‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 70 sur 183 · Gambacurta, condottiere · texte numérisé non relu

Gambacurta, condottiere

NoT. 4506] GOMMANT LES GENNEVOTS, ETC. 109

vouluz enquérir, estant a Gennes après la prise d'icelle, et, pour en savoir et donner a oognoistre desquelz on doit se deffier, en demanday a plusieurs, qui diversement m'en parlèrent; et a la fin tant y bosoignay (sic) que j'en soeu a Gennes, par ung myen oste et familyer nommé Ântonius de Luzardo, lequel m'en parla et dist comme celuy qui pouvoit avoir esté a toutes les consultations et veu tout l'affaire, car il estoit du peuple gras et bien auctorisé en ladite ville de Gennes. A tant m'esclarcist la chose qu'il me bailla par escript les noms des premiers mutins, la manière de la division des nobles et du peuple, l'occasion de l'insurrection de la commune, les noms des capitaines et conmiissaires de leur armée, le nombre de gens qu'il avoit, d'où et de quelles villes ilz estoyent, les noms des maisons nobles et du peuple gras et de ceulx qui lors en estoient, et en somme de tout l'affaire de Gennes. Pour rentrer doncques et parler de ceulx qui furent avecques lesdits Gennevoys, est vray que grande troupe de Plaisantins, Alexandrins et Bosquyns^ de la duché de Millan s'assemblèrent avecques les Pizans, lesquelz estoyent en nombre de troys a quatre mille, et tous ensemble s'en allèrent a Gennes. Et, eulx la venus, le peuple de Gennes, pour ranforcer ladite armée, mist sus troys mille hommes de guerre gennevoys et, pour iceulx mener, esleurent entre eulx, pour commissaires de la guerre, Paule Justinian, Manuel de Ganalle et Anthoyne de Giuuly, les capitaines gennevoys^; Jehan

i. Sans cloute habitants de Bosco-Marengo.

2. Les commissaires nommés furent Paulo-Baptista Giustiniani, Manuele da Ganali, Augustino da Gastiglione, Antonio da Sivori, avec le capitaine Tarlatino et l'ingénieur Zoardo (Saige, Docii' inents historiques relatifs à la principauîé de Monaco, II, 57, 58).

iiO CHRONIQUES DE LOUIS XH. [Novembre 1506

de Las, basque^; Manuel du Gastellas, lombart; ung marquis de la maison de Sforce, parent du seigneur Ludovic, et ung autre nommé René Guytcm» de Tours^, lesquelz furent ordonnez pour gouverner et conduyre ladite armée des Gennevoys et aller audit lieu de Monigue; et, pour batre la place, pour ce que par terre, au moyen de Tempeschement des montaignes^, ne pourroyent aisément charrier, misrent sur mer leur artillerye, c'est assavoir vingt et deux grosses pièces d'artillerye, toutes getans bouletz de fer avecques force d'esmerillons et autre menue artillerye, et ausi armèrent et avitaillerent en mer une carraque, deux galleres, deus grosses barches et cinq brigantins, avecques tout plain de petilz luz a xu rames, pour aller assiéger ladite place du costé de la mer. Et, tout cela prest, huyt mille hommes paysans des environs se mirent sus, pour eulx assembler avecques ladite armée de Gennes, ou povoit avoir de doze a xmi mille hommes, que gens de guerre que paysans. Ausi esleurent les Gennevoys ung duc du peuple, lequel estoit taincturier et nommé Paule de Nove, auquel baillèrent gens et estât, et a luy du tout submirent leur affaire, pour ce que a leur mutin s'estoit monstre tousjours pour la querelle populaire. Et combien que sa femme, qui sage et advisée estoit, luy deffendist et destournast la charge

i. Capitaine du Chàtelet, d'après le Loyal serviteur; cf. ci-dessous, p. 145.

2. Le commandant en chef était Tarlatino. Il est assez étrange de trouver des Français parmi les collaborateurs d'une entreprise désavouée par le roi de France.

