VILHEM BARENTZ
La constitution politique a la même influence sur Vèlre collectif que le tempérament sur l'individu. Si son mouvement est actif , toutes les facultés redoublent d'intensité , toutes les énergies viriles se développent, toutes les ardeurs tendent à se surpasser : qu'il s'arrête ou se corrompe, au contraire, et la vie générale lan» guit, le sang du peuple, appauvri par le manque d'air et d'exercice, n'est plus qu'une lymphe impuissante à produire les grands élans ^ la nation .affaissée semble B'accoutumer à sa torpeur, et, se croyant arrivée parce
132 caiosiçcKt bk la Hmm.
fÉ'ele ft*csl asabe, cBe hisse icâr kataKmt ta qif die pceod pour le repos.
Aossi les gnuMks épofiiies des ÉUtssoll^cIles tiMjoors edes do noareflKnt et des plus rades éprannes. Une fois eotndné dans ractioo, QQ ne eonple plus afec les dUBeoltés; oo enpioie à les Tsiiiae le temps et nsldfiteaee qa*OD enplofsit à les mesurer ; on s*étome des ressources ignorées ipd naissent m confad debtolonié; remerciée de la force amène la oonfianee en soiHDéme, et l'on semUe nndtipli<v ses bcoltés ai nraltipBant ses efbrts.
Tdle ftet la grande ère de rexpolsion Ces Maores, où rEspagne, à pdoe sortie dTane latte bmigoe, ajoutait à ses possessions tout un monde, el s'accordait à eUemteie la soaTmdneté de l'océan ; telle fut sortoot Fépoqoe de l'émanâpation des Provinoes-Dnies , alws que Guillaume d'Orange , devenu rebelle malgré lui, conquérait la liberté de la Hollande pour éduqpper aux bourreaux de Philippe II.
Jamais peut-être aucune nation ne fit preuve de plus d'audace, de fermeté et de prudence. Au moment même où les Stats assemblés à la Haye déclaraient le roi d'Espagne déchu de toute souveraineté sur Ie$
VILHBU BARBNTZ. 133
Pays-Bas (1581), les marchands d'Amsterdam, de Rotterdam et de la Zélande s'occupaient de lui enlever le monopole du commerce transatlantique, comme ils lui avaient déjà enlevé celui du commerce européen. Trois auxiliaires puissants les encourageaient surtout à une pareille entreprise : rexpérience de leurs pilotes^ l'activité de leurs commis^ et le dévoûment de leurs équipages.
La navigation interlope à laquelle ils s'étaient jusqu^alors livrés presque exclusivement leur avait créé une marine a part dont rien ne peut aiyourd'hui donner idée.
Embarqués de père en fils sur les navires des mêmes marchands, les matelots hollandais se transmettaient ces habitudes de zèle si fréquentes chez les serviteurs des vieilles familles. Participant à la pros* périté ou à la ruine du maître, ils en faisaient leur premier intérêt, leur orgueil. C'étaient moins des gens à gages que d*humbles associés, jaloux par-dessus toute chose de Thonneur de la maison.
Si quelques imaginations plus hardies échappaient à cette organisation patriarcale pour grossir les bandes aventureuses connues aous le nom de gueux de mer^
iS4 CHlMIQOBt »B iA tBR. -
ce n*4tAieiit là que des exceptions. Le carsetère géfiétsl de la miritte hollandaise, à cette époque , était me aoanissioii tempérée par réBaIttè qui pTorstiait moins de la diseipline que du bon sens. On ne eonnalssait point encore la puissance absolue que les chefs durent s*am>ger plus tard : un acte d'engagement r^ait tes devoirs de tous; hors des (erttes du contrat eiiaetttt reprenait son libre arbitre. Il en résultait un eontriHe tMlinuel et inévitaMe qui m permettait guère l%utofttd qu'au jplus di^ne. & fui h cette difflcite éaaiÉ que •« ibrinètetil les Beemskerk) les Houtmail^ M Hatelief, les Van der Hagen et les Barentz.
