‹ Chroniques de la mer (volume 2)Chapitre 38 sur 45 · LES PIRATES DE GIUGIE · texte numérisé non relu

LES PIRATES DE GIUGIE

— Et toi, as tu oublié d'oà Rome est sortie? reprit vivement le pirate. Ne vois-tu pas qu'en ouvrant un champ d'asile contre votre tyrannie, nous appelons à nous tous les audacieux et tous les désespérés? Saisto quelles sont déjà nos forces, Julius ? Nous avons des ports fortifiés et des arsenaux en Gilicie, en Grèce, en Syrie, en Egypte, en Sicile ! Nos vaisseaux sont au nombre de huit cents, montés par vingt mille combat* taats. Le Tâurus est plein de nos citadelles, où nous pouvons abriter, en cas de revers, nos familles et nos trésors. Mais que pourrions-nous craindre? Deux cents villes nous ont déjà ouvert leurs portes, et les richesses de vos temples ont servi à dorer les poupes de nos galères ! Retenue dans ses guerres civiles comme une lionne dans les toiles du chasseur^ Rome n*a point pris garde à ce qui se passait sur mer, et la mer lui a créé une rivale.

— Buvons -donc à la nouvelle reine des eaux ! dit César, qui força encore le pirate à vider sa patère, et apprends-nous quand ses Qls doivent remonter le Tibre pour assiéger le Capitole.

— Non pas seulement le Capitole, mais touteff Italie, reprit Isidore, de plus en plus animé par le vin ; car

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bientôt, grâce à nos galères, Aome attendra en vain les blés de Fannone^ et le penple-roi, enfermé dans la faim, n'aura, comme Midas, que de l'or pour ses festins.

Julius fit un mouv^nent

-*- Ah ! c'est là votre projet ? dit-il plus sérieuse*ment; et tu crois que nos armes ne pourront briser ce cercle de famine ?

— » Si elles n'étaient point occupées ailleurs. César ! Mais tandis que nous attaquerons Rome par mer, le roi de Pont l'attaquera en Asie. Relevé de ses dé&ites, il a rassemblé de nouvelles armées ; ses ambassadeurs vont de royaume en royaume, semant la haine du nom romain ; nous les avons vus, il y a quelques jours, à Coracésium, et j'allais porter moi-même à Mithridate la réponse des Ciliciens.

Julius garda le silence : les menaçantes révélations du Carthaginois l'avaieht évidemment ému ; il resta immobile et pensif, tandis que les esclaves, pour réveiller la gaietés répandaient sur les convives une rosée d'eau de verveine.

Enorgueilli de l'effet qu'il venait de produire, Isidore reprit Taveu de ses projets et de ses espérances. Mi-

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