‹ Chroniques de l'oeil-de-boeufChapitre 6 sur 34 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Triple sllianee entre la France , la HoltaDde et l'Angleterre. — Les Espagnols l'Mparent de Vile de Bardaigne. — Bat secret d'Alberoni. — Saint Antoine aa snliea des diables. — On 6te les lisières au roi. — M. le dnc de Ventadoor I rMpital. — Polichinelle de la foire et les courtisans polichinelles. — Le iDoct par substitution. — Affaire des princes légitimés. — Leur Mémoire. — Ceat vne frmme de chambre qui le rédige. — Mort du chancelier Voi^n; d'AgoesMau le remplace. — Brève notice sur Des touches. — J.-B. Rousseau; belle conduite de ce poète. — Fontenelle; un mot sur lui. — Espédient comiqae du poète Dufresny. — L'abbé de Saint-Pierre rêveur yertaeuz. — Vie pnbae de mademoiselle d'Orléans au couvent de Cbelles. — Le czar Pierre le Grand à Paris. ^- Portrait 4e ce prince. — Particulsrit/e de son séjour. — Bépsrt du cxar. — Salle d'audience Vacillante. — Voltaire est mis à la Bas. tille. — Causes de cet emprisonnement. — Intermittence de dévotion et de péébés.— Histoire du diamant le régent; son acquisition. — Édit qui révoque oahii de 174 4 sar les princes légitimé*. — Faveur de la banquo — Création de la cooBpAgnie du Miasissipi. — il est défendu de parler ou d'écrire pour 00 contre la bulle Unigfnitus, ^- Suppresaion de la chambre do justice. — B'Argensoo sous la gouttière. — Troubles en Bretagne. — Le M air et le bon Ion.

Pour que je n*aie pas eu à parler de Dubois dans toutes les aventures scandaleuses que j'ai rapportées, il fallait qu'il fût absent, et il l'était. Cet abbé s'éuit rendu à la Haye, oii la France , l'Angleterre et la Hollande discutaient les conditions d'une triple alliance conclue le 4 janvier de la présente année. U fut stipulé par ce traité que le

préteudant Jacques lU sortirait immédiatement de France; qu'il ne pourrait être creusé de port à Mardick pour suppléer à celui de Dunkerque, détruit en exécution des conventions d'Utrecht, et qv'aueune des puissances contractantes ne pourrait à l'avenir donner asile aux personnes proscrites par les autres. On se garantit réciproquement, par les conventions du 4 janvier, les bases fondamentales de la dernière paix : entre autres, l'inviolabilité de la succession du trône d'Angleterre dans la maison de Brunswick; l'interdiction de la couronne d'Espagne aux Bourbons de France , et de celle de France aux Bourbons d'Espagne ; enfin , des secours mutuels entre les parties contractantes, pour les cas de troubles intérieurs ou extérieurs, pnrticulièrement s'ils tendaient à la violation des clauses ci-dessus.

Pendant qu'on traitait à la Haye, Philippe Y, qui ne voulait rîen avoir de commun avec ie duc d'Orléans, même en politique, bien que ce fût son allié le plus naturel, Philippe Y avait armé une escadre dans le but apparent de secourir les Yénitiens contre les Turcs. Mais le projet rtel d'Âlberoni ^ qui goiivieme l'Espagne, était ^« s'emparer de l'âe de ffaMaign^, arq^iîsi^ il i'entperenir pkt fe tirkité tt^Ulnecht. En effet, huit mille Espag^noh, sous la conduite du marquis de Leide, ne tardèrent pas à débarquer dans cette lie , dont ils viennent d'achever de faire, la conquête. Or cette conquête elle-même n'est encore qu'un moyen du subtil Italien ; le résultat auquel il aspfire^ c'est débrouiller le relent avec ses nouveaux alliés en leur faitant entendre que les hostilités de l'Espaj^ne en Italie sont conèeHées )àve<: le cabinet ^u Palais-Royal. Ce bruit tst effccli\ncment semié dans toutes les cours de l'Europe par les agents d'Albcroni, ce qui a obligé M. le duc d'Orléans à faire notifier aux puissances le démenti formel de ces propos. L'ambassadeur de France à Madrid a étié chargé en même temps de déclarer que la régence ne consentirait jamais à voir troubler la tranquillité de l'Europe , et qu'elle d^approuvait formellement l'occupation de la Sardaigne par lés troupes de Sa Majesté Catholique.

Le concieige du Palais-Royal, nommé d'Ibagnet» est un homme vertueux dont les mœurs forment un contraste siiVgulitr avec tout ce qui l'environne : on dirait saint Antoine au milieu des démons* En vain est-il entouré de sédutetions, elles n'ont aucune prise sur lui; les passions glissent sur ce caractère stoïque comme les traits de l'A-

■oar sur le lioaclier de Minerve, tbagnel , ancien serviteur de )t ■aisM d'Orléans, a vu naître Phitippe; il l^aime tetadrèment, le serl née lèle et se permet quelquefois de blâmer sa conduite. Le régèni M Técoute guère, mais il a l'air de l'écouter ; tant la vertu a d^asttiidant sur le vice, mètaie quand il est tout-puissant. Une seule fois k dac d'Orléans osa doniier à d'Ibagnet un ordre qui avait rapport à SCS plaisirs : « Votre Altesse Royale se trompe , répondit la coa-

* deigte, elle croit s^àdresser k quelque grand seigneur de la ëour*.. >)e suis un homme trop obscur pour être Vicieux; je vais quérir

* M. le marquis de )a l^aré, ou H. le comte de Noce. » Souvent IWnéte vieillard, un bougeoir à la main, conduit son maître jus- ^'s la porte de la chambre oit se célèbrent les saturnales du Palais- Rojral ! « Ëtitrez^onc , tbagnet! lui dit un joUr le régent — Mon-

* seigneur, répondit-it, mon service finit ici, je ne vais point en si *saavaise compagnie. »

U U février, surveille du jour otk Louis XV eut sept ans acéom* iriis, on du tes lisiètes à Sa Majesté , et M. le maréchal de Vilieroi comnença h ta servir au couvert. Le 1 5 madame la duchesse de Yen- Monr, en présence du régent, remit le roi, qui sortait des mains des fciames, entre celles des grands oAciers de sa maison. La gouver- 'ttte, en prenant congé de son illustre élève , lui baisa la main , l^'elle mouilla de larmes. Louis XV sauta alors à son cou, et, l^em* ^nssant tendrement, la supplia de ne pas le quitter. « Mais, sire, lui > lépandit-elle , il faut écouter la raison. — Àh^ maman, répliqua >Si Majesté, je ne connais plus de raison quand il tant me séparer •devons. » M. le duc d'Orléans, témoin de cette scène pathétique, «t à madame de Ventadour que ta tendresse du roi était un tribut M mérité qu*il était honorable ; et, après l'avoir remerciée de& qu'elle a donnés au jeune monarque , Son Altesse Royale à CM&é ce prince à M. le maréchal de ViUeroi , son gouve)meur. Arrivée à sott appartement) madame de Ventadour j a trouvé un pré» snt de pierreries estimé trois cent mille livres.