Ce dernier ëurtout semble avtrfr été la plus hatite eipressfOQ du marin hollaadais au seisiëme siècle. Mé A Bcfaelling , il s*était embarqué fort jeune sur les navires de Balthasar Moucheron, un de ces merveilleut commerçants dont le génie devait changer le vieit équilibre de l'Europe. Ses premières navigations forent malheureuses* ficbappé à deux naufrages aooaeMifs^ il monta un troisième vaisseau qui prit féu et dont il se sauva presque seul. « La mer ne voulait point de moi, dit-il plus tard ; mais fêtais bien décidé A me foire accepter, s Sa persévérance flall, en effet, par le
iriLICV BABIKTI. 135
plaeer m premier rang des pilotée de son temps.
]] parewriit pendant trente années les mers alors 1M« qoeatAes pat la marine bollandaise, et y reeneiHit an grand nombre d'observations qui ftirent nllUsées par le eosmographe Plancins. Deux voyages tentés en tS&k en 15d5 pour doubler la pointe septentrionale de l'Europe le conduisirent jusqu'au 11^ degré» oà II trouva la mer fermée par les i^aoes. Enfin> revenu do oes laborieuses expéditions, il se déeida à un repoa dont il commençait à sentir le besoin.
De nouveaux intérêts el de nouvdles espérances prèoeeupaient d'ailleurs le vieux pilote. )eanne> sa fille itaique, fiancée à Gérard de Yeer avant le second voyage au paie Mord» allait devenir la femme du Jeune marin* Barents avait d'avance associé leurs fortunes, en con-* fiant ses épargnes et oeUes de Gérard au commis Coêa dom un yacht d'Enkhttisen venait de lui apprendre la prochain retour. Tout rengageait donc à la retraite. Arrivé à cette heure de déolin où les ardeurs de la virUilé sont asaea amorties pour que roQ puisse sorti? sans regret de la mêlée, et les torpeurs de ta vieillesse aasea kàn pour que Ton sacbe jouir du repos» U n'as-^ pMi plus qu'à profiter de ces dentiei4 MloQa qui
136 GHâONIQim DB LA KKB.
égayent si daaoement notre automne. Tout entier è respoir d'an mariage que rien ne pouvait plus retarder, U 8'oocupait de tout préparer pour le jour attendu.
Au moment même où commence notre récit, il exa* minait, du dehors, quelques travaux achevés la veille à la maison qu'il habitait sur la rive orientale de l'Amstel.
Cette maison, à un seul étage, était bâtie en briques rouges eucadrées de blanc, et présentait à la rue un pignon sans fenêtres, tandis que sa façade regardait un des mille canaux bordés de tilleuls qui entrecoupent la cité hollandaise. Les murs qui venaient d'être repeints, resplendissaient au soleil de mai ; des caisses garnies de cresson du Pérou, de pois de senteur et de fèves d'Espagne à fleurs écarlates, ornaient les croisées du rez-de-chaussée, tandis que des stores d'herbe madécase achetés aux marchands de Lisbonne garantis* saient celles de l'étage supérieur.
L'un d'eux, à demi relevé, laissait apercevoir une petite cage de filigrane argenté et décoré de rasades^ dans laquelle voltigeaient trois de ces oiseaux couleur de safran importés depuis peu des Canaries par les navigateurs portugais. La voix fraîche d'une jeune
VILUEM BARENTZ. 137
fille se mêlait à leurs gazouillements, et répétait un des psaumes hébreux récemment traduits et rendus populaires par les docteurs de la réforme. 11 y avait un tel contraste entre les paroles de cette hymne sombre et Taccent serein de la chanteuse, que Barentz, qui venait de donner les derniers ordres aux ouvriers, releva la tête et resta un instant les regards fixés sur la croisée entr'ouverte.
