se perdirent dans les marais environnants. Les débris de cette armée se réfugièrent à Edimbourg^ dont le duc de Cumberland s'était rendu maître.

L'étoile de Charles -Edouard brilla à Falkirk d'un éclat qui devait bientôt s'évanouir. Le duc de Cumberland était en possession d'une forte partie de l'Ecosse ; le froid était extrême , et ses rigueurs paraissaient d'autant plus cuisantes aux troupes du prétendant, qu'elles manquaient souvent de vivres et recevaient fort irrégulièrement leur paye. Cette détresse n'altérait point le courage de ces braves gens; mais, détruisant leurs forces physiques , elle rendait le succès plus difficile. Il fallut lever le siège de Stirling et se concentrer ▼en la côte pour favoriser le débarquement des secours d'hommes et d'argent qui arrivaient partiellement de France. La position du prince devenait de plus en plus critique , tandis que son adversaire voyait chaque jour augmenter ses ressources. Cumberland avait de la cavalerie , du canon , une infanterie supérieure en nombre à celle de Stuart; enfin les Anglais n'étaient plus étonnés de ces attaques athlétiques qui les avaient tant effrayés à Prestons-Pans.

Malheureusement Edouard ne pouvait plus refuser une bataille sans risquer de se voir serré de trop près pour y conserver des chances de succès ; il se résigna donc , plutôt qu'il ne se décida , à un engagement. Les deux armées se rencontrèrent à Culloden le 27 avril à deux heures du soir. L'action ne dura pas deux heures : le nombre et l'amour-proprc blessé des fiers Anglais triomphèrent de la plus héroïque valeur. Les révoltés s'enfuirent dans la direction d'Invemcss; Charles-Edouard, blessé légèrement, fut entraîne lui* même loin du champ de bataille , où il laissait neuf cents morts et trois cents prisonniers. Poursuivi de près par les Anglais, le prince, arrivé sur le bord d'une rivière, dut la traverser à la nage, laissant sur les flots une trace de son noble sang. Parvenu à l'autre rive , Stoart vit incendier une grange dans laquelle six cents montagnards s'étaient réfugiés : les vents poussèrent jusqu'à lui les cris déchirants de ces infortunés. Eu ce moment Edouard avait autour de lui environ cent officiers, qui, à son exemple, venaient de traverser h la nage l'espèce de torrent qui les séparait de l'ennemi. Dans ce nombre de

it.

)1B CHRONIQUES DE L'OSttrDE-BŒUP.

fiièlcf amis fe tnmvait une fenBmc, madame 4e SeCwpA. Desceadve des montagnes avec de braves Ecoséam» on l'avait vne combattasA à Icnr tète auprès du prétendant, qui, dBl-^m, ae reeesnaîssait autrement encore ^obligé de cette kéroîne écoMuiae. Après avoir aSronlé les feux cnnenus, elle ne af éuit point arrêtée anx menaces brayanfes d'un autre élément : ses asembres délicato avaient fendu les flots pour suivre le prince ; il voyait d*im ceil attendri l'ean dégontlcr des hsbits de cette oonmgense amaione.

dette conduite héroïque sauva madame de Seford d'une bocribie destinée : le pays qu'elle quittait fut livré aux plus atroces excès. Les femmes, lesfiUes., violées parles farouches vaînqueura, étaient laissées , flétries et dépouillées , dans les bruyères , où dles expîiaient des suites de la violence dont elles avaient été lea victimes. La contrée fut couverte de cadavres, de ruines, de cendres sur mie snrfbce de cinquante milles ; il n'y resta ni hommes, ni bétail, ni aiùsmi&; jamais victoire ne couvrit les triomphateurs de moins de {^oîre et de plus d'opprobre.

Les vainctu n'eurent pas un instant de rdiche; le due de Cub* berland les fit poursuivie dans toutes les diaections. On ne pntatr teindre les soldats écossais , qui s'enfoncèrent incessamment dana leurs déserts boisés , ou graivirent leurs rochers ,. inaocessibles poar les poursuivants. Biais presque tous les ofiîcîers fiirent pria ou serc» dirent, en se recommandant à la clémence royale ; on verra comment Georges II exerça cette vertu des grandes Ames.

n ne restait autour de Charles-Edouard qu^un petit nombre de partisans échappés à tant de calamités. Mais les princes, dans l'adversité, voient promptemcntédaircir les rangade leurs plus dévoués serviteurs; Stuart vit diminuer de jour en jour son faiUe cortège: è l'expiration d'une semaine, il n'y comptait plus qoe douze personnes, et la belle madame de Seiord était encore du nombre. Enfin la nature sembla vouloir se venger des efforts que cette femme intrépide lui avait imposés : un matin, sa tète, appesantie par une fièvre briUante , ne put quitter la botte de paille oii elle avait reposé penr dant la nuit, n Prince , dit à Edouard cette fidèle compagne de son » infortune , il faut vous quitter ; la faiblesse de mon sexe trahit une » âme qui était digne d'appartenir au vôtre. Ma poitrine est en feu,

• mes membres sont brisés ; je ne puis plus, hélas ! vous smvre... Si

• la mort ne vient pas me saisir dans ce grenier , je regagnesai, par

LOUIS XT. 227

9 dcf sentien détournés qù me lont connut, mon ch&teaa de la mon- » tâ0iie— Peut-*ètre le ciel vous permettra-t-il d'arriver à la c^te et 9 de vous embarquer ; mais si vos espérances éuient encore trompées » en cela , tâchez de parvenir à ma retraite : voici un petit plan du j» pajSy qui vous en apprendra les chemins... Le , prince, ajouta la » tendre Ecossaise en mouillant de pleurs la main d*f donard, qu'elle » venait de saisir avec transport, là je vous sauverai de vos enne- » mis , ou 'je mourrai avec vous. » Stuart s'éloigna péniblement de celte adorable créature; son cœur était déchiré de reg^rets.

La division, qu'un rien excite parmi les hommes malheureui,

acheva bientôt d'éloigner presque tous les amis du prétendant ; il ne

resta auprès de lui que MM. de Sullivan et de Sheridan. Le prince

marcha cinq jours et cinq nuits avec ses deux compagnons , sans

preadre un instant de repos , tant les Anglais détachés sur ses pas

mettaient d'activité dans leur poursuite. Des armateurs de Nantes

avaient envoyé au prétendant'quelques secours d'hommes et d'argent,

portés par des vaisseaux légers ; mais il ne put arriver k la cote près

de laquelle cea navires parurent , ils furent contraints de regagner le

large sans avoir rempli leur mission. L'infortuné Stuart , errant de

chaumière en chaumière, tantôt sous un déguisement, tantôt sous un

autre, passant quelquefois la nuit dans le creux des rochers, se décida

enfin k chercher un refuge dans les petites îles qui hérissent le bord

de la mer au nordHHiest de l'Ecosse. Toujours poursuivi, il toucha

successivement plnsieurs de ces ilôts; lui,. ses deux compagnons , et

trois BMtelots qui les conduisaient, se cachaient pendant le jour au

fond de petites aases, ou bien sous des antres rocailleux creusés par

la mer dans les rocheis s c'était ainsi ^'ils échappaient aux croisières >

envoyées k leur recherche. Ils se nourrissaient de poissons secs , et

d'un peu d'ean-dcuvie qui restait au prince pour toute provision. La

nuit, les infortunés ramaient d'une île k une autre pour dépister leurs

ennemis : dans cette navigation laborieuse, Edouard ne voulait pas

èupe exempté du travail que ses ami* s'imposaient ; les mains de ce

prince étaient devenues calleuses , ses habits étaient couveru de gon-

dfOD et déchirés»

Les aventuriers avaient erré ainsi d'Ile en île , de caverne en caverne, pendant dix jours, lorsque , forcés par la faim de quitter Tarchipel et de regagner le continent écossais , ils rencontrèrent sur la côte une demoiselle à cheval, ûs se hasardèrent à l'aborder. C'était

n$ CHROinQUES DE L'ŒIL-DE-BŒCf .

mademoitelle de MacdmuM < » dont la famille le fit remarqaer d tous les temps par son fidèle dévoilement aux Stuarts. La jeune Ecossaise reconnut «or-le-champ Edouard, malgré les haillons qui le couvraient. Sauunt de son cheval , elle courut au prince , et se iet^nt à ses pieds elle embrassa ses genoux, qu'elle mouilla de ]dears. ff Mon Dieu ! mon prince, lui dit-elle, que de dangers vous environ- » nent ! mais je vous y soustrairai au péril de ma vie. Yojez-vous, au » pied de la montagne , cette caverne dont une cabane de pécheur » cache à moitié rentrée ; allex vous y cacher avec vos compagnons. N Je connais le montagnard qui demeure près de là j je vais lui par- •» 1er ; il vous aidera à échapper aux recherches des An^^ais ; et je » viendrai, aussitôt que je le pourrai, vous prendre dans cette ne- » traite. »

En effet le montagnard , que mademoiselle de Macdonald avait mis dans les intérêts du prince sans le nommer, apporta pour toute nourriture, à lui et à ses deux amis, un peu de farine d*orgc déla5ée dans de Peau : ce pauvre pécheur ne pouvait pas davantage. Tant de fatigues, de privations et de chagrin avaient affaibli la santé de Stuart ; son corps se couvrait d*ulcères : il était difficile que la misère de cet iarortuné îîk portée plus loin.

Après deux jours d'anxiété mademoiselle de Macdonald n*ayan\ pu se rendre elle-même à la caverne envoya prendre les proscrits par un exprès dont elle connaissait la fidélité. Il fallut encore se rembarquer pour les îles, et cette fois ce fut vers celle de Benbecula que les fugitifs se dirigèrent. Edouard espérait y trouver enfin quelque repos ; mais au bout de trois jours il apprit que les milices du duc de Gumberland venaient d'y aborder. Mademoiselle de Macdonald, qui avait rejoint le prince, ne vit plus alors qu'un seul moyen de salut pour ce fugitif, ce fut de lui faire prendre des habits de femme et de l'emmener au continent en qualité de servante. La jeune Ecossaise ajouta avec l'expression d'un profond regret qu'elle ne pouvait sauver ainsi que le seul Edouard. Ses deux chers compagnons, Sullivan et Sheridan, se séparèrent donc de lui après un adieu déchirant.

I^Iademoiselle de Macdonald et sa prétendue Betty se rëfugicrent

* 11 est inutile de dire que cette demoisellp appartenait à cette maison de Uacdouald qui depuis a fourni l'un des chefâ les plus illustres de i'annéo (raoçaise, nous trouvons ici avec satisfaction l'occasion d'offrir un témoignage d'estimo au vainqueur de Wagram. {Note de rEdiUur^)

d'abord dans Pile de Skie chez «m genlilhomme écossais. A peiue j étaient^elles, que des soldats anglais se présentèrent pour visiter la maison de cet insulaire, connu apparemment pour être partisan des Stoarts, Edouard lui-même alla leur ouvrir la porte, témérité qui peut-être Tempêcha d'être reconnu* Mais on ne tarda pas à répéter dans rîle que le prétendant y était descendu. Les Anglais allaient sans doute revenir chez le gentilhomme et faire des perquisitions plus rigoureuses. Edouard se disposa à partir seul à l'entrée de la nuit : il ne voulut pas que mademoiselle de Macdonald continuât de s'exposer. « Si belle, si bonne, si digne d'être adorée, lui dit-il en » la pressant sur son cœur, ce sont des liens de myrte qu'il vous faut, » et non les chaînes dont je ferais charger vos jolies mains... Adieu, » chère enfant; adieu, créature angélique; je vous défends de m'ac- » compagner. » U partit, laissant cette jeune Ecossaise plongée dans la plus vive affliction.

Après avoir fait à pied plus de dix milles suivi d'un seul marin, Edouard, près de succomber à la fatigue et au besoin, arrive au point du jour à la porte d'un petit château dont il connaissait le propriétaire pour un partisan de Georges. Le prince entre néanmoins, et, marchant droit au maître de la maison , il lui parle en ces termes : « Le fils de votre roi vient vous demander du pain et un habit. Je j» sais que vous êtes mon ennemi, mais je vous crois assez de vertu » pour ne pas abuser de ma confiance et de mon malheur. Prenez les » misérables vêtements qui me couvrent, gardez-les, vous pourrez » me les apporter un jour dans le palais des rois de la Grande-Bre- » tagne. » Un tel discours ne saurait rencontrer d'âmes endurcies ; le gentilhomme se conduisit avec honneur, avec intérêt même : il prodigua des secours au prince, lui garda le secret, et embrassa son parti. Le malheur aSssi peut devenir conquérant.

Tout à coup le prince disparut sans qu'on put savoir de quel côté il avait porlé ses pas. D'après le signalement qu'en donnèrent quelques-uns de SCS amis, des pêcheurs se souvinrent seulement de l'avoir vu débarquer un matin au continent écossais, mais ils ajoutèrent qu'ils avaient bientôt perdu sa trace. Le bruit s'étant répandu eo France que Charles-Edouard était tombé au pouvoir de ses ennemis, le ministre du roi à Londres fit des démarches auprès de la cour pour réclamer le fils de Jacques lH. Ces démarches apprirent que le prince n'était point détenu par les Anglais ; elles convainquirent en même

Ml CHRONIQUES K LYSIUDE-BŒUP.

tonpft raiBb«M><ltfr.t ^ «e tî Edouard était pris ma joui l?intefv«atio» dft la CMir de VenaiUe* ne le laaTefail peiat.

E» eSet, Malgré lei repréaeiitations de nos diplemates, une foule de teigBemrg du pirti des Suurts fiireal ploofés dans les caehoU ou pénrent aor l'ëehafliiiid , di»ifept oftciers y montèrent en un seul joMr» Trais paind»- rojanme, les lonU Baloiemio, IQlmamocfc et Cionuurty, jaf es à Westminster avec une lagubre solennité , furent eoadantaés k être pendna et écartelés ; • mais le roi, leur dit-on en lisant l'arrêt^ ajant égard à leur haute naissance, commuait cette peine : ils ne seraient ^«e décapités. » La femaie de lord Cromartj, eneeinte de huit mois, s* étant jetée aux pieds du roi ^ obtint la grice 4e son mari ; nuds ce tel dans cette circonstance le seul acte de ciémenée de ce sonverain. Peu de jours aprèa rexécution des deax lords plia de cin^pttnle personnes furent pendues à York , à Londres et à Clarlisle. Un prêtre de cette dernière ville, qui en avait deaaandé l'évècàé à EdcNiard, taX conduit à la potence en habits pontiftcaux. Soianto-diz antres conjurés périrent un peu plus tard sur différents points, et le gouvernement poussa Tatrocité jusqu'à faire mourir le vingtième des bas oftciers et ioMats faits prisonniers dans l'armée a'Edonnrd.

Fliisioun de oes victimes ceignirent avec gloire la couronne du martjre. « Soyes couverts de mon sang, disait au peuple le lord De' n venwater, et apprenez à mourir pour vos rois. » C'était Texpression d'an dévouement qui trouve rarement sa réciprocité sur le tr^ne. Lord Lovât &t entendre du haut de Véchafand une belle pensée «iprimée dans un vers d'Horace et qui excite plus de reconnaissance:

Duici it deconan at pro patrUffnorif

s'écria-t-il, et sa bouche héroïque s'était è peine tue, qu'elle se contournait par les convulsions de la mort.

Pendant toutes oes exécutions les recherches que la cour de France avait laitlaire sur les c6tes d'Angleterre pour retrouver Edoimrd étaient rtsiées inliructueuses : on n'en put apprendre aucune nouvelle. Au moment ok j'éeris ce 'prince n'est point encore retrouvé. On se dit tout bas à rOËit-de-bttuf qu'il s'est retiré chez la belle amazone qui combattit à ses cdiés. Sans doute, ajoute-t-on, le &U de Jacques HI, en s^aidant des renseignements que madame de Seford lui avait laissés, sera parvenu à trouver le vieux château oii cette dame est retirée.

LOmi XT. 2»i«

Ifcmrelfe Anmdc, elle eaptiTe apparemment Edoiurd aarsea moots gfaieéi an brait des fongueux aquilon» qui le dédiainent Tainemeot autoar de ses tourelles historiques. Le prétendant oublie peut-être, ant sein des douces et tranquilles aéduetions de ce séiour, et les Cit^ goes de la guerre, et les suites funestes de rambition, et le sang qfàks*épmMe sur les échafauds de le Grande-Bretagne aprè» avoir coulé pour loi dans les combats*

La guerre civile, qui régnait en Angleterre au commencement de. l'année, n'avait pas suspendu les hostilités sur le continent, et les< adversaires ne s'en étaient montrés que plus acharnés. Cependant les' Efals Généraux ont obtenu qu'il serait ouvert un congrès à Breda ponr délibérer sur la pacification de l'Europe; le roi y a envoyé M. de Puysienx en qualité de ministre plénipotentiaire.

Ces négociations ont été sollicitées par la Hollande dans la juste terreur que lui inspirait la brillante campagne d'Uver que venait d'accomplir le maréchal de Saxe. N'ayant pu interrompre la narrai tîon des événements qui se sont passés dans In Grande-Bretagne jusqu'au milieu de Tannée, je vais reprendre ici le. récit de ceux, de la Flandre.

Le comte de Saxe n'était pas revenu à la cour après la campagne glorieuse de 1745. Nicnport et Ath étaient tond>és en- son pouvoir, tandis qu'on chantait à Paris ses victoires précédentes; enfin le SO janvier Bruxelles se trouva bloquée par cet habile tacticien sans' que ni les habitants ni la garnison de cette ville eussent asème seap» çonné U marche dn maréchal. Une fois maitre de toutes les issues ^ par lesquelles on eikt pm secourir les Bruxellois, Maurice fitmardKV son armée sur quatre colonnes pour former quatre attaques simultiSnées. La garnison, qui n'était forte que de neuf mille hoanncs, ne put résister plus de vingt-deux jours ; le Si février elle demandai àt capituler. Il y avait dans la place une Coule d'hommes importanli, indépendamment du comte de Kannits, premier ministre d'Antriebe, qui représentait en ce moment le prince Charles ,• gouverneur génë ni du Brabant autrichien. Deux princes de Ligne, le feld-marédml Los Bios et huit lieutenants généraux furent fidts prisonniers de guerre avec les troupes. On prit dans Bruxelles tonte l'artillerie de • campagne des Hollandais, une partie de leur trésor de guerre et d'immenses magasins.

lit CHRONIQUES DE L'ŒIL-DE-BŒUF.

Une capitale était conquise, il y avait une entrée triomphante i foire; Louis XY ne pouvait se dispenser d'être là. Dans le temps que Maurice faisait occuper Anvers, le roi de France se prit à secouer les guirlandes de fleurs qui le captivaient au petit Tmnon; il donna aui beaux yeux de madame de Pompadour un congé de quelques semaines et demanda sa belle cuirasse dorée, pièce d'armure qui depuis longtemps est un objet de parade pour nos illustres souverains. Sa Majesté partit de Versailles le 2 mai après avoir accordé une audience à des députés hollandais qui venaient faire de nouvelles propositions dictées par la peur. Le Z au soir, Louis XY était k Gand, se faisant rendre compte des circonstances de la victoire gu'il avait remportée du fond de son galant cabinet de Marly. Enhn , le 4 mai , ce prince, bien informé de la gloire récente dont il venait de se couvrir, fit son entrée à Bruxelles au milieu de l'élat-major le plus doré, le plus emplumé qu'on eût vu depuis longtemps aux bords de la Lys. Pendant que le comte de Lowendahi, nouveau gouverneur de cette capitale, en remettait les clefs au roi son maître, les échevins, manteau noir au dos, cheveux flottants et poudrés à l'extraordinaire, prononcèrent une harangue, moitié flamande, moitié française, durant laquelle Sa Majesté réprima, non sans efforts, un bon nombre de bâillements.