PeiMlant que cette cérémonie touchante se pasàait aux Tuileries IL de Ventadour, mari de l'ex-gouvernante, était acteur dans une ■cène grotesque qui doit trouver place ici. Les personnes au-dessus da comnan peuvent se procurer à l'hôpital des Incurables des appai^tements commodes et d'un prix peu élevé. Le duc, dont la santé n'est |is môUcttre que la fortune, par l'abus qu'il a Cait de l'une et de

Ils CHRONIQUES DE L*ŒIL-DE-BŒUF.

l'autre, s'était retiré dans cette maison , tandis qae sa femme résidait à la cour. Or , le jour où la duchesse remettait le roi entre les mains des hommes, et voyait en conséquence finir ses fonctions, M. de Tentadour, en sortant de Téglise, fut accosté par un pauvre, qui lui demanda Paumône. « Parhieu, mon ami, répondit le duc, tu prends 9 bien ton temps! ma femme est sortie aujourd'hui de condition , et » tu me vois à Thôpital... Âdresse-toi mieux, je te prie. »

Yoilà déjà le pauvre petit roi victime de l'étiquette ; il ne règne pas encore, et ce tyran règne sur lui. Avant-hier Louis XY voulait aller à la foire Saint-Germain, Sa Majesté se promettait un plaisir bien vif du spectacle de Polichinelle se moquant du commissaire et donnant des coups de bâton au diable. Mais M. le duc du Maine, surintendant de l'éducation du roi, et M. le maréchal de Villeroi, son gouverneur, voulaient tous deux s'asseoir k la droite de Sa Majesté : le légitimé prétendant qu'en sa qualité de prince du sang cette place lui était due, le gouverneur soutenant qu'il ne devait la céder qu'au régent. La question ne pouvait être décidée sur-le-champ; on rentra an château, et l'enfant couronné dut renoncer ce jour-là au plaisir qu'il s'était promis... Le lendemain cette affaire ayant été portée au coqseîl de régence fut réglée en faveur de M. le duc du Maine. On monta en carrosse; mais Polichinelle était absent de son théâtre quand on y arriva : il parcourait les rues de Paris; d'oii il résulta que les marionnettes du château avaient privé décidément le roi de voir celles de la foire Saint-Gerteain.

Le roi montre infiniment moins de goût pour l'étude que pour les gambades de Polichinelle, qu'on est enfin parvenu à lui faire admirer. Il repousse les livres obstinément , et les met en pièces si Ton persiste à les lui présenter. C'est avec une peine extrême qu'on est parvenu à lui montrer à lire , et à loger dans sa tête quelques éléments de grammaire. Madame de Yeutadour avait inventé un genre de punition vraiment ingénieux pour le prince inappliqué : je ne' dois pas le taire; il fait trop d'honneur à l'imaginative des courtisans. Un petit garçon, né d'une pauvre famille, et de l'âge de Louis XY, avait été placé près de lui; il devint l'émule de ce prince^ qui le prit en amitié. Dans l'éducation commune aux deux enfants, quand le roi manquait à ses devoirs son condisciple recevait dei férules; s'il plaisait à Sa Majesté d'être complètement rebelle aof leçons, le pauvre compagnon d'étude avait le fouet. Ce moyen de*

Beon uns le moindre succès : la paresse fut plus forte chex Loois XY que l'amitié ; et comme les coups de martinet administrés sor le derrière du pauvre diable ne retentissaient point sur les fesses royiles, il fallut se résigner à attendre que Tenvie d'apprendre vint à St Majesté.

Le lundi 22 février, les pairs ont remis un placet au régent k Fippai de la requête présentée l'année dernière au roi par les princes dn sang contre les fils légitimés de Louis XTV. La députation chargée de remettre ce placet était composée de l'évèque de Laon , de eeloi de Châlons, des ducs de la Force , de Noailles et de Cliaulnes« Ces seigneurs ont dit à Son Altesse Royale que si elle refusait de prononcer, les pairs étaient déterminés à porter l'affaire devant la jnsUce réglée pour faire déclarer les princes légitimés fils de M. le ■aqnis de Montespan.

Cette protestation produit un grand éclat dans le monde; mais, quoique les princes du sang aient raison en principe, ils ont raison trop tard pour que l'estime publique accueille leur démarche comme ■ne action empreinte de dignité. Si les réclamants eussent élevé la Toix aa moment oii le feu roi oubliait tout ce qu'il devait à sa famille, à la noblesse, à toute la nation, en plaçant les fruits d'un double adultère au niveau des rejetons de la race royale, il y aurait caalonde la grandeur dans l'opposition; il y a même eu de la bas» NMc dans le silence. Mais aujourd'hui ce n'est plus qu'une misérable Tanité qui réclame , et les princes légitimés peuvent , avec une cerlahie justice, lui opposer à leur tour l'autorité de la chose jugée. C'est ce qu'ils font : le duc du Maine et le comte de Toulouse ont rédigé on Mémoire dans lequel ils contestent k leurs adversaires le droit de revenir sur ce qu'a fait Louis XIY. Ils s'appuient principaleaent sur l'enregistrement de l'édit de 1714 sans la moindre contradiction ni de la part des parlements, ni de celle des princes et iQtres pairs qui protestent aujourd'hui. Les légitimés ajoutent que k parlement de Paris a lui-même exécuté Tédit en diverses occasions, Botamment dans un lit de justice; assemblée dont la solcnniic est fade le plus imposant d'une monarchie , après la réunion des états féiiéraai. Le duc du Maine et le comte de Toulouse concluent eu Citant : « Nos adversaires demandent au parlement, qui enrcgistre- >rait redit de révocation, un arrêt contre la loi : mm bisjudicatur

114 CHROIflQUES DE L'(EIL-DE-BŒOT.

» idem; ils ex^nt même plus : car leur re<(ii(te. tend pon-seniemcst » à faire |uger deux fois, mais encore à ce que la cour jugç, dans (^ » même cause , contre ce qu'elle a jugé. » Sans doute tout cela n'est pas tellement fondé en saine jurisprudence, qu'on ne p.uîssç y répondre très->légalement ; mais, je le répète, les princes du sang et (es pairs recueilleront plus de honte personnelle de leur requête tardive Qu'ils ne feront restituer d'honneur à la mçnarchiç.

