‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 64 sur 183 · Gibelin · texte numérisé non relu

Gibelin

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minenoe sur marchans et mecanicques, se tindrent fermes, et tant que la ou ilz trouvoyent ceulx du peuple mal aparentez les soufiQetoyent a toutes mains et outrageoyent a leur pouvoir. Geulx du peuple pareillement leur faisoient de mesmes, et eussent plus; mais autres que les nobles n'avoyent loy de porter espées ou armes par la ville : par quoy iceulx nobles se trouvoient la plus des foys les plus fors; dont s'eschaufferent de plus, et firent iceulx nobles forger espées et dagues, ou firent engraver et mectre sur les manches et lumelles de leurs glayves en escript : Cas-tiguevUlain. Le peuple gras et la commune se misrent a gronder contre les nobles, et a grosses bendes cheminèrent par les rues, et marchèrent devant eulx en les mesprisant, et voulurent prendre les honneurs et eulx auctoriser par tout devant lesdicts nobles. Et ainsi chascun d'eulx faisoit commaincement de mutin. Et, pour continuer, ung gennevoys du peuple gras, nommé Manuel de Ganalle, durant ce temps, rencontra par la ville ung des genlishommes de Gennes nommé Martin Spinulla, auquel demanda quelque chose qu'il luy de voit, comme il disoit : lequel gentilhomme, en lieu d'autre payement, haulsa la main et dona a celuy de Ganalle telle souffle sur la joue que le sang luy en vint au nez et a la bouche; puys passa oultre, sans dire mot^ Celuy qui a voit eu la bufFe estoit mal accompaigné et sans baston, dont ne se peut revencher; si s'en va avecques cella, disant entre les dentz : « Vous

1. Le chroniqueur Salvago rejette la faute sur le parti populaire, toujours agité, incapable de paix et qui refusait de payer ses dettes, qui avait môme comploté la mort de tous les gentilshommes (Cronaca di Genova, éd. Desimoni, p. 98 et suiv.).

m'avez preste vostre mytaine, gentilhomme de bran, que de fièvre quartine soyez vous esposé et moy si a quelque eure ne la vous rendz ! » Toutesfoys, pour Teure n'en fut autre chose. Dedans peu de jours après ce, advint que ung autre des gentishommes de Gennes, filz d'ung nommé Dominicque de Nigrono, fut a la maison d'ung notaire nommé Bernard Ragius; et la celuy gentilhomme prya la femme dudit Ragius de deshoneur, laquelle ne voulut par amour a son deshordonné vouloir obeyr : dont se voulut celuy prendre a elle par force. Si se prist a cryer et a defifendre sa pièce, tant qu'elle eschappa de ses mains, et, lors que son mari fut venu de quelque lieu, ou il estoit ce jour allé, elle luy dist en plorant comment ledit gentilhomme s'estoit pris a elle et l'avoit voullu forcer. Dont celuy notaire s'en alla plaindre a messire Phelippes de Cleves, gouverneur de Gennes pour le Roy, lequel s'enquist de l'affaire; et, sachant la vérité du faict, voulut faire prendre et pugnir ledit de Nigrono, mais il se osta du chemin et se absenta de la ville pour ung temps, et demeura hors, jucques son père et aucuns autres ses amys eussent adoulcy le forfaict et appaisié partye : ce qu'ilz firent. Ce faict, ledit gentilhomme s'en revint a la ville, lequel n'eut la esté gueres de jours que il ne se trouvast a ung autre bruyt, tel que il eut parolles injurieuses avecques ung du peuple, nommé Peregrum de Leonardis, et tellement que de parolles a patacz vint la chose, en manière que ledit gentilhomme, qui avoit ung poignart au costé, occist ledit Peregrum : dont s'en alla, et avecques le secours d'aucuns autres gentishommes ses amys fut mys hors la ville. Ce faict, voyant le peuple que a toute eure

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estoyent les nobles de Gennes en querelle contre eulx, s'assemblèrent a grosses trouppes le long des rues, et la ou ilz rancontroyent les gentishommes ilz leur couroyent sus ; et de la en avant furent délibérez que la première foyz que iceulx gentishommes feroyent bruyt, que tout le peuple s*esleveroit et avecques grant tumulte occiroyent tous les gentishonmies de Gennes. Messire Phelippes de Gleves, conte de Ravestain et gouverneur de Gennes pour le Roy*, voyant le diffe-