3. Le 7 novembre 1506, les Génois donnèrent à l'ingénieur Ambr. Zoardo et au capitaine Gambacurta l'ordre d'étudier les procédés les plus pratiques d'un investissement (Saige, Documents, U, 48).

NOT. 4506] GOMMANT LES OENNEVOY8, STC. lil

de l'offioe que on luy bailloit, toutesfoys il l'acepta, dont luy en advint ce qu'il devoit, comme sera dit par après.

Ainsi, comme sesdites choses s'exploictoyent en la manière dicte, messire Lucyain de Grimaulx, seigneur de Monigue, fut par aucuns de ses amys^ de l'entreprise adverty : dont a toute dilligence fist advitailler et fortiffier sa place et manda quérir soubdartz en ses pays et ailleurs et ausi en advertit messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy delà les mons, en luy demandant secours pour le Roy, de qui se disoit serviteur, et sadite place avecques tous ses biens estre a luy et de sa seigneurie^. Tant fist ledit seigneur de Monigue que il eut, par le commandement dudit lieutenant du Roy, dix hommes d'armes et xx archiers de ceulx de la compaignye de messire Yves d'Âllegre, lors gouverneur de Savonne, lesdits gens d'armes menez par ung nommé Jehan de Saincte Golumble, lieutenant de ladite compaignye. Et ausi y fut ung autre nonmié Arigoys, basque^, qui portoit leur enseigne; pareillement y furent envoyez dix archiers de ceulx du seigneur Jehan Jacques. Plusieurs gentishommes, parens et autres amys et sugectz dudit seigneur de

1. Dès le 4 novembre 1506, Lucien Grimaldi, seigneur de Monaco, demanda au gouverneur de Nice un sauf-conduit pour mettre en sûreté dans le port de Villefranche les galères et autres vaisseaux du port de Monaco (Saige, II, 49). Il prit très énergiquement l'initiative d'une forte résistance.

2. Il insista aussi, mais vainement, près du duc de Savoie (12 et 24 novembre. Saige, II, 50, 52, 56).

3. € Harigoys, basco, uomo molto esperto nel mestier délia guerra » {Relation inédite). Il fut blessé pendant le siège. On le retrouve plus tard parmi les cent gentilshommes du roi, sous le nom de Pierre de Herigaye (K. 502, n^ 5, viii v»).

112 CHRONIQUES DE LOUIS XU. [Décembre 1506

Monigue, sachant son afifaire, le furent secourir et servir a leurs despens, et se trouvèrent en nombre de deux cens hommes des siens bien armez audit lieu. Deux cens cinquante autres souldartz françoys, bisquayns, piemontoys, pizansetlombars, mistle seigneur de Monigue dedans sadite place, ou pouvoyent estre en tout environ de cinq a six cens hommes. Or es toit celle place moult bien artiUée, car il y avoit dedans xxu grosses pièces d'artillerye, toutes a roues, et, pour batre murailles, d'autres moyennes et petites y avoit troys cens dix huyt, comme j'ay sceu par ung des frères dudit seigneur de Monigue, qui dedans ladite place estoit durant le siège, et me dist celuy que telle municion de pouldre y avoit que c'estoit pour ung an a tirer de chacune desdites pièces six coups le jour. Pour ladite artillerye exploicter, estoyent dedans ladite place trente et deux bons canoniers etLxhacquebutiers. Ainsi estoit la place de Monigue garnye et si très forte que pour y entrer n'y avoit que une passée d'estroicte advenue. Dont des quatre pars d'icelle estoyent les troys advironnée de mer et l'autre ceinte de hault rochier enciz d'amont jucques en bas ; laquelle actendoit en ceste manière la venue du siège desdits Gennevoys.