L'extérieur du maître pilote annonçait environ cinquante ans; mais lès fatigues de la navigation avaient visiblement éprouvé cette constitution plus nerveuse que robuste. Le corps était maigre et voûté» les membres osseux , la chevelure grisonnante ; les traits seuls conservaient une expression d'énergie tem« pérée par je ne sais quoi de lent et de rêveur habituel au marin. 11 semble^ en effet, que celui-ci puise dans sa lutte contre l'infini une sorte de résignation nonchalante. L'irrésistible puissance de l'obstacle à vaincre l'accoutume forcément à la patience. Longtemps captif de la mer dans son cachot flottant, il apprend, comme tous les prisonniers, à supporter les souffrances sans se plaindre età attendre l'occasion ^ans la brusquer.
Ces qualités stoïques prédominaient che^ Barents;
138 CHR091QCE8 BB LA IIER.
pfaB que ches un «rtrt : il ne lea devait pas notes & l'exercice qu'à la nature» qin lui avait iii^pifé une horreur InstincUve pour toul mouvement et peur toute plainte inutiles. Sa part d^magination^ comme élt le proverbe hollandais, M avait iU éorméeenbon 9ms; mais ee bon sens n*avait rien d'étnrit : loin d'être une citadelle destinée à l'aifermer, il en avait ttM une hauteur d*où il pouvait voir plus clairement et plus tmn.
Puis, Éon amour pour Jeanne eût sufS pour tenir son CMir diaud et ouvert ; car il raimait avee la tendresse passionnée que Ton éprouve pour l'enfant un^e laissé par une unie» trop vite interrcHupue. Les veuvages préeoces communiquât généralement à l'affeeiieA des pères je ne sais quoi de plus caressant et de plus épanoui : il semble que la fille hérite d'une part de Va« mour voué a la morte^ et que tes dernières ardeurs de TépouBL se mêlent aux premières émotions de la pate^ mté> Quelle que soit l'austérité du caractère et des devoirs, la fille est encore pour nous une femme.
. Barenla; l'éprouvait d'autant mieux que les joies de la tendresse domestique lui étaient toutes nouvelles. Qoelqims mois d'un mariage brusquement rompu par la m&sï Yy avaient à p^toe initié. .Sous l'influence do
TliffK» BAB8Vr9« 139
Jeanne, Il rtprenalt ees sensations ptatdt devinées qm connues ; il se remeitaH k èpeler, avee des ekei^ui gris, ee poëtne de jeunesse qu'il avait seal^oaent en« trevu.
Tout cela se fhîsalt presque t son hisn ; car le vîeux marin n'avait point l'habitude de surveiller son âme comme ces mers ignorées où l'on n'avanee que la sondo â la main. Sûr d'elle, il se laissait aller â son courant. L'étude inquiète de nous même n*est qne Hnstinct de notre corruption; les cœurs simples ne s'interrogent point, parce au*ils n*ônt jamais eu lieu de se soupçonner.
Attiré, pour ainsi dire» par la voix de la jeune fille, B^renlz allait franchir le seuil pour la rejoindre, lorsqu'un jeune marin qui venait de paraître au détour du canal l'arrêta d'un geste amical et joyeux. Le pilote reconnut Gérard de Veer.
— Aniveriei'Vous déjà pour dîner, maître commis? demanda-t-n en souriant ; c'est à peine si Jeanne est revenue du prêche, et le boche-pot ne doit pas avoir encore jeté son troisième bouillon.
— Aussi rfest-ce point là ce qui m'tmène, î^wjit
140 CBEOHIQVES W LA MER.
de Veer : faocourais pour vous annoncer çfiù Cornélits avait aooq>té vos conditions.
•* Il me vend son jardin du Pampus? s'écria le pilote.
•^ Moyennant trois cent qoaranteducats que tous lui payerez à l'arrivée de Laurent Coën.
--EtUasigné?
^- L'acte est déposé cbes Isaac.
Barents Iftclia la poignée de la porte qu'il allait
ouvrir.
«— Par le ciel! Je veux l'aller prendre sur-le-champ, dit-il.--Yenez, Gérard ; nous le présenterons à Jeanne après le dioer, en guise de miel d'Asie (1).
— Isaao célèbre aujourd'hui la pâque avec ses frères, Ot observer le commis, et nous tenterions en vûn de lui parler.
