‹ Chroniques de la mer (volume 2)Chapitre 5 sur 45 · t'ÉGULLE PS WVHWBS · texte numérisé non relu

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marne. Acharné à soutenir un combat inégal^ il souffi it et attendit avec patience .

Cependant ses ressources s'épuisaient chaque jour : il avait vendu tout ce qu'il possédait; la misère de sa famille était au comble ; il fallut céder. Il vint à Tatelier Bordenson^ pâle de colère^ de honte et de faim^ demander du travail aux mêmes conditions que les autres. Le patron le reçut d'un air goguenard^ et consentit à le reprendre^ mais en lui apprenant que sa place de gardien du chantier avait été confiée à Barazer^ qui jouirait désormais de tous les avantages attachés à ces fonctions.

L'arrivée de Cosquer dans l'atelier fut un événement. Ceux de ses compagnons qui avaient accepté depuis longtemps le nouveau tarif et devant lesquels il s'était vante de ne jamais céder^ saisirent avec empressement rocca-* sion de l'humilier. Ce fut pendant quelque temps un dé* lugjB de grossières railleries, contre lesquelles le maçon dut employer la force de ses bras. Deux ou trois fois ses poings vigoureux firent rentrer les sarcasmes dans la gorge des plaisants; ces sarcasmes cessèrent alors; mais une sourde hostilité continua de gronder autour de lui. Ses compagnons ne lui pardonnaient pas d'avoir montré plus de courage qu'eux, et d'avoir résisté encore, lorsque tous s'étaient soumis depuis longtemps.

Au milieu de la désafiection générale, un seul homme s'était rapproché de Cosiiuer : c'était celui-là même qui avait pris sa place de gardien au chantier Bordenson. [ Barazer était un ouvrier médiocre et de réputation douteuse> sinon mauvaise. Sou apparence était chétive, et sa physionomie efiacée rappelait ces pièces de monnaie dont un long usage a presque entièrement usé l'effigie. Peutêtre avait-elle perdu aussi son empreinte sous le frottement des vices ; peut-être aussi étaiirce un de ces êtres où

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la nature a oublié de frapper un coin; espèce de fansse monnaie de chair et de sang que Ton rencontre parfois en circulation dans la vie ; peut-être enfin une profonde hypocrisie avait-elle présidé à Thébétement fiactice collé sur ce visage comme un masque qui a pris racine. Quoi qu'il en soit^ Barazer était de tout le chantier PoiïVrier que Ton remarquait le moins et auquel on songeait le plus rar^ ment. On ne connaissait de lui que sa résignation passive et son obéissance obséquieuse, qualités serviles auxquelles il avait dû le nouvel emploi qu'il occupait.

L'acceptation de cette place, qui avait appartenu à Gos* quer, l'avait rendu peu agréable à celui-ci, et ses avances turent d'abord assez mal reçues par le maçon ; mais Barazer ne se blessait ni ne se décourageait de rien ; l'injure glissait sur sa tète courbée, sans qu'il prit la peine de la ramasser. H eut d'ailleurs recours à un moyen infaillible pour gagner la confiance de Gosqaer : il lui paya à boire; aussi furent-ils bientôt amis.

Cependant la gène de Cosquer était toujours la même. Son salaire, moins considérable que naguère, ne lui avait point permis de renlplir les vides qu'avait laissés dans son pauvre ménage le mois passé sans travail. Vainement il se raidit contre cette fatalité des circonstances, par laquelle il se sentait entraîné vers un abîme; vainement il résista quelque temps à la pauvreté, qui s'était attachée à lui comme un ulcère ; il n'était point fait à ces combats qui ont leur champ de bataille days le cœur. L'habitude de la pensée et des luttes morales ne lui avait jamais enseigné cette triste escrime de la patience contre la douleur, dans laquelle celle-ci finit par succomber; il n'avait point appris enfin, spadassin philosophique, à rassembler en un seul point toutes les forces de sa volonté pour combattre la soufirance extérieure.

20 l'échelle de femmes.

C'était^ au contraire^ un de ces hommes qai ont sué leur âme^ et chez lesquels toute énergie^ toute sensibilité^ toute patience est yenue à fleur de peau, fortifiant le dehors aux dépens du dedans. Dès qu'il vit que l'ennemi qu'il combattait ne pouvait tomber sous son poing , il se laissa aller au découragement.

Alors la misère vint, cette misère loyale et crue qui compte les bouchées et calcule la faim ! Elle vint, et avec elle les mauvaises pensées... Cosquer entendit comme des voix perfides qui lui donnaient de coupables conseils. Il se sentit tenté, et il eut peur.

Il résista encore pourtant; mais cette lutte devait ellemême hâter sa perte. Il voulut étourdir dans la débauche son esprit bourrelé, et une fois ce moyen essayé, il n'en employa plus d'autres. Il abandonna sa maison, où le tableau d'une misère trop vive le blessait, pour le cabaret, où le vin noyait ses soucis. Son ménage lui devint intolérable; la vue seule de sa famille, dont les muettes tortures l'accusaient, le jetait dans une fureur rendue, plus aveugle encore par l'ivresse.

Ce fut vers ce temps que des cris de douleur et de colère commencèrent à retentir dans la maison habitée, au Pont de Terre^ par les Cosquer, et que le bruit courut dans le quartier que le maçon battait sa femme.

Pour surcroît d'infortune, Marguerite accoucha d'une nouvelle fille; celle-ci fut nommée Marie.

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