‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 67 sur 183 · d'après Salvago · texte numérisé non relu

d'après Salvago

Jaillat 4506] COMMENT BN LA VIIXB DB GBNNES^ BTG. 99

messire Estienoe de Gernerieu, lequel se trouva audit lieu de Gennes avecques les autres. Et la tous ensemble oommaincerent a faire inquisicion de ce qui leur estoit enchargé et consulter leur affaire.

Messire Jehan Loys, qui estoit a Gavy, sachant la venue du conte de Ravestain et de ceulx que le Roy avoit la transmys, penoent que seurement pouroit aller a Gennes, se mist a chemin pour tirer celle part, et, a toutes adventures, prist cinq cens hommes de pié pour le conduyre et mençr plus seurement. Si s'en entra avecques son enfenterye dedans la ville, et s'en alla a sa maison. Le peuple de ladite ville, qui ne Favoit pas agréable, voyant que a grosse bende estoit entré, et ausi que le seigneur de Ravestain avoit la amené grant nombre de gens, se doubtant que quelque force luy pouroit estre faicte, a ce moyen ne voulut entendre au conseil; mais, comme suspecionneulx d'iceuU gens d'armes, oommaincerent a cryer Poplel Poplef et s'armèrent a grosse roupie, et firent ung concurse tumultuaire contre ledit seigneur Jehan Louys, en le voulant assiéger en sa maison. Et, voyant ce bruyt, le conte de Ravestain^ fut devers le peuple esmeu, pour le cuyder adoulcir, en disant : « Mess'^S voulez vous faire contre ce que vous avez mandé au Roy, vostre souverain seigneur, qui, en voullant

i. C'est Ravenstein qui, après avoir conféré avec les nobles à Asii, prit la chose de haut, ordonna à Fieschi de rentrer ouvertement avec d'autres nobles et résolut d'écraser le parti populaire. Mais Tentourage de Ravenstein le trahit et encouragea au contraire le peuple (Salvago). Son gouvernement, à ce moment-là même, mettait hors la loi un noble génois, Giov.-Batista Pallavicino, coupable de piraterie (Pat. du il juillet 1506. Bibl. de l'Université de Gènes, ms, V©, fol. 196, 198).

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obtempérer a vostre prière et remonstrance, a cy faict assembler tout plain de sages hommes et gens de conseil pour vous faire droict et justice contre ceulx qui tort vous auront faict, et remectre vostre cyté en paisible estât et tenir en franche liberté? Ne luy avez vous mandé que a son vouloir estyez près d'obeyr et faire ce qu'il luy plaira adviser sur le différant de vous et des nobles de ceste cyté? Quel raport luy pourray je faire de vous et de vostre obbeissance, que je voy contraryer du tout a raison, veu que, en lieu de trecter la paix, vous mectez la main aux armes? Je vous pry, Mess'', que, pour le bien de vous et de vostre dite cyté, toutes voz divisions soyent de ores en avant assouppées et anyentyes, et que, par Tavys du conseil du Roy et du vostre qui cy est, toute la rumeur et discencion d'entre vous soyent amendées. > Autres remonstrances raisonnables leur mist devant les yeulx, mais tout fut pour néant ; car ladite commune, toute plaine de premier motif, tout a une voix fist responce, que ja ne lesseroyent ceulx du peuple leurs armes, ne n'entendroyent a propos de conceil, que premièrement ledit messire Jehan Loys avecques ses piétons ne fust hors la ville, et que jamais gentishorames n'auroyent pouvoir sur eulx. Sur quoy ne sceut ledit seigneur de Ravestain de quel moyen savoir user, si n'est qu'il s'en alla devers ledit seigneur Jehan Loys et luy dist qu'il estoit besoing que hors la ville s'en allast, autrement le peuple ne laisseroit les armes et n'obeyroit a raison, ce qui pourroit estre cause de convertir division ci ville en rébellion publicque, disant : € Parce que celuy peuple, ja presque révolté, pourroit pencer que, a Tayde des gens d'armes, que vous et

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moy avons cy amenez, on leur vouldroit faire quelque force, et que le Roy donneroit contre eulx faveur aux nobles, a ce moyen se pourroit toute la ville rebeller, ce qui seroit tant difficille a ramender que, pour le moings, ennuy ou doumage s'en ensuyvroit pour le Roy, et pour la cyté servitute ou desercion. Par quoy, dist il, me semble pour le myeulx, en obvyant a ses dangers, que devez desemparer pour ung temps. Et, ce pendant, le Roy pourvoira a l'afiFaire, en manière que les nobles seront remys et maintenus en leurs auctoritez, et le peuple gardé et tenu en son droict. » Oyant ledit seigneur Jehan Loys celle remonstrance raisonnable, dist : « Il m'enuye bien que, pour la menace de villains et le danger d'ung peuple esmeu, je soye contrainct d'abbandonner ma maison; mais, pour ce que c'est ores pour le myeulx , faire le me fault. » Et, ce dit, fist trosser ses bagues et se mist a chemin pour sortir hors la ville, lequel fut en passant menasse des villains et en danger d'estre d'eulx assailly. Mais il sortit et s'en alla a sondit chasteau de Montaubyou, ou fist faire a ses gens le guect toute nuyt, comme celuy qui se doubtoit d'avoir suyte, ce qu'il eut, car celle mesme nuyt saillirent de Gennes plus de dix mille homes en armes et le suy virent jucques a ung lieu nommé Carie ^ une place sienne, a six mille près de Gennes, le pencent la trouver. Mais il avoit passé oultre et estoit allé a Montaubyou, comme j'ay dit, dont bien luy en fut ; car il avoyent délibéré et juré tous ensemble de l'assiéger et prendre d'assault et tuer luy et tous ses gens, sans en respiter ung

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