Chiavari
2. Louis Xn écrivait sans cesse aux Génois pour essayer de les calmer, pour les inviter à lui soumettre paciOquement leurs dilTérends, mais sans succès (Salvago). Ravenstein, ne pouvant rien apaiser, s'esquiva, assez malaisément même, et laissa Roquebertin aux prise?: avec los dilïicultés (20 octobre 150r)).
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de tout le brayt que avoyent faict iceulx Gennevoys^ et conunaDt il n'avoyent voulu entendre au conattl, ne oyr parler de rapoînctement d'eulx et des gentishommes, et que il ne pouvoit plus donner ordre en leur aflEeâre, car il estoyent presque tous révoltez et en vye de faire quelque rebbelUon, et que, s'il plaisoit au Roy qu'il s'en allast par devers luy, qu'il l'avertiroit du tout. Le Roy, oyant ses nouvelles, manda audit seigneur de Ravestain qu'il s'en retournastpar devers luy S ce qu'il fist ; et, premier que partir, voulant au myeulx pourvoir, laissa son lieutenant, audit lieu de Gennes, ung nommé Phelippes de Roquebertin, gouverneur de Plaisance, et avecques luy ung autre, nommé messire Estienne de Gernerieu, docteur, lesquelz, au myeubc qu'ilz peurent, misrent peine de rapaiser le peuple et les cytadins entretenir, en manière qu'il n'y eut plus de bruyt dedans Gennes, mais tousjours tenoyent, ceulx de la commune, les places par eulx prises, sans les vouloir rendre, et pour chose du monde ne vouloyent que les gentishommes chacez tournassent dedans
1. Au contraire, à son retour, dès le mois de septembre 1506, Rayenstein déclarait tous les tumultes apaisés et n'avait plus d'inquiétude (Sanuto, YI, 426). Son départ précipité eut toutes les apparences d'une fuite (f con infamia, » dit Sanuto, ibid,, c. 471 ; cf. Giustiniani, Annales). L'assertion de Jean d'Auton est erronée. En disparaissant, Ravenstein laissait le champ libre aux fauteurs de désordre, que son lieutenant se flattait de contenir en abondant dans leur sens {Relation inédite du siège de Monaco. Cette Relation, que nous aurons à citer plus d'une fois, est une traduction italienne, — conservée aux Archives de Monaco et dont nous devons une transcription à l'obligeance de M. le conseiller d'Etat Saige, — d'une relation latine écrite, selon M. Saige, par Jean-François Marenco d'Alba, médecin d'Etienne et d'Honoré I*' Grimaldi).
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la ville ^ Par quoy messire Jehao Loys et grant nombre des autres se retirèrent vers le Roy et le prièrent, comme ses pauvres sugectz exiliez, de les vouloir recepvoir en sa garde et leur ayder a remectre en leurs maisons, dont estoyent, par la force du peuple de Gennes, sans raison dechacez et mys hors. Le Roy, voyant ses pauvres gentishommes plainctiz et chacez de leurs maisons, les accueillit doulcement et les trecta en sa maison, comme prince humain doit faire, en leur promectant de leur secourir en leur affaire, en sorte que, si par doulceur n'y pouvoit pourvoir, que par force y mectroit la main^, veu ausi que le peuple
1. Roquebertin se fit absolument l'homme des révoltés, qu'on l'accusait môme de pousser (Relation inédite). Il publia, le 29 octobre, sous le nom de Ravenstein, une grida, par laquelle il défendait, sous peine de confiscation, d'exporter ou de faire sortir aucun objet, marchandise ou autre, appartenant à un noble (Archives de Gènes, Manoscritti, Raccolta di documenti inediti sciolti, b» 2, no 628).