On attribue en grande partie la rédaction du Mémoire des lé|[it^ mes à une demoiselle qui remplissait na|[uère liupr^ de madame ^ duchesse du Maine les doubles fonctions de femme de chambre et de secrétaire. La princesse, dans cette grande affaire, s'eptoura d'une montagne dHn-folio; ce fut mademoiselle Delaunaj qui les compulsif pour chercher dans l%istaire et dans les vieux di|i;estes des exemples en faveur des légitimations. La suivant^ écrivît sur c^^te matière^ eomme l'eussent pu foire Domat ou d'Aguesseau; mais H est bien entendu que madame la duchesse du Maipe eut tous les hoxlnç^I« de cette composition. Si plus tard elle produit quel^u^ fruits an^ers^ mademoiselle Delauuay a^era là pour les recuçillif.

Les princes légitimés n'ont pas donné beaucoup de larmes a^ chancelier Voisin , mort au mois de février. Ce magistrat austère ne se fût pas montré fovorable à leur cause; ils espèrent dav^mtage de M. d'Aguesseau, qui le remplace : parce ^ue, nonobstant sa profonde sagesse, il se rangea du c^té des muets, lorsque le parlen^ei^ti^ dont il était procureur général, enregistra l'édit de, 17 14.

Le régent est aini des lettres, non à la manière d^ \^và» XJÇV^ qm\ les fovorisait pour qu'09 yen prqclamit le protecteur, ^is par «u^ amour réel de leurs beautés. Malheureusement les r^^ngs ies litt4r%-i teurs illustres, si pressés daps le cours du règne précédant, s^t %tÎM clairs aujourd'hui; la tâche du duc d'Orléans n'est pas de réçofpypç»)^ ser, mais d'encourager. Néricault-Destouches est celui de ^w pQ^te% auquel Son Altesse Royale accorde le plus particulièrement sa p.i^<>-> tection. Tour à tour commis libraire, soldat, comédien, direcleHrd'une troupe de comédiç , il montra , dans ces divers états , de l'e^ prit, de l'intelligence , et plusieurs des pièces que nous avons de lui annoncent de l'imagination. Il est aQiffeant, toutefois, d'avouer ^h'i^u moment oh j'écris, Destouches est le premier auteur comiquç de ^ nation qui produisit Molière et Renard. Etant directeur de i$i9Ct|^clet

cftéeqvtio eut occasioii de prononcer une harangue, à la tète de sa ebmpignie, devant le marquis de Puysieux, ambassadeur en Suisse. Ce miDistre, frappé de l'éloquente facilité de Des touches, pensa qu'il poornit porter dans la diplomatie cette élégance, cet esprit insinuant qui en sont l'âme ^ U se l'attacha: Lorsque Méricault-Destouohes publia ses premières pièces^ il était donc comédien; il élah secrétaire d'imhassade quand les dernières parurent : s'il en fait jouer à Paveur, elles seront d'un ambassadeur. En effet, M. de Puysieux ayant donné cette annéç Destoucbes au régent comme un homme habile, Son Altesse Royale Tenvoya presque aussitôt à Londres avec l^bbé Dttbois, qui ne tarda pas de le laisser seul en Angleterre, chargé des aflaires de la France.

Jean-Baptiste Rousseau, que ses odes ont élevé presque au niveau àti poètes lyriques de l'antiquité, vit, depuis 1708, éloigné de la Fiance, sous le poids d'une condamnation au bannissement perpétael, pour des couplets satiriques <fue ce poète a constamment désavoués. Dès que le duc d'Orléans a été parvenu à la régence, il s'est nppelé ces vers faits par Rousseau en sa faveur après ses brillants «iccès e<i Espagne :

En moins d'un mois prendre ville rebelle, Faire sauter mines et oitsdelle, Tours, bastions, remparts, et q^terat Pour maini goerrier c'était ui^ opéra \ pour mon béro^ c'est une ba^lelle.

Cet hommage ne se ressentait guère des inspirations de Pindare et d'Horace; mais un poète flatteur paraît toujours éloquent à celui fa'il a loué. Philippe ût expédier l'an dernier des lettres de rappel poor Rousseau; mais, fort apparemment de son innocence, il de- ■anda la révision du jugement qui l'a condamné. « Des grâces et des

• accommodements, écrivait-il au régent, ne conviennent qu'à des

• fripoqs, et non pas à un honnête homme. J'aime bien la France,*

• mais j'aime encore mieux mon honneur et la vérité. Je préférerai

• toujours la condition d'être malheureux avec courage à celle d'être

• benreux avec infamie. » La demande de Rousseau fut rcjctée ; et, pcnisUnt dans sa nob(e détermination , comme dans la dénégation <ie la faut^ qu'on lui iinpute , ce^ui que l'opinion publique a revêtu du bean titre de prince des poètes lyriques français reste éloigné de sa

patrie. Rousseau est retiré à Bruxelles, où il mène une vie obscure et presque nécessiteuse.

Fontcnelle, que le régent comble de grâces, de bontés, et qu'il loge xlans son palais, est peut»ètre Thomme le plus spirituel de l'époque; mais une ambition de célébrité qui ne veut point s'imposer de limites, et le désir insensé d'obtenir la réputation d'un talent universel, firent arriver cet écrivain à sa soixantième année sans avoir pu aeffnérir en rien la réputation d'un homme de génie. Dans tous ses ouvrages, on reconnaît l'empreinte d'un esprit fin, délicat, profond de temps en temps; mais aucun n'offre le cachet d'une imagination féconde, ni même celui d'un caractère élevé. Aussi voit-on Fontenelle affecter la philosophie sous la régence , après avoir loué la révocation de l'édit de Nantes sous Louis XIV. Ajoutons que cet écrivain manque de reconnaissance : « Philippe d'Orléans, disait -il • un jour avec une vanité ridicule, voudrait se familiariser avec moi, » mais je le repousse par le respect. » Sans doute on peut refuser son estime au régent; mais ce ne peut être que dans le secret de l'âme, quand on accepta ses bienfaits.