1. Jean d'Auton se montre trop bienveillant pour Ravenstein, personnage altier, sympathique à la noblesse, mais un peu imprévoyant, dont on a vu précédemment le triste rôle à Naples et à Métélin. Ravenstein, d'ailleurs, ne résidait pas assez à Gènes. Il venait à peine de revenir de France, en septembre 1505, au moment des premiers troubles de Gênes, lorsqu'une épidémie s'étant déclarée, il se retira à Milan pour l'éviter, ce dont le grand maître Ghaumont le blâma très vivement (Sanuto, VI, 223). Son lieutenant Roquebertin, sympathique, lui, au parti populaire, partit également pour les eaux d'Acqui; il se hâta de revenir, à la nouvelle des événements, mais trop tard (Salvago). Au reste, Jean d'Auton se contredit plus loin ; il parle du retour de Ravenstein à Gênes, ce qui suppose bien son absence. Gf. le remarquabie exposé de Tafifaire par Guichardin. Nous indiquerons plus loin la narration de l'affaire d'après le parti de la noblesse. — Le ms. Dupuy 264 (fol. 79) contient du reste un curieux rapport de Ravenstein au roi, daté de « Gènes, 25 janvier » (probablement 1501), qui montre que depuis longtemps on ressentait les difficultés de la situation et que le roi prescrivait de les tourner à force de vigilance, de patience et de douceur. Ravenstein proteste qu'il a, selon son expression, l'œil ouvert aux affaires : c La, Dieu mercy, jusques a ceste heure tout y est bien, et ne dormiray point ou il sera besoing. Et, pour entretenir ceulx de ceste ville en doulceur, j'espère de les conduyre, en sorte que par raison n'auront cause d'eulx mal contenter. » Il ajoute le compte de l'argent qu'il a reçu ; on augmente les forces militaires. Il a mis sur la Charente 150 mariniers et des vivres pour un mois. Il y a neuf autres galères. On pourrait en envoyer d'autres sans risque. Il réclame vivement, pour satisfaire les Génois, l'autorisation

rent et la division des nobles et du peuple, adressa sur ce sa parole a l'ung et a Tautre, en leur disant : c Mess*^, la division civille d'entre vous, qui vient d'une chose qui de petite occasion, vous pourra porter doumage inreparable et perte sans recœuve. Entendez que toutes les plus grandes et plus renommées cytez du monde sont tumbées en ruyne et demeurées en desercion par les seulles divisions et guerres intestines et civilles de leurs mesmes cytoyens; et sachez que, par le lyen de concorde, petites choses se augmentent grandement ; mais, par l'effort de discorde, les grandes seigneuries sont anyentyes; et vous souvieigne que tous royaumes ou pays divisez cheent sans ressource et viennent a ruyneuse désolation. Ne faictes doncques que, par vous mesmes, vous et vostre cyté soyez destruytz et exiliez, car c'est la fin du payement du salaire de division. > Plusieurs autres remonstrances et advertissemens de proffict leur fist ledit seigneur de Ravestain^, mais pour ce ne se rappaiserent ; dont, voyant

d'importer les blés de Provence et Languedoc, vu le prix des marchandises.

1. Ravenstein essaya de résister. Le Conseil général ayant décidé une révision de la constitution, Ravenstein fit ses réserves absolues, o salva auctoritate régis, » ce qui excita une vive protestation et motiva un mémoire énergique du Conseil au roi. Dans ce mémoire, le Conseil proteste hautement de la pureté de ses vues et de la régularité de ses actes; il allègue l'unanimité de son vote. Il rappelle la capitulation, acceptée par le roi, d'après laquelle on doit observer les statuts de la ville : or, Gênes a toujours eu le droit de réformer ses statuts. L'article premier de la capitulation dit que les anciens seront élus selon la coutume : mais, dans sa réponse, le roi n'a pas reproduit ces mots. D'ailleurs, on a exactement suivi les règles de la procédure coutumière. Gènes, en modifiant de tout temps ses lois, a d'ailleurs obéi au droit naturel et général : c De jure communi, omnes populi pos-

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leur obstination, s'en alla devers le Roy pour Tadvertir desdites choses^. Et ce pandant iceulx tant suy virent leur maleur que le xv'"^ jour de jung^, en Tan susdit mille GGGGG et six, advint que ung des gentishommes de Gennes, nommé Visoonte de Âurya, se trouva en la place de Aurya, ou se vendoit la fruyte et les herbes, de quoy se repaissent souvent les Gennevoys ; et la (ut ung autre Gennevoys nommé Guillon, de ceulx du peuple, lequel marchanda a quelqun qui la estoit des potirons, que les aucuns appellent cbampaignons, et iceulx voulut emporter; ce que voulut avoir ausi ledit gentilhomme, et mist la main au, panier ou estoient lesdits potirons. Geluy Guillon, qui ancores ne les a voit paiez, les voulut emporter, disant que premier les avoit marchandez et qu'il les auroit. Et, voyant ce, ledit gentilhomme haulce la main et donne ung grant coup de poing au travers du visage dudit Guillon, en disant : € Emporte cela, villain, et j'emporteray les potirons ! > Et de faict tira une dague qu'il avoit et voulut frapper ledit Guillon, qui tantost quicta le gaige, et, comme oultragé d'avoir esté batu, tout plain d'ire et de courroux, commance a cryer : Pople/ pople/ sur les gentishommes. Dont tout a coup se meut le peuple, et mesmement (comme j'ay seu audit lieu de Gennes) furent troys du peuple nommez Paule Baptiste Justiniani, Bricius Justiniani et Manuel de Canalle, qui premier firent le bruyt, et mutinèrent le peuple contre les

sunt sibi condere leges et statuta sub quibus vivere habeant et tam in procedendo quam in judicando et in aliis » (Bibl. de l'Université de Gènes, ms. Vc, fol. 194).

1. D'après le Mémoire des Nobles (fr. 2961, fol. 23), cette première insurrection eut lieu le 20 juin et s'apaisa.

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