‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 59 sur 183 · Castel- Franco, à 12 kilom. de Modène, à 25 de Bologne · texte numérisé non relu

Castel- Franco, à 12 kilom. de Modène, à 25 de Bologne

Messîre Jehan de BentivoUe, qui lors estoit a Boulongne, sachant la venue de Tarmée du Roy et la prise de Gastelfranc, fut bien esbahy, disant qu'il ne pourrait longuement tenir contre ladicte armée, et que de deux maulx luy failloit eschever le pire, ne voulant pour riens cheoir entre les mains du pape, qui de mort luy en vouloit, par quoy advisa que myeulx estoit pour luy se rendre au[x] Françoys, pencent estre, entre leurs mains et soubz la clémence du Roy, humainement trecté; et, pour y ouvrer sommairement, envoya ambaxades a Gastelfranc par devers messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, pour luy dire que, si son plaisir estoit de prandre a mercy luy et sa famille et tous ses biens saufz, que a luy voluntiers se rendroit et luy mectroit Boulongne entre les mains. Lesditz ambaxades portèrent leur parolle et firent sur ce tout ce que enchargé leur estoit, et adverlirent ledit lieutenant du Roy du vouloir dudit messire Jehan de Bentivolle, et comment entre ses mains se vouloit rendre et mectre ladicte ville de Boulongne en son obbeissance. A quoy fist responce que pour Teure ne povoit avecques luy riens composer, et qu'il n'avoit autre charge du Roy son maistre que de venir au secours de l'Eglize et faire ce que le pape luy commanderoit, parquoy ne pouvoit de luy riens conclure sans en advertir ledit Père Sainct. Ce nonobstant, veu le party humain de celuy Bentivoille, luy manda que, s'il vouloit bailler sauf conduyt pour quelqun de ses gens, qu'il envoyroit devers le pape, et que a son pouvoir trecteroit de la paix. Dont ledit Bentivolle, voyant que la chose ne pouvoit pour l'eure prendre meilleur fin pour luy, bailla sauf conduyt et seurlé

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pour passer par ses daogiers et aller vers le pape. Ce faict, ledit lieutenant du Roy transmist a Ymolle ung sien segretaire, trésorier des guerres de Millan, pour advertir le pape comment messire Jehan de Bentivoille se vouloit rendre et mètre entre les mains du Roy, et la ville de Boulongne en son obbeissance, pourveu que iuy, sa famille et tous ses biens fussent saufz et gardez, et Gommant, sur ce, ledit lieutenant n'avoit voulu riens conclure, mais avoit le tout remys au vouloir et a Tordonnance du pape, en luy mandant que Sa Sainoteté y advisast pour y besoigner scelon son plaisir et conmiandement, et que tout ainsi le feroit sans faillir, et qu'il luy pleust sur ce luy faire savoir son vouloir. Oyant le pape les choses susdictes, fut contant de la réduction de Boulongne ; mais, quant a ce que ledit de Bentivoille et ses choses demouroyent sauves, ne luy vint pour l'eure a plaisir et si avoit bonne envye de le trecter autrement; car, durant leur discord, ledit de Bentivolle avoit faict mourir le père du dataire du pape, dont avoit conceue hayne mortelle contre luy. Mais, après avoir pencé a tout, et que user de vengence estoit contre le comandement de Dieu, consentit que ledit de Bentivolle seroit mys entre les mains du lieutenant du Roy pour en faire a son plaisir, et ses biens saufz; et ainsi despescha ledit trésorier des guerres et le renvoya devers ledit lieutenant du Roy, lequel estoit a Gastelfranc.

Tantost après qu'il eut renvoyé ledit messager françoys, luy souvint de quelque chose qu'il avoit oblyé a mectre en ses lectres : par quoy de rechief transmist après ung autre des siens, qui estoit son chambrier ; et, pour ce qu'il ne savoit parler françoys, demanda au