Le comique Duf resny , mari de la blanchisseuse Jeannette , est aussi fort aimé de M. le duc d'Orléans. Ce poète , dans les pièces duquel on ne trouve que des fragments heureux, comme dans une mosaïque oii Ton n'admirerait que quelques pierres, vit toujours au sein d'une alternative de richesse et de pauvreté, situation ordinaire d'un joueur. 11 y a quelques mois, le vent du lansquenet ayant été plusieurs semaines à la perte pour le petit-fîls de la belle Jardinière d'Anet, il jugea convenable d'aviser le régent de sa détresse, et tira à cet effet un moyen de son répertoire d'expédients comiques, «t Mon- » seigneur, écrivit-il au prince, il importe à la gloire de Votre Al- «tesse Royale qu'il reste en France un homme assez pauvre pour » retracer à la nation la misère dont vous Tavez tirée ; je vous sup- > plie donc de me laisser dans mon état. »

Le duc d'Orléans écrivit néant au bas du placet , et envoya deux cent mille livres à Dufresny. La somme était un peu forte pour on poète ; mais c'était un poêle de la famille et qui n'avait jamais demandé d'être légitimé. Cela méritait des égards particuliers.

Philippe d'Orléans fit toujours du bien à l'abbé de Saint -Pierre, qui fut autrefois aumônier de la duchesse d'Orléans ; emploi qu'il abandonna en 1G95, moins parce qu'il venait d'être admis à TAca-

française que pour s'éloigner du Palais-Royal. Le jeune duc de Qiartres commençait dès lors à mener une vie essentiellement opposée aux rêveries vertueuses que Saint-Pierre méditait , il alla dans Il solitude élaborer une foule de systèmes politiques qui seraient déilicieux pour gouverner une nation d'anges , et ne tarda pas d'imaginer un yrojet de paix perpétuelle que, d'après une lecture faite devant moi sur manuscrit, je considère comme la chimère la plus beureuse qu'on ait conçue depuis la république de Platon.

Louise- Adélaïde d'Orléans, retirée depuis la fin de l'année depoière à Chelles, y prit l'habit au mois de mars ; mais elle ne fera profession qu'à vingt ans, et cette princesse n'en a pas encore dix-neuf. Mademoiselle d'Orléans , pour une novice , mène une vie tant soit peu dissipée dans la communauté : passe pour s'y livrer à l'étude de Il chimie, de l'histoire naturelle et de l'anatomie, bien que cette dernière science oblige à des observations passablement mondaines; mais Son Altesse, après de graves recherches, se procure des délasicmeot fort légers. Par exemple , elle donne chez elle des concerts auxquels sont appelés les chanteurs de l'Opéra ; gens excommuniés psrétat, dont madame de Yillars, abbesse de Chelles, trouve l'introduction dans un couvent singulièrement profane. Louise-Adélaïde aiande entre autres à ces fêtes musicales un acteur nommé Cauchetnu ; il fut le maître de chant de la princesse , et sa méthode lui plaisait tant qu'un jour, étant k l'Opéra avec sa mère, elle s'écria en entendant chanter à cet acteur une romance passionnée : <c Ah ! mon » cher Cauchereau, que c'est bien ! » L'exclamation admirative parut on peu forte à madame la duchesse d'Orléans, et ce fut, dit-on, ce ^ni b détermina à laisser entrer sa fille au couvent. Quelquefois l'illustre novice se permet des promenades dans les environs avec ses équipiges , dont le luxe ne rappelle guère les austérités du cloître ; elle emmène alors avec elle de jeunes religieuses , particulièrement audame de Fretteville , qu'elle caresse comme un amant caresse sa maîtresse, et qui n'est pas sans de nombreuses rivales.

Le vendredi 7 mai Pierre P', czar de Russie , dont le voyage en France était annoncé depuis quelque temps, arriva au Louvre à neuf heures du soir. On le conduisit dans l'appartement qu'occupa jadis la reine Anne d'Autriche , et qu'on avait magnifiquement meublé et

||8 CHRONIQUES US L'<E|L-DMIŒI)F.

éclairé. Dei^x tftUes it vingt-cinq CQUvçrU chacane ^ent ipl«%didement i^rvies pour Sa Majesté Moscovite* Mais elle déelara ^'«Qf trouvait tout cela trop rîçbe, trop festueuz, et ue voulut ni souper ni coucher au Louvre, On mena alors pierre le Grafi4 ^ HhAtel df Lesdiçuières^ o^ il s'établit, quoiqu'il trouvât ee logement encore trpp Ifi^vi* Ce prince^ n'ayant pu se décider à prendre poaseaaiom d'un lit d^ dama^ avec franges d'or et panaches, it dresser son pliant de voyage d^ns une garde- rqbe , assurant ^u'il 9e couckerail pas ailleurs pendant toute la durée de son séjour à Paris.

Quand Iç généril de^ frapcisçains fit sqç ÇRtrée ii Fontainebleau, il exigea que {'introducteur d^s ambassadc^rs vint le prendre dans )es carr^ses du roi ; l'empereur russe, plus modeste que ce capocîii, fefusa les voitures de la cour et monta dans celle du maréchal de Tessé^ qui avait ^té au-devant de lui.

Le i , dans la u^ati^iée^ M. le duc d'Orléans alU vuir le caar ; il y avait deux fauteuil^ dans le salon oii ce monarque re^ut sop Altesse Royale, ils s'assirent, et (e prince de Kourakin, qui leur ^rvit d'interprète, resta debout entirc eui^t Pierre 1" et le régent furent enfermés ensemble environ uqe heure ; à son retour au Palais-Royal, Philippe dit que le souverain du Nord avait beaucoup d'esprit. Le 10, sur le9 quatre heures, Louis XY ft»t conduit à l'hôtel de Lesdiguièrea par le maréchal de Yilleroi. Le czar viut recevoir Sa Majesté k la descente de carrosse. Il l'enleva lui-même dç sa voiture pour le poser k terre. Laissant ensuite la droite à Venfapt roi , Pierre le Grand le conduisit par la main à son appartement, et le fit asseoir à sa droite liprès ravoir embrassé t^ plusieurs reprises. Le roi répéta alors un petit complin^ent qu'on lui avait fait apprendre, et qu'il débita avec beaucoup de gentillesse. Après la visite, qui ne dura qu'un quart d'heure, le maréchal de Yilleroi, remettant la main de Louis XY 'dans celle du çsar, qui (e reconduisait, dit avec le ton de courtisan qu'on lui connaît : « Sire, nous le laissons sous votre conduite ; il ne 9 saurait avoir un meilleur guide. » Ce fût de l'éloquence de cour en pure perte, personne ne s'étaut chargé de traduire en russe ce fade compliment. Ce même jour on fît avec beaucoup de peine accepter à Pierre P' up détachement de cinquante gardes françaises ou suisses pour garder sa porte, et un dclachemeut de huit gardes du corps, commandés par un exempt, pour l'accompagner quand il sortait. Le U, Sa Majesté Moscovite alla voir le roi çntre quatre et cinq

