‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 72 sur 183 · Cependant l'investissement ne fut pas complet · texte numérisé non relu

Cependant l'investissement ne fut pas complet

116 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Janvier 1507

si que les coups du dehors furent extimez plus de six mille. Et tant ruèrent groux boulletz que en troys pars abatirent cent toises de muraille ou plus, tant du costé de la mer que de Tad venue de la place.

Durant ceste baterye, messire Yves d' Allègre, gouverneur de Savonne, transmyst Jacques d'Âllegre, son filz, avecques vi cens laquays*, a une ville près d'illecques, nommée la Turbye, pour icelle garder et secourir ceulx de Monigue, pour empescher les vivres par terre et ennuyer le siège par allarmes ; ce qu'il fist souvant et tant que, ung jour durant ledit siège, neuf enseignes de Gennevoys se misrent au champs pour ruer sur ses gens, lesquelz mist pareillement au champs et donna au travers, en sorte qu'il les mist en roupie et les deffist. Plusieurs y demeurèrent, les autres furent pris et les aultres s'enfuyrent^. Au dessus, et près de la Turbye, avoit une forte tour du duc de Savoye, ou pareillement estoit grosse garnison de Savoziens, lesquelz ausi donnèrent souvant alarmes aux Gennevoys^; ainsi estoient ennuyez de tous costez ; toutesfoys batoyent par terre et par mer la place de Monigue, et a tout pouvoir s'esforçoyent de la terrer (sic). Et, ce durant, le second jour du moys de janvier, ceulx de la place firent une saillye sur ceulx qui

1. D'après la Relation inédite, 700 « soldati » français, commandés parle capitaine « Migliando > et soldés par le sire de Monaco. En arrivant à la Turbie, ils reçurent d'avance un mois de paie.

2. On se canonna pendant un mois, devant Gènes, sans avancer. Mais les soldats de la Turbie, malgré le désir du sire de Monaco, ne descendirent point dans la ville {Relation).

3. Un ordre du duc de Savoie, en janvier 1507, interdit aux Niçois de fournir aucuns vivres à l'armée génoise {Âtti délia Socicta ligure, p. 648).

JanT. 4507] DU SIBGB ... DE MONIGUE PAR LBS 6ENNEV0TS. 1 17

estoyent a la garde de l'artillerye des Gennevoys et se nûsreDt hors juoques au nombre de xxv homines armez, lesquelz soubdainement chargèrent sur lesdits gardes, qui estoint deux cens ou plus, et donnèrent si rudement que iœulx Gennevoys, penœnt estre surpris, habandonnerent leur artillerye et s'enfuyrent tout le cours. Et, ce voyant, les souldars du chasteau sor^ tirent environ quatre xx et se joignirent aux autres, lesquelz tous ensemble aprocherent l'artillerye de leurs ennemys ; et, voyant qu'il estoyent foibles pour l'emmener et que les Gennevoys a toute puissance les approchoyent, ce nonobstant, avecques groux doux de fer estoupperent les troux par ou se mect le feu en l'artillerye et en enclouerent quatre des plus grosses pièces, en manière que, ung moys durant, ne tirèrent plus. Durant ledit siège, plusieurs assaulx y donnèrent les Gennevoys, mais tousjours furent repossez et batus ; et pour ce ne cessoyenl de ruer coups a toutes mains. Si estoyent ilz souvant reveillez par ceulx du dedans; car le plus souvant des jours faisoyent cources et saillyes et en aterroyent tousjours quelqun*.

Jacques d' Allègre, seigneur de Millo, estant lors a la Turbye, voulut aller pour quelque affaire a Nisse et print avecques luy partye de ses gens de pié et laissa le surplus pour garder le logys. Mais, tantost qu'il eut desemparé le lieu, les Gennevoys a grosse puissance, sachant le chief estre absent, assaillirent la Turbye ; et, combien que bien fust par les gens dudit seigneur de Millo deffendue, si fut elle emportée et les gardes prinses et mises a sac.

i. Les Génois essayèrent de pénétrer par trahison, mais sans succès (Relation).

il8 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Mars 1&07

Messire Yves d'Âllegre, sachant toutes ses choses, et que le siège de Mooigue avoit ja duré plus de troys moys, délibéra d'y aller pour lever le siège ; si prist avecques luy huyt xx hommes d'armes des siens, de ceulx du marquis de Monferrat, de ceulx de Montoison et de ceulx du capitaine Fontrailles, avecques deux mille hommes de pié, soubz la charge des capitaines Peralte, espaignol; Jheronime Barnabo^, Gossains^, Estrelin et quelques autres qui la estoyent, et messire Mercure, grec, avecques cent Âlbanoys; et ainsi se mist a la route, tirant vers Monigue, qui tousjours estoit batue et assaillye des Gennevoys ; ce qui moult ennuyoit a messire Lucyan de Grimaulx, seigneur dudit Monigue , lequel leur faisoit souvant allarmes et ennuys.

Sur le commaincement du moys de mars, ledit seigneur de Monigue fist une saillye de deux cens hommes sur le camp des Gennevoys ; et premièrement adressa sur le plus proche rempar, ouquel estoyent envyron cent hommes des Gennevoys, lesquelz furent surpris, car ilz ne se doubloyent de ladite saillye, pencent ceulx de ladite place assez embesongnez pour garder leurs murailles etremparerles brèches d'icelles, qui estoyent moult grandes. Si advint que le seigneur de Monigue avecques sa bende se trouva contre ledit rampar, ou Gennevoys sortirent garnys de leurs armes, et la s'entremeslerent tellement que lesdits Gennevoys furent oultrez ; et, après assez long combat, tour-

1. Probablement Barnabo Visconti, qui devint chambellan, chevalier de l'Ordre, capitaine de 40 lances (quittance de 1518; fr. 26107, 210).

Page 1