cardinal de Nerbonne, qui avecques luy estoit, ung de ses gens pour accompaigner son homme et rapporter la parolle, lequel luy bailla ung sien chappellain, qui chantoit devant luy. Si s'en allèrent iceulx ensemble et passèrent par le camp du pape, dont estoit chief le marquys de Mantoue, lequel advertirent de leur affaire ; et, voyant qu'ilz n'avoyent sauf conduyt, leur dist que sur leur chemin n'avoit nulle seurté, pour ce que ce jour avoyt envoyé devant Boulongne cent de ses Âlbanoys qui ne savoyent riens du trecté de la paix. Mais, pour ce, ne s'arresterent, pencent qu'ilz passeroyent au moyen dudit chambrier, qui savoit parler itallien, et qu'ilz diroyent aux Boulongnoys que, pour le bien et profïîct de la ville, estoyent envoyez du pape au lieutenant du Roy. Or advint que, a l'approcher de ladicte ville, comme a deux mille près ou environ, rencontrèrent les Albanoys du marquis de Mantoue venans de leur course, lesquelz avoyent trouvé ung capitaine de Boulongne avecques trente chevaulx legiers sortiz pour descouvrir, desquelz ne s'estoit sauvé que ledit capitaine, que tous ne fussent tuez ou priz. Dont celuy capitaine, tout effr[a]yé, s'en estoit retourné a bride abatue jucques a Boulongne, ou la fist assavoir auxBouUonnoys commant les gens d'armes du pape leur avoyent couru sus et leurs gens deffaictz, dont les ungs estoyent mors et les autres prisonniers, tellement que de tous n'en estoit eschappé que luy tout seul, qui, a force de courir, avoit gaigné la ville. Oyant les Boullonnoys ses nouvelles, grant nombre d'iceulx s'armèrent et montèrent a cheval, puys se misrent aux champs a la suyte desditz Albanoys, qui ja estoyent près de leur camp, dont ne les

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rencontrèrent, mais troverent le chambrier du pape et son compaignon courans la poste. Et, pour ce que ledit chambrier estoit myeulx monté que le prestre du cardinal de Nerbonne, estoit devant plus de deux gectz d'arc. Or advint que celuy chambrier iîit priz par les Boulonnoys, lesquelz le voulurent tuer ; mais il leur dist commant le pape Tenvoycit devers le grant maistre de France, lieutenant du Roy, pour le proffict de la ville et trecter de la paix, et ausi que, s'il estoit question de guerre contre le pape et eulx, qu'il ne le fissent mourir, car il avoit de quoy payer cent escuz pour sa rençon. Tant jouha de doulx parler que autre mal ne luy firent, mais le prindrent et gardèrent très bien. Son compaignon, qui tout de loings voyoit les Boulongnoys jouer de force, ne sceut que faire, si n'est tourner le dos, et se voulut mectre a fuyr ; mais fut advisé par aucuns d'iceulx Boulongnoys, dont l'ung d'eulx bien monté se mist seul a la course après luy, et tant que bientost l'eut actainct, en luy voulant courir sus. Le prestre, voyant son cheval las, et qu'il ne se pouvoit sauver a fuyr, et ausi qu'il n'avoit a besoigner que a ung homme seul, mist la main a l'espée et se defiendit en manière que la javelline de son ennemy saisist et la luy osta du poing ; et, de faict, l'eust tue et deffaict, n'eusl esté que sept ou vm des autres, qui virent la deffence de celuy prestre, hastivement coururent la et, sans le vouloir ouyr parler ne escouler sa raison, donnèrent sur luy a tous costez, et tant que, en se deffendant, l'abbatirent et le tuèrent sur le champ. Le chambrier du pape fut mené a Boulongne et présenté a messire Jehan de Bentivoille, auquel dist celuy chambrier la charge qu'il avoit du pape; par

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quoy fut incontînaDt délivré et a luy baillé seurté pour sJler faire son messaige.

Durant ses jours; la pluye estoit en ce licgi continuelle nuyt et jour, et dura tant longuement que les fanges estoyent si grandes par les chemins que gens et chevaulx y estoyent jucques au genoilz, tellement que Fartillerye ne se pouvoit charryer, et la failloit tirer a force de gens et chevaulx, qui, a toute la peine du monde, la menoyent de lieu en lieu. Ce nonobstant, messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, mist tel ordre a tout ce, que, pour l'empescbement de celuy temps, ne demeura riens en arrière, mais partist de Gastelfranc avecques son armée et artillerye, et tira vers Boulongne de tant qu'il fut a ung pont, deux mille près dudit lieu de Boulongne. La le trouva le messager du pape et luy présenta ses lectres, desquelles fut bien joyeulx, mesmement pour ce qu'il consentoit que messire Jehan de Bentivoille fust mys entre les mains du Roy, et ses biens estre saufz. Lorsque ledit messire Jehan de Bentivoille sceut le vouloir du pape et l'armée de France estre si près de Boulongne, partit dudit lieu et, a l'aube du jour, se rendit audit pont ; et la s'en alla mectre entre les mains dudit lieutenant du Roy, comme avoit promys de faire, et avecques luy ung de ses filz nommé messire Alixandre de Bentivoille ; lesquelz receupt doulcement et iceulx bailla en garde a ung lombart, nommé messire Anthoyne Marye de Palvezin, auquel donna charge de les mener a Millan et les faire garder tant que seroit le plaisir du Roy. Et, au partir, ledit messire Jehan de Bentivoille bailla les clefz de Boulongne a messire Charles d'Amboise, en luy recommandant sa pauvre