beares ; il lui fat rendu aux Tuileries tous les honneurs que Louis XV lintt reçus à l'h6lel de Lesdîguières. En y rentrant, le czar admit en « prësenee le prëvét des marchands et les échevins de la ville de ^ris, conduits par le marquis de Dreux, grand mahre des cérémofties. Ces oftciers civils offrirent à Sa Majesté les présents d'usage. Hais essayons d'esquisser le portrait de l'illustre voyageur. U est ^nad , très-bien fait , et porte la tête haute. Il a le tein| brun et ammë, les yeux noirs, grands, vifs ; son regard, ordinairement scrutateur, perçant, devient quelquefois dur et même farouche. L'enwnMe de la physionomie du czar a de l'expression , de temps en temps de la grâce ; mais elle est fréquemment altérée par un tic coi^valsK, suite d'un poison qui fut donné à ce prince dans sa première jeunesse. La majesté de Pierre P' a quelque chose de brusque , de nnvige, de sarmate enfin. Ses gestes précipités décèlent l'humeur impétueuse qui le distingue, la violence de ses passions, l'activité de MB âme. Tout son air annonce une grandeur audacieuse , un despotisme habitué à voir tout fléchir devant lui. Les volontés, les désirs. les caprices de ce prince du Nord se succèdent avec rapidité, et il ne peut supporter ni difficulté ni retard à l'accomplissement de ce qu'il veut. Plus d'une fois déjà, depuis l'arrivée du czar, il congédia d'un geste les courtisans qui remplissaient ses appartements, ou les quitta brusquement pour se rendre à l'endroit oh il se proposait d'aller •▼ant l'arrivée de cette cour inopportune. Quand il a résolu de sor^ tir, si ses équipages tardent une minute, il montç dans la première Voiture qui se présente , fàt-elle même de place. Avant-hier, Pierre le Grand se jeta dans le carrosse de madame de Matignon, qu'il avfût bissée sans façon chez lui ; cette dame dut se faire reconduire à son bAtcl par le maréchal de Tessé.

' Le czar porte un habit de bouracan ou de drap sans la moindre broderie, sans aucun ornement. Un large ceinturon lv\^\ ceipt la tai|le, ^ur soutenir un sabre large de trois doigts. L'extrémité inférieure de ses manches laisse apercevoir une chemise à laquelle il n'y a point de manchettes. Sa Majesté est coifTée d'une perruque ronde qui ne passe pas le cou. L'un de ces jours , le perruquier en apporta une ieave que Pierre avait demandée ; l'artisan français avait cru devoir PéUblir à la mode, c'est-à-dire longue et fournie. Le czar s'empare d*utte paire de ciseaux, la fait agir de sa main souveraine, et en moins de rien la perruque se trouve réduite à la dimension qui lui convenait.

Pierre le Grand diae à onze heures, soupe k huit, et minee sivement à chaque repas. Il boit deui bouteilles de vin pendant Ici services principaux ; au dessert il est rare qu'il ne vide pas sa bouteille de liqueur. Mais tout ce qui, dans un couvert, tient au luxe ou k la recherche, déplaît à Sa Blajesté; aussi ordonne-t-elle chaque jour des retranchements k sa table : la dépense s'en élève cependant à dix-huit cents livres par jour. Le csar a coutume de faire maa^^r avec lui, surtout le soir, ceux de ses ol&ciers qui boivent le mieux. Son aumônier est très-fort dans cet exercice ; aussi raime-t-il et reatime-t-il beaucoup. Quelquefois Sa Majesté se livre avec ses convives du souper à des excès dont les suites ont besoin, dit-on, d'être ensevelies dans l'obscurité.

Du reste, on cite du prince des Russes quelques traits qui pconvent que la grandeur et même le génie ne sont pas incompatibles avec des mœurs empreintes de barbarie. Par exemple, il a dans l'anticbambrc de ses palais un ours dressé à se jeter sur les importuns; ce qui lui paraît plus simple que d'entretenir un chambellan pour les éconduire avec un sourire menteur. Si c'est là de la franchise, il faut convenir qu'elle sent un peu la Scythie. Mais voici quelque chose de plus caractéristique : la csarinc a pour fîlle d'honneur une bellesœur de Menzikoff, dont la laideur est repoussante. Tous les gentilshommes du csar la fuient comme un objet hideux. Un jour qu'une troupe d'officiers allaient s'élancer hors d'une chambre oii ils la voyaient entrer , Pierre , qui survint , les arrête , s'empare de la 611e d'honneur et lui rend, en leur présence, l'hommage le plus tendre qu'un homme puisse rendre à la beauté. « Messieurs, dit-il ensuite, » j'espère que j'aurai des imitateun, et ceux d'entre vous qui devieii- » dront les adoratean de mademoiselle n'auront pas à s'en repentir, »

U y a plus d'un mois que le czar Pierre est à Paris : il a visité successivement tous les établissements publics, les édifices, les institutions particulières d'une certaine importance, les curiosités, les hommes célèbres dans les sciences, les lettres, les arts et même les métiers. Il a voulu assister à une audience du parlement, à une séance de l'Académie. Ayant parcouru les atelien de la Monnaie, ce prince a vu frapper en sa présence avec autant de surprise qoe de plaisir une médaille oii il est représenté fort ressemblant. On lit autour de son effigie : Peiru9 AkxioviU csar mag. Ruêê. inm*; et 1^

BËGENCË. 111

)*ciei)giie : Vires (Mcquirit eundo. Sa Majesté a examiné à diverses re« Ifiies dans la grande galerie du Louvre les plans des places fortes ; elle a surtout étudié avec une attention extrême ceux des ports. Ce prince a vu plusieurs fols l'Opéra dans la loge du régent. Un soir, Son Altesse Royale, dont l'œil unique en vaut dix pour les remarqaes galantes, s'aperçut qu'une danseuse avait fait une profonde impression sur les sens hyperboréens de Pierre P'... En rentrant à rii6tcl de Lesdiguières , Sa Majesté y trouva la jolie disciple de Terpsichore, ce qui l'obligea k se servir, au moins pour cette fois, au lit de damas à panaches et à franges d'or.

Le jour de la Pentecôte , Pierre visita l'bôtel royal des Invalides, oè M. le maréchal de Yillars s'était rendu d'avance pour recevoir Sa Majesté. L'illustre voyageur voulut tout voir, tout examiner : il ■aagea du pain des vieux soldats , goûta leur soupe, but de leur vin à leur santé en leur frappant sur l'épaule et en les appelant camalades. Ce monarque observateur alla ensuite à l'église , qu'il trouva fart belle; à la lingerie, à l'apothicairerie, enfin à l'infirmerie. Là, Pierre P' tâta le pouls d'un soldat agonisant et déclara qu'il n'en aoarrait pas, prédiction qui se réalisa.