Cependant le maréchal de Saxe, qui pensait à tout autre chose qu'au cérémonial, disposait son armée sur six colonnes destinées à marcher vers les autres forteresses. En moins d'un mois, Lou^Tiiny Malines, Lier, Arschot, tombèrent au pouvoir de la France. Le roi allait retourner à Versailles pour se trouver aux couches de madame la Dauphine , lorsqu'il se rappela qu'Anvers était aussi occupée par ses troupes, et que cette ville méritait bien une entrée. Elle eut lieu le 4 juin ; et Sa Majesté, bien sûre maintenant d'avoir satisfait à toutes ses obligations de triomphateur, revint dans sa résidence respirer Tencens que le maréchal de Saxe continue de mériter.

Le beau côté de la médaille est la situation de nos affaires en Flandre; mais en Italie, cette médaille offre un sinisfre revers. Le sort de l'armée espagnole s'est bien démenti depuis la fin de l'année dernière : maîtresse alors du Montferrat, de l'Alexandrin, du ïortonnoîs, du Pavesan, du Lodcsan, de Parme, de Plaisance et de presque tout le Milanais, il lui restait peu de chose à faire pour soumettre la Lombardie et tous les pays adjacents. Un seul événement, k

paix entre Marie-Thérèse et Frédéric II, suffit pour faire évanouir tant d'espérances déjà presque réalisées. La reine de Hongrie , délivrée, par ce traité, des appréhensions que la Prusse lui donnait, fit marcher à la fin de Thiver trente mille Autrichiens sur Tltalie. Le prince de Liechtenstein, qui les commandait, crut à l'importance d'un mouvement rapide : la France négociait en ce moment avec le roi de Sardaigne pour le détacher de la cause de l'Empire, et le grave Allemand craignait d'arriver trop tard pour prévenir une alliance contraire aux intérêts de sa souveraine. Cette crainte n'avait nul fondement : Charles-Emmanuel trichait en ce moment sur les tapis diplomatiques de Versailles et de Madrid , afin de gagner du temps sur des ennemis qui pouvaient l'écraser. Mais comment eùt-il été sincère? L'infant don Philippe étant une fois reconnu duc de Milan ^ de Parme et de Plaisance, le monarque ne se fût-il pas trouvé enclavé entre les deux branches de la maison de Bourbon, et sa politique ne devenait-elle pas vassale de la leur? Le fils de Yictor-Amédée était trop subtil pour donner dans ce piège : il n'entretint les négociations que pendant le temps nécessaire à M. de Liechtenstein pour joindre les troupes combinées de la France et de l'Espagne; il les rompit dès qu'il se vit à portée de seconder le général autrichien. Tout à coup, et dans le temps que l'armée franco-espagnole se reposait avec le plus de sécurité sur les négociations , Charles cesse de négocier et surprend M. de Montai dans Asti , dont la garnison est faite prisonnière de guerre sans coup férir, sans avoir même songé à se défendre. A partir de cette époque, les Français et les Espagnols, resserrés de toutes parts entre des colonnes sardes ou autrichiennes, abandonnèrent successivement tous les pays qu'ils avaient conquis. Poursuivis partout l'épée dans les reins , ils éprouvèrent une foule d'échecs que rendit irréparables la fatale journée de Plaisance.

L'avis du maréchal de Maillebois était de ne point accepter la bataille avec des forces bien inférieures à celles du prince de Liech* tenstein ; mais le comte de Gages présenta un ordre de la cour de Madrid , qui , loin d'autoriser cette réserve , prescrivait d'attaquer. L'aile droite, commandée par M. de Maillebois, triompha pendant les neuf heures que dura le combat; mais, à l'aile gauche, le génénd d'Arembure ayant été pris , le désordre se mît dans les rangs, ils furent enveloppés : et Maillebois , qui ne put porter secours à cette

1S4 CHRONIQUES DK L*<BIL»D^BŒnP.

partie derftrmée, se vit rédvit, tout vsttnqueur qu'il ëuitsur nm avtrc point, k suivre le mouvenient général de retraite jiuqae sobs lee murs de Flaisaiioe.

Huit mine Français , Eapafuols ou Napolitains restèrent su le clMnip de bataille ; plus de quatre mille Urcat pnsb Si l'armée saide» arrivée seulement à la fin de Kalbiré , eftt été en ligne plus X&i^ dea était ftJt de la totalité des force» réunies de k France, de TEspagne et de ffaples; pas un seul liomme n'eàt écluqrpé à la captivité.

Ce fst dans ces déplorables conjonctures que Pinfant don PbHippe apprit la mort subite du roi son pèm et rinlronisatkm de Ferdi» nand YI, âls^issu du premier mariage de Philippe Y. Le nouveau monaMitte castillan , moins ambitieui que son père, ne tarda pas de rappder son armée d'Italie ; mais sa retraite était plus fadie à prescrire quTà exécuter. Les troupes combinées, réduites a moins de seiie mille hommes , se trouvaient k peu près environnées pat quarante mille Autrichiens et vingt mille Piémontais. S'il était possible è une armée relativement si faillie de garder les positions qn'cUe oe- CBpait sur le Pd et la Trébia, û lui éuit exitèmement diAeile d'en sortir. H. de Maillebois, fils du maréchal, homme de talent et de pé> s<rfution , offrit cependant de se retirer en combattant , et se chacgea, sons la direotioB de son père , de présider à la retraite. Cette entreprise, calculée avec autant d'aodaee que d'art, mit en défaut la lente tactique du prince de Liechtenstein : l'armée des trois couronnes» après avoir passé le Pd sur trois ponts, se forma le long du Tidone , tenant toujours renfinmés dans son centre quatre mille mulets chargés et mille chariots de vivres ', elle ne se laissa attaquer par les Piémontais que lorsque son ordre de bataille put être établi. L'engs^^ ment fût long , meurtrier ; mais les Français et les Espagnols parvinrent sans avobr été entamés sous les murs de Tortone; triste succès qui laissait au pouvoir de rennemi plus de trois mille malades on blemés. Bienidtrarmée continua sa reiraite vers- le Génois, ou d'antres malheurs l'àttendateut

Les troupes impériales «rrivèrcnt presque aussitât que l'année f ABco-espagnole aux portes de Gènes* D efit été fscUe cependant de Mimdre cette ville de rapproche des ennemis : au delà de l'eacenite qw la main de l'homme éleva pour protéger ses palais de marbre, la mtareFenvironna d'une ceinture de rochers qjDie peu de troupes pen* vwt garder, et plus. loin l'Apennin sourcilleux ferme d'une barrière

iuaccesaible celte rëpabliquede marcliaiids. Les forts semés sur cette dûoMe diaine de montagnes «vûent des garnisons; mais, découra^et par le mouvement rétrograde des troupes qu'elles voyaient déiîlee dans les vallées , elles se replièrent elles-mêmes sur le corps de la place dès ipi'elles virmt tourbiUon&er la poussière au-dessos des vainqnenrs. Tandis que les Français et les Espagnols se retiraient vers Gavi, aux confins du pays génois, afin de couvrir au moins le comté de Nice et la Provence, soixante nulle soldats couronnèrent les iiaatears voisines de Gènes, en même temps que le golfe se blanchit dca voiles d'une nombreuse escadre anglaise. A cette vue la consternation se répandit dans toute la population : une formidable artillerie qui armait les remparts resta muette ; le sénat ne délibéra que sur le moyen le plus prompt de se soumettre. Quatre membres de ce corps jadis si fier se rendirent, dans les gorges où campait Tarmée autrichienne , et demandèrent les ordres des généraux de Marie- Thérèse. Ces officiers usèrent largement du droit qu*(Ni leur concédait : la ville devait être remise aux troupes de l'impératrice-reine dans le délai de vingt-quatre heures; tout ce qui s^y trouvait de militaires génois, flran^is, espagnols ou napolitains, serait prisonnier de guerre; les effets leur appartenant deviendraient la propriété de l'armée antriehienne; quatre sénateurs se rendraient en otage à Mi<* laaa ; enfin la république payerait, en attendant une taxe ultérieure, la semme de quatre cent mille livres»

A ce point de la négociation, le marquis Botta d'Adonio, Milanait et lieutenant général au service de rimpératrice<»reine , se rappela que le doge de Gènes et quatre sénateur» avaient fait jadis un pèlerinage humiliant à Versailles, et s'étaient agenouillés sur l'estrade du tréne de Louis XIY ; ce courtisan pensa qu'en faveur de 1» double conronne de sa souveraine il fallait que le sénat fit un peu plus : il tm décidé en conséquence que le doge et six sénateurs se rendraient. à Vienne. On n'osa pas néanmoins faire partir la députation sans avoir obtenu l'agrément de Marie-Thérèse : elle ne l'accorda point. « Louis XIV, écrivil-elle au maïqnia d'Adomo, se nourrissait d'am- •"broisie comme les dieux du paganisme : cela ne me parait pat » aiseï substantiel. Dites au doge de Gènes et à ses sénateurs qu'ils » restent ches eux et fassent frapper des péiuwtfiat , que je préfère à » des GomplimenUy surtout de la part de gens qui ne me les » paadebon cœur. •

Les généraux de l'impératrice-reine, fixes sur les intentions de cette princesse, usèrent avec une extrême rigueur de la substitution des exigences financières aux prétentions honorifiques : la réfMiblique de Gènes fut taxée à vingt-quatre millions de livres ; il fallait trouver cette énorme contribution dans le délai de quelques semaines, c'estëHlire avant même que le sénat eût pu s'expliquer comment Gènes se trouvait engagée dans la cause des alliés , dont elle était la première victime.

Cependant les Impériaux et les Sardes continuaient de chasser devant eux l'armée franco-espagnole , réduite à toutes les privations dans sa marche vers Nice. Déjà Yence et Grasse, occupées par Tennemi, avaient été livrées au pillage; les Autrichiens poussaient des coureurs Jusqu'au bord de la Durance. Les belles Provençales , qui de leurs castels ou de leurs bastides voyaient briller les baïonnettes autrichiennes, redoutaient l'approche des soldats du Nord autant que leurs aïeules désiraient jadis les galantes visites des gentils troubadours. Au moment de cette invasion les troupes impériales n'avaient point de grosse artillerie ; il en fallait pourtant pour attaquer quelques places fortes qui couvraient de ce côté les frontières de la France ; le comte de Broon ordonna d'enlever des remparts de Gènes les canons dont les Génois n'avaient pas osé se servir ; euxmêmes dirent contraints de les traîner jusqu'au lieu oii ils devaient être embarqués ; et lorsque ces républicains , artisans de leur propre honte, ne se bâtaient pas d'y travailler, ils étaient violemment frappés par les bas officiers impériaux.

L'oppression poussée à la dernière extrémité ne manque jamais de produire la révolte : c'est une conséquence lente quelquefois, mais toujours infaillible. La populeuse Gênes , lasse enfin du joug accablant qui pèse, sur elle, attaque avec fureur, le 5 décembre, la garnison autrichienne. Au son du lugubre tocsin, les paysans accourent de toutes parts. Les portes de l'arsenal sont enfoncées; toutes les armes en sont enlevées, même les épées du moyen Ige, gages de l'héroïsme des vieux républicains inscrits au livre d'or k côté de Doria... Les Autrichiens , assaillis de toutes parts, tombent 80US les coups d'un peuple au désespoir; leur sang teint la base des palais de marbre... Enfin ils sont poussés hors de la ville, et les Génois , Italiens dans leurs vengeances , précipitent du haut des remparts les blessés et les morts que les Impériaux ont laissés sur le pavé.

Revenons aux évënemenls de Paris.

A son retour de Tarmée, Louis XV avait eu à consoler ]e Dauphin, son fils , de la perte de sa femme , morte le 22 juillet dernier des suites d'une couche qui cependant avait été heureuse. Le roi montra peu d'eipansion dans sa douleur, peu d'empressement à calmer l'affliction de l'héritier du trône, pour lequel il n'éprouvait qu'une froide indifférence. Tandis que monseigneur conduisait à Saint-Denis les restes de la princesse espag^nole, dont les marbres de TËscurial recouvraient en même temps le père, Louis XV coulait à Marly et à Trianon des jours tissus d'or et de soie entre les yeux veloutés de madame de Pompadour et les flacons vermeils de l'aï rosé. Sa Majesté répétait pourtant tous les matins à son lever que la perte de madame la Dauphine lui était bien sensible; mais, comme il parlait immédiatement de la chasse et de l'Opéra, son chagrin ne paraissait pas plus démontré par ses paroles que prouvé x>ar ses actions. Les princesses filles du roi ont acquis plus d'empire sur ses affections : madame Adélaïde surtout jouit de toute la confiance de Sa Majesté; Louis va la trouver souvent chez elle et l'entretient des heures entières; ce qu'il ne fait point avec mesdames Victoire , Sophie et Louise. Néanmoins la tendresse paternelle de notre au(vuste souverain ne s'est jamais fait remarquer par des élans qu'on puisse citer ; les feux que le malin alluma dans ce cœur royal n'y laissent pas de place pour une flamme pure.

M. de Bellefond , qui n'a fait que passer sur le siège de Paris pour arriver aux sépulcres de Notre-Dame , a suivi de près dans la tombe madame la Dauphine. C'est M. de Beaumont, archevêque de Vienne» qui lui succède : c'est lui qui a rendu les honneurs funèbres à la princesse.

Des faits importants se sont pressés dans l'année qui se termine ; pour les retracer avec ordre , je dois revenir souvent sur mes pas , afin de n'interrompre mes narrations qu'à des points déterminés où je paisse aisément les reprendre. Je retourne en Flandre.

Le prince de Conti, digne lieutenant de l'illustre Maurice, investit Mons dès le mois de juillet , et vers la fin de septembre cette place importante ouvrit ses portes à Son Altesse. Douze bataillons autrichiens posèrent les armes sur les glacis de la ville. Iluy, Sainl-Guil-

SSi CHRONIQUES DB L\EIL-DE-BŒUF.

Iftin, Charleroy se rendirent snoceMmacnt laas que le Charles , qui commandut en Flandre pour Punpératrieo-reine, pèt Miarder d'un instant la perte de tant de forteresses. Mais le maré- ^al de Saxe méditait une conquête plus belle : Maêstriclit, celte dcf des Provinces-Unies, restait soumise aux armes impérialea^ et, pov ne rien laisser derrière lui en marchant vers cette (rfaee , le général tançais voulait enlever Namur. Cette demiète entreprise présentait de grandes difficultés. Une citadelle bâtie sur un roc escarpé, an eonllacnt de la Sambre et de la Meuse , pouvait couvrir d'un ^lân^e de feux les assaillants, tandis que douze petits forts qui hérîsseBt la cime des rochers voisins ajouteraient leurs foudres de fer auiprajec tiles de la citadelle, d'oii ces forts semblent tombés pendant juneovB- ▼ulsion de la nature.

Sur le terrain où le comte de Saxe se plaça pour asâé^ Namur, il retrouva , en s'aidant de ses cartes , la tradition des vantes que Luxembourg, Boufflers et le roi Guillaume avaient tées en ces mêmes lieux. Maurice sentit que pour réussir il devait manœuvrer avec l'habileté qu'avaient déployée œs généraux : il les surpassa. Les mouvements qu'il effectua, les campements qu'il prit, regardés par nos tacticiens comme le chef-d'œuvre de l'art mUitaira^ obligèrent le prince Charies à livrer, en s'éloignant , le% sibords de Namur à l'armée française. Maurice profita rapidement de sa position ; investie le 6 septembre , la ville vit la tranchée s'ouvrir sous ses murs le 12, et le 19 elle se rendit au prince de Clermont. Mais fat garnison, forte de treize bataillons, était passée dans les châteaux qui couronnent les hauteurs. Elle n'y put tenir longtemps s un ennemi terrible, un ennemi contre lequel le courage est impuissant, la famine, atteignit les soldats accumulés dans ces petits forts; tous étaient rendus le 30. Malgré l'importance que Maurice attachait à la prise de Maéstricht, il lui répugnait de continuer les hostilités du* rant l'arrière-saison avec une armée qui l'année précédente n'avait pas pris de quartiers d'hiver. Cédant à cette inspiration , qui prouve que ce grand homme n'a jnis moins d'humanité que de talent et de valeur, il écrivit ainsi au prince Charles : « Monseigneur, les soldats » combattent pour la gloire des rois ; mais n'oublions pas que les » rois ne sont eux-mêmes que les tuteurs des peuples , et qu'ils doî- » vent songer que dans la guerre c'est la prospérité et le sang de ces » mêmes peuples qu'ils dépensent. L'hiver approche , j'ai l'honneur

m de proposer à Votre Atteste de prendre des eantoimeiiients respeo- » tib. » Charles avait aussi de l'himanité ; mais soit qae sa âerië aUemande fÀt blessée de l'initiatiTe généreuse prise par le maréchal de Snxe, soit qu'il soupçonnât quelque arrière-pensée au général tnMkçais, il euTO ja un refus verbal par un oficier et un trompette.

« Quel est donc le motif du prince ? demanda Maurice à Tofficier.

— - Je n'oserai jamais , monsieur le maréchal , tous -répéter les paroles précises de Son Altesse.

— Dites, dites toujours ; nous sommes ici pour échanger desooop» de eanon et non pas des compliments.

•— * Eh bien , monseigneur, le prince assure qu'il n'a à prendre de vous ni avis ni conseils.

-^-Je le sais bien, morbleu ; mais tous pouves lui dire que je saurai biem le forcer à prendre ses quartiers d'hiver. Quant à vous, monsieur, je vous engage à prendre votre part de mon diner, puisque le voilà serri. » L'officier, dont l'odorat avait été saisi d'un fumet délicieux, ne se fit pas répéter l'invitation. Dès le surlendemain, 1 1 octobre, le maréchal de Saxe livra cette bataille de Rocoux, dont le nom passera à la postérité comme un des faits d'armes les plus meurtriers et les plus inutiles des temps modernes. Tout porte à croire que l'attaque fut déterminée par un mouvement de dépit du général français : oe moment d'humeur coàta quatorze mille hommes, c'est beaucoup pour un éclair d'orgueil !

L'armée ennemie, campée en deçà de la Meuse, s'étendait de filaéstricht, oh s'appuyait sa droite , à Liège , oh finissait sa gauche» Le Jar séparait l'armée du prince Charles, forte de quatre-vingt-dix mille combattants , de celle du roi , qui s'élevait à cent vingt mille* C'était un coup d'œil imposant des hauteurs de Liège que l'ordre de bataille de ces deux armées, dans lesquelles quelques heures plus tard la mort allait moissonner à pleines mains. Toute la journée du 10 se passa en escarmouches sans résultats ; mais le 11, à la pointe du jour, Maurice marcha aux ennemis sur dix colonnes. Charles, retiré alors de Liège à Yiset derrière cinq villages retranchés, espérait pouvoir tenir dans cette position ; mais elle était extrêmement dangereuse, car s'il y était forcé, il ne pourrait trouver de salut que dans le passage de la rivière , que le maréchal de Saxe s'effbroecait sans doute de rendre impossible.

On se battit douse heures à Rocoux , et , je le répète , des ibts de

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sang y coulèrent sans utilité. Les alliés gardèrent leur position , ils Fétendircnt même jusqu'à Tongres. On assure que la nuit seule prévint rentière défiitte du prince Charles ; mais il faut se défier des difficultés alléguées après coup. Cest donc par la triste énumérmtîon des cadavres qu'on doit dans cette circonstance prouver l'avantage des armes du roi de France , et nos trophées ne se formeront que de cyprès. Douse roiUe Autrichiens, Anglais ou Hollandais restèrent sur le champ de bataille; nous ne perdîmes, dit-on, à Roconx que donxe «ents hommes, parmi lesquels on compta le marquis de Fénelon, neveu de l'aigle de Cambrai. Ce seigneur était brave et pieux comme Bayard, mais pieux à la manière de ce chevalier, sans fanatisme, sans intolérance. Le prince de Monaco, le marquis de Laval, le comte de Balleroi, furent blessés grièvement dans cette journée. M. de Logeac, capitaine des grenadiers à cheval, le même à qui Louis XV prêta un jour cent louis d'or quand il eut mangé deux cent mille livres de rente à la cour, eut la mAchoire fracassée par une balle ; le petit bout de la langue fut emporté. « Voilà qui est bien désagréable pour vous, » mesdames , disait dernièrement M. d'Ayen à quelques beautés ha- • maines , le beau marquis ne pourra plus vous dire clairement : Je » vous aime, je vous adore...— Ce u'est qu'un préambule de moinsy » répondit l'une de ces dames.

