D'AUCUNES COURSES ET PRISES, ETC
gnol, de Saioct Sebastien d'EspaigDe, du port de III œos tonneaulxy chargé de marchandise, passa près de la, a une lieue desdits navires du capitaine Ghap* peron et du seigneur d^Auton, et s'en alla ancrer a ung lieu nommé Ghief de Boys, près La Rochelle, pour illecques faire change de marchandise : lequel, après avoir mys ancre a fons, pour ce qu'il estoit nouvellement arrivé, le seigneur d'Âuton voulant savoir qu'il estoit, se mist après avecques sa barche. Et luy, approché jusques a pouvoir parler ensemble, demanda a ceulx qui la dedans estoyent d'où estoit celuy navire : lesquelx dirent qu'il estoit d'Espaigne. c Et bien ! dist le seigneur d'Auton, tout ung, tout ung, noz maistres sont bons amys, dont nous devons l'ung l'autre secourir. > Puys dist au maistre du navire espaignol : € Seignor, je vous veulx bien advertir que ung myen compaignon, nommé Ghapperon, et moy, sommes nouvellement mys sur mer pour servir le Roy nostre maistre et aucuns de ses alyez. Mais noz navires sont ung peu mal garnyes d'artillerye ; par quoy nous est mestier en recouvrer : pour ce, si vous en avez davantage, nous vous voulons bien prier de nous en prester ou vendre a crédit, pour nous ayder a faire nostre navigage, et nous vous donnerons bonne seureté de voz pièces. > Ce que ne voulut ledit espaignol, disant qu'il n'estoit point tenu de les en fournir, et qu'il n'en avoit pièce qui besoing ne luy fist ; par quoy n'en auroyent, s'ilz ne l'avoyent par force. € Sy par amour, dist le seigneur d'Auton, n'en voulez vendre ou prester, sachez que autrement en aurons. > Et, se dit, s'en retourna devers le capitaine Ghapperon, auquel fist rapport du reffus dudit espaignol : de quoy se
mal contanta, disant qu'il en aura s'il se peult joindre avecques luy ; et en Teure fist lever ancre. Et, ce faict, tirèrent vers Ghief de Boys, a voisle tendue, adressant vers le navire de celuy espaignol, lequel, voyant l'escarmouche dressée contre luy, dist qu'il se ostera de la voye : dont fist hastivement lever ses appareilz et se mist a la fuyte, et eulx après, et tant les suyvirent que, environ la mynuyt, l'actaignirent près d'une isle nommée l'isle Dieulx^. L'espaignol, qui estoit artilhé bien a point et garny de gens de main a suffire, voyant qu'il estoit actainct, dist a ses gens : € Sus, compaignons ! il nous est besoing de deffendre le navire pour garantir noz vyes et sauver noz biens ; car la fuyte ne nous peut plus de riens servir. Pour ce, chascun mecte la main a la deffence, car mestier en est. > Et, ce dit, fist charger son artillerie et armer ses ^ens, et iceulx meclre a la deffence de son navire. Le capitaine Ghapperon et son compaignon commaincerent a donner dessus coups d'artillerie, et le voulurent mectre entre eulx deux pour l'assaillir de tous costez : lequel se deffendit a coups d'artillerye, et tant que plus d'une grosse eure se bâtirent, ou plusieurs d'ung costé et d'autre furent blecez; et eust esté pris ledit espaignol, mais en se deffendant ad visa le vent et se mist au dessus, et, pour fuyr plus tost, mist la mizenne soubz l'estouyn, qui est une voisle tenant a ung des boutz de Tantenne, pendant hors sur le bort du navire, mise la pour faire hastive fuyte ou viste chace. Ainsi se mist l'espaignol a fuyr; le capitaine Cliapperon se mist après et le suyvit jusques
\. L'ilod'Yeu.
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au jour, mais le perdit, sans le pouvoir approcher d'uog gect de canon près : par quoy le lessa et se mist au retour vers ou estoit demeuré la barche du seigneur d'Auton, qui n^estoit la ; car, ainsi que ledit Ghapperon suyvoit Tespaignol, quatre urques^ de Flamans passèrent par la, que avoit suyvy ledit seigneur d'Auton vers les raz Sainct Mahé^; et avecques sa seuUe barche les prist tous et garda jusques a la venue de son compaignon, lequel, en revenant de la chace dudit espaignol, rencontra une autre urque de Flamans et la prist, puys se rendit deux jours après et se rassembla avecques le seigneur d'Auton, qui avoit sa prise en une rade en Bretaigne près le Gonquet, ou séjournèrent vm jours; et la, durant ce temps, firent composicion avecques leurs prisonniers flamens, lesquels promirent a payer mille escus, pour laquelle rançon assigner baillèrent deux ostages; et fut appoincté par lesdits capitaines françoys que iceulx Flamens porteroyent leur rançon au duc de Gueldres, maistre d'iceulx Françoys, et, la rançon payée, en envoyant certification et descharge de ce, leur envoyroyent leurs ostages : ce que ne firent lesdits Flamens, mais s'en allèrent en leur pays sans payer leurdite rançon, et lesserent leurs ostages, que lesdits Françoys retindrent en actendant tousjours nouvelles de leurs prisonniers, qui ancores sont a revenir.
Tantost après ce partirent du Gonquet, et adressèrent vers la coste d'Angleterre, ou, entour la my oust, eulx estans la, trouvèrent ung cursoire flament,