Pendant le séjour du czar à Paris, le roi, le régent, les princes, la cear, les particuliers, se sont empressés de lui rendre ce séjour agréable et aussi fructueux qu'il a pu le désirer. Dans ses courses, il ae parut jamais frappé de quelque chose qu'il ne le trouvât chez lui i son retour- Pierre le Grand ne voulut pas quitter la France sans avoir vu cette bmeuae favorite dont le nom retentit quarante ans d'un bout à l'iatre de l'Europe. Le czar se rendit à Saint-Cyr, après avoir défendu de prévenir madame de Maintenon ; il entra dans sa chambre tans s'être fait annoncer, et la surprit au lit. Le prince russe tire les rideaux de la veuve de Scarron et de Louis XIV, la considère avec la pins attentive curiosité, puis lui fkit adresser un compliment par ion interprète. A cette inspection si cavalière, si tartare , on vit une TÎve rongeur animer le visage de quatre-vingt-deux ans de la vieille dévote; des dames de Saint-Louis, qui se trouvaient alors dans la chambre, ont assuré depuis qu'un instant, l'espace d'un éclair peutêtre, elle avait paru belle encore. Ce fut apparemment au moment de cette lueur de beauté que le czar prononça quelques mots russes, qu'il aecoMpagna d'une action fort vive.

122 CHROmOUES DE L*CEIL-DE-BŒUP.

Après ivo^r ulué It ^arg^i8e, Pierre parcourut la maison de Baint-Gyr, traversa les classes, assista à divers eiercices, et parut prendre plaisir à voir la récréation des pensionnaires. Ce prince dit à la di^^ctrice avec une franchise ^n pçu sarmate qu'il était surpris de trouve^ si peu de beautés parmi tant de jeunes personnes. Avant de quitter Saint-€Yr, le csar en fit lever le plan.

Enfîn^ |e 2Q jui{\^ Pierre le Qrand, ayant pris congé de la cour des Tuileries çt dç celle du Pi^ais-Royal^ partit pour les eaux de Spa, oîi la Cfarine devait l'attendre. Il donna son portrait enrichi de diamants au duc d'Antin, hVL\ maréchi^ux de Tessé et d'Estrées, au marquis 4e \Àyxi et à M. dç Yerton. Sa Majesté av^it témoigné une affection particulière à ce dernier gentilhomme, qu'elle avait toujours fait mander à sa table ; elle obtint même pour lui une pension dç six çiille livres sur les bénéfices. Le czar distribua en outre à diverses personnes de grandes médailles d*or et d'argent représentant les principales ^ct^pns 4^ sa vie \ ii laissa quinze cents ducats pour \e\ officiers de sa bouche^ et en fit remettre autant à ceux des maisops royales. Ce prince fit encore 4*>iitres présents dont le détail ne m'est point parvenu; mais je sais que le montant de ses dons s'élève à cent mille livres environ. Le roi a fait accepter au monarque russe deux magnifiques tentures des Gobelins; on lui avait offert aussi de Ifi part de Sa Majesté une épée à poignée de diamants , mais il n'a p^s VQul^ la recevoir. Pierre le Grand a refusé également l'escorte d'honneur que le régent voulait lui donner jusqu'à la frontière ; il ne veut être accompagné de personne.

Oa a répandu le bruit que le voyage de ce prince russe à Paris avait eu pour sujet 4es pourparlers politiques ; il y a probabilité qu'il n'en est rien. Pierre a voulu voir la France , et particulièrement notre capitale , comme il fi vu une grande partie de l'Europe , pour observer les mœurs, étudier la marche des gouvernements, s'initier aux secrets de la diplomatie, s'éclairer des lumières de la science, et reporter ensuite dans ses Etats tout ce qui pourra y favoriser l'élan d'une naissante civilisation. Cependant le roi d'Angleterre, profitant du séjour de Sa Majesté k Paris, la fit prier par le régent de retirer les troupes qu'elle entretient dans le Mecklembourg et en Pologne, le séjour de ces corps armés aux portes de l'Allemagne donnant une juste inquiétude aux souverains de cette partie de l'Europe. Mais chaque fois que le duc d'Orléans est revenu sur ce(te question le

dl Nord Ta toajpuT^ élud^ ^ et Son Altes^ Rojltç <^ ^P\ fA' ca^^T l'ambassadeur d'Angleterre à parler lui-même, «c J^ «l'eii gaidenl lûep^ ^'est écrié ce nfiinistre ; je me rajiipelk tro|^ bien \^ tour qmd ce Tartare joua à un e^ivoyé anglais qui lui fut epvoyé |t 4B)sterc|aii| pen4^i^t QH'U faisait en Hollande ^e métier de charpe^T tiçr. Ima^nea^vous^ monseigneur, que mon çon^patriote 4|yant fai| deiqtnder i^e audience au çzar Pierre , il la lui ficcor4« à bor^ d'un vaiiieau 8.^r lequel il se rendait. L'aInb^ssll4?^r <|lla tro\iv^ç le prince i^ lieu indiqué; inai§ à peine {e m^liçieHX monarqiif;, quj u'eit ps moins l^abile qu'un mousse de douze aps^ yit*Âl ven^^ 1^ diploma^e^ qu'il monta sur la première l^une 4u çran^ v\i\j^ çf çr^ i i'Apijlais de venfr recevoir soq audieiice^ (.e, min^trç de Sf( Majesté britannique^ déj^ vieivi, était peu ingfambe^ jç'laisiSfi | juger à Votre Altesse Royale la peine qu'il eut à se M^ser |Hsqi(')i l'étrange cabinet oii le czar devait l'entretenir; 11 y parvint toutefois avec l'ai4e de plusieurs matelots ^ qui chariti^blftment lf| pp^s* lèrent par le derrièrç. Arrivé sur la hune^ mon pai^v^e collçgvie (h( très-mal reçu de l'empereur, toujours irrité cçntre le roi Geo.f^e^^ farce qu'il s'est opposé ^ la continuation d'up canal que Pierr-^ toait ouvrir, et qui devait traverser ^ue petite partie d^ territqiv^ allemand. Cependant ce n'était pas tout ^*é\ve parvfuii^ à \% ^\\% d'ai^dlenee vacillante; il fallait en descendre ^ et Yot^ç 4U®I^ Royale aura que c'est le plus difficile. Le ministre ^ngi^^fs. ^^m^f^ vainement; il fallut reço^rir à un pal^n, que^du f^H^^ \% ^r §14% fort obtigeaipmeQt à fffire mouvoir. ».

