En Auvergne, et de C(»luinl)ines. V. ])lus hjin
Juin 1507] GOHHANT L£ ROY CATHOLIQUE FfiRRAND, STC. 333
tenus et sugectz au courronnement qu'il estoit délibéré et prest de s'en aller a Romme faire la couronner empereur, en les sommant et requérant, comme obligez et tenuz a ce, de le vouloir accompaigner et servir; et, pour délibérer de la manière de son voyage et tenir sur ce conseil, manda les princes et aucuns prelatz des AUemaignes et seigneurs des cantons et ligues des Suyces, sugectz audit couronnement : lesquelz, assemblez, furent prestz de ouyr le propos et entendre le vouloir dudit Roy des Romains, lequel dist en audience :
€ Seigneurs et amys, la cause pour quoy vous ay cy assemblez touche plusieurs choses concernant le proffict du bien public et l'onneur de nostre impérial Magesté. Vous savez, premièrement, commant, en toute la chrestienté, n'a que ung seul Empire temporel, que noz prédécesseurs, princes alemans, ont longuement obtenu et possidé, lequel Empire ne fut oncques vacant si longuement que de noz temps les voyez, combien que, par la voix des électeurs et vouloir du peuple, j'en aye par la grâce de Dieu obtenu la pluspart du tiltre, et ne reste seullement plus que de m'en aller a Romme la prendre par les mains du Saint Père le pape la couronne impérial, laquelle, a l'ayde de Dieu et par vostre bon secours, j'espère de brief aller prendre et recevoir. Et, après, assez a cler pouvez estre advertys comme le Roy de France, nostre ennemy, nous a par cy devant oultragé, et de fresche mémoire, combien que luy eussions mandé qu'il n'entreprinst surprendre sur les droictz de la seigneurie de nostre empire, toutesfoys par armes et a force s'est emparé de la forte cyté de Gennes, chambre d'Em-
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pire, et icelle soumise du tout a sou obéissance et reduyte a son domaine, pris la foy et serment de fidélité des seigneurs et du peuple de Gennes, mise entre ses mains toute la seigneurie d'icelle, cancellez et anullez ses status et privilleges, cassez les coings de la monnoye ou nostre ymage estoit inscultée et escripte, faict trancher testes a plusieurs, faict faire forteresses et chasteaulx, et, en somme, ladite cyté, au grant préjudice de nostre Empire, détenue et usurpée. Et ancores foys double qu'il ne vueille du tout occupper les Italles et nous contredire le couronnement impérial. Par quoy, a ceste cause, vous ay mandé, affin que cbascun de vous, comme estes tenus et obligez, me vousissiez donner sur ce conseil, confort et aide. »
Les princes et seigneurs de l'Empire, oyant le dire et propose du Roy des Rommains, dirent tous qu'ilz estoyent prestz et appareillez de toute leur puissance le servir a ses despens envers tous et contre tous, et que, si son argent estoit prest, que, lorsqu'il vouldroit, auroit cinquante mille Allemans^ ou plus, si besoing en avoit. Mais, entre autres, les seigneurs des Ligues luy remonstrerent comment le Roy de France et eulx estoyent confederez, et comment ilz avoyent eu souvant et esperoient ancores avoir grant nombre de ses deniers, au moyen des guerres qu'il avoit eues en Lombardye et ailleurs delà les mons; par quoy n'estoyent délibérez de eulx declairer ses ennemys ne de servir homme vivant contre luy, si ce n'estoit que
1. 8,000 chevaux et 22,000 hommes de pied, payés pour six mois, selon Guichardin. La diète de Constance se sépara le 20 août.