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femme deaoUée et ses biens, la face toute couverte de larmes et le cueur serré de doulleur, en faisant les plus piteulx regretz et doulloureux plainctz qu'onques fist pauvre chevaillier, disant : c Helas! Fortune, ennemye de gloire et marrastre de prospérité, que t'ay je meffaict quant, en mes jours florissans, et au temps de ma doulce juvente, m'as laissé quelque temps féliciter a plaisir, et, aux ennuyeulx ans de ma chanue veillesse, me mectz en exil perpétuel? Ores, me faictz tu a cler cognoistre que le plus malleureux geurre^ de tes adversitez est avoir esté longuement prospère, et puys de choir sans ressource! » Plusieurs autres lamentacions desolables fist le pauvre chevaillier, et tant que le lieutenant du Roy mesmes Ait meu de telle pytié que des yeulx luy sortirent les larmes; mais, pour rentrer, envoya ledit de Benti- ▼oille a MiUan. La femme et ung des enfens dudit Bentivoille, après ce, s'en allèrent avecques huyt cens chevaulx hors Boulongne et tirèrent vers la duché de Ferrare, ou portèrent la plus grant partye de leurs bagues et choses portatives.

Le lieutenant du Roy, ayant les clefz de la ville de Boulongne, pencent, sans nulle résistance, entrer dedans, transmist la ung nommé messire Galeas Visoonte, avecques ses fourriers, pour faire les logys ; lesquelz fourriers, cuydant mercher lesditz logys, furent assaillis de la commune de Boulongne, qui fist ung cry sur eulx et ung tel hutin que ce fut jucques a charger, en manière que iceulx fourriers furent, les ungs blecez et aucuns tuez et menez tellement que a grant peine se peut sauver ledit messire Galeas Vi-

\ . Sic, pour : la guorre (joyeuseté, fête) ?

conte, avecques partye de ses fourriers, lesquelz s'en allèrent (l'effi*oy au devant du lieutenant du Roy, qui, avecques son armée, approchoit la ville ; et, sachant la rébellion susdicte, comme ennemy d'icelle, fist la droict marcher l'armée et mectre le siège devant, et a toutes mains faire pecter artillerye et abbatre tours et murailles, en l'assaillant si vivement qu'il n'y eut dedans si hardy qui n'eust frayeur de ce bruyt. Et, ce voyant, aucuns de ceulx de la ville, qui ja savoyent l'appoinctenentdu pape et de Bentivoille, envoyèrent en poste devers ledit Sainct Père et devers aucuns des cytadins de la ville, qui ja c'estoyent allez rendre au pape pour iceulx advertir du siège et de la continuelle baterye que faisoit le lieutenant du Roy devant Boulongne, et que, si tost n'y estoit pourveu, ladicte cité estoit en danger d'esti*e prise d'assault et pillée par les Françoys, qui tous effors mectoyent en avant pour y entrer.

Oyant le pape ses nouvelles, fut tant esmerveillé que plus ne pouvoit, et esbahy de ceste affaire, veu les lectres que, peu devant, luy avoit envoyées ledit lieutenant du Roy, disant que, après que messire Jehan de Bentivoille seroit entre ses mains, il s'en yroit loger dedans Boulongne. Or sa voit le pape ja que ledit Bentivoille avoit rendu les clefz de la ville, et que a Millan l'avoit envoyé le lieutenant du Roy. Sur quoy ne savoit que penser, si n'est que quelque nouvelle rébellion eussent faicte les Boulonnoys, ou que les Françoys voulussent piller ladicte ville, qui estoit moult riche et plaine de tous biens ; par quoy pença que, si ladicte ville estoit ainsi prise et pillée, qu'il feroit double perte et que son entreprise luy seroit plus dommaigeuse que proffictable ; car il auroit

