‹ Chroniques de la mer (volume 2)Chapitre 34 sur 45 · LES PIRATES DE GILIGIB · texte numérisé non relu

LES PIRATES DE GILIGIB

—Songe, reprit la Romaine à de mi-voix, que César est I*allié de Cinna et de Marins.

— Sont-ce des Ciliciens ou des amis de Carthage? - — C'est le plus noble sang de Rome !

— Offrons en donc une libation à Mithra ! s*écria le CaHhaginois en relevant le javelot.

Mais Plancia se jeta devant lui les bras ouverts.

— Arrête I dit- elle ; si tu peux fermer l'oreille aux conseils de la Romaine, tu ne répousseras pas au moins la prière de la femme. Songe que pour me faire céder à ton amour, tu m'as promis d'accomplir tous mes souhaits. Aujourd'hui je te demande la vie d'un de mes proches ; tu ne peux me la refuser ; le sang que tu veux répandre est le même que mien !

Son accent avait à la fois tant d'autorité et de séduction qu'Isidore parut troublé.

— Plancia ignore, dit-il avec embarras, que ces hommes sont condamnés^ que j'ai promis leur mort à ceux qui nous écoutent...

Un murmure de matelots confirma ses paroles. .

—Leur mort ! répéta Sextilius, sincèrement étonné ; vous voulez les tuer I des patriciens qui peuvent payer une forte rançon ?

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Celte réflexion, échappée à Pavariee du préteur plutét qu'inspirée par sa sollicitude , produisit cbez les QUciend un changement subit. Leur avidité l'emportait encore sur leur inimitié; Tespoir d'une riche rançon par les Romains remplaça le désir de leur supplice, et, loin de continuer & les menacer. Us commencèrent à les etaminer de ce regard joyeu et ami dont on couve un trésor. Les plus prompts calculaient déjà, à demi-voix, ce que Ton pourrait en obtenir, et tous répétaient que ce serait folie d'abandonner aux flots de telles richesses. Plancia, qui, de son côté, avait entraîné Isidore à Técart, employait, pour le flédiîr, toute son influence. Quelque puissante que fût la haine dans le cœur du Carihaginois, la voix de la jeune épouse l'était encore davantage ; il laissa tomber son javelot.

— Que le prisonnier se rachète donc, puisque c'est la v<riontéde Plancia, dit*U subjugué.

^ Très-bien , reprit Sextilius \ le généreux Isidore se rappellera que j'ai été le premier à lui oens^Uer cette fructueuse clémence ; il ne reste plus qu'à fixer la rançon et Tépoque du paiement.

~ La rançon sera de vingt talents, relique te pirale, tcfiit près de quitter le pont avec la Ro-

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maine ; et je les attends avant les calendes de mars. Le préteur parut effrayé de Ténormité de la demande ; mais César, qui avait repris toute sa tranquillité et 8*oecupait sérieusement à reforma les plis de sa toge , releva la tête ;

—Isidore pense-t-il avoir en sa puissance un confiseur du Yelabre ou quelque marchand du quartier des Carènes, dit-il dédaigneusement; César promet pour lui et ses amis cinquante talents , et il les payera avant les ides de février.

Les pirates applaudirent avec de grands cris de joie. Ils admiraient également le courage du jeune Bomain^ sa magnificence , et jusqu'à c^te liberté hautaine ! car pour qui n'a pas la noblesse du cœur , le mépris res* semble au bruit du fouet qui fût au chien deviner son maître. Il fut convenu sur4eK^hamp qu'Agrippa et Lélius partiraient pour la Grèce ^ suivis de quelques esclaves , a&n de réunir les cinquante talents , tandis que César resterait en otage avec Fiorus.

Les deux messagers furent immédiatement rëembârqués sur le Didj/mc» hàn adteux se firent avec beau* coup d*embrassements«t de larmes.

<*- Allez ^ dit César à ses amis , et que TËurus vous

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conduise sans dangers jusqu^aux pprls de Tloni ; surtout profitez-y de votre Iil)erté; toi, Lélius, pour prendre des bains et essayer les parfums d'Asie^ toi. Agrippa, pour retrouver le goût du gartm des associés (i) que tu te plaignais, avec attendrissement, d avoir oublié. Quant è moi, soyez sans inquiétude , il me reste a Qnir'la lecture du vieil Ennius.

Le navire bithynien mit à la voile , et la galère dlsidore se dirigea, avec toute sa flotte, vers Coracésium.

Cependant Julius avait été rejoint par le père de Plancia , toujours suivi de ses deux licteurs , qui donnaient à sa captivité une sorte de ms^esté plaisante dont les Qliciens s'amusaient. Sextilius appartenait à cette noblesse dégénérée dont la bassesse avait lassé la corruption de Sylla, et préparait, de loin^ les monstruosités de Néron et de Tibère. Préposé au gouvernement de Cilicie, il y avait tout mis à l'encan juaqu'éu moment où les plaintes de la province s'étaient fait

(1) Garum sociorum^ fameuse sauce dont parlent presque tous les auteurs de ranliquîté. G^était une saumure de maque* reaus. On en trouve la recette dans les Géoponiques ; elle était fort chère et fabriquée par une compagnie de négociants asso* ciés pour la péclie du poisson qui la fournissait.

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