Je n'ai pai d6 interrompre ma narration sur |e ç^ç P^^rrç pq^{ «Be anecdo^ beaucoup moins importante à liiqqelle je r^yieps. \j^ jeane poète Aroue^ do^t le talent, déj^ très-:distins^é:)î\}%tiiîç h prédiction de mademoiselle de Lenclo^^ ne se mq^trf i^f^lt^f Hfememçf^t ps moips malin que spirituel. C'est un ^sprj( ti^rlimlçpt, (ropd^Hr^ jalotti, toi^ours prêt à frapper du fouet de Juyénfil 1^ ri4içuiç^i) t^é^ lu ! trop nombreux de notre époque ^ ^t p^r un pnpçjpe p^u çompwr tible avec cette critique active, Arouet souffre impatiemment les justes éloges qu'o^ accorde ^ ce qui est biep p\i b^n,*. Il y « de l'envie dans ce caractère. On avfiit déjà attribué > ce poète une satire sur les dernières apnées du r^ne dç Loi;is mV^ e( une épi? |iamme contre le T^ept3|,qHi l'avait fait es^er. Af . le 4hc 4'Qflé«ns,

134 CHRONIQUEft DE L*ŒIL-DE-BŒUF.

sachant qu'Arouet se proposait de présenter aux oomédieiM vue trag^ëdie d*CEdipe, dont on disait beaucoup de bien, ferma les jeux sur le retour de Tauteurà Paris. Mais il recommença bientôt à rimer des malices : une ode contre la chambre chargée de juger les testants parut, on y reconnut la verve du petit satirique. Quelque temps après, le régent, par mesure d'économie, ayant diminué de moitié le nombre des die vaux du roi , on prétendit que le petit Arouet avmit dit «r qu'il eût été plus convenable de supprimer la moitié des ânes » dont Sa Majesté était entourée. » Cette méchanceté éuit plaiftante, Philippe voulait la pardonner au malin rimeur ; Dubois représenta qu'impuni , il ne tarderait pas de recommencer et d'aller beaucoup plus loin. Arouet fut envoyé à la Bastille le 19 mars; il est à craindre que ce moyen ne soit comparable à l'essai de prendre des mou* ches avec du vinaigre.

Un de ces charlatans connus sous le nom de bohémiens, qui exploitent la crédulité publique pour gagner de l'argent, dit, il y a quelques mois, à la duchesse de Berri qu'elle ne passerait pas vingtcinq ans ; l'avis n'était pas flatteur, mais le devin était payé d'avance, et la princesse avait exigé qu'il fût sincère. Depuis cette prédiction, madame de Berry eut des avis de conscience, des accès de repentir qui lui firent songer à la pénitence. Mais n'ayant pu obtenir de son caractère, encore moins de son tempérament, une continence absolue , elle partagea le plus également qu'elle put son temps entre la dévotion et le plaisir, et choisit au couvent des filles du Calvaire un appartement oii elle se retire périodiquement, surtout aux .approches des grandes fêtes. Là , tirant sur sa vie mondaine un épais rideau, elle vit comme une simple religieuse, couche sur un dur matelas, porte une clftmise de crin, et fait jouer la discipline sur sa blanche peau. La période pénitente est-elle terminée. Son Altesse Royale retourne au Luxembourg, rouvre les bras aux voluptés, et double le iervice intérieur de ses gardes. Si l'âme peut être sauvée ainsi, la route du salut n'est pas trop difficile.

Depuis environ un an , on parle beaucoup en Europe du diamant le plus gros qu'on ait encore vu : il pèse plus de six cents grains et n'offre pas de défauts. Voici l'histoire de cette pierre extraordinaire. Un ouvrier libre des mines du Mogol ayant trouvé cet énorme

Banl, se l'inuDiu dans le fondement avec une rare habileté, puis il K fit à la cuisse une large incision d'où le sang jaillit par torrent. La çnTitë apparente de cette blessure fit qu'on sortit l'ouvrier de la ■ine sans avoir pris les précautions ordinaires , qui sont de purger les travailleurs , et de leur donner un lavement , afin de leur faire rendre les diamants qu'ils pourraient avoir avalés. Le mineur, étant resté seul après le pansement de sa cuisse, retira le diamant du lieu oà il l'avait caché , et le plaça dans une cachette plus sûre. Bientôt cet homme, feignant de ne pouvoir plus travailler, se fit payer ce qui lui était dû, pour ne pas déceler sa richesse, et passa en Europe* Arrivé en Angleterre, le possesseur du diamant le vendit à M. Pitt ', beau-frère du secrétaire d'Etat Slanhope. Un agent chargé de revendre en France ce diamant en demandait quatre millions ; le régent en fit offrir deux il y a deux mois. Le courtier ayant pris les ordres de M. Pitt, et nul autre acheteur ne se présentant, M. le duc d'Or« léans a pu terminer la semaine dernière ce marché, que tous les joailliers trouvent avantageux. La vente a été faite à terme; on payera l'intérêt des deux millions au denier vingt, et l'on donnera en nantiisement an vendeur des pierreries de la couronne pour une valeur équivalente à celle de l'acquisition. Il est stipulé dans le traité que Louis XY, à sa majorité , pourra rompre le marché s'il le peut , ce qui parait peu probable. Le diamant acheté de M. Pitt, et qui portait son nom, a rc^ celui du régent.

L'affaire des princes légitimés est enfin terminée. M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse avaient préparé, au mois de juin, ane nouvelle protestation contre les requêtes qui les concernent; mais M. Ib duc et M. le prince de Conti, s'étant rendus au parlement le 2 1 , obCinrent de cette compagnie que la protestation ne serait point reçue. Enfin le conseil de régence, après plusieurs séances consacrées exclusivement k la question dont il s'agit , rendit dans les premiers jours de juillet un édit portant révocation de celui de 1714, qui accordait aux princes légitimés les mêmes droits qu'aux princes du sang. Le parlement a enregistré sans discussion le nouvel édit. MM. du Maine et de Toulouse ont montré beaucoup de grandeur d'âme quand il leur a été notifié ; mais la duchesse du Maine a , dit^

1 C'était roocla da célèbre Gbaooelier de récbiquiar qui dirigea loDgtemps la politique de l* Aagleierro.

\%é CnnORIQUES OE |.*(£IL-DE-BŒUF.