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perdn les firaiz et mises qu'il auroit faictes pour soustenir son année, ou ja avoit grant trésor despendu, et ausi que la cyté qui estoit sienne seroit destruyte et désolée, ce qui dedans estoit pris et pillé, le peuple mys a sac et les biens d'icelle ravys et emportez, ce qui seroît totallement a son desavantage. Dont, pour a oe vouloir mectre provision, transmist hastivement le cardinal de Nerbonne devers messire Charles d'Âmboise, lieutenant du Roy, luy pryer et dire qu*il cessast de batre la ville et qu'il fist tenir coy ses gens. Si s*en alla ledit cardinal, et, luy estant par chemin, couroyent incessaument postes de Boulongne pour haster les messaigiers du pape, disant que les Françoys avoyent ja tant batue la ville d'artillerye et faict telle ouverture qu'on n'actendoit que l'assault, et que, sans faillir, elle seroit emportée et prise, qui ne meotroit sur ce hastif remède et sommaire provision. Le cardinal de Nerbonne, qui du pape avoit charge de hastivement aller faire cesser l'armée de France, voyant que assez tost ne pouvoit courir, et ausi que plus de XV mille de chemin avoit encores a faire, transmist la ung de ses gens nommé Jehan Roussart, accompaigné d'une des postes de Boulongne, pour advertir le lieutenant du Roy du vouloir du pape et de la venue dudit cardinal, et pour faire cesser le siège jucques a ce que ledit cardinal eust parlé a luy. Or se mirent les coureurs en voye et, tant que les chevaulx peurent aller, tirèrent vie en manière que, après qu'ilz eurent chevauché viii mille de pays, le cheval dudit Roussart fut delferré et tanl las qu'il demeura tout court; par quoy la poste de Boulongne, qui sans celuy Françoys ne pouvoit faire bon message pour les

BouloDgDoys, se mist a pié et loy bailla sa monture, en luy monstrant son adresse et luy priant bien fort qu'il se hastast, car long chemin avoit a faire ; ce qu'il fist, et tant que, sur les deux eures de nuyt, arriva ledit Roussart devant la ville de Boulongne, du costé d'Ymolle, ou la trouva gros guet et les gardes de ladicte ville en armes, lesquelz salua et leur dist commant, de par le pape, venoit la pour les affaires de Boulongne, et iceulx advertist de la venue dudit cardinal son maistre, que le pape envoyoit la a tout grant haste, et que, pour plus avancer l'affaire, ledit cardinal Fa voit transmys devant a delligence extrême. Par quoy prya lesdictes gardes que, pour plus tost estre au siège des Françoys et pour le proffict de la ville, le lessassent passer par la dedans, qui estoit pour le plus court ; ce que ne voulurent, pour ce qu'il estoit Françoys, et ausi que seurement n'eust sceu passer, veu que guerre mortelle se faisoit lors entre eulx et les Françoys, et que l'ung n'espairgnoit l'autre. Mais icelluy adressèrent hors la ville par ung chemin touchant le long des fossez, et l'advertirent de cryer en passant : VEglizef qui estoit le cry commun de la ville, ou, autrement, ceulx du guet luy pourroyent tirer quelque coup d'artillerye ou de trect. Si se mist a passer le long dudit chemin tout coyement, en cryant : VEglize! et ne luy demandèrent riens les ennemys jucques il approchast le camp des Françoys; et, lorsque au roiz de la lune, qui estoit clere, le virent adresser vers le camp, luy tirèrent a la passée plusieurs coups de haquebutes et de trect, et tant qu'il fut contrainct, pour se sauver, de mectre pié a terre et habbandonner son cheval pour gaigner les hayes et jardrins, qui

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la dessoubz estoyent ; et ainsi, comme il peut, se rendit au siège, ou trouva sur les piedz le lieutenant du Roy, armé de toutes pièces, faisant tirer artillerye aux roiz de la lune contre la ville et abatre murailles, sans cesser, délibérant le lendemain donner l'assault.