Le chevalier d'Aubetcrre racontait au lever, à son retour de Flandre, que, frappé de la force athlétique d'un soldat anglais fait prisonnier à Rocoux , il lui avait dit : «c Je crois que s'il y avait eu » cinquante mille hommes comme toi dans l'armée ennemie, nous » aurions eu de la peine à la battre. — Ah ! monsieur, répondit a l'Anglais, nous avions assez d'hommes comme 'moi, mais il nous a en manquait un comme le maréchal de Saxe. »

L'audace sert bien dans la guerre , mais il faut pour qu'elle soit vantée que ses entreprises réussissent ; autrement elle ne recueille que du ridicule. Tel a été le lot des Anglais à la suite d'une descente 4iu'ils ont tentée le i"' octobre sur les côtes de la Bretagne. Une flotte anglaise de cinquante-six voiles mit à terre, à quelque disunce de Lorient, environ cinq mille hommes, dans l'unique but sans doute de piller ce littoral; car il y aurait eu trop de folie à penser qu'une semblable expédition put causer des craintes sérieuses quant à l'occupation du pays. Ces forbans, réunis sous les ordres du colonel Saint-Clair, osèrent cependant attaquer Lorient; on assure qu'ils

LOUIS XV. Ui

étaient ivres alors... La résistance d'une population nombreuse et aguerrie eut bientôt dégrisé ces assaillants. Saisis d'une terreur panique , ils se mirent à fuir sur la côte et ne s'arrêtèrent que quand la respiration leur manqua. Craignant d'être atteints en essayant de rembarquer deux pièces de canon qu'ils avaient descendues de leurs vaisseaux, ils les enterrèrent en toute bAtc ; mais des paysans, les ayant vus k l'ouvrage, déterrèrent ensuite ces pièces, et se procurèrent le plaisir de leur renvoyer les boulets qu'ils avaient enfouis à côté. La flotte portant ces aventuriers resta bien jusqu'à la lin du mois dans la baie de Quiberon, mais cette bravade ne prouva rien si ce n'est que les Anglais agissent toujours prudemment en laissant un espace fluide entre leurs forces de terre et les nôtres.

L'expulsion des ennemis n'est pas aussi rapide en Provence qu*en Bretagne , mais on doit espérer qu'elle sera bientôt aussi complète. Les Impériaux, maîtres d'une partie de cette province, menaçaien de l'envahir presque en entier. D'un autre côté, leurs partisans pénétraient chaque jour dans le Dauphiné par les gorges des Alpes et s'y livraient à tous les excès. Les dames de Grejnoble, de Valence, de Montélimart, conduites le soir au spectacle par les honnêtes Dauphinois leurs maris, furent plus d'une fois ramenées par des officiers de Marie-Thérèse ou de Charles-Emmanuel , qui les reconduisaient rarement au domicile conjugal. Enfin des escadres anglaises embossées en vue des ports de Marseille et de Toulon , aidaient leurs alliés à les conquérir.

Telle était la déplorable situation de cette partie de la France, lorsque le maréchal de Belle-Isle, envoyé pour arrêter ces désastres, arriva sur leur théâtre. Des chftteaux et des chaumières incendiés; deii couvents dévastés , d'autres oh les vierges du Seigneur avaient perdu violemment ce nom ; toutes les caisses publiques, toutes les bourses particulières vides; des bords de l'Isère à ceux duVar et de la Durancc des miliciens fuyant effrayés devant quelques coureurs ; enfin des débris de régiments sans discipline : voilà ce qu'il vit sur sa route depuis Dijon. Malheureusement le maréchal amenait peu de troupes ; il s* en servit néanmoins avec tant de bonheur, que des le jour de son arrivée le mouvement offensif des ennemis cessa.

L'infant don Philippe et le duc de Modcne, enfermés dans Aix, se hasardèrent d'en sortir aussitôt qu'ils virent la casnpagne cccu])ie [ar

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des troypet fma^aiset et joignirent leurs cffortt à ceux de M. de BeUe-Iiie.

Au milieu de tmt de vicissitudes guerrières, les maréchaux de Ghaulnes et de Mouf—rency ont trouvé cette année le temps de •mourir dans leur lit. L'un des deux bâtons reviendra sans doate an duc de Richelieu, dont la vie est tissae d*asses d'exploits galants, et surtout de services rendus à la galanterie royale, pour avoir mérité la première dignité de Tarmée. Le duc de Yivonne, de joyeuse mémoire, l'obtint par moins de titres : il n'était que le frère de madame de Montespan , et ne favorisa qu'un seul amour de Louis XlV. On sait que M. de Richelieu s'intéressa davantage aux plaisirs de Louis XV, ce prince ne doit pas moins faire pour lui que le régent n'avait £iil .pour Dubois; et comme un lieutenant général ne peut plus, aa temps ùk nous vivons , être nommé cardinal , il faut bien que Sa Majesté bsae son«.. complaisant maréchal de France.

En attendant , le petit vainqueur de Fontenoy vient de se rendre à la cour de Dresde, cbargé par le roi de demander la princesse Marie-Josèphe de Saxe pour M. le Dauphin, auprès de qui nul courtisan ne sera tenté de renouveler son compliment de condoléanœ. Ce n'est pas la première fois qu'on a l'occasion de reconnaître qu'il est à l'usage des princes une latitude de conscience et d'aSecdons toute particulière.

En terminant le récit des événements, aussi nombreux que variés qui feront distinguer dans l'histoire l'année 1746, je dois dire que le prince Charles-Edouard Stuart, après une éclipse totale de plusieurs mois, reparut enfin le 29 septembre. Depuis le mois de juin, de petites divisions françaises n'avaient pas cessé de croiser sur les côtes d*£co5se, pour tâcher d'avoir des nouvelles de cet illustre aventnrier, et pour le recueillir s*il reparaissait. On désespérait enfin de le retrouver, et Ton en revenait à Tidée qu'il était tombé au pouvoir des ' Anglais, qui, présumait-on, l'avalent mis à mort secrètement, ou le tenaient enfermé dans quelque ch&teau fort.

Les vaisseaux français, las d'attendre, et craignant que les vents de réquinoxe ne les jetassent sur les rochers de la côte écossaise, allaient gagner le large, lorsque, le 29 septembre, Edouard, qui avait marché toute la nuit dans des chemins détournés , et à travers mille périls, arriva sur la plage du Lochaber au lever du soleil. La première lumière de Taube lui avait découvert, sur la sombre surface des flots.

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la voilure blanche des deux frégates envoyées à sa redierche ; il s'était hâté d'accourir. Rendu au bord de la mer, le prince ayant attaché r son mouchoir au bout de son épée , qui venait de lui servir d'appui pendant sa marche nocturne, éleva le plus qu'il put ce petit pavillon, qu'an gabier de l'une des frégates aperçut enftn, après une heure d'inutiles signaux de la part d'Edouard. Le capitaine mit promptement un canot à la mer, quoiqu'elle f&t en ce moment très-houleuse... Le descendant des Stuarts fut sauvé du plus prochain des dangers qu'il eût à courir. Mais tous n'étaient pas finis : les vaisseaux du roi tentèrent vainement de débarquer le prince , d*abord à Brest , ensuite dans les parages de Morlaix; des croisières anglaises occupaient les deux rades. Il fallut reprendre la haute mer en bravant plusieurs fois les escadres ennemies, et ce ne fut qu'en trompant leur surveillance qu'Edouard descendit à Saint -Pol- de -Léon, le 10 octobre, après douce jours d'une navigation qui pouvait le livrer pour jamais k ses enB6mis.

Le fils du prétendant garda le plus profond silence sur sa destinée de la fin de juillet à la fin de septembre; tout porte à soupçonner que cette partie de son expédition n'en est pas l'épisode le plus moral , et Ton persiste à croire que madame de Seford , l'héroïne de la campagne, rentra alors d'une bien douce manière dans les droits de son sexe.

Les premiers jours de l'année 1747 ont vu fuir l'étranger des cam«> pagnes de notre belle France : le maréchal de Belle-Isle, à la tète de soixante bataillons et de vingt^eux escadrons, auxquels se sont j'>ints quelques régiments espagnols commandés par le marquis de Las Minas , a nettoyé la Provence et le Dauphiné des corps autrichiens et piémontais. Ils ont été repousses, poursuivis dans les gorges des Alpes, et c'est à leur tour d'éprouver toutes les calamités d'une déroute.

Pendant qu'on se fâicite à la cour de ce commencement de succès, ou plutôt de cette fin d'échecs, une puissance nouvelle s'y élève sous la protection de la marquise de Pompadour : c'est M. de Marigny, son propre frère. Ce jeune homme, dont le crédit a'appoic sur le canapé du boudoir de sa sœur, ne pent manquer d'aller loin. On mit •que le roi Ta tout d'abord emmarquisé ; que l'on vit cet astre sateUile parutre dans la galerie sous le nom de marquis de Yaudîère, et que «les papillons de rOEil-de>bœuf, faisant allunon à U noblesse récente

de M. PoissoD, rappelaient le marquis d'avant-^ier. Plus de dîgnilé possible là où vient à surgir le ridicule ; il fallut reliaptiser le seîgnear de fraîche date, qui devint alors le marquis de Mariipiy.

Cependant il supportait avec embarras sa nouvelle fortune : honteux d'être devenu soudain si grand, plus honteux de voir que les courtisans se faisaient auprcs de lui si petits , Marigny , trop jeune encore pour avoir Tuplomb de l'impudence, ne paraissait qu'en rougissant au milieu de la foule illustre du grand lever, « C'est fatigant^ 9 disait<-jl avec naïve t(^ ; je ne puis pas laisser tomber mon mouchoir, B qu'à riustant des cordons bleus ne se disputent l'honneur de le ra» 9 masser. » Apres quelques mois d'habitude, le petit Poisson se laissa aller toutefois à sa brillante destinée; il était admis aux grandes et petites rètcs des appartements dont la faveur intime tournait seole la clef : Louis XY , dans un joli milieu d'ivresse , l'appelait petit frère. C'eût été un écolier paresseux, s'il ne se fût pas formé promp» tentent à l'insolente fierté de sa nouvelle condition ; mais il s*y forma.

Malgré ses progrès dans l'éducation des cours, Marigny se montre néanmoins inquiet, ombrageux, accessible à des soupçons divers. Son amour-propre a mille aspérités irritables : un mot dit à l'oreille , le sens enveloppé d'une phrase, un sourire empreint de finesse, tout lui paraît un attentat à l'estime qu'il recherche, tout lui semble malin, ironique, irrévércnt^ Dé peur d'exciter encore ce qu'il prend pour un déni de respect, le nouveau marquis parle de lui-même avec une humilité feinte ; et s'il voit dans les yeux de ses auditeurs que sa modestie soit prise au mot, son chagrin est extrême.

Intrinsèquement, Marigny possède les qualités essentielles de Vhonnête homme : il a de l'amabilité, de l'esprit ; son éducation n'a point été négligée, et dans les arts, dont il a fait une étude approfondie, son goût est pur et exercé. Tous les défauts de ce jeune homme résident donc dans son humeur, aigrie par l'irrégularité de sa position sociale. Les contrariétés perpétuelles qu'il en éprouve hérissent ses entretiens domestiques de rudesse , de brusqueries ; madame de Pompadour lui adresse quelquefois des reproches obligeants sur cette âpreté de caractère, qui, dit-elle, nuira à sou avancement. La crainte de voir réaliser ce pronostic corrigera sans doute le marquis de Marigny.

Le chagrin causé à M. le Dauphin par la mort de sa première femme s'était tellement humanisé dès les premiers jours de celle

année, qu'il attendait avec une grande impatience la princesse de Sftxe. Ce prince trouvait que M. de Richelieu , le plus expëdilif des hommes dans les négociations dont le lit est le but, traitait cette fois avec lenteur à la cour de Saie. II ne faut pourtant pas, dans cette circonstance , que les imaginations erotiques poussent trop loin les présomptions : voici un trait qui prouve que les désirs de monseigneur ne sortent pas des limites de la chasteté. La femme d'un riche négociant de Paris, enceinte de plusieurs mois, eut l'envie d'embrasser le Dauphin; envie assez naturelle , car ce prince est fort bel homme. Un officier qu'elle connaissait parla de ce désir au fils de Louis Xy, qui consentit à s'y prêter. Mais, quand la dame fut introduite. Son Altesse Royale s'étant aperçue qu'elle avait la gorge découverte, lui tourna le dos , ordonna qu'on la fît sortir, et courut lui fermer la porte au nez... Certes, voilà un rare excès de pudeur... ou d'hypocrisie.

Enfin la princesse Marie-Josëphe , partie de Dresde le 10 janvier, fit son entrée à Strasbourg le 27 , après avoir été remise solennellement par le prince de Lubomirski à la duchesse de Brancas et an maréchal de la Fare dans une petite ile située au milieu du Rhin. Le 9 février, les illustres époux reçurent la bénédiction nuptiale des mains du prince de Rohan-Yentadour, coadjuteur de Strasboui^, grand aumônier de France.

Toutes les cérémonies de mariage se ressemblent , au moins dans leurs détails ostensibles, et les mémorialistes les mieux informés ne sont pas initiés aux différences qu'elles peuvent offrir en secret. Je passerai donc sur les diverses réjouissances qui eurent lieu, soit à Yersailles, soit à Paris , à l'occasion de l'union conjugale si impatiemment et, toutefois , si décemment attendue par le Dauphin ; mais j'en rappor» terai quelques particularités.

Marie-Josèphe est, comme on sait, fille de cet Auguste III qui occupe le trône de Pologne par l'exclusion de Stanislas beau- père de Louis xy. Les affections de famille, si indulgentes, si oublieuses, si coulantes en un mot , entre les têtes couronnées, ne se sont pas avisées un moment, dans cette conclusion , d'un ressentiment qui de la part du roi de France eût été au moins légitime. Mais il y avait dans le cérémonial un point délicat qu'on ne pouvait pas écarter... L'étiquette, la souveraine des souverains français, exigeait qu'il s'accomplit. La Dauphine était tenue, le premier jour de la célébration, de

S4« CRROtfIQlTES DC VOOi^E-WEV?.

porter ■« bfM le partrut dm roi mm père; €to ciifoii rniiiliia ii «n de^t eoèter h Mfeirie LccBMbi de v«tr ce liftrt braetltt covBt m tropiièt, dMt mb propre pobk. Use partie de le t'éliit éeoalée mis qm ptrtoenc eàt oeé jeter le» yeex m» le ¥i de I* prieccftie; la rme m décida la pvcnièee nan-eenteMcaft à O^arder le médaiUoDi vais capcere à en parler à n km. « Vetlà u Ma Elle, lui dit-elle avec doaeeer, les traits d« Baivetce père ? — , » Oui , nMiiaii , répondit la jtVÊms SaaMne cb pnéseatamt soa kns à u 9» Mtjesté , troaTea-Toes cette ■■iiiilwii reawaïkfaiaBte ?.••• » Ce' tait le portrait de StaMsIas. Marie^eeèpke maiifaaît à l'étiquette., mais elle obéissait aai bieaséaaces... Le gnnd mettre des oécénwûes n'ea est pas encore eonselé.

Les bom^iieois de Paris purent asitster au bal paré qù fat douaé d«M la grande galerie de Versailles à l'occasion, du auriagc; mais ils n'y étaient admis qu'en qualité de spectateurs, c'est-à-dire ipieMM^lea fj^ardes du eorps avatent l'ordre exprès de niveler du travers de leua mousquetons les ventres roturiers qui voulaient se peaduire trop ambitieusement dans* la salle. Un particulier asscs audeatemeBt vêtu s'étant, en dépit de la consigne, glissé entre les hommes titrés assis sur des banquettes réservées aux danseursv L'oftder- des gardes vint brusquement à lui ;

«r Que faites-vous là ? lui dit-^il.

— Vous le voyea bien , je regarde^

•» Vous ne pouvex pas rester sur cette bauquede.

— Pourquoi donc ?

— Belle demande! Oh avo-veos acquis le droit d'eceiqier une telle place?

o— Dans pTus de batailles que vous n'aves vu de paradiea et cutrndu de messes à Versailles.

— Vous n'en ailes pas moins sortir de là , ou parbleu !•••

— J'y vais rester très-certainenent^ et si cda ne vous eoovient pas vous en viendres deauinder raison demain auitin , au hnm^ de la pièce des Suisses, à votre serviteur le colonel du régiment de Ckai»pagne. »

L'officier des gardes s'éloigna sans répondre; mais P avait fait du bruit. Peu de temps après, le même nrilitaire, touji en exécution de sa consigne , voulut Cure lever une daaM fourvoyée aussi, sans autorisation sur parchemiu, parmi les iUnatics.

« Vont dires font oe qmt vous veudns, répMidii froidemeiftl FnsarfMitrice , mttn je ne bouge pas.

-— Ah! c'est trop fort!

— - Point du tout, monsieur, je mû d« régiment de Ghampegnc. »

Les rieurs se mirent du côté de PoJbstinée;. die garda sa place malgré les ditiebetements de certaines maïquises qui la trouvaient fort déplacée... Elle était extvèasement jolie.

Le lendemain 9 au bal aMsquë, «ne avcntnre beaucoup plus drdie eneore égaya la eonr et les jeunes mariés eux-HèmeSy dont tonte la gaieté reparut momentanément sur leur visage. On fat admis sans distinetion de rangs à cette mascarade; il sulDIsaii de se proconr des billets d'entrée , qu'on avait distribués sans difficulté.

Un buffet chargé d'une profusion de mets et de rafraîchissements s'élevait dans une salle voisine de la galerie ; oa pense bien qu'il était conrtiflé plus que le roi lui-même, et que les assistants ne lui firent pas un instant Pinjure de le laisser sans compagnie. Parmi les plus assidns conrtisans de ce mevble , les observateurs remarquèrent un grand masque en domino jaune, qui fkisait de fréquentes visites h l'estrade réconfortante , et chacune de ses apparitions était nile viéritable dé- VMliitîon. Pièces de résistance^ pAtiascrie» délicates, confitures, sur creries, vins exquis, liqueurs fraîches et spiiituenses, tout s'engloutissait dans les continuelles irruptions dn Grar^sntua masqué; les oftciers de- bouche ne pouvaient suffire à réparer les brèches qu'il faisait. On ne conceuait pas comment cet individu pouvait, après de conrtes absences du bvfet, revenir à la charge de plus en plus afiimé et altéré. Quelques seigneurs parlèrent an roi de ce phénomène de gloutonnerie. Sa Majesté voulut le voir, el ce fut pour elle un spectacle fort amusant. Au désir de l'adtadrer succéda celui de le con*naître. Louis XV ordonna qu'on suivit pendant une demi-heure son robuste convive^. Le masque an domino jaune c'était toute la con^ pagnie des Gent-Snisses, qui, à l'aide d'un déguisement, s'était présentée successivement au buffet. On n'a pas encore cessé de rire, à Pkris et à Versailles, de oe tour digne des pages , mais dont ib n'eussent pas à coup sur tiré un aussi formidable parti*

Après avoir forcé , comme il l'avait promis, le prince Charles à prendre ses quartiers d'hiver, Maurice de Saxe établit les siens de teSe manière qu'en vingt-quatre heures il pourrait réunir son armée. Leeomte de Lowendahl eut le commandemoU de Kamur, U comte de

148 CHROniQUES DE LHEfL-DC-BŒUF.

Boutteville fut nommé gonverneur de Braxelles , et le maïqnis de Qermont-GaUerande commanda dans Anvers. Ces disposidcms étant faites, le maréchal vint à la cour; il assistait aux noces du Daapàin avec la princesse de Saxe, sa parente.

