Saint-Mathieu
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lequel estoit d'ArnemueS qui est une ville de Flandres. Or estoit ledit cursoire bien equippé et du port de quatre cens tonneaulx, aocompaigné d'une grosse barche d'Espaigne. Et eulx, a une veue Tung de Tautre, s'entre adviserent et cogneurent qu'ilz estoyent tous gens de guerre : si se mirent en ordre chascun pour assaillir son ennemy et deffendre sa pièce, et tant que sur Teure de vespres commaincerent a eulx entre approcher. Dont les capitaines françoys dirent a leurs souldartz qu'ilz avoyent trouvé jeu party, disant : ' c Nous avons une nef et une barche de guerre, et autant en avons en barbe rancontré qui nous présentent Fescarmouche que nous leur devons premièrement donner, telle que ce soit a nostre honneur et adventage. Or sus, que chascun de nous monstre ce qu'il saura faire, car besoing en est. > Et, sur ce propos, chascun dist que pour mourir ne fauldra a ce hutin. Le flament et espaignol pareillement, voyant' qu'ilz avoyent trouvé a qui besoigner, se délibérèrent de faire leur devoir au coups départir. Et, pour aviser la manière des Françoys, la barche espaignoUe aloit devant le navire flament un gect d'arc loings ou environ ; et, voyent que les navires françoys adressoyent a eulx, voisles tendues, s'en retourna joindre au flamant, disant : < Ce sont Françoys, desqueulx je n'ay sceu avoir cognoissance. Mais tant y a qu'il me semble, a voir leur ordre, qu'ilz sont gens de guerre et délibérez. Pour ce, nous fault entendre a nostre affaire. > Et, ce dit, se joignirent et tirèrent de front en bel
1. Harlem? Il ne s'agit sans doute pas d'Arnheim, qui est en Gueldre.
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ordre vers les Françoys, lesqueulx ausi venoient de drcMct fil 9 leur artîllerye chargée et leurs souldartz armez. Et, lorsqu'ilz furent près l'ung de l'autre d'u[n]g gect d'arbaleste, le capitaine Ghapperon (ist tirer ung coup de couilevrine droict a la barche de l'espaignol et donna dedans la proue d'icelle. L'espaignol aussi fist tirer ung coup de canon vers le navire dudit Ghapperon, cuydant donner au travers ; mais le coup passa par dessus, sans toucher audit navire. Ge faict, les Françoys, sans plus marchander, adressèrent vers ledit flamant et espaignol ; et, lorsqu'ilz furent a ung gect de pierre près, voyant l'espaignol que c'estoit a tout, dist qu'il prendroit autre chemin, et tout soubdainement tourna la poupe a ses ennemys et se mist en fuyte, sans autrement secourir son compaignon. Le seigneur d'Auton se mist après et le suyvit environ troys lieues en mer, mais ne le peut actaindre, car il gaigna a bien fuyr : dont s'en retourna vers son compaignon. Et, ce pendant, ledit Ghapperon et le flamant s'aprocherent de si près que l'ung l'autre s'abborderent, et, a coups d'artillerie et de main, se bâtirent a toute oultrance. Gependant le seigneur d'Auton arriva, et eulx, ainsi assemblez, assaillirent ledit flamant de tous costez, lequel se defiendoit a merveilles, comme celuy que neccessité evertuoit. Que fut ce? leur combat fut tant impetueulx que depuys le vespre jusques au lendemain mydy ne cessèrent de donner coups : ou furent tuez des gens de celuy flamant xiiu hommes, et gectez en mer, et ung de ceulx du capitaine Ghapperon. Quoy plus? chascun entendoit a ses besoignes. Les Françoys, comme avantageulx et envyeulx de gaigner, de plus en plus fort
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oontinuoyent leur assault a coups de main et d'artillerye sans cesser. Le flamant, foullé et assailly de tous costez, comme contrainct par nécessité, se deffendoit a tous effors ; mais tant estoit ja batu et lassé qu'il estoit près a dire le mot et pris, si n'est que, a Fextreme besoing de son doubteux aSEÔre, eut advys de faire lever le derrière d'une grosse pièce d'artillerie des siennes et l'emboucher a fleur de mer tout a bort de l'eau : ou fist ruer ung coup bas et donner en la proue du navire du capitaine Ghapperon, qui fist telle passée au travers que plus de demy pié de ront y fist d'ouverture, tellement que, au bransle du navire et au flac des vagues de la mer, l'eau entroit dedans par la passée tout a flac, si que, en moings d'ung cart d'eure, elle fut sur le lestage plus d'ung pié de hault, et heust mys le navire a fons. Mais, comme le maistre du navire, nommé Jehan de la Dune, eust l'ueil aux coups de l'artillerye du flamant et veist la passée du coup par ou l'eau entroit tout courant en son navire, tout en l'eure en advisa le capitaine Ghapperon, en disant : € Gapitaine, si vous ne mectez soubdaine provision de faire escouler l'eau qui entre tout a plain en vostre navire, par la passée du coup d'artillerye que ce flamant a faict ruer bas contre la proue d'icelluy, soyez tout a seur et sachez de vray que nous summes tous a fons et prillez ; car plus de cent tonneaulx d'eau sont ja entrez dedans. Et, affin que soyez myeulx asseuré de mon dire, regardez sur le lestage du navire, lequel est tout plain d'eau. » Ge que advisa ledit Ghapperon ; et, voyant le danger ou il estoit de périr, oublia le vouloir qu'il avoit de gaigner : dont fist cesser l'assault et courir a l'eau, en lessant partye de ses