Par ledit messaiger fut adverty de la venue du cardinal de Nerbonne, que le pape luy envoyoit pour faire cesser le bruyt ; et, tantost qu'il sceut les nouvelles de ce, fist arrester Tartillerye et accoiser le siège ; mais, pour tant, fist faire ses aproches et trencbées, et mist guetz de toutes pars. Jucques a l'eure de la mynuyt, des deux costez firent sillence, sans tirer ni faire bruyt. Mais, après ce, BouUongnoys commancerent le butin et a tirer coups d'artillerye sur le camp des Françoys, lesquelz ausi ne leur faillirent, mais tirèrent de plus belle et plus qu'onques mais, car il avoyent ja approché leurs pièces près des fessez de la ville. Et ainsi tirèrent l'ung contre l'autre jucques a une heure après mynuyt que le cardinal de Nerbonne survint au champ, et la advertist le lieutenant du Roy commant le pape ne vouloit que ladite ville fust prise par force, en priant ledit Ueutenant qu'il cessast de faire plus tirer contre ladicte ville ; parquoy la baterye fut cessée et le siège arresté, combien qu'il ennuyast moult audit lieutenant et aux Françoys qui la estoyent, veu. la défiance que iceulx BouUongnoys, après rappoi[n]ctement, fa[i]soyent; mais, pour obeyr au pape, tout fut arresté.

Tantost après vindrent ambaxades de la ville devers ledit lieutenant du Roy, disant qu'ilz avoyent charge des cytadins et peuple de ladicte ville de dire au lieutenant du Roy que icelle dicte ville et les habitans avecques tous leurs biens estoyent au pape, et de

TEglize; et, veu que ledit lieutenant, qui la se disoit pour le pape, vouloit icelle prendre et destruyre, s'esbahissoyent, en le priant, pour l'onneur de leur souverain seigneur le pape, qu'il se vousisent désister de plus leur courir sus, et que de leur part feroyent leur devoir et viendroyent a la raison. Sur quoy fist ledit lieutenant responce, en disant : c Vous savez assez commant, par le consentement du pape, messire Jehan de Bentivoille, lors vostre cbief et gouverneur, s'est rendu au Roy, luy, sa famille et ses biens saufz, et commant, après qu'il m'eut baillé et rendu les clefz de Boullongne, mes fourriers, en voulant mercher dedans les logys, ont estez, par vous et vostre comune, les ungs occis, les autres blecez et chacez ; et ausi commant, nonobstant tout autre appoinctement entre le pape et aucuns de voz citadins faict, vostre cyté s'est rebellée et faict tout l'effort de guerre qu'elle a peu faire contre l'armée du Roy qui cy est : ce qui est mal monstre a vous, que soyez ou veillez estre sugectz au pape, pour lequel ladicte armée est icy venue. Dont a ceste cause, de ma part, je suys délibéré de vous faire reparer tous ses mesfaictz et d'entrer dedans Boulongne, vueillez ou non, » Sur ce, ne répliquèrent lesdiz ambassadeurs autre chose, doubtant avoir pys; mais, après plusieurs autres raisons, conclurent que ledit lieutenant et ses gens de cheval entreroyent dedans, et les piétons demoureroyent hors, esquelz seroit de la ville transmys force vivres. Toutesfoys ne fut du tout la conclusion arrestée, par ce que ancores n'avoyent le consentement de tout le peuple de la ville, mais fut dit que le lendemain a quatorze heures, qui sont viii heures en France, vien-

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droyent rendre respooce surceste affaire. Ainsi retournèrent lesdiz ambaxadeurs pour raporter ce que avoient faict et conclut, et besongner au surplus. Pendant lequel temps, messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, et le cardinal de Nerbonne parlèrent de leur affaire, et après délibérèrent entre eulx aller disner au pont, deux mille près de la. Les ambaxadeurs de Boulongne retournez en la ville, après leur raport faict, meurent la ville de tenir conseil, ou les seigneurs et la plus grant partye de la commune furent assemblez; et la furent debatues plusieurs choses. Toutesfoys a la parfin, par comun assentement, fut dit que le lieutenant du Roy, avecques les gens de cheval, comme avoit esté appoincté par lesdiz ambaxadeurs, entreroyt en ladicte ville. Dont s'en retournèrent iceulx ambaxadeurs devers ledit lieutenant du Roy et luy disrent que, lorsque luy plairoit, luy et ses gens de cheval pouvoyent entrer en ladite ville, et que aux piétons seroit transmys vivres et provisions a suffisance. A quoy fîst responce ledit lieutenant du Roy que, a l'eure qu'il se trouveroit délibéré, il y entreroit. El, sur ce, luy et ledit cardinal se misrent a chemin pour aller disner au pont, conune devant avoyent entrepriz.