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au couroonement du Roy des Rommains voulust contredire ; mais, sur celle querelle, encontre tous autres, servyroint voluntiers ledit Roy des Rommains. c Or bien, dist il, soyez prestz au nombre de dix mille lorsque je vous manderay, pourveu que me veillez servir envers tous et contre tous. » Les seigneurs des Ligues et cantons, après se[s]dites choses, envoyèrent ambaxades devers le Roy pour luy dire et remonstrer comment ilz estoyent sugetz a TEmpire, mesmement a servir l'empereur au voyage de son couronnement, ce qu'il failloit que ilz fissent, comme sommez et requys de ce faire; mais, si de sa part en vouloit avoir quelque nombre, que voulun tiers luy en bailleroyent. Ausquelz fist le Roy responce que, s'ilz vouloyent servir contre luy le Roy des Rommains, de la en avant se passeroit d'eulx, en manière que jamais a sa poye ne seroyent ne n'auroyent gages de luy, disant : c J'ay en mes pays de France assez hommes pour me deffendre, o Tayde de Dieu, du pouvoir du Roy des Rommains et de tous ses alyez ! > Sur laquelle responce tindrent conseil les seigneurs des Ligues et cantons, ou alléguèrent, les aucuns, comment ilz estoyent tenuz de servir l'empereur, mesmement au couronnement; les autres disrent que ilz estoyent tenus ausi de servir le Roy de France, par plusieurs raisons : premièrement, car avoyent aliénée et confederacion avecques luy; secondement, avoyent aucuns d'eulx gages et pencions de luy ; tiercement, que cent hommes de leurs pays tenoit tousjours a gages et a la garde de son corps, qui estoit a eulx moult grant honneur et proffict; quartement, que en si bonne extime les avoit tousjours eu, et que, a toutes
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ses guerres, tant en France comme hors France, les avoit euz a sa soulde et a groux nombre, ce qui de moult avoit enricbiz et enb*etenus leurs pays ; c et, quant au regart du Roy des Rommains, oncques ne nous fist gaigner denier; et si, par avanture, a ce besoing nous souldoye deux ou troys moys, ce sera tout ce que de luy pourrons jamais avoir, et perdrons pencions et gages et souldes et la bienveillance du Roy de France. Pour ce, est le meilleur de dire au Roy des Rommains que voluntiers le servirons envers tous et contre tous, réservé contre le Roy de France. » Et ainsi envoyèrent devers ledit Roy des Rommains pour luy dire le vouloir dé seigneurs des ligues et cantons des Suyces, de quoy ne fut content; mais autre cbose n'en fut, si n'est que iceulx Suyces furent devers le Roy luy dire que, contre luy, ne serviroyent le Roy des Rommains, mais estoyent tous prestz de le servir, comme avoyent accoustumé.
Voyant, le Roy, comment le Roy des Rommains s'aprestoit pour passer, disant qu'il passeroit par la ducbé de Millan par force, et que moult grant nombre avoit de gens d'armes, comme se disoit ; car il estoit bruyt qu'il avoit dix mille chevaulx et quarente mille hommes de pié tous près a marcher, ce qui fist demeurer le Roy ancores long temps delà les mons, délibérant, si ledit Roy des Rommains veust passer par force, de luy donner la bataille et luy garder le passage, en manière que, premier qu'il le gaigne, coustera la vye de cent mille hommes armez. Et tant ne se fya au dire et secours des Suyces qu'il n'envoyast en France quérir dix mille hommes de pié, et y transmyst le capitaine Audet Desye, Guillaume de la Hite
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et aultres, et manda a ung nommé Georges de Dureffort, cadet de Duras, et autres capitaines en France, que a toute dilligence luy amenassent dix mille Gascons, qui, tantost après le mandement du Roy, furent près et mys a chemin.
xxxvn.
Gomme le Roy partit de Millan pour s'en aller EN AsT ET A Savonne, ou se devoit rendre le Roy d'Arragon.
Le X™* jour du moys de jung, le Roy partit de Millau^, ou de la s'en alla disner a Binasque, dix mille loings dudit lieu de Millan ; de la s'en alla droict a Lumel, a Valence, a Felissant et en Ast, ou se repousa vm jours* en actendant nouvelles du Roy d'Arragon, qui ancores n'estoit sur mer.