Le roi profita de cette solennité pour conférer à l'illustre général une dignité que Turenne seul avait possédée : il le nomma maréchal général des armées de France. Pendant son séjour à Paris, Maurice fréquentait beaucoup M. de la Popelinière, fermier général fort riche, mais dont les habitudes ne pouvaient que contraster essentiellement avec celles du héros. Un jour, madame de Pompadour lui demandait quelles qualités il pouvait trouver à cet épais financier pcmr en faire ainsi sa société de prédilection. « Madame, répondit le maréchal, il » en a une excellente à mes yeux : quand j*ai besoin de cent mille 9 livres, je les trouve dans son coffre ; tandis que si j'expose le même a» besoin à M. le contrôleur général, il me dit toujours qu*il n*a point nd'aigent. i>Geci prouve qu'un mallôtier, tout épais qu'on le sup» pose, peut être plus sensible à la gloire et plus reconnaissant des services rendus à l'État qu'un contrôleur généraL Le comte de Saxe est reparti pour l'armée.

Cependant le congrès de la Haye ne décidait rien ; les Hollandais, malgré la présence de notre armée aux portes de leur république, ne concluaient point cette paix qu'ils avaient sollicitée les premiers. Leur position était pourtant critique. Que pouvait contre la France une nation qui n'est plus que marchande, qui ne possède ni généraux instruits ni bons soldats , et dont toute la marine militaire se réduit à moins de vingt vaisseaux de haut bord ? Son intérêt le plus évident^ le plus prochain, semblait donc lui inspirer l'obligation de conclure à tout prix une paix solide avec Louis XY, et ce prince avait donné des gages de la bonne foi avec laquelle il la signerait. Mais c'était précisément cet abandon qui retardait le traité : les gouvernants de la république ne pouvaient pas concevoir tant de modération, exercée sur le trône d'où Louis XIV faisait peser sur eux un sceptre de fer. La prévention des ËUts Généraux était si profondément enracinée que les faits mêmes ne pouvaieni en triompher. Us persistèrent dans l'opinion qu'ils avaient que les démarches du roi étaient ou des témoignages de faiblesse ou des manœuvres perfides.

Las des pourparlers sans fin de la Haye, le cabinet de YersaiUes prit enfin une détermination énergique, qui fut signifiée le 17 mars

aux Hollandais par l'abbé de la Ville, ministre du roi ; la déclaration était libellée ainsi : « De même qu'en 1744 les Ëlats Généraux cru- » rent pouvoir envoyer vingt mille hommes dans les plaines de Lille 9 sans prétendre faire la guerre k la France, de même Sa Majesté va » faire entrer ses troupes sur les terres de la république sans avoir » intention de rompre avec elle , mais seulement pour prévenir les » dangereux effets de la protection que la Hollande accorde à Fimpé- » ratrice-reine. » Cette intimation diplomatique était appuyée d'une puissance effective de trente ou quarante mille baïonnettes françaises, qui pénétrèrent immédiatement dans la Zélande. Le roi fit déclarer en même temps aux États Généraux qu'il ne conserverait qu'à titre de dépôt les places que son armée allait occuper, et qu'il les restituerait aussitôt que la Hollande cesserait de prendre part à la guerre. Cette délicatesse de procédés ne pouvait être comprise par les hommes matériellement positifs de ces parages : le peuple ne vit dans cette occupation qu'une véritable conquête. Les membres du gouvernement interprétaient un peu différemment les choses ; mais ils ne firent qu'inspirer de la défiance en cherchant à expliquer l'entrée des troupes françaises en Hollande , conformément ii la déclaration de Louis XV. Il arriva alors ce qui avait eu lieu en 1672 : Tirruption étrangère fit un stathouder. Tout le peuple entoura le palais des états; il demanda en tumulte que les magistrats de la république déposassent le pouvoir et proclamassent à l'instant le prince d'Orange. La proclamation se fit le même jour ; les couleurs de la maison de Nassau furent arborées sur tons les édifices publics. L'abbé de la Ville avait annoncé d'avance au coi^rès cette révolution comme une conséquence de la participation des Hollandais à la guerre. « Vous nous » obligerez k entrer chez vous, avait-il dit à ces républicains, et, par > suite d'une terreur panique, vous aurez un maître réel. »

Le prince Henri d'Orange, dit le Prison, se prêta de très-bonne grâce aux excès que le peuple commit chez les bourgmestres créés par la république , mettant ainsi entre la nation et le gouvernement tons les signes de la révolte afin de faire croire aux citoyens tranquilles que la magistrature populaire avait été détruite par un élan de la volonté générale. U n'en était rien : les hommes sages regrettaient ces régents, dont la gestion avait été favorable k la liberté; ilt sentaient que le commerce , unique source de la prospérité hollandaise, aurait infailliblement k souffrir du stathoadérat, monarchie dé-

^^ CHRORIQUES HB ttSa-De-BŒUF.

guisëe, dont le« întérête servent pins i^yma qme maâm^ux. Ea^ ^» le nouveara sonveraîn se lit dfoiiner tant le ponroîr jaéis dépnrtf aa ror Guinanme; Temife contint le penfle 4mis YMium^Wj er le prrnce fit bientôt procbmer cette hérédité fv toiiBe k «n nùtetaat

d'abus.

Ces événements, qoî se passaient an «nis de aaî, nvMnt miné le nuréchal de Sa» à eoncentrer ses Ibtces dans In de Maéstricht, pfaceqn'il se proposait tonjonrs d'enlerer à Ti Mats le» aînés n'étaient pcs tranquilles speetatenn des «Mm* préparatifs de Maurice : une armée de cent vinçt «iUc Wmni tait réunie en Flandre dès le mois de féTrier sons les ordren du é\ de Cumberland. Ce prince laissa ses tfvnpes eiposées plos de six matnes aux rigueurs de rW'rer, sans virres, sans fourrages, ssns An, tandis que les soldato français, de lewrs paiaâ^les qunrtîcn, wpient en femant' leur pipe se morfondre ces colonnes ennemies.

Dans cette situation, les négoeiattons pour la paiï, qui avatest o»tttinné ii Breda jusqu'à la promotion du statbooder, cessèrent toat è coup : les ministres de France et d'Espagne déclarèrent à eenoL des autres puissances que, vu la proximité du tbéâtre de la guerre, le congrès devait être transporté sur un autre point; ils proposèrcBtf Trères , Cologne ou Aîx-4a-Chapelle.

Résolu de faire une quatrième campagne, le roi partit de yemiUcft le 20 mai; fl arrivas à BnneHes le SI , et pe« de jours après Sa Xajesté était à la tète de son armée. Le maréduil de âsie, dans nn enmscr! de guerre terni immédiatement, eipliqna à Louis XV sespiejeft: il fui fit comprendre que, pour assiéger MaCstridtt'aTee des cbinciw henreuses, il AiHait battre avpanrvavt les alliés, et qu'an mmnenft eà il pariait divers mouvementa s'eiécntaient à l'insm du àiMc de Ciun-* bcdand, trop bon prince, ajouta Bfourice en riant, pear les saopcsMK ner. Le marécbal général ht comprendre aussi an ni'fu^a faHait agir le plus tèt possiUe, car la Franœ allait avoir un ennemi de plos dans la esarine fifisabetb-Pétmoa, que Georges II Tenait enfoi de dëcâfcr à prendre parti contre nous, a Les Russes sonit foin eneore, panmui- » vit le comte de Saxe; notre jeu n'est pus d*atceudrc. qu'ils ssîcdI en » ligne* *

Cependant fo due de Cmsberland , qui avait an moins pénécié le projet que son cnnemr nourrissait d'enlever Maisfrieht, ne tarda pas de pmire positisii sooslea mun de cette féeteresse : sa dinita s'a]»-

pajait à Bilsen, n gauche s'étendait jusqu'à Yirle; le front de cette «île était couvert par le village de Laufeld. Son Altesse, revêtue du oommandement général, avait sous ses ordres le marécbal de Batliiani, comaandanl les Autrichiens , et le prince de Yaldeck, à la tète des Hollandais.

L'armée du roi achevait de se réunir sur les hauteurs d'Herdeereit vers la fin de juin ; Sa Majesté elle-même y établit son pavillon royal. Quoigue Fou fût dans l'attente d'une grande bataille, qui serait sans doute meurtrière, quoique la cour portAt le deuil de la reine de Pologne, belle-mère de Louis XY, morte le 19 mars, les éclats de la gaieté française et les sons de la musique des gardes ne laissaient pas d'être portés dans le camp anglais par les vents de la montagne. La noblesse folâtre qui entourait le roi ne devint pas plus triste lorsque les courriers de Sa Majesté apportèrent la terrible nouvelle de l'en-* gloutissement de Lima , au Pérou , avec une nombreuse population. ^08 aimables du quartier royal ne s'attendrirent pas davantage sur la fin tragique de Thamas-Kouli-Kan, usurpateur du trône de Perse, qui y après avoir fait trembler tour k tour les Turcs, les Russes, les Aljghans ses voisins et le Grand Mogol lui-même, fut assassiné par son propre neveu l'année dernière. Cet homme extraordinaire r^;na onze ans.

Enfin le 2 juillet, Maurice de Saxe, qui croyait s'être donné à Laufeld toutes les garanties d'une victoire complète, attaqua avec impétuosité le duc de Cumberland; mais, si l'attaque fut vigoureuse, la défense 'fut intrépide. Yainement le maréchal général chargea-t-il lui-même k la tête de plusieurs brigades : les alliés, vaincus comme h Raucoux, se retirèrent sans désordre sous Maêstricht, et le siège de cette place fut pour la seconde fois empêché. Six mille hommes restèrent de part et d'autre sur le champ de bataille.

Forcé de renoncer à prendre Maêstricht, le maréchal de Saxe assi^^aBerg-op-Zoom la pucelle, chef-d'œuvre du célèbre Cohorn, place devant laquelle échoua le génie de Spinola. Le comte de Lowendahl fut chargé des opérations du siège.

Louis XY eut dans ce même temps des détails circonstanciés sur l'alliance conclue le 22 juin entre la czarine et le roi d'Angleterre. Cette princesse s'engageait à Caire marcher cinquante mille hommes sur la Livonie, pour de là se porter vers le point indiqué par Georges H. De son coté , ce monarque s'obligeait à payer annuellement à

tSt CHROniQUES DE L'ŒIL-DC-BŒUF.

son alliée U somme de cent mille livres sterling tant qve lenr alliance durerait. Celte nouvelle ne changea rien au plan de campagne du roi : le sii^ge de Berg-op-Zoom fut poussé avec activité.

Dans le temps que notre armée se couvrait en Flandre de lauriers encore stériles , le maréchal de Belle-Isle , après avoir oblige les Autrichiens à lever le siège d'Antibes, forçait le général Broon a repasser le Yar abandonnant quelques pièces de canon et toutes ses munitions. Alors les Impériaux et les Piémontais, chassés de la Provence, menacèrent les Génois de rentrer dans leurs murs. Déjà le comte de SchuUcmbourg, successeur du marquis de Botta , serrait de près la ville du'côté de la terre, et l'amiral anglais Medlej la tenait bloquée par mer. L'alarme était grande à Gènes, dont les habitants, victorieux sur leurs seuils , n'étaient point en état de tenir Im campagne contre des troupes régulières.

Telle était l'extrémité de la république, qu'elle n'avait en ce moment ni généraux, ni troupes,.ni argent : le roi de France lui envoja presque en même temps tout cela. D'abord un petit navire , qui , à la faveur des ombres, se glissa inaperçu entre les vaisseaux anglais', porta un million dans le trésor génois. Peu de jours après , jes galères de Marseille et de Toulon, presque aussi heureuses, entrèrent dans le port avec cinq mille hommes; mais environ mille soldats montant six de CCS galères tombèrent au pouvoir des Anglais : c'est pcn, dans une entreprise aussi hasardeuse, qu'un sixième de mauvaise fortune. Enfin le duc de Bouffiers arriva dans Gènes et prit le commandement des Français et des milices qve le sénat avait pu lever. Ce brave officier avertit bientôt les ennemis de sa présence : le 21 mai il al* taque le comte de Schullembourg , lui tue quinze cents hommes et l'oblige à quitter une partie des postes qu'il occupait. Le 37, nouvel avantiige du général français, qui ce jour-là chasse les Autrichiens de la côte de Bivarola , tandis que le comte de Lannion reprend le château de Torrilia récemment fortifié par les Impériaux. Ces avantages étaient d'autant plus glorieux , que Bouffiers manquait de munirions, et qu'il avait à contenir dans la ville deux partis opposés, dont le plus fort paraissait peu soumis au sénat.

Le maréchal de Saxe est le génie qui commande à la victoire : les troupes qu'il dirige depuis trois ans n'ont pas éprouvé un seul revers. Racontons les nouveaux triomphes de ce grand général. Des le 16 juillet la tranchée fut ouverte devant Beiig-op-Zoom ; mais assié-

LOUIS XY. SSa

geanu et assiégés ne croyaient point à la prise de cette place : Maurice et Lowendahl se flattaient seuls de la soumettre. Jamais en effet entreprise ne sembla plus difficile : des ouvrages combinés avec art, une artillerie formidable, des marais inaccessibles qui empêchaient l'investissement complet, tels étaient les moyens de défense dont il fallait triompher pour s'emparer de la pucellç de Gohorn. Ajoutons ^e la garnison , pouvant rester en communication avec les alliés au moyen du bas Escaut , recevait continuellement des renforts et des secours de vivres ou de munitions. Enfin Tarmée assiégeante avait eUe-mème à se défendre contre un corps considérable qui la harcelait, et qui fut bientôt secondé par les maladies que des baft-fonds marécageux déterminèrent parmi nos soldats. Cette invasion morbifique exerça tant de ravages pendant le premier mois du siège , que vingt mille hommes passèrent du camp de Lowendahl dans les hôpitaux.

Malgré tant d'obstacles , les travaux de la tranchée se poursuivirent avec une activité dont aucun siège n'avait encore offert l'exemple. Au mépris de fréquentes mines que les assiégés firent jouer contre les travailleurs , trois brèches praticables existaient le soixantième jour aux murs de la place ; dans la nuit suivante , une forte colonne y pénétra... Soudain les soldats français coururent aux portes, et le matin Louis Xy vit de son quartier le drapeau fleurdelisé flotter sur les remparts de Berg-op-Zoom. Oi ne put, dans le premier moment, réprimer le pillage, non plus que cet autre genre de larcin qui ne laisse au larron que de tendres souvenirs. Le soir de cette couquète, nos guerriers n'avaient pas à se remettre de la seule fatigue du combat. Lowendahl fit saisir dans le port dix-sept barques chaiigées de vivres et de munitions que diverses villes de la Hollande envoyaient aux assiégés. On avaient écrit sur plusieurs ballots : « A l'invincible » garnison de Beiig-op-Zoom. » Ces envois ne pouvaient plus arriver à leur adresse.

Le comte de Lowendahl fut créé maréchal de France. Ce général est né en Danemark; on l'a vu sous les drapeaux russes dans plusieurs campagnes contre les Turcs : il s'est particulièrement distingué au siège d'Oczakow. Admis au service de France en qualité de lieutenant général par le crédit du maréchal de Saxe, ce brave Danois a fait partout honneur k son protecteur : c'est lui qui , dans cette même campagne, s'est emparé d'une partie des forteresses du Brabant. « Maurice et Lowendahl sont mes deux meilleurs capitaines, disait Ti. 15

^^*"'* ' — , le royittBM ne f lodût plas de géBértu 4e

^^' /j^-^ ^ Je le crois liies ; tire , répondit k priaoe deConli,

* ■ ,^i^ oM femmei ont affûie à kun layi»i^. ■

'iftmf^* doni Ifs ooAféreaces ont été intenrompiiei cet été à

o^^, rteat de les reprendre à An-4ft-€lMpeUe , pejs de liainft ék

jff défm%H pourront au moine soigner knr santé, s'ik ne penrat

gtiriT les plues de TEnrope. Le rai , iptès avoir ehaifpé de nonveM

riM de la Ville de se rendre à cette assemblée de diploatatci»

rft reparti pour Versailles, et k caaqmgne a fini, cette asHiis,

eu Fkndre, par k pcne des forts de LiUo, de Frédério-Henzi et de

k Croix.

Quand les rok choisitsent leurs ndnitires, les capacités fne co kommes d*Ètat apportent pour bagage à l'hÀtel du minktère ne sonl pas ordinairement examinées avec beaucoup de aenipuk : l'impoe Unt est d'être titré, adroit, ou chaudement recommandé. Matslonfte les résultats arrivent et qu*ik sont déjdorables, il faut bien les dépk rer et se livrer au regret d'avoir mal choisi. Cette année on a, pv suite de cette considération tardive, éprouvé une véritaMe diselle de ministres : personne ne voukit entrer au conseil, et plusicuis de ses membres se sont vus coalraints de garder k portefeuilk pu forme de jubilé. M. de Puysieux, qui remplace le marquis d'Aigenson aux afCsires étrangères, a dit au roi en prenant k rame de celle galère : « Sire, je ferai tout ce que je pourrai, mais je siippUe VoCre: » Majesté de croire que je ne puis pas faire des mirades. — Je croiii! » dit en riaut le maréchal de Saxe, qui venait d'entendre ce propo^l » qu'il n*7 aurait qu'un saint ou un diable ffiik put rétablir i'orta a dans l'administration ; mais nous sommes, è ce qu'il parait, neutm V entre l'enfer et le paradis, puisque ce saint ou ce diahk ht s'est p« » encore trouvé en France. »

M. de Drissac, major des gardes du corps, est un homme loyal «i franc qui n'aime point les hypocrites. Il enrageait en voyant au tak du dimanche et du jeudi, que le roi allait toujours entendre, lea tô banes de la chapelle remplies de dames priant avec ferveur, et ayai toutes de petites boogses allumées devant elks, sous préuxte d'é ckirer leurs lectures pieuses , mais réelkment pour se /aire ceaat

LOUB XT. ISS

qver* NoB-tettleAciit le major savait que la plupart de cet belles dé* Tiptes étaient les prêtresses d^un culte tant soit peuproCane, mais il earuit parié, disait-il , quelles ne se montnâent si assidues k l'oftee du soir que parce qu'elles savaient que le roi y Tenait. Brissac touIuS an jour vérifier le bit. H parait an moment du salut à la tribune da roi, lève sa canne, et dit hautement : « Grurdea du roi, rentrez dans » vos salles, Sa Majesté ne viendra pas. » Les fptTéu^ à qui leur chef avttit Hait le mot, semblent se retirer. Tout anssilôi les livres d'heures

' de nos dévotes m ferment, leurs bougies sf éteignent, elles lèvent le

' siège, les voiJà parties. Cependant les gardes rentrent, Louis XV ai^

'rive, et trouve, à sa grande surprise, la tribune déserte. Le soir, au

' eottcber, Brissae rueenta à Sa Majesté le tour qu'il avait joué à ces da» mes : ce fut un sujet de rire inextinguible; mais le lendemain toutes

' voulaient dévisager le major.

Au retour de la dernière campagne, ce même seigneur, causant avec

I andanie de Pompadour de la journée de Laufeld, lui disait : « Je

wtoupai at;ec Saa» la veille de la bataille.

— Ah ! monsieur de Brissae, par respect pour le rang du maréchal,

1 vous devriez dire monsieur de Saxe.