Lesdiz ambaxadeurs se misrent au retour, et, tantost qu'ilz furent en la ville, une partye de la commune, qui n'avoit esté appellée au conseil susdit, sachant celuy appoinctement, dirent qu'il estoit a leur préjudice et que c'estoit chose qui touchoit a tous; pour ce, de tous devoit estre approuvée. Autre chose alléguèrent, ou peu de propos raisonnable avoit. Et ainsi ceste meschante commune, prompte a mectre

aux champs et aisée a effrener, fist ung insulte, et avecques grant tumulte misreut la main aux armes, montèrent sur les murailles de la ville et recommancerent a tirer coups de trect et artillerye contre les Françoys, et les Françoys a eulx; somme, chascun recomainça la guerre de nouveau, et tant que iceulx Boulongnoys firent une saillye de quatre a cinq mille hommes sur les Françoys, qui se tindrent pié quoy, saisis de leurs armes. Si grant fut le bruyt que le lieutenant du Roy, estant au chemin pour cuyder aller disner au pont, comme celuy qui de se ne se doubtoit, veu Tappoinctement devant faict, oyant cest eflFroy, tout a course de cheval s'en retourna jucques au camp, ou la trouva ses gens d'armes tous en ordre, près de charger sur leurs ennemys. Et, sans autre chose dire, luy qui estoit legierement armé et monté sur ung courtault, mist pié a terre et prist une picque au poing ; puys se mist avecques deux mille CCCCG allemans, qui estoient la pour le Roy, et adressa a ceulx qui estoient sortis, en manière qu'ilz les reppossa jucques dedans la ville, tant que sur la foulle, a l'entrer des portes, furent icelz Boullongnoys chapplés et assommez plus de deux cens ; et, n'eust esté que ceulx qui sur lé murailles estoyent a coups de trect et d'artillerye donnèrent sur les Allemans et recueillirent leurs gens, peu en fust réchappé.

Apres la retrecte d'iceulx Boullongnoys, voyant le lieutenant du Roy la desloyaulté d'iceulx villains tant continuer, fut délibéré de leur donner l'assault et faire tout mectre a sac. Mais ausi, sachant que le pape se mal contanteroit, veu ce qu'il luy avoit mandé, différa et voulut sur ce tenir conseil, ou appella les capi-

NoT. 1506] GOMMANT MESSIRS CHARLES D'AMBOISE, ETC. 85

taines de Tarmée qui la estoyent et autres, comme le cardinal de Nerbonne é Farsevesque d'Âiz^ et plusieurs autres, lesquelz conclurent que le pape seroit desdictes choses adverty et de la desloyaulté d'iceulx BouUongnoys, et commant, au moyen des faulx tours et appoinctemens par eulx enfrainctz, le lieutenant du Roy avoit juste cause et bonne querelle contre eulx, par quoy estoit délibéré de leur faire mortelle guerre. Toutes ses choses furent mises par lectre, pour icelles demonstrer au pape. Ledit cardinal de Nerbonne s'en retourna par devers luy, et luy bailla lesdictes lectres que luy envoyoit ledit lieutenant du Roy, desquelles choses fut très mal content et très anymé contre les Boullongnoys, disant qu'il les destruyra, s'il fault qu'en armes aille sur le lieu et que a bon droict avoyent deservy cruelle pugnicion.

Aucuns des principaulx de Boullongne, lesquelz s'estoyent ja rendus au pape, misrent si bonne dilligence a rapaiser le deffault que la chose fut adoulcye, moyennant ce que ceulx de Boullongne luy mandèrent que, quant luy plairoit de entrer dedans la ville, toutes les portes luy seroyent ouvertes, et au lieutenant du Roy pareillement : ce qui paciffya tout.

Le pape, sachant Boulongne avoir dit le mot, manda a messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, que, dedans troys jours après ce, qui estoit le vm""® du moys de novembre, il yroit faire son entrée a Boullongne, en le pryant que, avecques tous ses gens d'armes de cheval, luy vousist tenir compaygiiye : ce qu'il fist, car, lors qu'il sceut que le pape marchoit et

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