LES PIRATES DE GILICIB
Après s'être amusé un instant des lamentations de l'avare préteur» César le quitta pour donner à Agrippa quelques instructions ; puis il s'occupa des prisonniers ciliciens*
Jetés près de la sentine, ils se tenaient serrés Tun contre Fautre, pâles^ silencieux et hagards comme des bêtes fauves que les chiens tiennent assiégés dans leurs tanières. Autour d'eux s'agitaient les vainqueurs les javelots à la main, et n'attendant qu'un signal pour venger les longues tristesses de leur captivité.
Julius promena sur le groupe des prisonniers un
œil qui cherchait Isidore, et qui ne s'arrêta qu'en le renconirant»
Le Carthaginois se tenait aux derniers rangs, dans l'attitude d'Ajax foudroyé. 11 avait le corps droit, la tête haute et le visage menaçant. Le regard du Romain fit d'abord élinceler le sien, puis un sourire amer entr'ouvrit ses lèvres.
— Gloire au descendant de Qiiirinus f dit-il à haute voix ; la trahison en a fait un autre Scipion I
— Il faudrait pour cela que tu fusses un autre Annibal, fit observer César, et tu n'es pas même uil Cacuê. J'ai seulement voulu tejj^ouver que les chevaliers ro-
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mains ne parlaient point légèrement. Bier je t*ai promis une place au bout de Tantenne du Lotus; je viens aujourd'hui pour tenir ma promesse.
— Tu agiras sagement, vaillant Thésée, répliqua le pirate, car j'ai en toi la preuve que laisser vivre un ennemi, c'est épargner un aspic.
— Aussi montrerai-je plus de prudence, dit Julius; mais auparavant, je dois te payer une dernière dette, afin de ne rester en rien ton débiteur. Tu as été mou hâte, Isidore \ je veux être le tien. Lève-toi donc, car Agrippa fait préparer le triclinitm (1) ; les convives sont prévenus et la place consulaire te sera réservée.
A ces mots, il fit un signe, et les liens qui garottalent le pirate furent dénoués. Isidore secoua ses membres engourdis, et jeta autour de lui un coup d'œil rapide^ comme s'il eût cherché un moyen de fuite; mais il rencontra le sourire du Romain ; une légère rougeur monta à sa joue, et l'orgueil fit taire le désir du salut.
César marcha devant lui jusqu'à la grande chambre du Lotus.
(0 La troisième place da lit daîmUieo*
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Bien que Ton eût dépassé l'heure du quatrième repas, et que celle du premier ne fût point encore venue, Agrippa avait donné tous les ordres nécessaires pour un grand festin. Le triclinium de la liburne égyptienne, orné par les soins de Lélius, était tendu d'étoffes attaliques, et meublé de lits d'ivoire, au chevet desquels on voyait sculpté Tâne de Silène couvert de pampres et de raisins. Les housses étaient d'un riche tissu babylonien, représentant les travaux des différentes saisons, et au-dessus de la table ronde à un seul pied, flottait uu voile de pourpre retenu par des cordes de soie et d'or. Un peu plus loin so dressaient plusieurs abagm garnis de vases précieux.
Avant d'entrer, chaque convive fut déchaussé par un esclave qui lui lava les pieds et les mains. Isidore revêtu d'une robe blanche pour le banquet, fat conduit par César au lit du milieu, où il prit la troisième place, et l'on fit apporter les couronnes. Agrippa dut s'excuser de ne pouvoir les offrir ni en myrthesni en amarantes d'Egypte, mais seulement en raclures de corne, imitant les violettes de tusculum. Le Carthaginois allait poser la sienne sur son front lorsqu'il s'arrêta : ses
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yeux fixés «ur le repotitorium (1) venaient de renc<Mitrer» au miliea des fleurs, un squelette d'argent dont le geste grimaçant et le rire terrible seniblaiettt s'adresser a lui.
César, qui avait vu sob bésitatk», le rassura d'un signe de tôte.
^ Getle image n'est point ici pour toi^ mais pour tous les eonvives, Isidorei dit-il gaiement ) c'est la (Mvinité domestiqu& des sages; car elle avertit de jouir comme te depsydre avertit de se hâter.
Et élevaint la cotçe vers le squelette i
^ Reçois dono 608 renderdements^ 6 prudente eonseillèare, ajoutait-il, et accepte ta part de cette libation faite aux dieux pénates.
En parlant ain ji^ il laissa tomber sur le repositoritm quelque goiittes de Chio^ vida la coupe, puis ôrdomra d'apporter des dés qui devaient décider de la royauté dû lèstin^
IsidcHre leâ fit rouler le premier v mais le hasard
(i) Plateau sur lequel les plats étaieat posés. On (*eDleYàU à chaque serviee pour tut iûbstitufer un autre p!ateaHi chargé de nouveatit mets. C'était là ce qu'oa âppeîail pr%iM m^nta, k* enA^a lîii^iiEi, tcrtia iMma.