.. — Eh ! morbleu ! madame, reprit vivement le major, estp-ce qu'on

>dit moiasieur Alexandre, monsieur César ? »

:? Voilà , du moins, un gentilhomme qui prend la noblesse du bon

. Malgré les avantages obtenus par M. de Bouiflers, le siège de Gè* raes continuait toujours, et la ville commençait à manquer de vivres. {Bans cette circonstance critique, le maréchal de Belle-Isle tenta d'oi^l^rer une diversion : ce fut de pénétrer au sein des Etats du roi de fsvCtrdaigne dans le temps que ce souverain concentrait toutes ses «Isrees sons les murs de Gènes. Déjà le blocus de ceUe place n'était fins aussi sévère quand ce mouvement eut lieu : M. de Boufflers, taalgré les privations de la garnison et des habitants eux-mêmes, gari&ait tous les jours de petits combats. D'un autre c^té, opposant Tin* Mvigne à la trahison, ou se servant de celle-ci, ce général fit rentrer it^aus le devoir, à force d'argent, des moines génois qui sous le manftfiean.de la confession servaient les Autrichiens, Undis que ses émis- Kivsiires secrets payaient des capitaines de l'escadre anglaise pour laisser f *Dlrer les provisions dans le port. Enfin, avant même que la marche

SSe CHROniQUESDE IXEIL-DE-IKEnF.

du marécbal de Bellc-4rie fût connue dans Gènes on pouTÛt espérer d'éloigner assez les assiégeants pour tirer quelques secours des pays environnants. Mais le duc de BouiBers ne vit point raccompUssemenC des avantages qu'il avait préparés : une petite vérole maligne Veat^ porta au mois de juin. 0 fut regretté à double titre : c'était un bruTe et un bomme de bien, comme le marécbal son père; comme loi, il avait su se faire adorer dans une ville assiégée.

Opendant l'armée assiégeante ne s'était pas éloignée, d'un mo* ment à l'autre elle pouvait revenir sous les murs de la place et la contraindre par l'excès des privations à lu livrer enfin ses portes. Le duc de Ricbelieu, arrivé en septembre avec un secours d'boinmes et d'argent , pouvait retarder cet événement ; mais ni ces nouvelles ressources ni les trois mille soldats que l'Esp^ne glissa en même temps dans Gènes ne pouvaient sauver la république d'une ruine certaine.

Ce fut dans cette circonstance que les généraux autrichiens et piémontais apprirent la marche de M. de Belle-Isle. Charles-EmmaDuel, effrayé par cette agression inattendue et tremblant pour sa capitale, rappela en toute hâte les troupes qu'il entretenait dans l'Etat génois. Les Impériaux, qui, même secondés par les Sardes, avaient été souvent battus, se virent contraints de se retirer aussitôt, et l'escadre anglaise, dont la présence devenait inutile à l'entrée du port, prit le large dès que les troupes de terre se furent éloignées.

Le duc de Richelieu profita de ces diverses retraites pour faire renforcer les garnisons des forts extérieurs, pour en renouveler les approvisionnements et pour mettre autant qu'il le put les côtes en sAreté.

Nous étions victorieux aux frontières de la Hollande ; nos armes reprenaient quelque avantage en Italie ; mais la marine française venait encore de subir deux échecs. Dans les engagemeuts des escadres anglaises avec les nôtres, le succès des premières est à peu près assuré d'avance; car elles ne livrent ou ne reçoivent le combat qu'avec des forces supérieures à celles qu'elles ont à combatlre. Oest ainsi qne le marquis de la Jonquière , commandant six vaisseaux de ligne , fut attaqué le 1 4 juin , à la hauteur du cap Finistère, par dixsept vaisseaux anglais de haut bord sous les ordres des amiraux. Anson et Varrew. La victoire resU à la marine de Sa Majesté Britannique, mais ce ne fut que par l'emploi de toutes leurs ressources et de

tous leurs efforts que les Anglais triomphèrent. Une bataille navale, soutenue avec la nïème inégalité de chances , eut lieu trois mois plus tard dans les eaux de Belle-Isle entre Tarmée de Ta mirai Hauke, composée de vingt vaisseaux de ligne, et la division de M. d'Estanducre, forte de huit vaisseaux seulement. L'avantage de l'ennemi fut moins complet qu'au Finistère, puisque la flotte marchande que convoyait l'amiral français arriva à sa destination. M. d'Estanducre rentra à Brest avec V Intrépide et îe Tonnant ; le reste de son escadre avait coulé bas. Cependant le commerce de la Grande-Bretagne ne souffre guère moins que le n6tre des chasses maritimes : dans le cours de cette année les Anglais ont fait six cent quarante-quatre prises sur les Français et les Espagnols; nos vaisseaux seuls ont capturé cinq cent cinquante navires anglais.

J'ai retracé le résultat de la diversion faite en Piémont par le comte de Belle-Isle ; mais j'ai passé sous silence un des faits les plus (j^lorieux de cette campagne : J'y reviens. Le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, eut ordre de forcer le passage des Alpes par Briançon et le mont Genèvre. Il se présenta dans un lieu dit le col de FAssiette sur le chemin d'Exilés avec vingt-huit bataillons et sept pièces de campagne. Là vingt-deux bataillons piémontais attendaient ce général derrière des retranchements de pierre et de bois s'élevant à dix-huit pieds de hauteur et s'enfonçant de quatorze dans la terre ou le roc. Une artillerie formidable protégeait encore ce poste inexpugnable, contre lequel la nôtre ne pouvait absolument rien. Mais le souvenir héroïque de la journée de Château-Dauphin abusait général , officiers et soldats sur les difficultés de l'entreprise actuelle : la valeur française dédaignait la hauteur des palissades du col de l'Assiette ; elle ne comptait ni les hommes ni les canons accumulés derrière. Deux heures nos braves se ruèrent contre ce retranchement ; deux heures les Piémontais foudroyèrent ces audacieux assaillants sans courir le moindre danger. Près de quatre mille cadavres français roulèrent du haut de ce roc, que Belle-Isle ne put conquérir : il n'y eut que seize cents blessés , l'ennemi frappait à coup sAr. Les Piémontais ne perdirent pas cent hommes dans ce terrible engagement. Le chevalier de Belle-Isle vit terminer à Exiles une vie illustre à plus d'un titre. Intrépide sur le champ de bataille, ce gentilhomme avait de l'instruction, de l'expérience des affaires et de la finesse dans les relations politiques : il s'était distingué dans plusieurs missions di-

SSt CHBOnOinB m L'iBII.-DE-BŒI3F.

plomatî^iiM. Ob le vit loa^teaipt ae cottHUicr en ▼«!&& cffwu pour «mcker de tes maini ciiM^ilaBtéet oa avec l'aide de ses dents les palissades ébranlées. Enfin la mort mit fin en même temps à ses tentatives et à snn dése^oir : il entraîna en tiMnbant nn éclat de Imi» qn*il était parvenu à arracbcr. Une liciUante jeunesse périt avec lui : on tionva parmi les morts le comte de Goas, calant du régiment de Bourbonnais; le aMTfuis de Donge, colonel de Soissonnais, et BL de Brienne, colonel d'Artois. L'armée se retira sous Briançon. Mais plus tard le marécl»l de Belle-Ide et l'inCuit don Philippe pénétrèrent en Piémont par Lantosca, par la montagne Gastel-d'Appîa, et U délivrance de Gènes fiit» comme je l'ai dit ailleuxa, la suite de ce mouvement.

La comédie parait mieux convenir fue la tragédie au talent de Grasset : il a fait jouer cette année avec succès lé Métkatd, oom^paaition fort reaurfuable par la finesse de tact avec laquelle le principal personnage est tracé. On assure que Gresaet en a saisi les poux traits dans un homme en crédit que je ne pourrais nommer me faire è mon tour une réputation de méchanceté qui me oonlmrierait fort. Je laisse le public deviner ce modHe voilé. La fable inmginée par l'auteur du Méchoml n'est pas, après reiactitude du por^ trait, ce qu'il faut admirer dans cet ouvrage : les sitoationa en settt généniement peu dramatiques; quelquefois elles manquent de vxailemblance et de vérité. Le style de Gresset est ^ritua, trop spintael mèase pour être comique ; ce sont les jolies paillettes de Fer^ Ferl produites au théâtre : de piès eUes bcillemt» mais v«es du parterre elles ne jettent qu'un faible éckt.

CHAPITRB XXL

ItdS-ltd».

Gaap d*<BU iattfrîsur sur la ftmiUa nytla. — Loagmiaiité de U rrâu. -> On mot aar la AsapUa. -^M. Poissoa père toqjottia boodnr à la coor! — Géuèal<^ de m façôa. — louis XV gmàn de rsnciea boucher des lavaUdes. — L'épée do roi et 8oa foorreaa. — L'bomélîe d*ao foa. — Le tableta de Cholsj. ^ Les joies de oe monde. ~ Piix géoérsle ; à qoeHes eonditioos. — Louis XT to^Joart psiadia aux dépeas de la Praaoe. -> latimatieu de rAasIelefTO à la naaee aa sujet de Cbsriee-BdoasnI. — gctaes sosadaleuSM * ost égsrd. ~ ■^ de Is frmmniÊi dce mie. — Ghsriea^dBuaid trouve cbee des répdbii-

cihM IliospitalUé que hii refine m MVTerain.— BîebeUea et mtâuoe de la 9^ peliniére. ^- L'eumîDatear galant. — La cbeBinée pivotanle. — Le dfriioaneqr donné en spectacle. — Scène chez la favorite. — Le théâtre des petits cabinets. -^ Les iUus'rea comédiens. -^ Voltaire protégé par madame de Pompadour.

— Louange maladroite de ce podte. — Sa nouvelle disgrâce pour un madrigal.

— L'auteur de la EenriaU est exilé. — Hademoisene Gauthier actrice, puis religieose. — Madame de BoofiDera devient maréchale de Luxembourg. — IfouveUes scènes erotiques. — Madame de Tenein ; sa mort. — Véritable attachement étt roi pour madame de Ponpadoor. — Disgrâee d*ua ministre pour im quatrain. — Calembour de lOEil'de-bœuf. ^ Le bonnet de nuit d'un ministre. -^ Catikna de CrébiUon. — Sémiramit de Voltaire. ^ Trait de honteuse humilité de Voltaire. ^ Nanine du même auteur. -^ Le séducteur endormi. — Apparition du comte de Saint-Germain ; son portrait. — Choses incompréhensibles. — La cour de François 1** peinte en 1760 par on témoin ocnlaire.

Jetons au commencement de cette année on coup iPœil sur Pinterievr de la famille royale , car les g^nds de la terre ont aassi leur ▼îe domestique semée comme les existences vulgaires de malaises, de contrariétés, de soucis; on a.beau être illustre par convention, il faut intrinsèquement participer à toutes les infirmités physiques et morales de l'humanité.

La reine vit de résignation et de pratiques pieuses : elle a mis au pied de son crucifix toutes ses vicissitudes conjugales , et la ehastHé ahèoiue est devenue pour elle une seconde nature peu appréciée dans les boudoirs de Paris. La conversation de Marie Lecûnska est aussi impassible que ses traits et ses sens : jamais on n'entend sortir de sa boucbe un mot de dépit ; jamais elle n'exprime le plus léger méoon-* tentenient. Si l'on s'entretient de Louis XY en sa présence , elle est toujours la première à rehausser ses qualités et k dissimuler ses foiblesses. La reine ne parle jamais du roi qu'avec une profonde v-^ nération.

Le Dauphin est trop jeune encore pour s'initier aux ifiaires, peutêtre doit-on s'en féliciter ; car il serait à craindre qu'il ne confondit souvent les intérêts du ciel , c'est-li-dire ceux des prêtres qui le dominent, avec les intérêts de la terre, qui sont rarement ménagée par les mains sacrées. On s'accorde k dire que ee prince a beaucowp d'esprit et d'instruction : il faudrait pour en juger le sortir de sa sphère* Il est entendu que les fils des rois sont en naissant de petiU prodiges, mais il y a bien du mécompte à l'user. Ils représentent dans le monde des hommes vertueux et éclaîrés eoqwne 4es toiles barbonil*

S«0 CHROinQUES DE L'ŒIL-4>E-BŒUF.

léet de couleart à k détrempe représentent au théâtre des sites encbantenrs... Il font que les uns et les autres soient vus en perspeetive.

Mesdames de France peuvent être vues de près, au moins quant au physique, car elles sont toutes jolies. Du reste , eUcs lisent beaucoup, chassent quelquefois , assistent régulièrement aux grands couverts, et se montrent .aux bals de la cour. Voilà tout ce qu'on en peut dire; le chapitre des princesses était plus long sous le grand Louis XIV.

Le duc d'Orléans, premier prince du sang, vit toujours dans one région mitoyenne entre le ciel et la terre. On ne le voit guère à Versailles , et je crois qu*il ne conserve pas trop bien sa raison.

Le prince de Conti, général intrépide, s'enivre de gloire et de poudre à canon. Le jeune Gondé , son parent , voudrait déjà saisir la grande épée de son bisaïeul, mais elle est encore trop pesante pour ses mains de douze ans. Ce petit prince a près de lui un bien vil modèle dans le comte de Charolais^ son oncle, l'homme le plus débauché de la cour.

Les autres princes alliés de Louis XV ne s'inquiètent pas plus des affaires publiques que ceux que je viens de nommer; comme eux, ils ne vont à Versailles que pour assister, en vertu de leur rang, aux conseils extraordinaires, dans lesquels ils dorment ou bâillent, ou pour se trouver de temps en temps au lever du roi, qui ne les amuse pas beaucoup plus.

Si l'on considère maintenant combien peu le roi lui-même prend part au gouvernement de son royaume, on reconnaîtra sans peine que les hommes d'Etat, les courtisans et les ambitieux, peuvent attirer à eux du pouvoir autant qu'ils en voudront sans que la famille royale s'y oppose en rien, à moins que les envahisseurs ne songent à diminuer les prérogatives des princes : il n'y a pour eux que cela de sacré.

Louis XV a d'autres alliés un peu moins directs, il est vrai, mais qui , sur les tablettes de la malice , doivent être inscrits parmi les parents de Sa Majesté. J'ai parlé avec quelque détail du marquis de Marigny, frère de la favorite; il me reste à faire connaître M. Poisson, son père, qui, si Ton en croit la chronique scandaleuse, voyageait, par le conseil de la justice , lors de l'avènement de sa fille au trône... je veux dire ^ canapé royal. Cet homme, qui, comme on

sait, a été boucher, n*a pas reçu la moindre éducation, sa grossièreté est eiLtréme^ jureur, indécent dans le propos et le geste, insolent jusqu'à la férocité, il n*a pas la moindre idée du respect humain. Sa présence est pour la marquise une source d'humiliations de laquelle jaillit chaque jour un nouveau chagrin. Elle ne peut se décider à l'approcher d'elle, parce qu'il n'est nullement présentable; d'un autre cdté , elle n'ose pas l'éloigner de peur d'exciter son humeur irascible. Plusieurs fols madame de Pompadour eut dans sa toilette une lettre de cachet remplie à l'intention de ce père malencontreux; mais elle renonça toujours à s'en servir, présumant bien que Poisson, emprisonné , ferait un éclat qui la perdrait.

La marquise s'étourdit donc sur la honte dont son père la couvre; elle s'efforce d'être insensible aux écarts, aux grossièretés de ce rustre sans égal. Elle prévient tous ses désirs, ne lui refuse aucune grâce, lui laisse ses entrées libres chez elle et le caresse même quand il arrive. Au moyen de ces précautions, madame de Pompadour conserve quelque tranquillité lorsque Poisson n'est pas ivre ; mais dès qu'il a bu le moindre mot le met en' fureur. Le mois dernier , il se présenta, lesté d'un robuste déjeuner, à la porte de sa fîlle ; un nouveau valet de chambre, qui ne le connaissait pas, et qui ne pouvait se persuader qu'un homme porteur d'une figure ignoble et accoutré de la manière la plus grotesque dût entrer chez la favorite de Sa Majesté , lui refusait obstinément le passage. « Maraud, s'écria Poisson en jurant j9 comme un roulier, apprends que je suis le père de la p.... du roi. » La dame si précisément désignée entendit cette qualification du fond de sou appartement. Mais voici une anecdote qui a fait plus de bruit encore à la cour, et dont les poissardes s'égayent beaucoup aux halles. On verra pourquoi.

Poisson se trouvait à table avec un grand nombre de financiers; on était au dessert; le repas avait été splendide, les vins délicieux; l'ex-boucher, parvenu à ce point d'ivresse qui éclate ordinairement en transports de gaieté, partit d'un grand éclat de rire... Savez-vous, » messieurs, dit-il avant qu'on l'e&t interpellé, ce qui me fait rire 9 ainsi ? C'est de nous voir tous ici avec le train et la magnificenee » qui nous entourent. Un étranger qui surviendrait nous prendrait » pour une assemblée de princes ; eh bien ! vous, monsieur de Mont- » Martel, vous êtes le fils d'un cabaretier; vous, monsieur de Sava- » lète, le fils d'un vinaigrier; toi. Bonnet, celui d'un laquais... Moi.«.

• qui Timoré? » Les mttodort de la ftiunce, tout fgtn qtâth étaical, pineèreot fortement les lèvres à cette étnii8e> sortie. Mais que Aiire? Poisson, en immolant la prétendue dignité de ces enricitts, s'était eiécttté lui-même ; il continua sa revue : tons les convives enral leur lot La tournée critique terminée , il se trouva qne pas «n senl des assistants n*était noble, et qn*il n*y en avait même ancwa ipâ appartînt à une famille bourgeoise.

Passe pour se mettre à Taise avec des financiers; mis avec le rai de France et de Navarre cela tire un peu plus à conséquence. Le lendemain du souper aux généalogies , Poisson, en eotrant cIms ■»• dame de Pompadour, y trouva Louis XV. « Bot^ovr, fnon gemini » lui dit-il en lui frappant sur Pépaule. « Ab ! c'est trop fort, » a'écria Sa Majesté ; et elle sortit de cbez la favorite. La marq«isey «lèsespérée, courut après le roi : « Excuses-le, ùre, dit-cUe cneaiessnsc » son royal amant, il est probable que ce matin il s'est Uvré an » plaisirs de la table. « Le monarque, blessé dans ce qu'il a de plus cber, sa grandeur, se montra inflexible. « Je le sers selon ses ffoils, » répondit sècbement Sa Majesté , la terre oh je l'envoie produit de » bon vin. » Le heavHpèrt dut en passer par là; défense lui a été faite de reparaître à la cour jusqu'à nouvel ordre.

Malgré rhumiliation qu'elle éprouve de la part d*aneparenlé ignoble , la fortune de madame de Pompadour prend un vol baidi : elle vient d'acbeter Tbôtel d'Evreux , un chevalier de Saint-Louis lui sert d'écuyer, et madame du Hausset, née d'une famille noble, hû est attachée en qualité de femme de chambre. Jusqu'à ce moacsit la marquise vécut assez retirée, le nombre de ses courtisans était petit; il augmente maintenant à vue d'œil. Prendre une maison est pour les favorites la marque du plus haut degré de crédit : on sait oda depuis la duchesse de la Yalliëre. Aussi voit-on chaque jour une double, une triple file de voitures à la porte de l'hAtel d'Evreux; on n'en rencontre autant nulle part, pas même devant l'hétel des ministres. Cela se conçoit: sous un roi comme le n^tre, le mînistène des plaisirs est celui qui réunit le plus d'attributions.

Quand la marquise se promène dans les jardins on traverse les appartements , les marquis , les ducs , voire même certains priitoes, s'empressent à lui olTrir la main. Hier c'était le tour du maiécbal de Saxe, qui, ayant rencontré madame de Pompadour sur la terrasse, lui présenu le bras et fit quelques centaines de pas avec elle. En ce

LOUB XV. titf

■HMiicat, un livaiine dv pesple, qui vint à croiser le coople proiM-» seiir, dit en p«sMnt : « Voilà Tépée du roi et son fonrreaa. » Maa^ rioe ae pin^a fortement les lèTres pour ne pas rire d« ce mot de ki plos ingénieuse impertinence. La favorite ne songeait pas à rm, eae;cent coups de liAton yigoureusement appliqués sur les- épaules de l'insolent lui eussent paru un acte de pressante justice. Mais le coupable était déjà loin; madame de Pompadour prit le parti de n'avoir pas entendu.

