‹ Chroniques de la mer (volume 2)Chapitre 37 sur 45 · LES PIRATES DE CILIGIS. SS · texte numérisé non relu

LES PIRATES DE CILIGIS. SS

semblait la poursuivre \ il amena te eoup du chim ; les autres convives amenèrent tour à tour eeux du char^ S Hercule ou du vmtom. César seul obtint le coup de Vénus.

— Éricine ne pouvait Mre moins pour son pelit-* fils! dit le père de Plancia d'un ton de flatterie*

— Résigne-toi alors à m'aocept^ aujourd'hui pour maître, répliqua gaiement le jeulie praticien^ et, comme première preuve de soumission^ Sexiiliûs, vide ta coupe autant de fois que, pour un $Ups prêté, tu t'es fait rendre dix sesterces»

— Dieux immortels! exiges-tu donc qu'il meure? fi'écria plaisamment Lélius.

— Hélas ! dit Sextiliua en soupirant, la jeunesse ' est sans pitié pour les malheureux qui la secourent de

leurs biens.

— Èntends-tu ceci ? «'écria Florus ; le loup se plaint de la cruauté de la brebis qu'il dévore !

— Le préteur a raison, répondit César ; ses pareils sont nos bienfaiteurs. Mon premier hommage est pour les grands dieux ^ mais le second apparUeat aux [(X^nérateun (usuriers).

*— Julius peut rird de la misère des autres, Qt ob-*

server le père de Plancia ; lui dont la fortune est telle, qu'au dire du peuple, il n'a jamais pu la calculer.

— Le peuple se trompe, Sextilius, répliqua le jeune homme *, j'ai foit ce calcul, et je puis te le communiquer^ à quelques stips près. Je ne possède au juste « que quatre cent quinze talents...

— Quatre cent quinze talents !... répéta le préteur.

— ...De dettes ! acheva César.

Sextilius le r^arda avec une stupéfaction épouvantée.

— Mais je suis encore jeune, continua Julius, et j'espère bien doubler la somme-, ma réussite est à ce prix.

— Parles-tu sérieusement? demanda Sextilius.

— Ne sais-tu donc pas, reprit César, que, pour arriver aux hautes dignités, il faut agrandir le cercle de ses clients, trouver des soutiens dans la noblesse et dans le peuple ? Quoi de meilleur pour cela que les dettes ? l'argent que j'emprunte aux sénateurs me gagne l'amitié des plébéiens, et je m'assure un double suffrage, car ceux-ci me poussent par reconnsiissance pour mes dons, ceux-là par crainte pour leurs créances. Tu vois que je fais l'usure comme toi, digne Sextilius, mais avec plus

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de hardiesse et de grandeur. La tienne ne peut te rendre maître que de quelques fies (1) au champ de Mars, ou de quelques domaines en Campanie ^ tandis que la mienne peut m'acquérir des royaumes.

— A la bonne heure, dit le \ieillard ; mais César a-t-il oublié que c'est à Rome qu'on les distribue? S'il veut profiter de la bome volonté du peuple et des sénateurs, que ne fait-il sa paix avec Sylla, et que no cherche-t-il à acquérir près de lui la seconde place?

Le jeune Romain ne répondit rien -, mais s'adressent au Carthaginois qui avait jusqu'alors tout écouté en silence :

«— Isidore se rappelle sans doute le vieux pirate égyptien qu*il me montra l'autre jour, près du mole do Coracésium ? dit-il.

— Je me le rappelle, répondit le prisonnier.

—Son navire n'était qu'une grande barque d'osier, enduite de limon et de poix, reprit César ; des nattes de papyrius lui servaient de voiles, et son équipage ne comptait que quelques matelots.

(1) Groupes de maisons.

-* Oui» dit le Carthaginois^ mai$ il leur commandait en roi.

— Tu l'as dit, Isidore) s'écria vivement Julius ; et, seulement à cause de cela, j'aimerais mieux être le vieux pirate égyptien , maître absolu sur son navire, que le jeune consul soumis à l'autorité de Sylla.

Tous les convives se, regardèrent avec étonnement; Isidore seul parut comprendre.

— Ah! tu sens donc aussi que rester le second, c'est faire Tofiice d'une ombre, s écria-t-il ; l'ombre né marche pas elle-même \ elle flotte derrière ou devant, toujours forcée de suivre. Eh bien ! comme toi, César, j'ai vpulu n'avoir de maître que ma volonté ! Ta race commandait à la terre -, je me suis réfugié sur les flots.

— Et tu espérais y fonder une nouvelle Carthage ? demanda Julius en faisant remplir la coupe du pirate.

Celui-ci la vida d'un seul trait ; puis échauffé par la liqueur de Lesbos, il s'écria :

— Elle est fondée, César!

— Quoi ! ce nid de fugitifs et de bandits, objecta le Romain avec mépris-, prends-tu donc une ligue de rapiao pour une. république ?

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