Le Roy fut de ses choses adverty par Phelippes de Roquebertin, qui lors estoit ou palais de Gennes, lieutenant dudit seigneur de Rav[e]stain, ou n'estoit pas a grant seurté. Car, de jour en autre, n'atendoit que l'assault d'iceulx villains, mais il adoussissoit au plus qu'il pouvoit et a bellees parolles, dont savoit assez bien jouer, comme besoing estoit, les entretenoit, et tant que tousjours entre eulx avoit seurté de aller et de venir. Toutesfoys le Roy, après avoir sceu lesdites

NOT. iS06] GOMIIANT LBS 6ENNKV0YS, ETC. 113

nouvelles, luy manda que, si plus grant bruyt survenoit a Gennes, que luy et ses gens se retirassent au chasteau, le plus doulcement qu'il pourroint, et que la actendissent de ses nouvelles ; ce que aneores ne firent, doubtant que, s'ilz se retiroyent, les Gennevoys, suspectioneulx de ce, ne se retournassent du tout et aussi qu'ilz cryoyent tousjours : France! France! et ne se declairoyent ennemys. Âusi manda le Roy a messire Charles d'Âmboise, son lieutenant delà les mons, et messire Yves d'Allègre, gouverneur de Savonne, que, si lesdits Gennevoys alloyent assiéger Monigue, que quelque bon nonbre de gens d'armes, estans lors en garnison vers le costé dudit lieu de Savonne plus près de Monigue, avecques ung autre nonbre de gens de pié, fussent mis sus et envoyez audit lieu de Monigue, pour lever le siège, s'il venoit a tant. Ce qui fut faict, conune sera dit après.

Mais fault ores continuer propos sur l'entreprise des Gennevoys, qui par mer et par terre avoyent leur armée preste pour aller mectre le siège a Monigue ; dont advint que, sur la fin du moys de novembre, ladite armée se mist en voye et prîst son chemin la coste de la mer, et au plus droict qu'elle sceut. Et, si tost qu'elle fut au champs, vu ou viii mille paysans des marchissans et confins de Gennes s'assemblèrent la et tous ensemble marchèrent vers Monigue, criant tousjours France et Populo. Et adressèrent iceulx Gennevoys a Menton, a Roquebrune, deux petites places de Monigue, lesquelles ilz prindrent legierement^ car

1. Roquebrune fut incendiée. Cependant les commissaires avaient reçu l'ordre de n'attenter en rien aux droits du duc de Savoie sur Menton et Roquebrune (Saige, II, 03).

iti CHRONIQUES DE LOUIS XU. [Décembre 1506

elles n'estoyent fortes ne fouroyes de gardes ; et ausi en tenoit le seigneur de Monigue peu d'extime, mais que il peust bien garder Monigue, laquelle estoit forte a merveilles et bien armée, estant a six vings mille de Gennes, que elle tenoit en subgection, et la venue de Provence. Par quoy avoyent iceulx Gennevoys moult grant envye de la soubmectre a leur seigneurie. Si firent tant par leurs erres qu'il aprocherent ladite place de Monigue^. Et, voyant la venue, ung nommé Berthelemy de Grimaulx, capitaine de ladite place, fîst atiltrer grant force artillerye a leur passée ; et pour les vouUoir atraire, fist sortir cent hommes et iceulx contre eulx marcher troys a troys, comme pour leur vouloir donner la bataille. Les Gennevoys, voyant la saillye de ceulx de la place, s'ad[r]esserent a eulx a grosse roupie ; et la commancerent une bonne escarmouche et s'entremeslerent si a point, que de quinze a vingt d'i[c]eulx Gennevoys demeurèrent mors sur le champ et troys du chasteau fort blecez. Et, en escarmouchant, ceulx de la place se retiroyent tousjours, pencent que les Gennevoys les suyvroyent pour leur donner une meute d'artilierye. Mais, quant fut a rapprocher jucques a la portée de Tartillerye, il se doubterent de l'amorce ; par quoy s'arresterent et laissèrent les aultres retirer^. Ce faict, adviserent les lieulx plus a main pour mectre leur siège et, tout bien ad visé, premier que assoir leurdit siège ^, sommèrent le seigneur de Monigue de rendre la place en luy promec-

1. Voy. l'instruction aux commissaires génois, du 29 novembre 4506 (Atti dell<i Societa ligure per la storia patria, t. XXUI, p. 631).

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