Mais voici venir un honnête dévot, qui , prenant au sérieux les amours du roi , Ini fait de la morale en forme de placet. Cet homme attendit dernièrement Sa Majesté au sortir de la chapelle et lui re-* mit un papier dont voici le contenu : « J'annonce à Votre Majesté , » de la part de Dieu , qu'il fout absolument renvoyer madame de » Pdmpadour au pins t6t, autrement sa main vengeresse va s'étendre » sur votre royaume et punir vos sujets de la faiblesse de leur sou- » verain. » Après avoir lu cette petite homélie officieuse , le roi fît appeler le messager du ciel dans l'appartement même de la marquise : « Mon ami , lui dit-41 , si les folies peuvent amuser quelquefois , il » Ikut pour cela qu'elles soient originales , et votre harangue n'est » qu'une copie de celle qu'un autre fou , le duc de Mazarin , fit en- » tendre jadis k Louis XIV. Allez donc vous faire saigner, et tâchez » de raccommoder votre cerveau, car je vous annonce de la part • du bon sens que vous avez complètement perdu la tète. »

Cette réponse était bientôt faite , mais il ne semblait pas aussi facile de prouver la folie du conseilleur que de l'alléguer ; les preuves venaient à l'appui de ses assertions plutdt qu'à l'appui du bon mot de Sa Majesté , et le roi put s'en convaincre dès le lendemain. En traversnnt les mes de Paris , il fut accueilli par ce terrible cri : Du pain I du pain î signe infaillible des calamités publiques. Et ces calamités, qui peut nier qu'elles aient été attirées sur la France par une longue suite de guerres aussi ruineuses qu'inutiles , par l'insouciance avec laquelle Louis XY voit les maux de ses sujets après les avoir causés , enfin par un accaparement de grains dont ce prince partage honteusement les bénéfices ? Mais ces clameurs de la place publique ne retentissent qu'un instant à rorcille du monarque voluptueux ; l'instant d'après il les a oubliées au milieu des séductions sans nombre qui s'interposent entre lui et son peuple. Le troupeau servile des coursisans, qui attendait ce jour-là le roi à Gioisy , fut informé

d'avanee de ce qui venait de se passer k Paris ; il eraîgnit qa*il ne lesUl k ce prince quelque arrière-pensée de Inenfiiisance , et qa'eUe ne répandit nn nuage sur une journée promise à la débauche royale, ordinairement prodigue de faveurs. Un gentilhomme de la diambré^ plus ingénieux encore que les autres valets titrés, fit enlever de la galerie un tableau représentant un empereur romain distriboant du pain aui pauvres : dans un temps de disette , cette peinture pouvait exercer une dangereuse influence sur la douce quiétude de la oonr. On 8*occupe si peu d'affaires désagréables ou seulement embarrassantes dans ce lieu de délices , qu'on serait tenté de s'y croire an sein d'un autre Eden à l'innocence près ; c'est du moins l'idée que s'en fait l'abbé de la Tour du Pin , fameux prédicateur. Je rencontrai l'autre jour cet orateur sacré à Versailles, où je sais qu'il ne vn guère : « Vous ici, mon père! liti dis-je en l'abordant, voilà qui me a surprend fort. — Je le crois , me répondit-il ; mais j*ai une de^- » cription du paradis à faire , et je viens prendre des notes. »

Je ne sais pas au juste de quel paradis cet honnête ecclésiastiqne entendait parler; mais voici une petite anecdote qui prouve que d'aucuns ne connaissent à la cour que le paradis de Mahomet. Entrant, l'un de ces matins, dans l'église des Théatins, la princesse de Conti , que le comte de Clermont accompagnait, fut accostée par un aveugle qui lui demanda l'aumône en se plaignant d'avoir perdu les joies de ce monde. « Est-ce que cet homme-là est eunuque? d répondît la princesse en se tournant vers le comte. La réflexion eût été de mise à Trianon ou dans un souper des petits appartements... mais à y église!...

Le congrès d'Aix-la-Chapelle, en suivant les errements de celui de Breda , n'avait fait que de l'eau claire dans cette ville de bains , lorsque les armées commencèrent à s'ébranler au retour du printemps. La France réunissait en Flandre cent cinquante mille combattants ; les alliés en comptaient déjà cent vingt mille sous les ordres du duc de Cumberland , et trente mille Russes qui approchaient de la Moravie allaient, quant au nombre, rendre les chances de la guerre tout à fait égales. Mais les Français étaient commandés par Maurice de Saxe, dont le nom valait une armée. Ce héros n'attendit pas cette fois ses ennemis pour les vaincre : ce fut son génie , et non •es armes, qui triompha d'eux.

jx)uis xv. ses

Les troupes du roi étaient rassemblées sous la mam de leur général dès la An de mars , tandis qu'à cette même époque celles des alliés , partagées en plusieurs corps pour la facilité des subsistances, s'étendaient dans le Brabant hollandais, dans le Luxembourg, dans le pays de Liège et aux environs de Cologne. Le maréchal, voulant tromper les ennemis sur ses véritables projets , paraît vouloir diviser son armée en autant de détachements qu'ils en ont eux-mêmes. A cet effet , Maurice marche en personne dans la direction de Breda , à la tête de vingt-cinq mille hommes ; un second corps s'avance vers Tlrlemont et Liège ; un troisième se porte sur Tongres ; enfin un qaatrième paraît vouloir menacer Luxembourg. Mais, au moment où les généraux alliés se préparent à recevoir ces divers détachements > en se félicitant de la maladre^ss da comte de Saxe , qui , disent-ils , leur assure la victoire par la division de ses forces, une marche habilement combinée rapproche tout h coup les corps divisés , et Maës* trlcht se trouve investie. Maître des deux rives de la Meuse par le mouvement admirable qu'il vient d'accomplir, Maurice a campé son armée de manière que le duc de Gumberland ne puisse approcher de la place, et qu'il se trouve dans l'impossibilité d'y envoyer aucun secours. Réduite ainsi à la dernière extrémité, cette forteresse, ne pouvant se défendre dans la privation absolue de communications, allait ouvrir ses portes aux Français à la vue du prince anglais, inutile témoin de sA détresse.

Tout espoir de salut étant perdu pour la Hollande, il fallut bien qu'elle et ses alliés se soumissent : les arguties diplomatiques furent mises de côté, et le 30 avril des préliminaires de paix furent signés entre la France , l'Angleterre et la Hollande. Cette conclusion portait qu'il y aurait immédiatement suspension d'armes, et que Maé»tricht serait remise sur-le champ à la France. Le maréchal de Saxe prit possession de la ville dès le lendemain et fit publier l'armistice à la tète de l'armée. A la fin de juin, la reine de Hongrie, d'une i>art; l'Espagne et la république de Gènes , d'autre part , avalent accédé aux préliminaires. Les hostilités cessèrent dès lors dans toute l'Europe, et des ordres furent expédiés en Amérique et dans l'Inde pour que la guerre y cessât aussi, et que les relations commerciales repris* sent leur cours.

L'industrie française a fait cette année une précieuse conquête : on

IM CHROUHUTES m VXEtL-W.-VIXS?.

«init tenté jusqu'ici arec pc« d« succès d*iaiiter à Puis U porcehine 4e Saxe ; les essais sTaieiit été si peu salisfidsaiits, an rapport de l'Aeadémie des sdences, qae le gonTemement s*étaît refusé à les encoafi^er. Hais M. Charles Adam a présenté an roi plasienrs moreeani. de porcelaine qu'il ayait fcbriqnés, et qoi n'étaient pas moins parfkits qne les produits des mannfrctofes saxonnes. Sa Majesté , enchantée de ces échantillons , vient d'accorder on privilège exclusif à l'artiste, et lui a donné même un local dans le château de Yinoennes *.

Après la gnerre de l7Ji, il a fallu des années pour changer les prélinûnaires en traité définitif. D n'en a pas été de même des con* ▼estions provisoires signées, en avril dcniiery au ci»grès 4'Aix-la- Chapelle : cinq mois et demi ont suffi pour asseoir défisKlive»eBt les oonditions d'une padftcation générale. En voici les principales hases ; don Carlos est investi^ pour lui et ses héritiers, dn royaume des Deux- Siciles ; les duchés de Ihirme, Plaisance et (ruasialla sont assurés à don ' Philippe ; aMÛs, s'il vient à mourir sans cnAints miles, on si, à défaut de postérité de la part de don Carlos, fl monte au trdne des Deux-Siciies , les trois dudiés retoameront à la maison d'Autriche. Le duc de Modène , dessaisi de ses Etats pendant la guerre , en couvre la possession ; Gènes rentre également dans tous ses La partie du Milanais cédée au roi de Sardaigne par le traité de Worms lui est garantie, ainsi que la conservation des conquêtes qu^H a fiùtes sur le même pays dans la guerre qui se termine.

Le traité de l'Assienta , condu précédemment avec l'Angleterre pour la traite des noirs, est oonfirmé en Ikveur de cette puissance pour quatre années, en dédommagement de pareil temps de suspension du commerce pendant les hostilités. Jusqu'à l'expiration de ces quatre années , les Anglais pourront envoyer par an un vaisseau chai)gé de marchandises dans l'Amérique espagnole. Le traité de la quadruple alliance , pour l'ordre de succession à la couronne de la Grande-Bretagne , demeure expressément confirmé. La province <le Silésie et le comté de Glats restent au roi de Prusse; toutes les put»sanees contractantes lui garantissent cette double possession. Marie- Thérèse est reconnue reine de Hongrieet de Bohème, àtitre d'hérédité,

* C'est cet étâblitsemeat qui a été transporté plos tard à Sèvres, et qai sous

te nom de maBufactore royale a égalé et sonvent surpassé la fikbriGatiao de la «Gaine.

tX>CIS Xy. 167

ceafomément à k pngmttiqiie sanetion; le f;mid-dae de Toscane, ■uri de tette scaverainc, est aniTenelleinent recoima empereur. Da reste, tinites les eonquètes fkites daraiit la f^erre seront rendues nespcetivement ; les prisonniers retourneront dans leur patrie sans rfOiçoB*

«c Mais la France, la France, s'écriaient nos politiques de café à diaque ligne de ce tiaité, quel est donc son lot? qufobtiént-elle pour prix de tant de sang répandu? oil tronvera-t-eUe la compensation des énonnes sacrifices d'argent qu'elle a faiu? > Nous j Toici : les forââcations de Dunkeique seront remises sur le pied où elles étaient, ensformément aux précédents traités, c'est-à-dire qu'elles seront détruites si elles ont été rétablies. Voilii quelque cbose de mieux encore : il est expressément interdit à Louis XV de donner un asile k Charles- Edouard, fils du prétendant ; ce prince doit quitter la France immédiatement, et le roi s'est laissé intimer par les Ângliis rinjonction, on pourrait presque dire Perdre, de chasser de ses Etats un seigneur né Français...

Le roi ne veut rien pour lui, disent les cerveaux étroits du conseil ; soit : ce monarque n'a dépensé que la prospérité , l'or et le sang de ses sujets; la guerre n'a coûté à Sa Majesté ni une simple égratignure au petit doigt , ni un écu tiré de sa cassette particqlière , ni cinq minutes d'insomnie , ni même une seconde de digestion laborieuse ; il n*a rien mis du sien dans la grande lutte de l'Europe, k moins qu'on ne veuille compter pour quelque chose le faste des entrées. Je ne vois donc pas ce que, pour son compte personnel, Louis aurait à recueillir. Mais c'est entendre d'une éttmnge manière la grandeur du trône que de faire le paladin, aux dépens de la nation, pour les intérêts des souverains étrangers, sans dédommagements territoriaux, sans indemnités d'argent, et de se laisser humilier par-dessus le marché! U faut convenir que, si les Bourbons de France comprennent la gloire d'après ce système décroissant de dignité réelle, les puissances de l'Europe, qui se bornent encore à s'en moquer, finiront par leur faire la loi dans leur propre capitale.

Cependant, fidèle au traité d'Aix-la-Chapelle, Louis XV a fkit prescrire au prince Edouard, qu'il n'appelle plus que le chevalier de Saint-Georges , de peur de déplaire aux An^is , de quitter Paris et la France dans un bref délai. Ce descendant des Stnarts, qui entend l'honneur un peu différemment que Sa Majesté, a répondu en termes

Mft CRROmQCES M LHEIL-DE-BŒUF.

formels quHl ne bougerait pas. « Le roi , dis«it*il , Bi*a promis que » j'aurais toujours un asile dans ses Etats; j'en ai dans ma poche » l'assarance signée de sa main. Un prince qui a de l'hoimeu' sait à » quoi une parole donnée engage, et à quoi il s'expose quand il j 9 manque. » Celte manière de traiter de puissance à puissance dépkntf fort à Louis XV; mais le sort du noble proscrit toucba madame de Pompadonr. Il est assez remarquable qu'un prince auquel deux rois, Louis XV compris, ont donné le nom de frère ne trouve dans l'adversité que la protection d'une courtisane. « Que voulez-vous que je » fasse, madame? répondit le roi aux intercessions de sa maitresseî » faut-il que je continue la guerre avec toute l'Europe pour le prince » Edouard? L'Angleterre ne le veut point dans mes Etats : elle n'a aî- » gné la paix qu*à cette condition. Devais*je rompre les conférences » d'Aix-la-Chapelle, et achever d'abîmer mes peuples parce que le » séjour de Paris plaît au fils du prétendant?... » La marquise ne répliqua point; mais n'eùt-elle pas eu beau jeu à dire : « Si vous n'avîei » pas fait, sire, une guerre aussi ruineuse qu'inutile à votre royaume,

• vous n'auriez pas eu à traiter d'une manière qui nous couvrira de

• ridicule aux yeux de l'Europe. Après avoir soutenu le prince » Edouard dans son entreprise, vous n'eussiez pas subi avec lui le sort V des vaincus , en vous entendant déclarer par l'Angleterre qu'elle » ne veut point le jeune Stuart dans vos Etats. Vous auriez refusé de > céder k cette intimation , et la paix n'en eût pas moins été laite.

• Rappelez-vous qu'en pareille circonstance Louis XIV signifia au » cabinet de Saint-James que Jacques Stuart était son ami , et que

• nulle puissance ne le contraindrait à refuser à cet illustre infor- » tuné le toit et le pain de Thospitalité. » Pourtant le traité fut signé.

Malgré les sommations itératives qui lui étaient faites par M. de Maurcpas, Edouard s'obstinait à ne pas s'éloigner de Paris. « Vous » voyez bien ce pistolet , dit-^1 un jour à ce ministre en le lui mon->

• trant , eh bien ! il est chargé à l'intention du premier exempt qui » se présenterait pour m'arrèter. » Cependant Stuart fut arrêté Je soir même en se rendant à l'Opéra, et personne ne fut tué. On alla visiter son hôtel, dont il avait fait un véritable arsenal : il s'y trouvait assez d'armes pour soutenir un siège dans toutes les formes. Mais, comme la renommée grossit tout ce qu'elle porte sur son aDe, on disait à l'GEil-de-bceuf qu'Edouard avait résolu de se battre seul coutre un régiment entier, et de mettre, en désespoir de cause, Je

fea à an baril de poudre pour se faire sauter avec la maison qu'il oeeapait.

Le roi de France n'avait pas promis à Georges II de jeter son malheureux hôte dans un cachot , sans doute parce que le monarque anglais ne l'avait pas demande. Edouard fut conduit hors de France, bien escorté, et portant encore aux poignets les marques des cordes dont on s'était servi, dans le premier moment, pour garrotter ce frère de Sa Majesté. Le fils du prétendant se rendit en Suisse, terre hospitalière, où les princes de la terre, descendus au niveau des autres hommes, se sont trouvés heureux plus d'une fois d'obtenir un asile qu'ils n'eussent pas offert à des républicains. Du fond de sa retraite, Edouard fit, au nom de son père, des protestations contre tout ce qui pouvait avoir été statué au congrès de contraire aux droits de sa famille : ces protestations furent affichées dans toute l'Europe , et même dans la ville d'Aix-la-Chapelle, que les plénipotentiaires des puissances n'avaient point encore quittée. Foudre impuissante, qui éclata en vain bruit, comme tous les précédents manifestes des Stuarts, excepté celui que la force des armes avait appuyé.

La guerre d'épigrammes, les combats entre factions musicales, et les douces hostilités du boudoir, sont maintenant les seuls engagements dont on s'occupe à la cour. Parmi ceux de la dernière nature, l'intrigue de madame de la Popelinière avec le duc de Richelieu a fait du bruit, de ce bruit qui se perpétue parce qu'il amuse. Le vétéran de nos roués, toujours jeune malgré ses cinquante-deux ans, toujours libertin au moins d'imagination, persuada un beau matin à cette riche financière que le roi était amoureux d'elle.

« Oui, madame, lui dit- il, vos grands yeux noirs, vos sourcils épais, vos lèvres, qu'il appelle les coussins vermeils de la volupté, et par-rdessus tout ces formes robustes dont la nature libérale vous a gratifiée, ont charmé Sa Majesté.

« — Le roi est bien bon! répondit madame de la Popelinière, qui n'était rien moins que la fille d'un gros marchand de bœufs.

— - Sans doute, belle dame, que le roi est bon, et je sais qu'il tient à vous le prouver.

«-* Comment donc cela, monsieur le duc? demanda la financière avec un gros rire niais.

170 CHROIQQUES DE LtEIL-DE-BŒCJF.

— Mats oomme un homaïc amiable prowe «nHnaircBcnt k îoUe femme...

— Je commence k compreaAre; mais c'est qae j'ai des primcipes, et d'aiHenrs M. de la PopeUnière me répète tou les joars qa'a la coar une femme bien née ne doit jimais foire parier d*d]e.

— Le cber homme , permettes-^moi de tous le dire , n'entend rien du tont aax usages de ce pays ; il pense tout à fait bonrgeoisemcnt. Toyex nos dames de la plos hante qualité. Cfail leurs il ne sfagît point de pirier, mais d'agir... avec mystère, s'entend.

— Dame, monsieur le duc, si le roi avait aésez de bonté...

— Sans doute, en sujette dévouée, vous iries an-devant des vuenz de ce prince. Je n*attendais pas moins de vous. Mais, il faut qoe je vous le dise tout de suite, le roi ne donne son cœur qn*apfès oertaÎBs préliminaires, certaines épreaves...

— Des épreuves!

— Oui, madame ; mais dans le plus grand secret. Yous coneevciy Sa Majesté a rencontré par le monde beaucoup d'yeux noirs, de soureys épais, de lèvres vermeilles et de gorges aux superbes proportions... Eh bien ! vous ne vous faites pas d*idée du mécompte qu'il a trouvé plus tard.

— - Monsieur le duc, ces détails...

^ Sont indispensables, madame, et je continue. Sa Majesté, désirant à l'avenir être fixée d'avance sur certaines choses, a fait ^oix d'un examinateur...

— Un examinateur !

— Expert, au moins , à ce qu'on dit, dans ces sottes de véribcations.

— Et quel est-il? demanda la financière en baissant les yeux. -^ Devines... h, sur les réputations...

— Est-ce que ce serait vous, monsieur le duc?

— Mon Dieu, oui, nmdame, le roi a toujours eu tant d'indn^enee pour moi !

.— De l'indulgence!... Ce dioix, monsieur, en aerait-U une nouvelle preuve?

— La question est d'une grande naivelé, ou, pennefles-mm de vous le dire, d'une solide coquetterie.

— Cest que si Ton consent à être examinée, balbwtîa madame de la Popelinlère rouge jusqu'aux yeux...

— - Oai, Je conçois, on Tcot avoir set fpimtiet snr resainin«teaT...

— Yons êtes donc tonjoun un gnnd scélérat, monnenr le âne?

— Mais, madame, on tâcbe de ne pas laisser baisser le ion de sa renoBimée... A quand la première séance?

— Oh! n'allons pas d vite, je verni, je Téflédùrai, nons en reparlerons,

— Ab! prenons garde de perdre dn temps... H y a bien des femmes sur les rangs , vous êtes maintenant en première ligne dans la pensée du roi... peut-être qne sous buit jours le vent de la faveur aura tourné... proûtons-eu , croyez- moi, pendant qu'il enâe nos voiles.

— - En ce cas, nous pourrions dès ce soir eauser...

-^ Oui, entre minuit et une benre, dans votre appartement.

— Impossible... Mais au fond du jardin, dans le pavillon chinois.. • •^ Mais peut-on y causer commodément ?