Le pilote reconnut qu'il fallait remettre la conclusion de Falliûre à un autre jour, et, tirant la petite chaîne de fer qui permettait d'ouvrir la porte du dehors, il monta l'escalier, suivi de Gérard.
L'aspect de la pièce dans laquelle ils entrèrent pou*
(1) Nom donné «a «acre,
VILHBM BARENTZ. Ul
yalt faire douter au premier coup d'œil, de sa véritable destination. Sur un poêle de terre placé au fond était posé un de ces vases popularisés plus tard, en France, sous le nom de huguenottes^ et dont s'exhalaient les suc* culentes effluves du gérofle. Une table de peuplier, blanchie à la pierre ponce et garnie de trois couverts, se dressait vers le milieu de la pièce qui cumulait ainsi les apparences de la cuisine et de la salle à manger. Le reste de Tameublement prouvait évidemment qu'elle servait aussi de parloir ; il se composait de tabourets en bois sculpté, recouverts de cuir de Maëstricht, d'un dressoir destiné aux conserves épicées et aux vins d'Espagne dont on régalait les visiteurs, d'une petite glace de Venise, et de la fontaine à laver, en bois des lies, chef d'œuvre d'un maître tonnelier d'Amsterdam.
Le plancher était recouvert d'un sable jaune et (in>
sur lequel avaient été tracés , le matin, quelques ornements symétriques déjà presque effacés.
Des cartes géographiques représentant la Nouvelle- Zemble et le Spitzberg décoraient la muraille ; c'était l'ouvrage de Gérard de Veer. Enfin un modèle de ga«- Ilote, construite par Barenlz lui-même, se balançait é
U^ CHBÛNIQUES DE LA U^U.
te maîtresse poutre du plafoad» agUé d'uo too^^ge perpétuel.
La jeone fille était assise, eomme nous l'avons déjà dit, près de la fenêtre, et oomplétail, en quelque sorte» Paspect de cet intérieur.,
A en juger d'après une certaine fermeté de lignes et le développement des formes, la fiUe du pilote pouvait avoir vingt ans ; mais Texpression de son visage étmt restée presque enfantine. Elle avait cette vitalité lumineuse que Rembrandt sut traduire plus tard avec tant de prestige. L'œil ne pouvait distinguer la ligne qui s^[karait son front rosé de ses cheveux blonds, relevés sur le devant et frisés au fer vers les tempes. Elle portait des coiffes à ventouses plissées selon la mode espagnole, une jupe de soie légère, un justaucorps de velours carmélite, et des pantoufles de drap de Courtray avec leurs crochets d'argent. A sa ceinture pendait un trousseau de clefs ^ et une paire de gants sans revers qui exhalaient le parfum de la canelie»
Cette élégance hors de proportion avec raspeot dir }ot^ 4e Barents eût paru ehoquanto» si 1& nMmir dw mouvements de la jeune âtle et oertaias asios ^ oo^^
flLÉËli BAftBMTZ. 143
wr\«itloii n^etmsent faiieomprendte qu'une teOe |«Ytitê 1» lui <Mit point ordinaire.
L'exclamation du paote^ enêté à rentrëe, conllnim cette supposition.
«^ Par le sang dn Christ I d'où me vient cette do^ tbesieT e'écria-t-il en regardant Jeanne avec nn ortnei! Joyeux ', et depuis quand trouve*t-on tlxtt les Barentz tant de velours et de soie ?
141 jeune &U# Si cotonnu souriaott»
•^ Depuis quand? répéia-Mle en promenant aeo doux regard da pilote au jeune commis $ depuis que Dieu y a mis deux tentateurs qui, au lieu d'exeroer une pauvre fllle à la privation, préviennent et dépassent tous ses désirs.
— Les privations, dit Barentz avec bonté, sont la ptrrt des bomnies et non pas la vôtre : on dépensé sa vie, on éconoûilse sur ses plaisirs, et le tout réuni fait une épargne pour les femmes et pour les entenls. Mais est-ce bien là le velours que Géfard a apporté t
— Et le taffetas de Florence que voue aves aebeté à Daniel fiitierg.
