Porta Ticiuese
3. Un banjio du 8 mai avait ordonné d'orner les rues. Cf. Mura Ito, Da Paulin, etc.
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les fenestres, portes et ouvrouers, et autres passées et veues desdites maisons, estoyent plaines et empeschées de dames, toutes, ou presque, vestues et acoous* trées de draps d'or et veloux cramoisi, ou autres riches soyes ; au surplus, tant belles qu'on sauroit a souhect pencer, et le plus richement aournées de quoy se pouvoyent adviser.
Sur le point de troys heures après mydi, le Roy entra dedans sa ville de Millan, le xxmi"'® jour du moys de may. Pour parler de l'ordre de son entrée de degré en autre, diray ce que j'en ay peu voir. Premièrement, trois cens des armuriers de ladite ville, tous armez a blanc et tous emplumez, portans, les ungs demyes picques, les autres hacquebutes, les autres partizannes, rançons et grans espées a deux mains, marchèrent les premiers, a deux rangz; lesquelz avoyent troys capitaines a cheval, deux devant et ung derrière. A la queuhe d'iceulx estoyent grant nombre de Lombars, tous gorrierement montez et acoustrez. Puys suyvoit le prevost de l'ostel et tous ses archiers. En après, messire Berault Stuart, capitaine des escossoys de la garde, messire Jacques de Gressol et messire Gabriel de la Ghastre, capitaines des archiers de la garde fransoise, lesquelz menoyent les quatre cens archiers de la garde, tous a cheval et en armes. Au derrière d'eulx estoyent grant nombre de gentishommes a cheval, françoys et lombars. Puys marchoyent a pié quatre cens enfans de la ville, tous en pourpoint de velous, satin et tafletas pers, semez tous de fleurs de lys ; desquelz les aucuns portoyent deux a deux, quatre a quatre, sur leurs espaules, avecques perches propices a ce, grosses tours en faincte, villes
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et chârteauxy glayves et armeures de diverses sortes, pour demoDstrer a ses enseignes Feifect de la victoire du Roy et la despoille de ses ennemys vaincus. Âpres estoit ung grant curre triumphal a chevaulx, dedans lequel estoyent assizes en chaire les quatre vertus cardinalles; c'est assavoir : Justice et Prudence, au devant de celuy curre; et Fortitude et Temperence au derrière; et au miliieu, sur une haulte chaire, estoit assix le dieu Mars, dieu des batailles, tenant en la main destre ung dart agu, et en la senestre main tenoit une palme, en signe de victoire. Âpres marchèrent les médecins et docteurs de la ville; puys le capitaine des cent allemans de la garde, lesquelz armez de hallecretz, la picque au poing, et tous empennachez, cinq a cinq marchèrent par ordre. Âpres furent les trompettes, qui sonnèrent sans cesser. Le Roy fut après, lequel estoit soubz ung poisle que six des plus grans seigneurs de Millan portoyent ; et, tout au tour de luy, estoyent les xxim archiers escossoys du corps, tous a pié ; et luy, ainsi accompaigné, estoit monté sur ung coursier blanc, vestu d'une robe de drap d'or trect frizé d'or, le chief couvert d'une toque de velloux cramoisi, et dedans avoit une cornecte de taffetas rouge. Âpres luy, estoient les cardina[u]lx d'Âmboise, de Ferrare, de Sainct Severin, de la Trimolle, d'Âlby et de Final. Et après marchoit le duc de Bourbon, le duc de Longue ville, messire Charles d'Âmboise, le seigneur Jehan Jacques; messire Galeas de Sainct Severin, grant escuyer; messire Loys de Brayzé, grant senechal de Normendye, et messire Guyon d'Âmboise, capitaine des deux cens gentishommes de la maison du Roy, lesquelz gentishommes estoyent après leurs-
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dits capitaines, bien montez, leurs haches au poing, et tous vestus de robes de vellours. Âpres marchèrent grant flote de gentishommes lombars, et tant de peuple de la ville qu'on ne pouvoit passer par les Rues. Et ainsi s'en alla le Roy descendre au grant dôme, ou fist ses dévotes oraisons et offrit larges presens^ ; et, ce faict, s'en ala droict a son chasteau, ou artillerye tiroit si menu que Tung n'entendoit parler l'autre : la dedans trouva les mortes payes et gardes dudit chasteau en bel ordre, tous en armes et arrangez a double, depuis l'entrée du pont jusques a la porte de la salle de son logis, lesquelz estoient en nombre de cent hommes d'armes et deux cens archiers. La estoyent deux capitaines, l'ung nommé messire Gilles^ de Louvain, françoys, capitaine du chasteau, et l'autre Guillaume Greston, escossoys, capitaine de la rocquecte.
Pour descripre a plain toutes les choses qui la furent faictes, grant prolixité s'en ensuyvroit, et par avanture plustost enn[u]/y que fin. Mais toutes les rues estoyent plaines d'arcz triumphans et tabernacles de verdure. Et, entre autres, entre le domme et le chas-
1. Il n'en est pas fait mention dans le registre de ses offrandes. Disons de suite que, pendant son séjour à Milan, où il ne put attirer Léonard de Vinci, Louis XII entendit la messe le 6 juin à Sainte-Marie-des-Gràces; les 9, 10 et 11 au couvent des Anges; le 3 à S.-Ambrogio; les 1", 2, 4, 5, 7, 8 à S.-Agostino; le 31 mai au dôme; les 27 et 29 à la chapelle du château ; les 26 et 30 chez les Franciscains; le 25 à Notre-Dame-de-la-Consolation; le 28 à une Saata-Maria non spociliéc. — D'après Paul Jove, Ipuioiii oculaire (cité parTiraboschi, VII, 240), Louis XII était tellement épris de la Cène de Léonard de Vinci qu'il aurait désiré la transporter en France.