‹ Chroniques de la mer (volume 2)Chapitre 31 sur 45 · PIRATES DE CILICIE · texte numérisé non relu

PIRATES DE CILICIE

Les vapeurs du matin venaient de s'enlr*ouvrir ; le soleil illuminait les pointes arides de Pharmacuse et dessinait les rivages ombreux de Chypre. Les oiseaux marins, que la prévision de la tempête rapproche des eaux, s'élevaient joyeusement dans l'azur du ciel pour annoncer un beau jour. De tous les enfoncements de la grande île sortaient des barques qui couvraient les flots, aussi nombreuses que les nids des alcyons vers le solstice d'hiver. Mais, plus loin du rivage, et vers la haute mer, un seul navire venant de Crète, cinglait alors vers Salamine.

C'était un vaisseau bithynien, construit pour le plai* sir de la navigation, non pour la guerre. A sa proue sans éperons étincelait un soleil d'or, dont les rayons semblaient sortir des flots, làndis ijpfuhe lune d'argent ornait sa poupe couleur de saphir. Le roi Nicomède, en le plaçant sous la double protection d'Apollon et de Diane, lui avait donné le nom grec de Didyme (deux.) 11 conduisait à Chypre un Romain, son hôte, que les guerres civiles avaient forcé de fuir ritalie.

Le jeune praticien se trouvait alors à la poupe du Didyme^ assis sur une chaise d'ivoire. L'expression de son visage , naturellement fier, était aimable au premieî iaibord ; mais, en le regardant avec plus d'attention, on y découvrait un fonds d'orgueil et d'inflexibilité qui lui donnait quelque chose de redoutable. Bien qu*â sortit & peiné de la première jeunesse, il iMà déjà chauve, infirmité que tout l'art du tondeur n'avait pu cacher. Cependant il s'était évidemment appliqué t la déguiser. Ses cheveux, frisés et enduits de einnamotie, avaient été soigneusement ramenés sur la partie dépouillée, et la roideur du cou prouvait l'ha^ bilirelle attention du jeune praticien à respecter cet ar-* rangement trompeur. Toute sa personne^ du reste^

^E$ PmATE$ DB GILIGIE. }

apnoQcail un des élégants oisifs que le peuple raUleur de Rome désignait sous le nom général de Trossules[iY Ses jambes et ses ))ras, épilés au moyen du dropaXi étaient, de plus, polis à la pierre ponce \ cbacun de sea doigts portait un anneau , et ses brodequins d'écarlate avaient pour agrafe un croissant d'or comme ceux des sénateurs. Aucune ceinture ne serrait sa longue tunique, et, parmi les plis savamment préparés de sa toge violette, on reconnaissait le fameux Sinus dont les aeuls babilués du Portique d'Octavius connaissaient la forme et le mouvement. Il tenait à la main un stylet 4'argent dont il frappait avec distraction le bras de son siège, tandis qu'un secrétaire , agenouillé à ses pieds» Usait à haute voix les poëmes d'Ennius.

Derrière lui^ se tenaient quelques amis qui gar« daient le silence, moins par admiiatiop pour Iq vieux poëte que par condescendance pour le jeun^ patricien; plus loin, quelques esclaves àltendaient

(t) Le$ chevaliers, ayant prb Tros^ala, yille d'EtrarU, sans le secours de rinfanterie, furent appelés Trossules. Plus tard^ lorrsqu'ils cessèrenl de servir dans l'armée, on le leur coDserra. mais comme raillerie et par antiplirase. (Yoj. Pline et Cice-^ ron.)

SCS ordres dans une attitude humble et attentive. Tout à coup, le jeune homme souleva la main et Qt claquer son doigt contre son pouce j le lecteur s'arrêla à Vinstant, roula le manuscrit qu'il fit entrer dans un de ces étuis nommés (ovules ; et, passant à son poignet la courroie de cuir rouge, alla rejoindre ses autres compagnons. Les amis du proscrit se rapprochèrent.

— Nous avons pour nous les dieux, lit observer ce dernier d'un ton riant. Comme le disait tout à Theuro Ennuis : a Les Néréides poussent d'une main blanche notre carène, et tous les vents heureux se jouent à travers nos voiles, a Voyez quel calme dans le ciel et sur les flots?

— Mais ces flols et ce ciel ne sont pas ceux de ritalie! objecta un jeune homme qui, pour se préserver de la fraîcheur du matin, s'était enveloppé dans un de ces manteaux d'étoffe épaisse , qu'on avait coutume de ne prendre qu'au sortir du bain.

— Voyez la merveille ! reprit le patricien ; le soleil de janvier glace Fiorus en Asie, et la lune de février le réchauffait à Rome, près de la porte de sa belle fiancée !

Et comme Fiorus voulait répondre:

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