Capaccio
Juin 1507] DE LA VENUE ... DU ROY D'ARRAGON, ETC. 347
Le Roy doncques, en la maoiere susdite, convoya le Roy d'Ârragon jusques au dedans du chasteau et, eulx descendus de cheval, le mena jusques en la salle, et puys conduyt la Royne jusques en sa chambre ; et, après quelque joyeulx propos tenus entre eulx, le Roy avecques ses gens s'en alla a son logis, et chascun des autres se retirèrent en caze.
£t n'est a oublyer que le Roy d'Arragon, voulant monstrer la grande seureté et singulière fience qu'il avoit du Roy, ne voulut menger d'autres viandes que celles qu'il luy avoit faict aprester, sans vouloir estre servy que par la main des officiers du Roy et en sa vaisselle, dont il y en eut d'or a grant quantité, et d argent a places couvertes. Ausi, pour sa personne et pour la Royne, ne voulut avoir autres lictz, ne dormir ailleurs que dedans les lictz de camp et le linge que le Roy avoit faict aprester pour eulx au chasteau.
Ce soir, les Roys soupperent chascun a son logys, l'ung et l'autre servis d'une sorte de vin, de pareilles viandes et par mesmes officiers, c'est assavoir par les officiers du Roy, qui misrent extrême dilligence et toute cure pour bien servir et honnorablement trecter le Roy d'Arragon, car ainsi le vouloit le Roy.
Apres soupper, les varletz de chambre du Roy furent dresser la chambre et parer le lict du Roy d'Arragon, lequel ne voult que aucuns des siens y touchassent; ains, premier que nul desdits officiers du Roy sortissent de la chambre, voulut estre couché. Et ce faict chascun se retira.
Au dedans du chasteau et tout autour de la chambre du Roy d'Arragon estoient les princes d'Espaigne qui la estoyent, comme Gonsalles Ferrande, duc de Terre-
348 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Juin 1507
nove, et sa femme^, le duc de Villeformose, le conte d*Àrande, le marquys de Suye et aucuns autres, pour lesquelz les princes et seigneurs de France avoyent la faict porter et dresser de leurs lictz de camp ce qu*il y en failloit, et ausi pour les dames de la Royne, tant que chascun fut illecques ausi bien couché, ou my^x par avanture, qu*il n'eust esté en sa propre case.
Le Roy, tantost après soupper, voulut reposer, comme celuy qui toute jour n'a voit eu passetemps que de presse et de bruyt, dont estoit tout ennuyé et fatigué, par quoy se mist au lict pour prendre repos.
Les seigneurs et autres gentishommes espaignolz, qui estoient logez par la ville, trouvèrent leurs chambres tandues et lictz de camp dressez que les Françoys leur avoyent la faict apprester, et le banquet partout, ou messire Jacques de Ghabbanes, seigneur de La Palixe, et plusieurs des capitaines françoys et autres gentishommes de la maison et des pencionnaires du Roy se trouvèrent pour accueillir, trecter et festyer les Espaignolz, combien que, peu de temps devant ce, eussent entre eulx eu mortelle guerre et a la defforlune des Françoys. Mais d'autre chose n'estoit lors nouvelles que de bien festyer lesdits Espaignolz; ausi estoit ce le plaisir du Roy et courtoisie des siens : de quoy lesdits Espaignolz, de ce rejoys et contantz, s'esmerveillerent, en recommandant de moult la mode liberalle de France.
Le cardinal Saincte Praxede, légat lors en Lombardie, estoit a Savonne; lequel délibéra le lendemain, jour de la feste sainct Pierre et sainct Pol, de chanter