-^Une riebe étofife » dit te pilote, dont les yeui ee
promenaimtavee ccmiplaisanee tat le teillanteeetume}
lU CHBONIQUBS DE LA MER»
une étoffe de reine ! Et cependant l'Espagnol en use eomme nous usons ici des toiles de Frise ou des bures d'Otrecbt. Le dernier matelot des galions est aussi noblement véltt que vous en ce moment, Jeanne, et les seuls pavillons de leurs armada suffiraient à parer toutes les jeunes filles d'Amsterdam. Les Provinces- Unies ont fort à faire avant d'arriver à cette royale opulence.
— Elles y arriveront, dit Gérard ; vous-même répètes souvent, maître Yilhem, que dans les affaires du monde le temps sert de voile et la patience de gouvernail.
— Cest la vérité, dit fiarentz; nous l'avons éprouvé par nous-mêmes ; car après bien des courants contraires, nous voilà tombés dans les vents alises, et notra navire doit désormais arriver tout seul au port. Jeanne n'a plus qu*à s'occuper de soigner l'équipage et de conserver la cargaison»
~ lïe craignez rien, père, répliqua la jeune fille qui avait quitté son aiguille pour découvrir la àuguenotte dont s'exbalait une vapeur succulente^ les leçons de dame Marguerite n'ont point été perdues, et quoiqu'il
VILHEX BARENTZ. 145
arrive, vous trouverez toujours la maison sablée, la bière brassée et le hoche-pot cuit à point*
— Alors tout ira bien, dit de Veer gaîment, et tandis que Jeanne veillera au dedans, maître Vilhem s'occu pera du jardin de Pampus.
— Quand Comelitz nous l'aura vendu , fit observer la jeune fille.
— C'est fait I interrompit Barentz.
Et il communiqua à Jeanne la nouvelle apportée par Gérard*
Jeanne poussa des cris de joie et se mit à battre des mainsv
L'achat de ce terrain était, en effet, avec son mariage, la grande affiaire du pilote depuis près d'un mois. Comme tous ceux qui ont vécu sur l'eau salée, Barentz se promettait un bonheur d'enlhnt à posséder un peu de cette terre, loin de laquelle il était devenu vieux, à la iëconder de ses mains, à regarder de près toutes ces merveilles de la création qu'il ne connaissait que par ouï-dire. Sorti de raclion, il n'avait plus qu'à se laisser vivre aux rayons de ce jeune bonheur qui allait s'épanouir près de lui. Après avoir commencé comme le nautonmer d'Horace, battu par toutes les tempêtes
146 GURONIQOfiS BB LA VER.
de iDcéan, il allait unir conime ie lalieureur de Yifgile, en s'endormant au brait des soUtees ^ au tettrdonneiheitt daè abeilles .
11 expliqua è la jeune Alla tous les itobelUaaeilientB qu'il projetait dans Tancien Janilii de GornelitiB* Il y attrait d'abord pour elle un parterre garni de tulities -, de fleurs de vent , à! hyacinthes des Indes et de pnvots âOrient; un vergi^ planté de pominieH de Frànoe, et un |M>t6ger A U h^ritondaifia ai^ la ta^iMia de houblon.
Enfin le canal qui traversait le jardin devait étr6 boIrdÊ
de sauta at d» Ulaa pauif àbi^itair lea l^ut^aai
Jeanne, appuyée sur l'épaule de Gérard^ MMitait les pians de son père avac Uâô aiwle Ha JM daoahalante. Bmbafi|aee paur ainU dire »uf Mi espfdutei^ (rile sa laissait aanduira ]^» lui I tmv^ri Ma datt^ Images aa l'a^ratiiti ^ èaawàit McOfitdi^ non m^ bonteur, unt^^ent oafMt^ dé ië ëaiMWbl tMte>^ mani et tout baâ»
cda duia jusqu'au mmm m la éidMë do iMpte
Voisin annonça la rapàa du éath
Jeanne thvife albrs feotl pê^ el te édttttite à s'dpproiBlier de te tëbte sut laquelle le hotke-pot *ê IrottVà bientôt ms\ ^rès d'tth étiortoa fMMïidge de Broëk. La
VlLABt kAUfentlK. tfr
]eune fUté y plàca égatettlënt ûh^ petite botitellie de biâre joppe de Itenlztek, destinée è oUVHf l'appét», quelques layons de tnie! de la fiirenthlô, et des beignets àe froment.