2. Le 25 octobre, Louis XII adressa à Ravenstein, qu'il croyait toujours à Gènes, la dépèche suivante : {Note contemporaine^ au dos. € Die xxv octobris 1506. A rege, de xxr. Scripte lllustrissimo Domino Gubernatori.) A mon cousin le sieur de Ravastain, mon lieutenant, gouverneur et admirai de Gennes. (Au dos.) — Mon cousin, je vous ay cy devant plusieurs foiz escript que me feissiez savoir commant alloit le fait de ma cité de Gennes. — Toutesfoiz, quelque chose que vous en aye escript, je n'en ay jamais riens entendu a la vérité, dont je me donne merveilles ; a cesle cause, et que je désire singullierement y mectre une fin et resolucion, je vous prie que vous recueillez d'eulx tout ce qu'ilz vcullent dire et alléguer, et vous venez incontinant devers moy et m'apportez le tout, car je le vueil bien debatre avccques vous pour y moc.lro ladito [\n et resolucion au bion do ladite ville. Et, si ceulx d'icelle ville vcullent envoyer avecques vous aucuns d'entre culx pour me dire et remonslrer ce qu'ilz vouldront, j'en seray très contant et les orray voulentiers. J'avoye expédié l'advocat de Napples [Michel Riz) pour aller par delà remonstrer a
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de GeDDes avoit ja commaiDcé contre luy mesmes le hatin, en prenant et détenant aucunes places de sa seigneurie de Gennes, comme avoit esté adverty par messire Phelippes de Gleves^.
Et ainsi passa le temps sans bruyt, jucques entour la feste de Noël, que de rechief lesdits Gennevoys s'esmeurent, disant que le Roy avoit retirez les gentishommes de Gennes et contre eulx les vouloit deffendre et soustepir. Sur quoy tindrent leur turbe populaire, ou furent appeliez Paule Baptiste Justinian, Demetri Justinian, Manuel de Ganalle, Ânthoyne de Giully, Bricîus Justiniain, Benedict Ponsovo, Marc de Terilli, Bernard de TopoUi et plusieurs autres mutins. Et par
ceulx de la ville mon voulioir et entencion. Mais, veu que vous en venez et que par vous j'entendray le tout, il n'est ja bèsoing qu'il tire plus avant et luy mande qu'il s'en retourne. Au demeurant, je vous avoye mandé que me feissiez savoir si vous aviez recouvert les places que tenoit en Rivière de Gennes mon cousin messire Jehan Loys. Lesquelles se n'aviez recouvertes, je vueii et entends qu'ilz mectent en vos mains ou de vostre lieutenant. Et adieu, mon cousin, qui vous ait en sa garde. Escript a Bourges, le XXI* jour d'octobre. (Ligne ajoutée.) Mon cousin, oultre ce qu'il est besoing que vieignez pour le faict de Gennes, j'ay aussi neccesserement a besoigner de vous pour le fait de Flandres. Gedoyn. — {Signé] Loys. Gedoyn. » (Orig. pap. Arch. de Gênes, Francia, 4/2780.)
i. Le 12 novembre, les Génois révoltés décidèrent d'envoyer deux ambassadeurs au roi et en même temps deux au pape, qu'ils savaient leur ami (Salvago). Les deux ambassadeurs près du roi étaient Paul de Francis et Paul de Jugo. Ils reçurent des lettres de créance spéciales pour Ravenstein et Robertet (Archives de Gênes, ïstruzioni e reîazioni diplomatiche, lilza 3). Ils étaient précédés par un autre ambassadeur, André Giceri, envoyé le 4 octobre au cardinal d'Amboise (Ibid.), Hier. Palmario et Ag. Joliete, dépêchés au pape le 19 novembre, avaient pour mission ostensible de le féliciter de la prise de Bologne (//jirf.).