— Tous êtes trop curieui, monsieur l'examinateur. »

11 est probable que la nuit même Richelieu le Ait davantage et que l'examen convint k madame de la Popelinière, car il demeura convenu que , pour soutenir sa thèse avec plus d'aisance , la financière rece* vrait à l*avenir le duc dans sa chambre à ooudter. Or, comme il ne pouvait s'y introduire par les moyens ordinaires sans risquer d'être aperçu , il loua dans une maison voisine une chambre qui fut reconnue n*être séparée que par un mur de celle de la dame. Un maçon habile y pratiqua une ouverture commun'quant à la cheminée de cette beauté complaisante; ouverture que refermait de ce cAté la plaque à feu, qui tournait au besoin sur pivot.

Je ne sais pas bien précisément combien durèrent les épreuves de la faian^ère, mais on assure qu'elles ne F ennuyaient pas. Sealement elle demandait de temps en temps si le roi lui femit bientôt prendre ses grades, ajoutant que cette circonstance n'empêcherait point Teximea de continuer. Le duc assurait notre néophyte que la plaqne pivotante ne tarderait pas d'amener Louis XV dans ses bras, et que dès ce moment elle serait agrégée parmi les prêtresses des petits a^ panements. Satisûiite de cette promesse, ipadamede la Popelinière eontînttait à se prostituer à titre d'essai; et je crois qne si l'un des deux acteurs de ces scènes nocturnes commençait à s^ea lasaer, ce n'éuit pas elle.

On dit qu'il n'y a point de héros pour son vakt de chambre; une

)7) CHRONIQUES DE L'ŒII.-DE*BŒCF.

vérité non moin» incontctUWe , c'est qu'il ne peut y avoir dans les habitudes secrètes d'une jolie femme rien de caché pour sa soubrette. Celle de la financière connut bientôt le mouvement mystérieux de la plaque et les visites du sylphe de la cheminée. Mécontente de sa maîtresse , cette fille divulgua tout. La PopeUnière, qui, depuis six mois, enlacé dans des lacs d'Opéra, cherchait un prétexte pour se débarrasser de sa femme, fut enchanté d'avoir trouvé un robuste motif. Il ébruiu lui-même la chose, expliqua le mécanisme de la cheminée, et tout Paris courut jouir du déshonneur de la couche du

traitant.

Cependant madame de Pompadour avait été instruite de l'aventure une heure avant qu'elle eût circulé dans la galerie; elle vouiut être la première à la raconter au roi. Ce prince venait d'arriver che« cette favorite; eUe passait déjà sa langue sur ses lèvres pour entrer en matière, lorsque M. de Richelieu parut. « Sire, s'écria la maLiqiûse » en montrant le duc , voilà certainement l'homme le pins caché en » intrigues qu'il y ait en Europe; car, afin d'être très-secret avec les 9 dames qu'il voudrait faire connaître à Votre Majesté, il passe par » le trou de la cheminée. »

Le roi demanda quelle était cette énigme; madame de Pompadour raconta alors l'anecdote que tout Paris savait déjà. Sa Majesté en rit beaucoup, la marquise l'imita et le duc fit chorus.

«c Diable ! monsieur le duc, dit le roi , voilà du zèle, ou je ne m'y 'connais pas... Aviez-vous réellement l'intention de me donner cette financière?

— > J'aurais essayé , sire , dans un moment oii Votre Majesté serait revenue aux mets substantiels.

— Cest bien obligeant de votre part ; mais , quelque confiance que j'aie en vous, je ne vous chargerais pas d'une semblable commission. ^

-^ Sire, cette fois et d'antres encore, dit le duc en regardant la marquise avec malice, j'ai pensé qu'il est des ordres qu'un sujet fidèle ne doit pas attendre. »

Madame de Pompadour cessa tout à coup de rire, et elle eut quelque chose à rajuster au nœud de sa ceinture; ce qui lui procura l'occasion de baisser les yeux.

Jusqu'à ce moment on n'introduisit que des vices dans les petits

appartements; depuis la faveur de madame de Pompadour, on s'occupe d'y admettre des amusements. La marquise n'est point, à pro-^ prement parler, une femme galante : elle n'a pas reçu de ta nature ce tempérament de feu qui porte tant de femmes au libertinage; c'est par ambition qu'elle s'est inscrite parmi les courtisanes. Le plaisir ne s'offre donc pas toujours à cette dame un peu tiède sous les formes d*uD amour voluptneui; son esprit cultivé sollicite plus de distractions que ses sens n'exigent d'offrandes. Il y a longtemps que la favorite a conçu le projet d'établir un théâtre d'amateurs dans les cabinets du roi , elle a eu soin de faire parler sous main à ce monarque du talent qu'eUe possède elle-même pour la comédie; et les complaisants de la marquise l'ont exaltée sous ce rapport tant de fois, qu'enfin Sa Majesté a désiré vivement mettre à l'épreuve le talent de sa maîtresse vers la fin de l'année dernière.

En effet , madame de Pompadour, étant encore demoiselle , s'était assez longtemps exercée sur un théâtre que M. de Tournehem avait fait construire dans l'une de ses terres. La troupe se composait de gens de lettres et d'artistes distingués, qui se firent un plaisir de donner des leçons de déclamation et de chant à celle qui passait généralement pour être la fille de leur hdte. C'est dans cette société qu'elle puisa l'amour de la littérature et des arts, dont elle se montre aujourd'hui la protectrice. Devenue madame d'Etiolés, l'actrice amateur joua sur le théâtre de madame de Yillemur k son château de Chante merle : là , MM. de Richelieu , de Nivernais et de Duras la secondèrent de leur mieux; mais elle avait plus de talent que ces illustres comédiens.

Sous l'empire de ces favorables précédents, madame de Pompadour espérait acquérir de nouveaux charmes aux yeux de son royal amant par l'exercice de ses talents dramatiques : la beauté ambitieuse ne laisse échapper aucun moyen de plaire. Tandis que l'on élevait un joli théâtre dans le cabinet des médailles, la troupe se formait chez la marquise : elle se composa des ducs de Chartres , d'Ayen , de Ni^ vemais, de Duras, de Coigny, des marquis d'Entragues, de Courtenvaux, du comte de Maillebois, et de mesdames de Braucas, de Pompadour, d'Estrades, de Marchais. La condition expresse d'admission fut d'avoir déjà joué avec un succès authentique sur des théâtres de société. Le duc de la Yallière fut revêtu des fonctions de directeur; l'abbé de Lagarde obtint celles de secréuire-souffleur, avec

974 CHRONIQUES DE LXEfL-DE-BŒUF.

celle céserve, 4e la fart de Se Mejeité, tpue cet ebbé Ateiùl ae celotte &T«nt de descendre dent son Uou.

Il ne Buftwi pae à tademe de Pompedoiur d'evoir «a poUîe il* lostre povr léeMin de lee aonveua succès; il lut importait kieià )Ua d' j Cûjre assister des spectateurs capibles de la juger» et dont les iatéfféu lui ganatisseikt les éiofes. CréUlioD et G resset furent d'abofd adaua an uoinbre des keareux qui devaieiit avoir leurs entrées an spectacJes des petits cabinets ; il était diibcile de fiûre porter YoUaice ^ sur là kieniieureuse liste. Ce poêle aux allures indépendantes déplu- ^ sali à tous les aeml>rea de la laiBiUe royale^ mais il fouissait d'un certain crédit auprès de la favorite : il Tavait louée plus d'une fois, œtie femnie spirituelle comprenait kuit le prix des louuifes d'un lei iMMume» Malgré l'éloignement que les princes et prîucemes montraient pour cet écrivain, la maïquise résolut de le faire adm^Ure; et voici oomment elle s'y prit. La cour avait donné son suffn^ k la seule comédie que Voltaire eût encore fait représenter, VEnfotA prodiguai plusieurs des noUes acteurs, chapitrés d'avance, proposèrent cet ouvrage et le firent agréer pour le début de la troupe* jL'£»- /uni prodigue fut joué en l'absence de Voltaire avec un brillant succès, auquel, il dut bien en convenir, le mérite de eeue pièce contribua beaucoup plus que le talent amateur des comédiens. Les réglemente de la nouvelle société dramatique portent que les auleun des ouvrages montés par elle ne doivent pas assister à leur représentetion s'ils sont tirés, du répertoire des autres théâtres : les illustres acteurs ont voulu s'affranchir ainsi de régents incommodes ponr leur amour-propre , qui auraient eu le droit de les reprenc\^ sur l'exécution de ces oeuvres théâtrales. Seulement on a ménagé à ees auteurs la satisfaction et Thonneur de paraître devant le roi quand leurs productions auront contribué à ses plaisirs; et dès ce moment leurs entrées aux spectacles des cabinets seront acquises. D'après ces statuts. Voltaire, complimenté rancune tenante par Louis XV et sa fiunilie, fut légalement admis à la deuxième représentation de i'£n-fa$U prçdiçfue. U sentit bien qu'il devait à madame de PompadAur la double faveur du choix de sa comédie et du droit flatteur d'asaîster aux applaudissements de la cour^ car je dois inscrire ici le point de départ d'un usage qu'on s'était jusqu'alors interdit en présence du roi , celui de battre des mains en signe d'acclamation. Ce fut à la première représenution de l'Enfant prodigue sur le théâtre des

UHXS XV. 17S

BCU qpe Lmim XY penûl ee léi— ignage brajant de MlMfactioB, en •e rësenrant toutefai» d'en donner le signai. Chacun pouvait, à ee qMCtacle, fM'endre du plaiiîr pour son conpte; ma» défense était faite d'exprimer ^u'en s'amiuait, à moins d'une permission du roi : Su Majeslé faisait grâce néanmoins de l'enregistrement et du sceau.

Après VEnfàM froddgu» vint k Mécktmt, de Grasset, dans lequel M. le duc de Nivernais se fit une bciUante réputation par le eamotèce ingénieux qu'il donna au personnage de Yalère. L'enihouiiasme du roi fut tel à CCI égard, qu'il voulut Caire venir k la seconde cepré^ scntalion l'acteur Rosali , qui jouait ce rôle à la Comédie-Française, afin de rectifier son jeu d'après celui de M. de Nivernais. Soil complaisaneCy soit persuasion, ce comédien fit en effet à l'amour-propre de l'amateur la concession d'adopter sa manière. Le duc, enchanté de ce surcroît de gloire , envoya cent louis k Bosali : ce fut à coup s&r l'avantage le plus réel qu'il recueillit dans cette circonstance, et l'on peiat se faire aisément l'idée de la bonté d'un système d'e&scignemciit oii le maître paye Técolier.

L'ambition est la phis extensible des passions; après avoir joué quelque temps la comédie dans les cabinets, on voulut y joindre des opéras. L*orchestre fut alors composé d'un tiers d'amateur^ et de deux tiers d'artistes de la musique du roi. Le premier ouvrage lyrique qui fut représenté sur ce théâtre était un acte de Zélie. La musique avait été composée par M. Ferrand, l'un des musiciens amateurs de ^orchestre ; les paroles étaient de M. Gurts. Le tout, dans la composition et l'exécution, parut d'une grande médiocrité.

Il n'y a point d*opéra sans danse : Dehesse, de la Comédie-Italienne, fut appelé à la direction de celle des cabinets. Cet artiste composa le corps de ballet d'enfants des deux sexes, âgés de neuf à douze ans. U fut décidé- qu'en sortant du théâtre de la cour ces jeunes gens entreraient de droit et sans débuts soit à rOpéra, soit au Théâtre-Français, soit à la Comédie-Italienne. Les premiers sujets sont MM. de Courtenvaux, de Langeron , de Beuvron, de Me^ fort, que je viens de nommer par ordre de talent, et qui peuvent * ajouter à leurs titres honorifiques celui de danseur des cabinets du roi.

Après Zélie les nobles amateurs ont joué Bacchw et Erigone, de Labrnère et Blamont; ensuite liméne, de Moncrif et Bebel; enfin f^, de Lagarde et Lanjon.

17« OHRONMIUES P^ ^I^IL-BE-BCEUF.

Jiiiqu*à ee moment on n*a reffSfr: fié dans les cabinets qae les quatre opéras que j'ai cités, et les comédies de t Enfant prodigue et du MéchanL Mais l'exécution lyrique est restée au-dessous de celle du genre comique. Outre qu'aucun des acteurs, pas même madume de Pompadour, n'a l'aplomb musical nécessaire à rensemble d'une représentation cbantante, l'exiguïté du local nuit encore k cet ensemble. Les cboeurs, choisis parmi les meilleurs artistes de la musique du roi, sont disposés d'une manière fort incommode : il ne peut entrer en scène que deux femmes et deux hommes de chaque côté ; le surplus, pressé dans les étroites coulisses, se ]^ce et chante comme il peut.

Malgré la médiocrité de son talent de chanteuse , la favorite n'en fut pas moins applaudie à outrance dans le rôle d'Erigone; Yoitaîre, qui lui devait la faveur qu'il avait reconquise à la cour , ne laissa pas échapper cette occasion de louer sa protectrice. U lui adressa, le lendemain de la représentation, les vers suivants, qu'elle se hâta de faire circuler , sans pouvoir assurément soupçonner la foneste conséquence qu'ils devaient avoir pour l'auteur :

Ainsi donc vous réunissez

Tous les arts , tous les dons de plaire,

pompadoor, tous embellissez

La cour, le Parnasse et Gythère :

Gharne de tous les yeux , trésor d'un seul mortel ^

Que votre amour soit éternel; Que tous vos Jours soient marqués par des fêtes \ Que de nouveaux succès marquent ceux de Louis;

Vives tous deux sans ennemis ^

Bt gardez toos deux vos conquêtes I

Avouons pourtant que, pour un homme de génie. Voltaire a tût un peu juste dans ces vers la mesure des convenances. Il est bien entendu que les rois peuvent être vicieux impunément, c'est une des prérogatives de la rojauté ; mais chanter les vices de ces maîtres du monde et faire des voeux pour la perpétuité du scandale dont ils donnent l'exemple , c'est porter un peu loin la courtoisie. Voltaire n'avait pas rimé cette fois un crime d'Ëtat , et cependant il en subit la peine.

Le malencontreux madrigal courut tous les cercles de Versailles et de Paris, il parvint dans les sociétés les plus 'animées contre le poète,

^'^'TfS XV. «77

particulièrement chez la ducnesse de Tallard , oii la reine passe prèsque toutes ses soirées, et chez Mesdames, filles du roi, qui détestent cordialement Voltaire, malgré sa Henriade. Ces réunions anti-Toltairiennes s'attachèrent k rechercher dans les vers que j'ai copiés des idëes répréhcnsibles : elles leur prêtèrent des intentions malignes » des applications captieuses, auxquelles Tauteur n'avait point songé. Ces comités critiques se déchaînèrent violemment contre le vœu audacieux formé par Voltaire pour la constance d'un amour déplorable ; ils s'indignèrent surtout du rapprochement des conquêtes d'un grand roi sur le champ de bataille et de celles d'une favorite au fond de son boudoir. D est vrai qu'il n'existe entre les unes et les autres aucune similitude : les succès de madame de Pompadour lui appartiennent en propre, et ceux de Louis XV sont l'ouvrage de ses généraux.

Je crois avoir dit ailleurs que Mesdames ont conservé du crédit sur le cœur de leur père ; elles en usèrent pour perdre Voltaire dans l'esprit de Sa Majesté. Un matin que ce monarque était venu recevoir les embrassements de ces princesses, elles l'entourèrent, le caressèrent avec plus d'effusion encore que de coutume, et profilant de l'abandon d'un mutuel épanchement, elles se plaignirent à lui de l'insolence du mkdrigal. « Cet homme, dirent-elles avec feu, vient » d'ajouter à ses premiers torts , que Votre Majesté avait eu l'indul- » gence d'oublier, des torts beaucoup plus graves encore, que vous D ne pouvez laisser impunis sans porter atteinte k votre gloire. » Louis XV, aussi faible qu'irréfléchi, ne se donna pas le temps de considérer qu'en punissant un homme célèbre, il allait ajouter k l'éclat du scandale de ses amours et se rendre coupable d'une injustice; car ce ne pouvait être un crime que de chanter une inclination dont il fait ses délices aux yeux de toute l'Europe. Voltaire fut exilé de la cour : il devait k madame de Pompadour l'honneur d'appartenir k ce corps de valets de haute livrée appelés gentilshommes de la chambre; il lui devait aussi cette place d'académicien, méritée dès 1720 , et qu'il n'eût pas obtenue en 1746, quoiqu'il f&t alors le premier littérateur du monde, s'il n'avait pas eu l'avantage d'être le protégé d'une courtisane. Par contre-partie, l'auteur de l'Enfam prodigue dut aussi k madame de Pompadour sa nouvelle disgrâce; le coup d"cncensoir du poète était maladroit, mais il eût été sans conséquence si la marquise n'en eût pas répanda la famée.

TU t«

tn CHROmQUES tm rat-M-REUF.

«drcité lewt ctaipUmcnU tu rai sur U tnité d*Aiz4ft-Clyipclle, foi raBdlApûsa«xpciiplM.Sftll«îcst4t voi^uit «écilerà dcwMYfou titra Mf féUmtutlMM, vkjn 4e wppciBcr plntMim djraiu éldifai p««f n^cmr t«x fnift 4e le gnene. En ooufemité da treiié, Lottît XV a dewié rer4re d'évecuer toutes lei places de U Flandre «I de Brakeal oeeufési par tea treofea pendant U geerre*

li n'eal bceit, «n eeMwenceaaentde l'an de gràœ 17 i», <|ne de b eonveraîen de la emnédienne Geulier , ^ ai dn théâtre a paMé lent d'«n eenp dane nn eloitra de carnélitea. Cette |eiinc actcioe était gfende, belle» parfûtenent faîte, et d'une viflpienr telle» que pem d'kOBunet anreient lutté lans désavantan^ avec elle. Le maiécbel de Saie, dent la Carce eat presque passée en proverbe» assurait que» de tous les individus des deux sexes qui avaient voulu s'essayer centra lui, aadeaeiselle Gautier était la personne qui lui avait résîsuA le plus leoglfMps,., « à la lutte» s'entend , ajoutait Maurice» car autre* » BMnt» «korbleu ! Je ne connais pas un être vivant qui put entrer eu » liée avec cette femmo-là»*, Cest une belle asses curieuse pour vou» » loir véri&er jusqu'au bout le plus étonnant des tiavaux d*Ilercule.s Cet athlète femelle roulait entre ses doigts une assiette d*ar^ut eemme uoe oublie* EUle aima loogten^s le comédien Quioeult-Ottfrène ; cette inclination » à laquelle les deux amanU éuient» dit-on, fidèles» fait nn immense honneur à cet homme-là. A l'extinction d'une si belle flamme» mademoiselle Gautier» désespérant sans doute d'en pouvoir allumer une ëquivalenu, abandonna la comédie» et se fit religieuse sous le non de sœur Augustine de la Miséricorde. Tout ce que la nouvelle nonne offrait de robuste dans le commerce de la vie se retrouve maintenant dans sa piété, et jamais servante du Seigneur ne porta plus loin l'humilité chrétienne. La reine , informée de cette sévérité extrême de devoirs, a voulu connaître sœur Augu»tine , elle se rendit dernièrement aux Carmélites pour la voir; et depuis lors il s'est établi entre elles une correspondance de dëvotiot^ dont M. Moncrif , secrétaire de ceUe princesse, est l'intermédiaire. L'intervention de l'auteur de l'Art de plaire entre deux dévotes n'est pas sans originalité , surtout quand l'une de ces personnes jûenses est une souveraine , et l'autre une comédienne a jant poussé la galanterie jusqu'à tenter l'accomplissement du plus difiidle des exploiu d'Alcide.

Loms XV. ÎT^

Je ne sais pas, en vérité, si madame de Boafflen, devmtte dtK eliesse de Luiembouig, ne voudrait pas, sons ce rapport^ exigef ea.* eore davantage d^nn nouveau hh d'Alcmène. Depuis la mort de «on premier mari, qui périt en 1747 dans les mnrs de Gènes, cette baecbante insatiable, quoicpae parvenue à sa qnaïunte-cinquièBie unnée, demande des voluptés k toutes les classes d*faommes , et, quand son séjour dans ses terres ne lui permet pas de choisir, die promène ses vœui depms son intendant juiqu^au dermer de ses ■ palelireniet^ Passant, selon son caprice, de rintendance aux cvûùnes, de FeAce à récurie, de fanlicliambre à la loj^e du suisse, elle attend avec patience la saison qui lui permet, à Paris , une plus gpnmde variétë de choix.