Enfin parurent, en l'honneur de la fête des lois , un flacon de vin d'Espagne et une tartes au gingembre avec le drageoir d'argent, dans lequel se trouvaient les billets destinés à désigner l'élu du festin. Gérard tira, le premier, la légende surmontée d'une couronne qui conférait cette royauté éphémère, et Jeanne, qu'il choisit pour reine , allait chanter , selon l'usage , la complainte populaire des Trois Mages arrivant de Bethléem^ lorsqu'elle fut interrompue par le messager du port qui venait chercher les deux marins de la part du docteur Plancius.
— Veut-il nous parler aujourd'hui même ? demanda Gérard, visiblement contrarié.
— Aujourd'hui et sur l'heure , répondit le messager.
— S'agit-il donc de quelque affaire importante ?
— Je ne sais, mais le docteur va partir pour Enkhuisen, et n'attend que de vous avoir vu pour se mettre en route.
146 CHRONIQOBS DE LA MBR.
— Partons alors, înterrompil Barentz ; personne n'a le droit de faire attendre le docteur Plancîus.
Le jeune homme partageait sans doute cette opinion, car il prit sur-le-champ, avec Barentz, la direction du Gras impérial.
Ce Pierre Plancius, que personne n* avait le droit de
faire attendre ^ devait le rôle important qu'il jouait alors dans les Provinces-Unies, à son double caractère de cosmographe et de ministre du saint Évangile.
Echappé avec peine aux soldats du duc de Parme, après la prise de Bruxelles en 1&85, il s'était réfugié à Amsterdam, où il se signala par les services que ses connaissances géographiques rendirent au commercCi et par la fougue de ses prédications contre les remon* trants et les papistes. Triplement excité par la foi religieuse, la curiosité scientifique et l'amour de la
patrie, il s'associa à tous les efforts tentés par la marine hollandaise qu'il éclaira de ses instructions. De là Tautorité acquise sur le conseil de ville et sur les Etats généraux eux-mêmes. Aux yeux des indifférents, c'était un savant hors ligne ; aux yeux des patriotes, un citoyen dévoué^ aux yeux des saints j un nouveau Salomon..
Barentz et son compagnon le trouvèrent dans la salle basse qui lui servait de cabinet d'étude.
L'activité infatigable du théologien cosmographe y avait entassé une telle prc fusion d'objets disparates et sans ordre , que les deux visiteurs eurent besoin de se rappeler leur récente navigation à travers les glaces du pôle, pour trouver un chemin à travers les cartes géographiques» les thèses religieuses^ les oiseaux empaillés et les instruments de calcul nautique doni le plancher était parsemé. Assis devant une grande (aUe que surmontait une boussole vénitienne et un crucifix, le docteur tenait à la main une de ces lunettes sans branches dont la gravure et la poésie venaient de eéléhrer la merveilleuse découverte. Plancius n'a* vait point cinquante ans, mais Pétude avait déjà argenté, sur ses tempes, quelQues mèches de ses cheveux
blonds. Cétdit, du resta le type Hollandais exagéré. Lourd» bouffi el massif, il avait une face de lion lymphatique, soudée sur un corps d'hippopotame I Cependant l'œil , d'un Ueu clair , brillait sous ses paupières alourdies ; les narines, légèrement relevées, respiraient Taudaee, et les lèvres minces et droites avaient une ^preasion de fermeté tenace.
Au momeet où le pilota et te commis entrèrent, ti aehevim de donner sesi instructions à un visiteur en* ooTf î^m^ 9 dont la c^pe de serge goudronnée et la ceinture armée de deux couteaux annonçaient un de ces avent^r|er& alors célèbres sous la nom de gueuof (|^ p»er* Au premier coup d'œili Barents reconnut 4dr|en Birker . Le pasteur lui indiquait plusieurs points sur une carte d'Espagne, en lui nommant les couvent^ qui s'y trouvaient établis.