Le Roy, estant en Ast, voulant lousjours pourveoir a ses affaires, manda venir par devers luy tous ses capitaines de delà les mons, ausquelz dist : « Vous scavez que ja long temps a que je suys deçà les mons, et les exploictz d'armes que, a l'ayde de Dieu, nous avons faictz sur noz ennemys, lesquelz sont, comme savez, soumys a la raison et domptez en obéissance, et, en oultre, comme il a esté bruyt de la venue du Roy des Romains, ce que ja long temps m'a détenu de par deçà, me cuydant trouver au devant de luy ;
1. Il y était encore le H au matin; il alla le 11 coucher à Bereguardo. Arch. nat., KK 88, fol. 162.
2. H en repartit le septième jour au matin ; il n'y passa que six jours. Arch. nat., KK 88, toi. 16*2 v^
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mais est bon a savoir, veu sa longue demeure, qu'il n'est prest a passer. Or, a toutes fins, j'ay transmys quérir dix mille hommes de pié en France et x mille ou plus, qui sont de par deçà, avecques xnn cens hommes d'armes, mes deux cens gentishonmies et les deux cens archiers de messire Jacques de Gressol pour luy mectre en barbe, s'il en est besoing. Je m'en voys a Savonne, la ou le Roy d'Aragon se doit trouver, comme il m'a mandé, et la esté quelque temps, je suys délibéré de m'en aller jusques a Lyon. Et, affin que, si le Roy des Rommains marche, a sa venue me puisse trouver, et que on ne face doubte de mon retour, je laisse icy mon escuyrie, mon harnoys, mes gentishommes et archiers et tout mon sommage, espérant que, s'il marche, d'estre icy vi jours après que j'en auray sceu vrayes nouvelles. Et, au surplus, vous veulx a tous pryer et commander, en tant comme je puys et que vous craignez a m'ofiencer et desobeyr, que vous ayez a obeyr au commandement de messire Charles d'Âmboise, mon lieutenant gênerai, tout ainsi que a ma propre personne, et qu'il n'y ait faulte ; et, en ce faisant, cognoistrez au besoing que vostre service sera par moy guerdonné et voz biensfaictz recogneuz. » Ce propos ainsi fyny, tous les capitaines françoys luy promisrent, tous a une voix, de ainsi le faire.
Apres ce, le Roy sceut par ses coureurs que le Roy Ferrande d'Arragon estoit près a partir de Naples pour se rendre a Savonne, comme entre eulx avoit ja esté ordonné, et qu'il auroit avecques luy la Royne sa femme et grant nombre de dames et bien xmi cens gentishommes de ses gens ; sur quoy advisa que dedans
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Savonne avoit peu de logis pour recullir tout son train et celuy dudit Roy d'Ârragon ; par quoy, fist ung roUe de ses gentishommes et autres, a peu de nombre, lesquelz ordonna aller avecques luy, et lessa le surplus en TAstizanne et en la duché de Millan. Puys s'en partit d'Âst et se mist a chemin, tirant droit a Savonne, ou ariva le jour de la feste sainct Jehan Baptiste S et la trouva, au dehors de ladite ville, les seigneurs et citadins, les processions et le populaire pour le recueillir et honnourer ; lesquelz le convoyèrent en bel ordre tout le long d'une grande rue parrée jusques a la porte de son logis, qui estoit ung peu au dessoubz du chasteau, le domme entre deulx, et estoit sondit logis la maison de l'evesque de Savonne, moult belle et bien apropriée. La dedans s'en entra, ou trouva sa chambre toute dressée et les officiers de sa maison pour le servir, chascun en son office. Temps fut de prendre refreschissement, car lors la challeur estoit audit lieu tant extremme que les plus legierement vestus a poine la pouvoyent supporter, et, avecques ce, tant de petites mouches, picantes comme aguillons, y couroyent que chascun en portoit la merche, car la nuyt sortoyent des fentes et trouz des chambres des maisons, et ceulx qui la dormoyent nudz et descouvers en estoyent actainctz et piquez, en manière que plusieurs en avoyent corps et visaiges tous bosselez et rougeollez; mais, en ceste pestillence ennuyeuse, chascun passa le temps comme il peut, en chassant les mouches, lesquelles couroyent mesmement, et le plus, a ceulx qui estoyent logez près la marine. A quoy