‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 79 sur 183 · Dix-huit, d'après Salvago · texte numérisé non relu

Dix-huit, d'après Salvago

142 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Février 1507

toutesfoys jurèrent et promirent ladite composition, touchant la vye et bagues sauves desdits souldartz, ce que ne tindrent les traistes ; car, tantost que la place fut rendue et mise entre leurs mains, la commune forcennée ne voulut tenir ladite composition, mais, malgré aucuns des principaulx de leur armée, qui avoyent entre les mains lesdits souldartz françoys, leur estèrent et occirent cruellement. Car aux ungs encroiserent les bras et estacherent, et leur fendirent le ventre et l'estomac, en leur errachant le cueur et les entrailles du corps ; puys picquerent les cueurs d'iceulx contre esteppes et pousteaulx et se soilherent les mains dedans le sang des mors inhumainement ; les autres taillèrent en pièces sans pityé, avecques les femmes qui la estoyent, lesquelles firent mourir de tant cruelle et estrange mort que Torreur du faict me deffent la manière de dire^ Somme, de tous ceulx n'en eschappa que ung tout seul, nommé Nycholas de Noyers, lannoys, lequel, après la prise de la place, et ainsi que on tuhoit ses compaignons, fut pris par aucuns marchans de Gennes estans la, qui le cognoissoyent et avoyent eu avecques luy quelquesfoys parolles familières, dont celeement firent tant qu'ilz le musserent et déguisèrent, puys luy baillèrent de l'argent, et tel-

1. « Vingt et cinq mille estoient de Genevoys Contre troys femmes et dix huyt Françoys.

Mettant a mort tous ceulx qu'ilz y trouvèrent, Non seulement les hommes, mais les femmes, Dont a jamais sont reputez infâmes ; Car saulver fault quatre choses en guerre : Prestre, herault, paige et féminin genre. »

(Jean Marot, le Voiage de Gènes.)

Mars 1507] GOMM^ LES GENNEVOYS ASSIEGERENT, ETC. 143

lement firent qu*il se saava et se retira au chasteaù de Gennes, ou depuys me trouvay et parlay a luy, par lequel je sœu lesdites choses et les noms d'aucuns de ses compaignons mors, nommez RegnauU de Nouailhe, leur capitaine, Nycholas Dangu, le bastart du Ghillou, Guillaume Ducro et ung sien filz Phelippes Ducro, Pied d'ai^ent, Jehan de Sainct Ouyn, Gonnon et ung sien filz, Artus Morterre, Glande du Pin, Grant Jehan, Dozillat, Jannot le cannonnyer, ung nonuné Robert et troys autres, avecques troys fenunes, qui furent tous mys a sac^.

Gommant les Gennevoys assiégèrent le golliege de Sainct Francisque de Gennes et le chasteaù dudit lieu.

Âpres que iceulx Gennevoys eurent pris le Gastellas de Gennes et occis les Françoys qui la estoyent, disrent qu'il failloit faire ancores plus et conclurent d'assiéger le chasteaù qui estoit fort a merveilles, bien avitaillé et garny de bons souldartz, avecques grant nombre de grosse et bonne artillerye, estant assix entre le sommet de la montaigne et la ville de Gennes, comme a my chemin desdits lieux. Entre lequel chasteaù et ladite ville, avoit deux fors, c'est assavoir : la citadelle, dont l'issue regardoit devant la grant porte de Teglize

1. Guichardin lui-même, quoique très favorable aux Génois, raconte avec indignation que les auteurs de cet acte abominable s'en vantèrent, qu'ils rentrèrent à Gènes avec de grands cris de joie et en agitant leurs mains dégouttantes de sang.

144 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Mars 1507

de Sainct FraDcisque devers la ville, tout en pendant et de mailaisée advenue ; laquelle cytadelle estoit fortiffyée de bastilles et rampars, force gens, bonne artillerye ; Fautre fort estoit le colliege de Sainct Francisque, par lequel on descendoit en la ville par diverses rues, tirant au domme et au palais de Gennes ; lequel colliege estoit enceint et fermé, du costé de la ville, de bonnes et grosses murailles, bien tournellées, et garnye de bonne artillerye, avecques bons souldartz^ prestz d'actendre le siège et les assaulx desdits Gennevoys, qui estoyent tous en armes par les rues de Gennes et tant esmeuz que tous d'une voix disrent qu'ilz prendroyent le chasteau de Gennes d'assault ou que tous y demeureroient. Mais premier s'en entrèrent au palais, d'où s'estoyent retirez les Françoys, comme sages; et la dedans ne trouvèrent a qui meffaire, si n'est que iceulx villains, voyans les armes du Roy la partout semées, avecques lances et picques les esgratinerent et effacèrent de tous pointz. Et, ce faict, fermèrent et barrèrent toutes les rues, ruetes, chemins, passées et advenues, pour aller du chasteau a la ville ; et adviserent de tous costez l'assiecte du chasteau, pour y mectre le siège, qui leur sembla mal a main de tous costez, fors devers Sainct Francisque, pour ce que de celle partilz pourroyent faire, dedans aucunes maisons qui près de la estoyent, leur taudys et rampars, et estre toujours au couvert, et avoir a tout besoing gens et relays. Et, pour mieulx a seurté approcher, ilz percèrent les rues et maisons de lieu a lieu, pour aller a couvert hors le danger de l'artillerye du chasteau,

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