^ Cest là qu'il faut aller , mi Aâriane, répéta-t-ll d'we voix dont t'a^iq&fttion avait quelque chose d'apoplectiques. Salomon l'a dit : 1 11 y a un temps de cher* a Qb^r çst un tempsi dci laisser perdre. » Chercher; Qlvker, cbercbex . et vous trouvère? ! Je veux que voire capr^ (i) nous revienne, après trois mois de
(1) Petit navire dont se servaient les çorsairea.
troque, chargée d'autant de rëales de huit qu*un vaisseau portugais peut rapporter de noix de muscades.
«- Dieu nous sauve! le Grappewr (1) doit d<mc troquer une bien riche marchandise? demanda Barents qui voulait avertir Plancius de sa présence.
— La marchandise la plus vile et la plus prédeuse, la plus commune et la plus recherchée, la plus inutile et la plus indispensable, répondit le pasteur, qui, «comme tous les savants de son époque, affectionnait les antithèses énigmatiques mises à la mode par Erasme.
Barentz ni Gérard ne parurent comprendre...
— Une marchandise à sac et à corde , continua Plancius, à gourde et à bâton, à chapelets et à capuces.
— Des moines! interrompit de Veer.
— C'est toi qui as nommé le dragon ! s'écrigi le docteur, à qui les citations de l'Ecriture sainte revenaient sans cesse et à tous propos. Oui, mon fils, maitre Adrien va jeter ses filets dans l'océan de paresse, de luxure et de gourmandise où nagent ces reg[uiem
(1) Ea langage corsaire, on disait i « Chercher 16 cap de grappe, » pour faire la course.
VILBBH BAEENTZ. 1&3
deridolàtrie papale (et plûl au Christ qtfU put atteindre en même temps les infâmes disciples de Luther et d'Armiuius). Je lui ai donné tous les éclaircissements nécessaires, et il accomplira la prédiction d'Ézéchiel : a Vos autels seront désolés et les tabernacles de vos a idoles seront brisés (1). »
— Cest-a-dire qu'il va mettre à rançon les couvents de la cAte d'Espagne ?
— Aussi longtemps que Perreur y sera révérée. UEcclésiaste a dit : « N'aie pas honte de battre les maua vais serviteurs jusqu'au sang. »
— Et je n'oublierai pas le conseil , fit observer Birker , d'autant que le fouet à neuf cordes est le meilleur marteau à monnayer pour celui qui sait s'en
servir.
— Surtout ne manque pas de leur prêcher êim la crotiT (2), mon flls, reprit le docteur-, apprends-leur
(1) Lei haînei rclisieuse» cl nationales excitèrent les Hollandûs à ces étranges expéditions contre les contents d'Espagne , qu'ils piUèrcnt à plusieurs reprises, cl dont Us enlcTaient les nonnes et les moines ponr les mettre à rançon.
(2) Expression par laquelle Ic^ réformés du temps mdiqttaienl leurs prédications.
154 GHBO1I1Q1IB0 DB LA IIBR.
la sainteté in mariage eu leur rappelant les pareles de rBcriture : « Malheur à rhomme qui est seul ! »
— Je leur dirai, répliqua Técumeur de mer sérieusement.
— Et sMls résistent, reprit le théologien en cherchant parmi les papiers dont sa table était couverte, tu leurs feras lire cet exemplaire de mon traité : Se Stercoreis monacomm moribus.
^ Ils le liront, noble nancius.
— Va donc, vaillant Machabée, continua le cosmographe avec un geste paterne ; je prim^ai le Christ qu'il te défende des pièges du démon...
— Bt de \^armaâa espagnole, illustre docteur* •* Amen I
Le gueux de mer salua et sortit. Plancius tourna vers Barents sa large figure épanouie :
^ Vous le voyéi, maître Vilhem, dit-il â*uii ton son* tenu, et comme un homme qui veut résister à Tor* gueil, moi aussi je fais la guerre à Timpure Babylonç.