^1 é^T^yi 4^ longues vapfursj dont le cardinal de PoUgnac a ea. be«HCOup 4^ peine èi la guérir. Quant à la pauvre demoiselle Delau* naj, avocat ei\ junçs qui avait «i bien et si longuement fait plaider sa plume ei^ faveur des légitimés, on est venu Tenlever un de ces ma- ^ns à Sceai^i( pour ]| conduire à la Bastille^ sacs que sa maîtresse^ ^éj^ guérie ^e ses vapçurs^ ai| daigné dirç un ^ot en sa faveur. M^deipoisellç Pelauqa^, qi^e l'on dit être la plus obligeante personne 4u incffidç^ a dé||t rç^d^ des services mieux reconnus au chçvalier de Mesnil ^ prison^er fort aimable qu'elle a rencontré au château Saint-^ntoinç; ^o\it Iç m^pde n'es^ pas ingrat,

L| bai^pie de Law^ se^ actions et ses billets font toujours fy^reur ^ cet établissenpent ^ pris ce^te année une grande extension. Un arrèl du cçnseil, en ^f^tç. du 10 avril, porte que les billets de banque ser^t reçus ^an^ toutes {es caisses royales. Ce u'est pas ^çut : des lettres pa^utef» motivéfs sur l'accroissement d'activité que le nouvea^ sys^n^e a dpnné an^ compagnies déjê^ formées pour rexploitatioA de nos çolpnies, créent une nouvelle association sous le titre de compa-s gnie d'Occident ou 4^ Afississ^pi , à laquelle le roi abandonne toulc^ les termes dç 1« Louisiane. Le fonds ^cial est iîxé à cent millions, répartis çn deu^ cçnt ipille actions, dont la valeur peut être fournie ei^ billets^ A chacune de c^ actions est attribué u\k dividende de quatre pour cent, indépendamment des répartitions qui pourront résulter des bénéfices du commerce. M. Law est nommé principal directeur de cçt|e nouvelle compagnie.

Tfin4isque uo^re commerce reprenait quelque faveur par le crédi^ le prince r^geiit a sçnti qu'il nç fallait laisser entraver ses relatioi^s^ ni p«^r les 4i%putçs religieuses , qui rompent la bonne inlelligencf parini le$ homipes, ni par des i^ppréhensions inspirées aux spécii^ar teurs, sqr leur propre ^^re^é. £n conséquence , une déclaration du roi, en datç du 7 octobre , défend d'écrire ou de parler en public pour pu contre la bulle Unigenitus ; et uue amnistie générale accordée à tous fournisseurs , receveurs des finances ou traitants, a paru dans le niên^e temps. L'édit qui consacre l'amnistie porte suppression de la chambre de justice. Cette mesure a reçu la plus bruyante sanction de la part des habitants de Paris , parce que les riches financiers , toujours en crainte de se voir enlever leurs richesses, les resserraient et faisaient peu de dépense. En général , le peuplç n'aime point les

dif|Mwitioiis répreaaives ^ ®( €^*f ftt |K)ur c^li^ ^u'U qç im^oque i^èrf ^'occasion 46 faire un mauvais parti à M. 4*ArgeQson} le plus att^U^ des hommes | réprinçr tous les vices ^ excepté les sieiif et çenx 4t ses ^piis.

Il y a quelques jours, les da^es de la place Maubert^ ftyai^t vi^ cç kiÇi^trat ^^scei^^re 4e voiture près dç VégUse Saint- Nicolas- dun Qiardoqnet, mirent ses laquais en fuite par une ^itraillç souteano de poirés, de marrons, de pommes crues et cuites; puis, s'emparant da lieutenant de police, elles le portèrent sous une gouttière qui verttitles restes d*une pluie. d'^n^^« (•«, Mf* d'Argensou, maintenu sous ia cascade par cinquante mains y^p^ureuses, reçut, pendant huit ou dix minutes, une douche complète sur sa tête aussi dépourvue de A^Wil qn^ }»• genau d'(i« eafisnt. Pendant ce temps , la percuqii^ aaii«da magistral voH^eail a^i-dessus de la foule, renvoyée d'une Mtière à une marchande de ppisson, et de celle-ci à sa voisin^ ré-> ciiUère. Eiiin après avoir été gratifié de Vassorliment le plus riche dVpith^les i^yuriensesi 1^. li^nlen^nt 4« police obtint gr^ce dç Vétrim- Ciment , pai^r (eqnel 4^^^ om tvi^s t^im ^ évenl^re «voient opiné. Il amn dans l'élise tout grelottant, l^ut dégautiaat, mais le sourire Mr les lèvrai, et pria le suisse de Saint-Nicolas dHiller lui chercher des habita peur réparer Peffet de ce ^u*il appelât une. plai^nterie de Cfsdao^çs. Si M. 4*Argenson ^| sévèrç^ \\ fewt çQpveniç ^W'i\ * 4*Wl* leuii )e cur^çtère hif n fait»

Un ineideiit fia«BOÎe» Irèa-i^ieve marque la fin de eetle année : les Etats de Bretagne ont reftiaé le don jfraUèitj en alléguant qu'ils ce pouvaient l'accorder sans connaître l'état de leurs ftnançe^^. Qn 4t( tout bas qu'All»çro;pii^ V>H)Ouri oççnpé 4e su^c^er- iiH ?ége.n( 4es ^91- ^rm et df ^ çntr^ves, ^ soudoyé des age^^ dai^ l^Hue des proyinees 1m pluf f^a^wintes du loyeiime. S'il en est ainsi, eel italien a réiisai pMKéliie au delà de ses espéranoes i les états de Bretagne ont été cassés , et cet acte d'autorité produit dans la province une grande fermentation. On craint une révolte, que le parlement de Rennes luimême fait redouter,

Au milieu des vices propres à notre époque , il en est 4enx ^ui i^offrent sovts un aspect i\ouveau, et dont je dois eprcgistrer h vogue; ce sont le bel aix et le bon ton. Le hel air ç^s^ste à mouUer la plu% apttbdque indifférence pçur ses afl[aiççf ^ à «e ç^q^er d^ lei^ deVtfi ,

f 28 CHRONIQUES DE L*ŒIL-DE-BŒUF.

k se mésallier en épousant U fille d'un riche financier pour ûiire croire qu'on les payera , et à s'acquitter finalement en faisant distribuer des volées de coups de bâton à ses créanciers. Le bon ton est de nier la vertu des femmes, même celle de sa mère ; attendu qu'il n'j a pas absolue nécessité d*être le fils de son père, puisque, grâce à nos lois, on est toujours sûr d'hériter des titres et des biens. On voit que le dix-huitième siècle commence à marcher sur un bon pied.

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