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ioeulx fut dit et allégué, devant le peuple, commant jadys la cyté de Gennes avoit esté en si haulte reputacion et de tant extimée que empereurs et Boys et tous prinœs du monde la redoubterent; et commant tant de victoires et triumphes avoit obtenu par mer et par terre qu'il n'y avoit au monde si puissant qui contre elle osast pour la guerroyer lever la main, et que tant eureuse avoit esté en ses entreprises qu'onques n'avoit en mer ne en terre esté domptée, vaincue ne soubmarchée; et, veu doncques ses tiltres tant plains de glorieuse renommée, en ensuy vaut les louables œuvres de leurs vertueulx devanciers, pour augmenter les honorables gestes d'iceulx et aquerir a eulx nouveaulx tiltres de immortel los, devoyent contre tous deffendre leur querelle et habbandonner leur vye a tous dangers pour soustenir la reputacion excelse de leur superbe cyté de Gennes, voire contre le pouvoir immodéré du plus redoubté Roy, le Roy de France, si contre eulx vouloit guerre entreprandre ou iceulx fouller pour soustenir les nobles. Tant d'autres propos d'avys inconsulté furent la mys en avant que tout le peuple gras et mesgre, c'est assavoir marchans mechaniques et gens de bras, tout ensemble levèrent les mains, disant que pour mourir ne fauldroyent a tel besoing, mais estoyent près et aparillez de non seullement deffendre leur ville, mais de saillir au champs et tenir bataille contre tous venans. Or estoient la troys Gennevoys de leurs principaulx, nommez Paulus Baptista Justinien, Manuel de Canale et Anthoyne de Giuilli, lesquelz, voyant le vouloir du peuple, disrent, oyant tous : € Mess", vous savez commant les gentishommes par nous cliacez et exiliez de ceste terre se sont retirez vers le Roy de
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France, qae très benignement a retirez et long temps ja entretenus; et est a pencer que contre nous leur donnera quelque secours et qu'il se vouidra efiTorcer de nous soubmectre et lyer a quelque nouvelle servitute, ce que ne fusmes oncques ne nostre cyté domptée. Par quoy et pour obvyer a ce danger, nous est besoing d'y pourvoir. Et la façon : nous avons ja le port de Lespece et d'autres fortes places entre les mains, qui nous pouvoient nuyre. Et, pour amander nostre affaire, besoing nous est d'en avoir une qui sur toutes autres nous est nécessaire et propice, sans laquelle ne pouvons tenir en seureté nostre cyté de Gennes, et noz ennemys en craincte : c'est la place de Monigue, qui est assize sur la mer et marchissant a noz terres, entre la conté de Nisse et noz fins, tirant vers la Provence, forte a merveilles et tellement que, si unes foys pouvoit estre entre noz mains, le Roy de France, par sondit pays de Provence, ne pourroit avoir entrée sur nous ne prendre mer par ce costé que a noz dangiers ne se soubmist. Par quoy nous est besoing, si nous voulons contre luy tenir et ses ennemys nous déclarer, d'avoir ladite place et, pour ce, mander noz alyez et amys, affin que a cest affaire nous vueillent donner ayde et secours. Et, pour myeulx faire seurement nostre cas et que en ce ne soyons par le Roy de France empeschez, nous fault dissimuller nostre intencion en portant l'enseigne de France et la livrée du Roy et cryant : France! France! y disant que nous sommes tous bons et loyaulx françoys et que soubz la main et seigneurye du Roy nous voulons reduyre et mectre ladite place de Monigue et ses appartenances a sa seigneurye de Gennes. Et ainsi le Roy n'aura occasion
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de nous empescher oestre entreprise, veu que ses ennemys De dous seroDS déclarez^.
vm.
Gommant les Genneyoys furent megtre le siège au chateau de monigue.
Toutes ses choses dictes, le peuple de Genoes, tout a une voix, dist que tout prest estoit d'y aller et jucques a la mort employer son pouvoir pour prandre ladite place. Lorsque la commune et le peuple gras furent unys en cest affaire, transmyrent a Pize, qui lors estoit alyée et confédérée de Gennes, pour avoir secours des Pizans, lesquelz, sachant Taffaire de Gennes comme alyez d'icelle, y envoyèrent deux mille cinq cens hommes levez a Pize, a Lucque et par leurs autres pays alyez, soubz la charge de deux capitaines pizans, nommez l'ung Ternatin^ et l'autre Gambecourte ^ , et deux grosses pièces d'artillerye, nommées le Beuffle et le Lizard. Les nouvelles de ceste entreprise furent tost semées par les Italles et en Lombardye, et tellement que plusieurs villes mutines et mesmement de la duché de Millan, pencent que Gennes deust tout confondre, y envoyèrent soubdartz a grant nombre : desquelz me
1. L'agitation de Gênes ne laissait pas que de rayonner de tous les côtés. A Milan, on jugea prudent de régler, par un banno du 13 janvier, la circulation nocturne et de défendre de porter des armes (Pélissier, Documents..,, p. 151). Simone Arrigoni, convaincu de trahison, fut proclamé solennellement rebelle (IbUL, p. 152).
2. Tarlatino, célèbre condottiere, originaire de Città di Castellu.