Pi^ûlôt i§ pourrai répétçy aveg le p?opljète Nahum ; 0 UËternel a abaissé la fierté des epn^oais de Jaeob }
<i cem m ^VA IQ 4^41 lei^ ont piUéSi «t U$ ont gl(é
a leurs sarments. »
VILHBH BAEBMTI 155
Le pilota aefioiia la tête,
— Les ennemis de Jacob ont deux sotiroes qui peu* V«nt r^pam toui Imri â^eitreib diHt ; lii source de Tor et celle dea épions,
-^ Eh bie^ ! pt^r )e Cbriat 1 peuay puiieronsoomme eux ! s'écria Plancius en frappant wv laeuiase ) le teatamwl 4- Adam n'a paa laiaaé auK seuls papistes le pesvrsi» la mua^de et la fleur de gér(Ae; Leurs Haute? i^uisaaoees m\ déoidé que les navires hollandais ten* traient à leur tour la route des Indes.
— Pu êtes- vous sûr? demanda Gérard*
-^ Sâr» réj[K)ndit le paateur \ Texpéditiou doit être conQée à Ck)rneille HontmaU) qui, pendant sa captivité $ Lis]K)nne, a recueilli toutes les instructions nécessaires. Le conseil de vUle m'a fait appeler pour avoir
mon avis.
^ Et VQUS ave^ en^uragé la teutattve? dit le pi*
«-. A condition qti'il y en aurait une autre, aelon le
conseil d'E^écbiel : a Fils de l'homme, propose-toi deux « cbemipsi et <;(ue l§8 deux chemins sortent d'un même a pays, i Les papistes n*ont encore trouvé pour arri* ver au Cathai que la plus longue route \ reste toujours
156 CHROlfIQUBS DB LA MER.
à savoir si nous n'avons pas, près de nous, une porte de derrière.
^ Le passage par le nord ? continua Barentz. Le docteur n'ignore pas que nous sommes restés deux fois sur le fer (1) devant cet arcbipel de glaçons qu'tiabitent les ours du p6Ie.
— C'est ce qu'ils m'ont tous objecté, rejHrit Plancius ; mais je leur ai répondu par les paroles du prophète Aggée : a Appliquez vos cœurs à considérer vos a voies, i La route par le sud n'a-t-elle point été aussi plusieurs fois vainement cherchée? Beaucoup ne niaient-ils point le passage, malgré les rapports de Cornélius et de Pline, qui déclaraient , l'un que César, fils d'Auguste, avait trouvé sur les bords de la mer Rouge des débris de vaisseaux espagnols; Vautre , qu'un certain Eudore, fuyant Latbyrus, roi d'Alexandrie, s'était embarqué en Arabie pour gagner Gadès ^ ou Cadix ? Le succès de Yalesco a prouvé encore une fois que^ pour ce qui n'intéresse pas le salut, les anciens doivent être nos guides et nos maîtres.
— Et auraient-ils parlé du passage par le nord? demanda Gérard.
(1) G*est-à*dire à l'ancre.
VILHBU BAREKTZ. 157
— Non moins expressément* que de Tautre^ répon^ dit Plancius, dont l'œil bleu s'animait d'une conviction triomphante ; car le même Pline raconte, sur la foi du même Cornélius, qu'au temps où Métellus Géler était gouverneur des Gaules, le roi des Souabes lui fit présent d'Indiens qui avaient été amenés par la tempête près de l'embouchure du Weser. Or, ces Indiens, qui venaient du nord de la Tartarie, ne pouvaient être que des Sères, dont le pays avoisine le Cathai, et n'avaient pu arriver en Allemagne que par la route du nord.
— Sans compter, ajouta de Veer, que l'on peut in«
voquer les chroniques de Danemark, récemment en* voyées de Hambourg par les ministres de la parole de Dieu, Albert et Ansgarius.
— Crois bien que je ne les ai point oubliées, mon fils, dit Plancius, non plus que les autres raisons tirées de la cosmographie.
— Mais le conseil a«t-il été convaincu ? demanda Barentz avec curiosité.
— Le conseil vient de décider une troisième expédition pour le nord t
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