‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 53 sur 183 · Cf. Utires de Louis XIL · texte numérisé non relu

Cf. Utires de Louis XIL

62 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Juillet 1506

d' Angoulesme , laquelle pensoit estre pour son filz; dont autres foys par cy devant avoit esté parolles. Par quoy se mal contenta^, disant que autres foys promesses avoyent esté faictes de madame Glaude et de son filz, a quoy il s'atendoit^. Toutesfoys ne sceut autre chose que faire sur ce, si n'est user de menasses^ et dire que tous ses amys et aliez luy fauldront, ou en France fera telle guerre que mainctes qui de ce ne pevent mais le compareront chèrement, et, des lors, print alyences et confédérations a tous ceulx qu'il peult savoir estre ennemys couvers du Roy, car nul pour lors estoit declairé ennemy de France, et, en oultre, volut anymer les autres a son pouvoir, et tant fîst que le Roy des Rommains, son père, toutes les Ëspaignes et Angletaire, comme se disoit, avecques les Venissyans, suyvant les plus fors, et grant partie des Italles se tindrent de son party contre le Roy. Dont soy voyant de luy moult puissant, et de tant d'alyences fortififyé, se declaira ennemy du Roy, qui délibéra de sa part obvyer a tous ses dangiers, avecques l'ayde

1. Louis XIl écrivit lui-même, le 31 mai, à M. de Ghièvres une longue lettre personnelle pour lui expliquer le vœu des États et le mariage (lettre insérée dans la Chronique de Haneton).

2. Il provoqua, à ce sujet, une consultation de cinq jurisconsultes flamands, qui lui donna tort (Le Giay, 1, 195). Cette curieuse consultation émet l'avis, en substance, que : 1<» le roi de France n'est pas parjure ; 2'> la clause de garantie du mariage avec l'archiduc, immorale en soi, est morale seulement pour les princes; 3° Charles d'Autriche, mineur, n'a pas actuellement d'action pénale pour réclamer le dédit stipulé.

3. Il écrivit de Valladolid, le 20 juillet 1506, à Louis XII que le mariage de Claude ne serait pas une cause de rupture, mais qu'il avait besoin d'en parler à son père et à son beau-père (Lettres de Louis XI î, I, 54).

Jnill.-Sept. 1506] GOMMANT LE ROY DE CASTILLE, ETC. 63

souveraine, disant qu'il mectra sus telle année que se sera pour devoir rabbatre les coups a tous ses ennemys. Or, advint que le Roy des Rommains, comme prest de tous temps de faire aux Françoys quelque allarme, voulut mectre sus grosse armée pour courir sur la duché de Millau; le Roy de Gastille, ausi faire une autre armée en Ëspaigne pour vouloir descendre en Languedoc et en Guyenne, et les autres ses confederez, chascun en son cartier, mectre sus grosse puissance pour ennuyer le Roy et assaillir son royaume de France. De quoy ne se meut le Roy que bien a point; ains tint conseil sur son affaire et envoya par ses pays faire mectre sus tant de gens que le nombre et pouvoir d'iceulx luy sembloit devoir suffire a garder sa terre et chacer ses ennemys, et en oultre fîst ranforcer de gens d'armes sa duché de Millan, disant que, si le Roy des Rommains commance par se costé, que luy mesmes yra en personne pour luy copper le chemin et empescher le passaige.

Or, estoit le royaume de France menacé de toutes pars, et le Roy en propos délibéré de bien le deffendre et despendre grant trésor a l'affaire dont en avoit plus que prince de cristienté ; ce qui tenoit moult ses ennemys en craincte, car il avoit gent et argent, ce qui, après Tayde de Dieu et le cueur des amys, faict obtenir les victoires, faire les conquestes et entretenir les royaumes. Combien que amas de pecune soit, a tout prince libéral, détestable, si est elle, a tout affaire, secourable.

Or advint, en deduysant le moyen de ses menées, comme il peut a Dieu qui des royaumes dispose, que le Roy de Castille, estant en son pays d'Espaigne, fut

soubdainement actaint de si griefve maladie^ que, malgré le remède des médecins, en moings de huyt jours fut mort^; dont tous ses alyez baissèrent le nez et firent sillence, si que de tous pointz leur entreprise fut abbatue et anyentye. Dont le Roy demeura en son entier et paisible en son royaume de France^.

Gommant le Roy envoya messire Charles d'âmboise ayecques grosse armée a boullongne pour icelle soubmectre a l*0beissance du pape, et gommant

FrANÇOYS de ClERMONT, CARDINAL DE NerBONNE, FUT POUR CE ET AUTRES CHOSES DEVERS LEDIT SaJNCT PeRE LE PAPE.

En ce mesme temps et an mil GGGGG et six, le pape Juiius second mist armée sus pour vouloir soumectre et reduyre a son obéissance Boulongne la Grasse, laquelle avoit esté, cincquante ans ou plus, hors la sugetion de TEglize, a qui elle appartenoit d'encienneté, mais estoit lors par force occuppée et gouvernée par ung Boulonnoys, nommé messire Jehan Benti- Yolle, lequel ausi, sachant Tarmée du pape mise sus, a ceste cause fist de sa part grosse gent d'armée, fortiffier la ville et mectre dedans grant nombre de gens

1. Une pleurésie. UYstore Anthoniïic, contemporaine (fr. 1371), affirme qu'il fut empoisonné (fol. 295), mais ce soupçon était alors formulé contre toutes les morts rapides ou inattendues.

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