Cependant cette dame, pendant son veuvage , tie trouvait pas tout son bonheur dans la satisfaction de ses sens avides ; elle tenait aussi à conserver une grandeur dont elle fait un si uMb usage. £De entra donc, il 7 a quelques mois, ches M. de Luxembourg, qui^ comme on ■ait, est son amant en titre de longue main.

« Monsieur le maréchal, Im dîl-eUe , je veux que vous m^épousiez.

— Mais, madame, je ne vois pas à quoi cela servirait, à la manière dont nous vivons ensemble.

— n s'agit bien -de cela ! ce serait une belle chose que ma vie , si elle se contentait des velléités de votre amour 1

-— Oh l duchesse, à cet égard, vous savez trouver bon nombre de suppléments.

— n est temps que je me fasse, pour les moments de loisir, on petit bagage de considération, de bel esprit, de religion même.

— 'JOe religion, duchesse !

— > Om^ de oetl« rcUgion du bel air, qui onnsiste à entretenir 4 «a paraisse wm chaise dorée, un jnlie piie-Diett, des censsins à glands d'or, «t à Skire «ùvte les ptoeessiens yar tmis «u qiutiv Ufoaas pofu tmt des cieifes annoriés. Pour ccia. Il but avoir aussi quelque ehase qui reaMmUe à une eûstence coi^ugale; «C vttic Ikre de aaréohal mm pftait. Quand voulea-vous que «mus pasaicms ie connut?

■ I Hait ■^JaMt

— Je viendrai ce soir avec mon notaire ; vous y sefe^ mapéctnK » Le duc ne ré|diqua pais; tit boit juuin après la veuve du vertueux

Boui&ers portait le nom de Luxembourg , auquel rhomme le plus nul

t$0 CHRONIQUES DE L'ŒIL-DE-BŒUF.

de la cour devait le premier grade de Tarniëe... Cest une belle chose que l'honneur héréditaire des familles !

Dès le lendemain de ses noces, l'illustre bacchante reprit son train de vie ordinaire. Un soir, M. de la Yanpallère, vieux libertiu, qui ne jouissait plus de la fjralanterie que par les yeux , avait invité le maréchal et sa femme à un petit souper. La société était nombreuse, bien choisie, en hommes, s'entend , car l'amphitryon savait que madame de Luxembourg n'aime point la compagnie des femmes. La duchesse, oubliant que , pour obtenir la considération qu'elle se proposait, disait-elle, de mériter, la première condition est le sang-froid, but immodérément, et, comme elle avait le vin fort tendre, elle prit immédiatement du goût pour M. de Frise, son voisin. Après le souper, quelqu'un ayant proposé d'aller faire ^n tour sur le boulei'ard , madame de Luxembourg s'accrocha au bras de son nouvel amant , ce qui lui procura l'occasion de lui avouer qu'elle l'aimait. Les Fanloodni ' venaient de s'établir à Paris ; la compagnie entra dans ce spectacle enfantin , auquel une partie des convives de la Yaupalière prît beaucoup de plaisir. Mais la duchesse avait quelque chose de mieux à faire : à peine fut-on assis, qu'elle se mit à caresser M. de Frise d'une manière si démonstrative , que bientôt l'attention des spectateurs fut partagée entre Polichinelle et le couple amoureux, et qu^enfin les amants fixèrent sans partage la curiosité. M. de Luxembourg, se levant alors, se crut obligé d'aller prévenir sa femme qu'elle était le point de mire de toute l'assemblée. Cet avis marital suffit à peine pour mettre fin au manège de la maréchale, plus active dans sa pantomime galante que jamais son mari ne l'avait été à l'assaut d'une place !

En suivant la comparaison, je dirai que l'entreprise de la duchesse sur le cœur de M. de Frise n'était apparemment qu'un coup de main ; car trois jours plus tard on la vit occupée d'un nouvel objet pendant un souper donné à Saint-Cloud par M. le duc d'Orléans » à l'occasion des couchés de la princesse sa femme. La maréchale ioi^irna durant tout le repas un jeune page , qui eu effet avait la plus jolie figure du monde. Quand hi compagnie se fut levée de table, madame de Luxembourg chercha le page, le trouva, et poussa l'oubli de?

* IfarioDnettos fort jolies. I

-» Le père de oe prince, en se retiraDt & Sainte-GcDeviève, avait laissé à soo I le Utre de duc d'Orléans. \

fils

bienséances jusqu'à disparaître avec lui. On prit à peine garde à cette sortie: on savait que la maréchale, une fois échauffée par la table, ne s'arrêtait dans une entreprise qu'après en avoir touché le but.

Pour terminer dignement celte soirée, madame de Luxembourg, «près la retraite des autres dames, resta dans l'appartement dit des Goulottes, avec M. le duc d'Orléans, le comte de Croix et le baron de Besenval, à qui elle tint tête à boire des liqueurs le reste de la nuit. A six heures du matin , quand les convives nocturnes songèrent enfin à se retirer, il fallut qu'un laquais portât sur ses bras la duchesse jusque dans le lit préparé pour elle.

C'est )dnsi que madame de Luxembourg s'achemine vers la considération.

Ou n*a point oublié cette demoiselle de Tencin , qui d'abord religieuse , se fit ensuite relever de ses vœux pour mener une vie plus conforme à ses goûts mondains, et surtout à l'esprit d'intrigue qui la distinguait essentiellement. Sa maison fut longtemps le rendezvous de la société la plus spirituelle de la capitale : les gens de lettres y affluaient, et elle les appelait ses bêtes* Il est vrai qu'en fait d'affaires, cette intrigante avait plus d'esprit qu'eux; elle n'eu eut pas assez toutefois pour triompher dans une procédure criminelle où elle fut impliquée Emprisonnée d'abord au Ghâtelet, elle fut ensuite tranférée à la Bastille, où elle mourut dernièrement. Cette dame laisse plusieurs romans, que Pont-de-Yesle , son neveu, a, dit-on, retouchés : ces ouvrages , assez gracieux , sont manuscrits ^.

L41 mort vient d'atteindre aussi le chevalier d'Orléans, fils naturel du régent, et qui fut revêtu de la charge de grand prieur de France après M. de Vendôme. Le roi a obtenu du grand maître de Malte cette même charge pour le prince deConti : sa réception, faite le 11 juin par les chevaliers de cet ordre présents k Paris, a rappelé les cérémonies imposantes de l'ancienue chevalerie; mais la continence de MM. les Maltais ne rappelle guère celle des preux du moyen âge.

Le roi n'éprouve pas seulement pour madame de Pompadour cette tendresse des sens qui après certains instants écoulés n'est que froideur pendant le reste de la vie; il parait lui avoir voué un véritable

* Ils furent imprimés à Paris en 4786| et forment 7 volâmes io-l S.

Itl CHROmQUES M l^mL-DE-BŒUF.

IMic qiTHIe a feile cette MBée» D k wmtyt iMrit mi liîx iMS ptr jMH^ et r«B pMmiit 4cWacr te «lailMi» 4c «eut fr««dlc à la tnMmc«i à It siieté 4e Sft Majcflé. Les wMeeÎM Scnc et Qtnwiy, ^ Méat des mîbs à la nalidey rendncatà Sa Majctlé «■< nalier du ce«rt de te aaladie. Eb&b Vttdàwe Mflkîtiide MMtra dam eette circfttaaee à sa «alteesÉe «eatrilma à liÉier

La luaffyike resta néaameîttt atteinte d*«Me mcoafdité d*ai plus désagréable , que , dans ««e 0NHBe dant te saseaae si'eat pas ciespteire, le pMke maMte est tMJetirs diapesé à l'sittcflteser à Pincontinence. Il n'y a point de secret à la cour : on ne tarda pM d*j être informé de cette suite de maladie, malgré tout le soin que madame de Pompadonr mettait à la èaclier. Le comte de Manrepaa, qui n*aimait point te favorite , se distinguait suitout parmi cent ifû riaient à ses dépens ; elle n'ignorait point les quolibets et les plaimai teries dont ce ministre la rendait cbaque jour r«»bjet; mais le ni avait besoin du comte ; en cberchunt k le desservir dans Te^rh 4ft Sa Majesté la marquise craignait un écbee , il lui sembtett pradeni d'attendre une occasion o2i le mécontentement de Louis p(kt tee excité autrement que par des propos en Pair. Cette oocasioB s'est i«b» contrée la semaine dernière k Marly. Madame de Porapaclonr, en se mettant k table, a trouvé sous sa serviette un quatrain que je ans Ibrcéede copier : c'est un document bistorique ; le votdt

La marquise a bien des appas , Bes traite sont Tifii ^ ses grioes frandies , Bt les lleors naiwsat sons ses pas...

Hais, bétest ca aaat des fleurs blaadiea.

On pense bien que cette épigramme n'était prânt rignëc; mate In favorite cberchait depuis longtemps Poccasion de perdre Maurepast il faisait des vers, ceux-ci durent être de lui. Cependant l'indignatioii du roi n'avait point éclaté contre le poète insolent; un sounre imperceptible, qui voulait dire : « Après tout, il a raison ! » s'éuit mêlé même aux témoignages de colère que ce prince avait montrés. Madame de Pompadour craignit encore d'écbouer en demandant le renvoi d'un ministre , en réparation d'une vérité rimée incongrûment. Elle se borna donc à écrire une lettre menaçante au comte, espérant qu'a viendrait, contrit et repentafit , s'age^liuiMer «u pieda de *i

fiivenr et lui deannder grè««. Mais Manrepts était trop ft«r -pmir en ag^r de la aorte-; lohi, Inen Mu 4e Ik, il a^amvaa de récrit ^èc la mar» qHiae, qm loi parvint pcndamt m joyeux «mper qi/H ^ottuait k aes amia. r Messieurs, dit-fl , ImvoBS k la sauié d'un nouTean uinistfe » de la nariBe ; me voifli près d'être disgracié : la Fouipadout «m M menace,.. Voyez, messieurs, eoiitinna-t4l arec ub aérieui «omi-* » que , voyez combien le château de Yersiâles est devenu tripot ; il » n'y a pas jusqu'aux iîlles de joie qui n'y pmment an' ton. « Os mots furent répétés k la mafqoîse, qui courut , tout en larmes , demander au roi la permisnon de se Tetiier d'une cofcr ok l'on pouvait fînsulter ainsi impufiAnml.

Impunément produisit plus d* effet sur le roi que tous les sujets de plainte de sa maîtresse : cet adverbe retentit avec violence sur Pot* gueil de Sa Majesté, et la diagtice du comte fut décidée. Il valait mieux, en effet, disgracier «m homme d'Etat utile, sans trop savoir comment le remplacer , que de laisser impunie rémission d'un qua-* train contre une courtisane. Cette impérieuse nécessité satisfaite, il fallut bien songer pourtant au successeur de Maurepas. Ce seigneur gérait la marine depuis trente ans, 3 était diftcilc qu'il n'eût pas dans l'administration de ce département une eipérienoe consommée. Mais son remplacement devenait tellement utile ,* comme on Pa vu, que le roi ne pouvait s'arrêter k cette considératioB : Maurepas tûî remplacé par M. de Rouillé, et dut quitter sur-le-champ la cour.

Le lendemain , la gent papillonnante de rCEil-de-bSBuf avait d^ trouvé une malice sur ce remplacement. « Comment voules-vous » que la marine aille bien , quand , pour la conduire , on -ftiit choit » d'un roulier?9

Après le renvoi de M. de Maurepas, le marquis de Souvré en eau» sait hautement au lever : « Il faisait bien , parbleu, disait ce gentil-- V homme, de porter partout son bonnet de nuit pendant sa faveur; « un courtisan ne sait jamais oh il couchera, et encore moins un mî- « nistre. » Le roi ne trouva point cette saillie de son goÀt. € Qumid » vous proposez-vous de partir pour vos terres, monsieur le marquis? » demanda Sa Majesté d*un ton sévère au mauvais plaisant. — De- » main, sire, » répliqua-t-il fièrement II a tenu parole, et voilà deux exilés pour un*

Tandis que madame de Pompadour triomphe du crédit d*ttn mi-

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nistre, les querelles de religion, plus déplorables encore que ceUes de cour, excitent de nouveau les passions : plusieurs refus de sacremenls ont été dénoncés récemment au parlement par des familles parisiennet. Les prêtres apostoliques s*obstinent à refuser et confession, et communion , et viatique aux appelants de la bulle Unigenitus* Yoilà les robes ronges et les soutanes encore aux prises : la Justice et l'Eglise combatUnt Tune contre l'autre ; il est difficile de prévoir le terme d'une telle lutte.

Heureusement nous avons des nouveautés dramatiques pour taire diversion à ces insipides discussions théologico-légales. Parlons d'abord de Catilina , tragédie de Grébillon , qui date déjà de quinse ou seise mois : c'est une vieille nouveauté. L'auteur a travaillé vingtcinq ans à cette composition : chaque année il en lisait no fragment à l'Académie française , et plus d'une fois peut-être les membres de ce corps illustre dirent en secret : Quousqae tandem abtjUere potieniid nostrd, Catilina ? Enfin cette oeuvre longuement élaborée a paru sous la puissante protection de madaoïe de Pompadour, qui a fait la dépense de tous les costumes. L'obligeante favorite de Louis XY avait envoyé avant la représentation aux deux consuls et au sénat romain des toges de toile d'argent bordées avec des bandes de satin pourpre; plus, des vêstes de toile d'or bordées de la même manière. Le tout était fort agréablement festonné et enrichi de diamants faux. Un peintre florentin, qui assistait près de moi à la première représentation de Catilina, pâlit de colère à la vue de cet accoutrement : c Quelle n^ascarade , bon Dieu! s'écria-t-il en se levant; je n'en veux » pas voir davantage. » Et l'artiste court encore. Il avait tort; car, nonobstant ces costumes de bal masqué, il y a des scènes admirables dans la tragédie de M. Grébillon, les trois premiers actes sont même généralement beaux. Les amateurs formés à l'école de Racine reprochent toujours à «on énergique successeur la sombre disjyisitîon de ses ouvrages, et surtout l'horreur de ses catastrophes. « Corneille, » leur répond-il, a brillé dans le grand. Racine dans le tendre; je » n'avais que l'horrible à choisir. » Il y a trop de modestie dans celte réponse ; l'auteur de Rhadamiste eût pu dire à ses critiques : « Mes » deux grands devanciers ont bien compris la majesté de la tragédie, » mais je crois en avoir retrouvé le caractère. Cest en offrant des » exemples terribles, plutôt que tissus de grandeur ou de tendresse, * qu'il fittt frapper au théâtre : la terreur et la pitié ne naissent que

» de déchirantes vicissitudes..... £t puis l'antiquité nous a légué du » sang, toujours du sang; pourquoi lorsque nous faisons revivre ses » hëros effacer de leur vie cette empreinte d'effrayante vérité, de » vérité sauvage, qui convient à ces temps reculés, pour y substi- » tuer un déluge de maximes pompeuses, recherchées, spirituelles i> même, qui, en sortant du théâtre, ne laissent dans l'esprit du M spectateur que le souvenir de sentiments cadencés habilement dans » les douze syllabes d'un alexandrin , sans que l'âme ait rien à se rap- » peler, parce qu'elle n'a eu rien à saisir ! »

Voilà ce que Crébillon aurait pu répondre aux censeurs de son genre; car il est bien évident aujourd'hui pour les juges compétents de la tragédie que ce poète , à part les inégalités quelquefois cho* quantes de son style , a été plus près que personne de son véritable caractère. Disons-le hardiment : si Crébillon eût paru le premier dans la carrière , ni Corneille par la sublime disposition de ses sujets et la mâle éloquence de ses personnages, ni Racine par ses intrigues habilement conduites et sa poésie séduisante, ni Voltaire par ses thèses philosophiques et ses vers sonores n'eussent affaibli l*iin-> pression préexistante à'Atrée et Thye$te , de Rhadamiste, d* Electre et de Catilina. Ces puissantes compositions seraient restées le type de la tragédie moderne, et, certes, les savants n'auraient pas réclamé.

Louis Xy fut si content de Catilina qu'il ordonna au directeur de l'imprimerie royale d'imprimer sans frais les œuvres de Crébillon ^ qui put ainsi en vendre l'édition entièrement à son profit. Un incident faillit lui faire perdre entièrement aussi non-seulement le l>énéiîce de cette opération , mais encore les droits qu'il percevait des comédiens pour sa nouvelle tragédie. Le Permesse n'est pas le Pactole ; il y a longtemps qu'on l'a dit pour la première fois , et ce mot n'a point cessé d'être une vérité. L'auteur à*Atrée a beaucoup de créanciers; or ils avaient trouvé commode de faire arrêt sur le produit tragique des presses royales, tandis qu'un huissier à verge assignait à comparoir consuls, sénat et conjurés pour s'entendre condamner à payer les dettes du sieur Crébillon. Mais le conseil d'Etat ayant évoqué la cause décida par un arrêt que « les productions de » l'esprit ne pouvaient être comprises parmi les effets saisissables. 0 Les créanciers en furent pour les frais du procès et le coût du papier marqué que la chicane avait noirci en leiy faveur. On peut impuné-

SM CHKOniOITES M L'CBIL-DE-BŒUF.

ment te fkire iuolvible quand on a le bonkenr de flaire a«x grai|ds de la terre.

La Sémiramis de M. Voltaire , jouée po«r la première Ma à pea prèa dans le même temps que le Cah'ItfMi, n*eat point de raceèt Ion de son apparition on plutôt de sa réapparition , car chacun sait que cette pièce n'est qu'une refonte de la tragé<tie à*Er^^Uk représentée en 1 7<2«

Le public a tu arec déplainr que Pauteur, trop tonftant en son génie y ait traité un sujet dans lequel Desfontames édKma en iWt , Gilbert en 1640, madame Gomes en 1716, et Crâiillnn en nn. Void répin^ramme que Piron 6t à cette occasion :

N'oa àmàm point, oui, si IspNoisr Imimbs

Bit eu la tio d« oê fifseur de Ters,

U oat lût pis qae de mordra à It pomme ;

Et c*oOt été bien on autre trâTers :

Du grand anteor de la natore buauLlae

H sût ▼enta reikira l^toivers,

Xt le relUre «a moins d^oae

Ces yen sont injustes : si le plan de Sémirutn%$ manque de n^gularilë, comme presque toutes les compositions tbéilrales de Voltaire , Û en est peu qui renferment plus de beautés poétiques, et dans avcttne elles ne voilent mieua la marche vicieuse de Touvrage et llnvraisemblance des caractères» Par malheur le grand écrivain ne veut pas se rcstxetndire à la somme de talent qui lui échut en parts|fe : il vise loujoun aux inspirations tragiques, qu*il croit avoir rencontrées lonqu'il a produit de ces situations forcées, de ces scènes h effet dont ses pièces sont remplies. Ces détails gigantesques abondent dans Sémir9mi$ : rêve,, miracle, tonnerre, fantdme, tombeau, mag^e de iéoomtioiB, tout est là j et c'est ce mélange d'éléments divers que Pinm appelle un salmis. L'ombre de Ninus, il &ut Tavouer,. est un peu trop oomique ; Torage» éclatant deux fins, provoque aussi des critiques amèm : cela sent, dit-on,, les tréteaux de la foire encore plus que la csiopiaaie briklée. U faut qu'à propos de œ double tonnerre je place ici une fi^ tite anecdote qui a loi^emps désopÛé la rate des amateun aêtni« à la dernière répé^on générale de Sémirumis. Mademoiselle DoménB, chaigée du principal rdie , avait eu son coup de foudre an troiaiènie acte ; lorsqu'au cinquième le gagiste ayant le département du csrmsau vengeur ne sachant pas s'S devait donner à la princesse Azéma tm

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